Un pas de plus vers la maîtrise de la fusion nucléaire ?

Restez toujours informé : suivez-nous sur Google (☆)

Deux physiciens aux USA ont récemment découvert une explication possible à l'un des problèmes majeurs qui empêche le développement de la fusion nucléaire. Ils proposent une solution qui, si validée expérimentalement, devrait permettre de nets progrès de performance au sein des tokamaks. Voilà de quoi encourager nos espoirs de maîtriser cette nouvelle technologie afin de l'utiliser industriellement pour la production d'électricité.

En effet, à l'heure où l'avenir énergétique de la planète est au coeur des préoccupations, la fusion nucléaire constituerait une source d'énergie idéale car abondante et peu polluante. Cependant, les conditions strictes permettant la fusion sont difficiles à mettre en oeuvre si bien que la technologie en est encore au stade de la recherche et de l'expérimentation aujourd'hui. L'objectif de réaliser une centrale à fusion, qui convertirait la chaleur dégagée par les réactions de fusion en électricité, est encore loin d'être atteint. Les communautés scientifiques nationales et internationales se sont lancées dans de gros projets à la hauteur de cet enjeu considérable. L'ampleur des investissements laisse perplexe une partie de la population. Le développement de la fusion nucléaire est actuellement une source de débats quant à la pertinence d'engager de telles sommes pour un résultat non assuré. Dans ce contexte, les attentes sont nombreuses et pressantes.

Vue en coupe du réacteur Iter

C'est donc avec enthousiasme que Luis Delgado-Aparicio et David Gates, tous deux physiciens au Princeton Plasma Physics Laboratory du U.S. Department of Energy, ont récemment fait part de leur découverte. Ils se sont intéressés aux instabilités qui peuvent survenir au sein du plasma dans les configurations de type "tokamaks", et qui constituent le problème majeur freinant leur développement. L'apparition de ces instabilités tridimensionnelles dites "disruptions" ont été reconnues comme inévitables, même en conditions normales de confinement. Elles correspondent à une perte violente et très rapide du confinement du plasma, et peuvent endommager significativement le matériel. Par ailleurs, les risques d'endommagement sont d'autant plus élevés que la puissance du tokamak est importante. Ainsi le prototype de tokamak de puissance ITER, actuellement en cours de construction à Cadarache, pourrait voir l'ensemble de son installation gravement endommagée.

L'une des causes importantes de ces disruptions est l'élévation de la densité du plasma au-delà d'une certaine valeur critique dite "limite de Greenwald". Cette limite semble universelle et son origine reste jusqu'à ce jour énigmatique. Pour que la fusion se produise dans le plasma, il faut que celui-ci soit suffisamment dense et chaud pour permettre le rapprochement des noyaux légers contenus dans ce plasma et provoquer leur recombinaison en noyaux plus lourds. Cette recombinaison s'accompagne d'un fort dégagement d'énergie sous forme de chaleur, que l'on cherche à récupérer pour produire ensuite de l'électricité. Cette réaction de fusion est d'ailleurs mise à l'oeuvre naturellement dans le soleil et la plupart des étoiles. A priori, plus on injecte d'énergie dans le plasma, plus l'on s'attend à en augmenter la densité, et donc à privilégier les réactions de fusion. La limite de Greenwald contredit cette intuition. Par ailleurs, étant donné que le taux de réactions nucléaires est proportionnel au carré de la densité du plasma, cette limite bride les performances d'un tokamak de taille donnée. Ainsi les scientifiques cherchent à en expliquer les origines depuis des décennies.

L'étude approfondie de L.Delgado et D. Gates se penche sur ce problème. Ils proposent une explication toute fraîche, différente de celle proposée par Greenwald, le physicien du MIT qui a établi l'équation décrivant cette limite (et qui porte son nom). D'après Greenwald, l'instabilité proviendrait d'un rayonnement excessif du plasma de bord qui abaisse sa température, augmentant ainsi sa résistivité. Le courant qui circule dans le plasma se transfère alors du bord vers son centre, si bien que la densité de courant au centre atteint la valeur seuil (dite de Kruskal-Shafranov (KS), proportionnelle au champ toroïdal) à partir de laquelle se développe une instabilité magnétohydrodynamique (MHD) : le plasma s'entortille et touche la paroi du tokamak où il se refroidit. Le courant du plasma est ainsi forcé de pénétrer dans la paroi, d'où des dégradations. Cependant l'initiation et le terme de ce processus ne sont pas clairs.

L'approche proposée par L. Delgado et D. Gates se concentre sur les îlots magnétiques qui se forment lorsque la limite est atteinte. Ils montrent à l'appui d'équations que ces derniers seraient la cause de l'effondrement du plasma. Le rapprochement entre ces ilots et l'effondrement n'est pas nouveau, mais la relation de cause à effet n'a pas été mise en évidence dans les précédentes études.

Voilà donc le nouveau scénario qu'ils proposent : les îlots seraient responsables de deux effets négatifs : d'une part ils accumulent des impuretés provenant des parois du tokamak qui refroidissent le plasma, et d'autre part, ils agissent tels des boucliers contre l'ajout supplémentaire d'énergie dans le système. Lorsque la puissance injectée devient inférieure à la puissance dégagée des îlots par effet Joule, l'équilibre se rompt. Les îlots se développent jusqu'à atteindre une taille suffisamment importante pour entraîner l'effondrement du courant électrique qui aide à confiner le plasma. Le plasma disparaît alors en quelques millisecondes.

