Théorie de l'évolution: au-delà du dogme du "tout génétique"

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Les approches évolutives actuelles tendent à réduire l'hérédité aux seuls transferts de gènes. Cependant, de plus en plus d'arguments montrent que des informations non codées dans la séquence de l'ADN sont aussi transmises de génération en génération, et que, tout comme l'ADN, elles participent à l'évolution. Dans un article publié dans Nature Reviews Genetics, une équipe internationale à laquelle participent trois chercheurs du Laboratoire évolution et Diversité Biologique (EDB, UMR 5174 CNRS-Université Paul Sabatier-ENFA) appelle à un changement de paradigme et à intégrer l'hérédité non génétique dans la théorie de l'évolution.

La reproduction est le propre du vivant. Elle nécessite la transmission d'informations, génétiques ou non, entre générations. L'évolution n'affecte que la variation transmise. Aujourd'hui, les arguments s'accumulent qui montrent que l'évolution ne se cantonne pas à la seule information génétique, mais touche aussi à la transmission d'informations non contenues dans l'ADN. Celles-ci vont de la transmission de variation dans l'expression des gènes (ce que l'on appelle la variation épigénétique), à l'hérédité écologique et culturelle en passant par les effets parentaux. Il s'agit par exemple, chez l'homme, du savoir transmis socialement sur les risques d'ingestion de tel ou tel champignon.

La présence d'une transmission culturelle des préférences sexuelles est fortement suspectée chez la mouche du vinaigre suite à une expérience publiée en 2009, qui utilisait des mâles poudrés en vert ou en rose, comme sur la photo. Il est apparu qu'après avoir observé trois fois de suite un mâle rose en train de copuler puis un mâle vert se faisant rejeter par une autre femelle, une femelle observatrice apprenait à préférer les mâles roses. L'inverse donnait les mêmes résultats. Cette expérience suggère que l'hérédité culturelle pourrait exister même chez des invertébrés non sociaux
© Simon Blanchet

L'article publié fournit de nombreux autres exemples de ces informations non génétiques, comme la tendance qu'ont les cafards à fuir la lumière, un comportement que l'on pensait entièrement contrôlé par les gènes avant qu'une étude ne montre qu'il est en partie acquis suite à des interactions sociales. Autre exemple : plusieurs travaux suggèrent que la manière de chanter chez certains oiseaux, appelée dialecte et dont on sait qu'elle est souvent transmise indépendamment de la variation génétique, peut conduire à l'isolement de groupes d'individus et à la spéciation, c'est-à-dire à l'apparition d'une nouvelle espèce.

C'est donc la complexité des interactions entre les divers systèmes d'hérédité, génétiques ou non, qui crée la richesse des processus évolutifs et produit la diversité biologique. L'étude propose donc de faire entrer l'hérédité non génétique dans les approches écologiques et évolutives et d'élargir ainsi le champ de la théorie synthétique de l'évolution qui a été formulée dans les années 1930 et 1940 lorsque la génétique a été intégrée dans la théorie darwinienne. On peut en quelque sorte considérer que cette vision centrée sur l'ADN est à la théorie de l'évolution ce que la mécanique newtonienne était à la théorie de la gravitation. Aller au-delà du dogme du « tout génétique » en prenant en compte toutes les formes d'hérédité pourrait conduire à une compréhension plus profonde des sciences de l'évolution et de la biodiversité, tout comme Albert Einstein, avec sa théorie de la relativité, avait bouleversé toute l'astrophysique.

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batman93

L'article ne précise pas, et c'est le nerf de la guerre, si ces comportements se transmettent.
La mouche qui préfère les roses aux verts, fera t-elle des petits qui auront cette même préférence ?
Les cafards fuyant la lumière, le font ils même s'ils sont isolés de tout contact social ?
Je reste perplexe...
D'autant plus que le sujet est trop souvent teinté de considérations philosophiques ou religieuses.

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Troll

batman93
L'article ne précise pas, et c'est le nerf de la guerre, si ces comportements se transmettent.
La mouche qui préfère les roses aux verts, fera t-elle des petits qui auront cette même préférence ?

Si c'était comme tu dis, alors il n'y aurait rien de changé, ce serait toujours une transmission purement génétique. Or, cette recherche montre justement que les comportements sociaux peuvent participer au système évolutif.

