Les bébés reconnaissent les sentiments feints

Restez toujours informé : suivez-nous sur Google (☆)

Dès l’âge de 18 mois, les nourrissons savent déceler les réactions émotionnelles non justifiées, selon des chercheurs de l’Université Concordia.

« Si tu aimes le soleil, tape des mains ! », dit la comptine. Et les enfants la comprennent aisément, puisque le mouvement qui l'accompagne traduit bien l'émotion évoquée. Mais lorsque les sentiments et les réactions se contredisent, les enfants perçoivent-ils le paradoxe ? Une nouvelle recherche menée à l'Université Concordia, à Montréal, prouve qu'ils en sont capables, et ce, dès l'âge de 18 mois.

Dans une étude récemment publiée dans la revue Infancy: The Official Journal of the International Society on Infant Studies, les chercheuses en psychologie Sabrina Chiarella et Diane Poulin-Dubois montrent que les très jeunes enfants sont en mesure de déterminer si les émotions d'autrui sont légitimes dans un contexte particulier. Selon elles, les tout-petits comprennent le lien entre la signification d'une expérience et l'émotion qui se manifeste ensuite.

Cette découverte a des implications importantes, surtout pour les parents et les éducateurs : « notre recherche indique que les bébés ne sont pas dupes si l'on feint le plaisir en réaction à une source de douleur. Souvent, après une expérience négative, les adultes s'efforcent de sourire pour éviter de bouleverser les jeunes enfants. Pourtant, ceux-ci savent comment vous vous sentez réellement : dès l'âge de 18 mois, ils comprennent le lien implicite entre les événements et les émotions », explique Diane Poulin-Dubois, professeure de psychologie.

Pour mener leur recherche, la Pre Poulin-Dubois et la doctorante Sabrina Chiarella ont sélectionné 92 nourrissons, tous âgés de 15 ou de 18 mois. En laboratoire, les bébés ont assisté à plusieurs mises en scène jouées par une actrice, qui devait simuler une réaction, tantôt normale, tantôt anormale, à diverses situations. Dans l'un des scénarios, la comédienne exprimait une émotion contradictoire, affichant de la tristesse alors qu'on lui montrait un jouet. Dans un autre scénario, elle présentait une réaction normale de douleur après avoir feint de se blesser au doigt.

Les enfants de 15 mois réagissaient sensiblement de la même façon à ces deux événements, ce qui indique que la compréhension du lien entre une expérience émotionnelle et l'expression faciale affichée ensuite n'est pas encore développée à ce stade.

En revanche, les enfants de 18 mois étaient manifestement sensibles à la discordance entre l'expérience et l'expression faciale. En effet, ils passaient alors plus de temps à observer le visage de l'actrice et avaient davantage tendance à jeter des coups d'œil à leur éducateur, qui se trouvait également dans la pièce, afin de jauger la réaction de cette personne de confiance.

Selon Mme Chiarella, il s'agit là d'un comportement d'adaptation : « la capacité à déceler la tristesse et à y réagir immédiatement a une implication sur le plan de l'évolution. En effet, pour fonctionner efficacement en société, les enfants doivent développer leur compréhension des comportements d'autrui, et ce, en inférant l'expérience vécue intérieurement par les gens de leur entourage. »
Les chercheuses espèrent que ces découvertes pourront servir, dans le cadre d'études ultérieures, à déterminer si les jeunes enfants exposés à des personnes dont les réactions émotionnelles ne sont pas fiables se monteront plus réticents à apprendre de ces personnes, ou encore à les aider.

Partenaires de recherche : Cette étude a été financée par le Fonds québécois de la recherche sur la société et la culture, le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada et le National Institute of Child Health and Human Development. Les deux chercheuses sont membres du Centre de recherche en développement humain.

avatar
hubbabubba

Dès l’âge de 18 mois, les nourrissons savent déceler les réactions émotionnelles non justifiées(...)

