Le niveau marin stable à long terme malgré de grandes quantités d'eau subduites

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Les échanges d’eau entre l’intérieur et l’extérieur de notre planète régulent le niveau marin moyen sur des échelles de temps géologiques, sur des périodes bien supérieures au million d’années. D’une part, le manteau terrestre dégaze de l’eau, principalement par volcanisme au niveau des dorsales océaniques et des points chauds, d’autre part, de l’eau est réinjectée dans le manteau profond - sous la forme de minéraux hydratés - via les plaques en subduction. Un déséquilibre entre ces deux flux produit inexorablement un changement de la quantité d’eau en surface et du niveau marin moyen.

Les observations géologiques suggèrent que le niveau marin est resté relativement constant au cours du Phanérozoïque, soit depuis 540 millions d’années. Pourtant, les observations géophysiques montrent que les volumes d’eau entraînés dans les zones de subduction pourraient être considérables, bien supérieurs aux quantités dégazées par les volcans des dorsales océaniques et des points chauds.

Illustration schématique des flux d’eau (flèches) entre l’intérieur et l’extérieur de la Terre et de ses conséquences pour le niveau marin moyen à long terme.
© Nestor Cerpa

Des scientifiques de Géosciences Montpellier (CNRS, Université de Montpellier) et de l’Instituto Andaluz de Ciencias de la Tierra (CSIC-UGR, Espagne) ont montré que seulement 15 à 20% de l’eau subduite persiste sous la forme de minéraux hydratés, dans le manteau lithosphérique, à plus de 300-350 km de profondeur. Le reste est libéré et revient en surface par le volcanisme d’arc. Ils prédisent ainsi que les flux de dégazage d’eau et les flux de réinjection dans le manteau profond, sont quasiment à l’équilibre à l’heure actuelle. Extrapolé au passé, ce résultat suggérerait que le niveau marin moyen a peu changé sur les dernières centaines de millions d’années.

Pour arriver à ces résultats, les scientifiques ont prédit le devenir de la quantité d’eau subduite grâce à des simulations numériques de l’évolution des plaques en subduction à plusieurs centaines de kilomètres de profondeur. Ils ont calibré ces simulations numériques à partir de résultats récents d’expériences en laboratoire à haute température et à haute pression, sur des échantillons de serpentines naturelles (minéraux hydratés caractéristiques des roches entraînées en subduction).

Pour en savoir:
Cerpa, N.G., Arcay, D. & Padrón-Navarta, J.A. Sea-level stability over geological time owing to limited deep subduction of hydrated mantle. Nat. Geosci. (2022).

Contact:
Nestor Cerpa - chercheur postdoctoral (Université de Montpellier / Géosciences Montpellier) - nestor.cerpa at umontpellier.fr

EM
emmahoward

Cela signifie-t-il que la fonte des banquises due au réchauffement n'aura pas d'effet significatif sur le niveau des océans, contrairement à ce qui est habituellement annoncé ?

KU
Kurtzemann

Bonjour Emmahoward,
Non, pas du tout. Cela signifie seulement que les flux d'eau envoyés dans le noyau terrestre s'équilibre avec le flux d'eau renvoyé dans les océans par le noyau, ceci sur le très long terme (temps géologiques).

Le niveau des océans sera particulièrement impacté, si je ne m'abuse, par la fonte des Inlandis, c'est à dire des calottes de glace terrestres (Groenland par exemple). La fonte des glaces océaniques (Pôle Nord) n'impacte pas directement le niveau des eaux (un glaçon qui fond ne fait pas déborder le verre)...L'impact majeur de la fonte des glaces océaniques se porte sur d'autres effets qui participent au réchauffement global (0 glace = albedo réduit, donc absorption d'énergie solaire au lieu de la réfléchir, modification profonde des flux salins, donc des courants...etc)