C'est effectivement une grande avancée........la science va-t-elle enfin sortir de sa surspécialisation pour élargir un peu ses points de vues ?!!?

AL
alessandro pendesini

La réussite adaptative est le résultat d’une fantastique hécatombe : nous « améliorons » notre classement grâce au forfait des inadaptés, et non en construisant de manière délibérée un modèle amélioré.
Ce ne sont pas les « caractères » qui sont transmis, ni seulement les gènes, mais l’ensemble des conditions qui permettent au « système » développemental de se dérouler à nouveau en re-produisant l’ontogenèse typique de l’espèce.
La notion de « programme génétique » valide pour les bactéries perd sa pertinence si on l’applique à l’homme et son cerveau. La configuration neuro-synaptique du cortex ne dépend pas du génome (code génétique) qui relève de l’inné mais de l’acquis ! Les gènes contribuent plus à la détermination des traits de personnalité qu’ils ne la dictent.
Si deux personnes sont semblables génétiquement parlant à 99,9% en moyenne, au sens où, sur les trois milliards d’unité de bases qui composent l’ADN, trois millions diffèrent seulement d’un individu à l’autre ; il n’en est pas de même pour la configuration cérébrale : le génome « pilote » la mise en place de 100 milliards de neurones depuis la naissance, mais LEURS CONNEXIONS NE DEPENDENT PRATIQUEMENT PLUS DE L’INNE MAIS DE L’ACQUIS ! (Seuls les circuits sous-corticaux sont assemblés d’une façon plus déterministe « innée » que les circuits néo-corticaux).

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StarDreamer

Ce qui est intéressant, actuellement, ce sont les recherches sur l'épigénétique et les empreintes parentales.
Car l'idée est surtout de savoir si des caractères acquis peuvent en quelque sorte devenir innés en se transmettant à la progéniture par voie biologique, et pas seulement par la voie sociale.
Outre le fait que ça "fout en l'air" complètement le dogme du pur adn, cela ouvrirait la voie à pas mal de solutions quant à la transmission des caractères dans une lignée.

Mais j'ai l'impression que tout ceci est encore un peu trop tabou pour en parler et le chercheur (désolé, je n'ai plus son nom en tête) qui avait publié sur l'empreinte parentale il y a quelques années dans Pour le Science avait été très évasif, marchant presque sur des oeufs, dirais-je, lorsque j'avais échangé quelques courriels avec lui sur le sujet de l'acquis qui devient inné.

Au-delà du vrai et du faux, ce serait bien que ces satanés tabous tombent afin que la recherche avance...
... car, sur ces sujets, ça parle aussi pas mal de nous, finalement ... grosses bébêtes de l'évolution que nous sommes aussi !

AL
alessandro pendesini

Pouvons-nous dire, au stade actuel de l’évolution de notre cerveau, qu’il y a des connections « antagonistes » entre les systèmes cognitifs et émotionnels ? Ceci pourrait expliquer que nous avons des caractéristiques cognitives récemment évoluées mais qui n’ont pas eu le temps de s’intégrer dans la structure corticale cérébrale….
NB. : Nous naissons « animal » ; c’est le milieu dans lequel nous évoluons qui contribue, dans le meilleur des cas, à faire de nous un animal épiphénomènal relativement rationnel ; sans une culture holistique (ou avec une pseudo-culture) nous ne dépasserions pas le stade de notre « animalité » innée ! Certains conflits sociaux et guerres sont la pour nous le rappeler……

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batman93

Certains conflits sociaux et guerres sont la pour nous le rappeler

Je pencherais plutôt pour un raisonnement purement "humain" dans les processus guerriers de l'homme.
Au delà de l'image purement belliqueuse et sanglante des guerres se cachent bien souvent un raisonnement parfaitement structuré qui en amènent quelques un a e faire s'entre tuer des masses. Quel animal extermine sous prétexte qu'il se croit supérieur ?

les comportements sociaux peuvent participer au système évolutif.

Certainement, mais si les descendants sont séparés dès la naissance du groupe original, ces comportements se poursuivent ils ?
Ou alors il faut revoir la définition propre du mot "hérédité".

Quant aux tabous... mouais... tabou suppose une chose interdite, cachée ou occultée. Encore faut il qu'il y en ait une. Cela reste a démontrer !

Reste cependant une règle de la génétique universelle... un vieux con n'est qu'un petit con qui a grandi ! (permission de censurer !)