Et pourtant, à l'âge adulte, on élit de fieffés menteurs! Allez y comprendre quelque-chose... :heink:

avatar
cisou9

:+1:
Ou alors les adultes sont plus couillons que les enfants d'un an ½ !!! :grat2: :lol2:

VI
Victor

l''étude en soi elle a l'air compliquée
je me demande comment
ils arrivent à des statistiques de corrélation

AL
alessandro pendesini

Bonjour
Ces études sont à encourager ! Beaucoup de choses restent à comprendre au niveau du bébé, mais aussi et surtout des adultes, ou considérés comme tels…..

Sur le plan neurophysiologique, nous sommes nés avec un sens de l’équité et quelques autres intuitions morales. Ces intuitions contribuent à notre comportement moral et, à une échelle supérieure, celui-ci contribue aux lois morales et légales que nous élaborons pour nos sociétés. Ces lois morales et légales influent alors en retour sur notre comportement. Les pressions sociales sur le comportement de l’individu ont un effet sur sa survie et sa reproduction, et donc sur les processus cérébraux sous-jacents ainsi retenus. Avec le temps, ces pressions sociales se mettent à façonner ce que nous sommes. Il est ainsi facile de voir que ces systèmes moraux deviennent réels et très importants à comprendre.
NB. Il semble très important souligner que la même prédisposition génétique (innée) peut avoir des conséquences psychologiques divergentes suivant le contexte culturel (acquis) dans lequel évolue l’individu. A noter que la plasticité cérébrale (neurosynaptique) démontre que le réseau neuronal reste ouvert aux changements et contingence, modulable par les événements et potentialités des expériences, pouvant à tout moment modifier sa personnalité. :houla:

avatar
Asohan

alessandro pendesini
Sur le plan neurophysiologique, nous sommes nés avec un sens de l’équité et quelques autres intuitions morales.

alessandro pendesini
Il semble très important souligner que la même prédisposition génétique (innée) peut avoir des conséquences psychologiques divergentes suivant le contexte culturel (acquis) dans lequel évolue l’individu. A noter que la plasticité cérébrale (neurosynaptique) démontre que le réseau neuronal reste ouvert aux changements et contingence, modulable par les événements et potentialités des expériences, pouvant à tout moment modifier sa personnalité.

Ca me rapelle une vieille discussion que nous avions eut sur ce point : est-ce que l'innee domine/est egal/est domine par l'education. J'aurais tendance a dire que chaque personne est unique, et que plus l'intelligence (je veux dire le niveau d'analyse des systemes complexes) est forte, plus l'experience prend le pas sur l'innee, tandis que pour une personne plus faible, par exemple les trisomiques, c'est plutot l'innee qui domine.

On pourrait meme developper un "indicateur" d'evolution du style "age mental" pour les bebes (ou pour les adultes ?) en comparant <acqui/innee>.

AL
alessandro pendesini

@Asohan
Afin d’éviter l’out topic, je vous suggère -si cela vous interesse- lire sur Wikipedia mon article : « LA PERSONNALITE -Les causes qui « unissent » et « diffèrent » chez les humains »
NB Malgré certaines similitudes, il n’existe -et ne peut exister- deux personnes identiques, y compris les jumeaux monozygotes !
En ce qui concerne les trisomiques adultes, leur cognition mentale varie généralement entre 5 et 12 ans. Leur quotient émotionnel (QE) et intelligence (QI) sont inférieurs à la normale, sans que cela constitue un sérieux handicap existentiel pour le trisomique lui-même, que du contraire ! A condition qu’il puisse être assisté (dans la majorité de cas) matériellement et affectivement. :jap:

avatar
Asohan

@ alessandro: Trouvé, merci :jap:

Pour revenir sur l'article, tout dépend du langage du corps du parent concerné. Personnellement, je suis assez bon acteur et quand je dis à un enfant que le Père Noël passera, même en éclatant de rire (limite moqueur) je peux vous garantir que de 18 mois à 6 ans, il va tomber dans le panneau. On devrait mettre cette étude en corrélation avec l'expressivité des parents, non ?

Moi quand j'étudie un phénomène avec action-réaction, j'étudie l'action, et la réaction, pas seulement un des deux. Sinon on peut faire dire ce qu'on veux avec n'importe quoi ...