Il ne reste maintenant plus qu'à vérifier ces hypothèses expérimentalement, ce qui est prévu prochainement sur les tokamaks C-Mod du MIT et DIII-D de General Atomics à San Diego. Grâce à cette nouvelle vision du problème, L. Delgado et D. Gates ont pensé à une éventuelle solution pour parvenir à des densités au-delà de la limite de Greenwald : celle-ci consisterait à injecter l'énergie directement au coeur des îlots. Si cette manipulation s'avérait fonctionner, les conditions nécessaires à la fusion (hautes températures et densité élevée) pourraient alors être bien plus aisément mises en oeuvre dans le futur.

avatar
cisou9

injecter l'énergie directement au cœur des îlots.

C'est pas gagné car je ne sais si les îlots se forment toujours au même endroit, si oui ce sera plus facile. :_grat2:

KA
kace

cisou9
:_salut:


injecter l'énergie directement au cœur des îlots.


C'est pas gagné car je ne sais si les îlots se forment toujours au même endroit, si oui ce sera plus facile. :_grat2:

Peut-être en les éclairant directement avec plusieurs lasers qui convergent vers les îlots, dynamiquement, et qui transfèrent donc de l'énergie là où c'est nécessaire ... ? En tout cas, l'article laisse penser que ça ne paraît pas insurmontable.
Plus généralement, je suis quand même assez sceptique sur la possibilité un jour de maîtriser la fusion de manière "industrielle" : cf un bel article il y a ~2 ans dans La Recherche ou pour la Science (j'ai oublié, sorry) qui listait tous les défis avant d'arriver à cette maîtrise (du genre des matériaux résistants à de très fortes radiations, avec un très fort pouvoir conducteur de chaleur, une grande durée de vie, une très forte résistance à la chaleur ..., un recyclage quasi-complet du tritium, gestion des instabilité du plasma en 24x7 alors qu'on n'y arrive que quelques minutes tout au plus, décupler le rendement de chauffe du plasma, etc).
Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'on en est très loin sur chacune de ces difficultés, qui doivent toutes être surmontées pour arriver à l'industrialisation ... C'est donc encore très clairement de la "R&D exploratoire", sans aucune garantie à ce stade d'une possible industrialisation.
Une précision : je suis pour Iter, mais il faut garder en tête que c'est de la R&D, pas un prototype "pré-industriel", et qu'il n'est donc nullement garanti qu'on y arrive. D'ailleurs, ceux qui y bossent disent généralement qu'on ne peut pas compter dessus avant a minima 50 ans : autant dire qu'il est peu probable qu'on les voit en fonctionnement de notre vivant (même pour les plus jeunes d'entre-nous) ...

DU
Dudu

kace
qu'il est peu probable qu'on les voit en fonctionnement de notre vivant (même pour les plus jeunes d'entre-nous)

Je pense être quand même être vivant à 70 ans ^^

GR
griffaurel

cisou9
:_salut:


injecter l'énergie directement au cœur des îlots.


C'est pas gagné car je ne sais si les îlots se forment toujours au même endroit, si oui ce sera plus facile. :_grat2:

Intuitivement, je suppose que dans un Tokamak parfait, les îlots doivent apparaitre aléatoirement. Et on a surement toujours cherché à annuler tout ce qui peut les favoriser.
Mais si on sait ce qui les fait apparaitre, on peut ajouter un petit défaut déterminé dans le tokamak qui fera que la probabilité de formation de l'ilot à cet endroit soit très grande. Ce serait alors plus facile de concevoir le système d'injection d'énergie annulant ce défaut.

KA
kace

Dudu


kace
qu'il est peu probable qu'on les voit en fonctionnement de notre vivant (même pour les plus jeunes d'entre-nous)


Je pense être quand même être vivant à 70 ans ^^

Je te le souhaite bien sûr ;-). Mais tu noteras le "pas avant au moins 50 ans", ce qui peut aussi dire dans 80 ans ou plus : et là, c'est pas complètement gagné, même pour les plus jeunes (adultes).
Nous (ou nos enfants / petits-enfants) verrons bien si on y arrive :-)

avatar
buck

ben ca fait 50 ans qu'on dit pas avant 50 ans ;)

HY
Hyperion

Je doute de la faisabilité d'un tel procédé. Beaucoup trop de perte d'énergie de part le procédé retenu, transfert de chaleur pour produire de la vapeur d'eau pour faire tourner des turbine. Quel est le rapport entre l'énergie obtenue et celle nécessaire à maintenir le confinement magnétique ? Charger en combustible semble simple à réaliser mais comment extraire les composés issus de la fusion ?

avatar
franckpiton

Comme dit plus haut, c'est de la recherche, rien de plus.

avatar
cisou9

Hyperion
Je doute de la faisabilité d'un tel procédé. Beaucoup trop de perte d'énergie de part le procédé retenu, transfert de chaleur pour produire de la vapeur d'eau pour faire tourner des turbine. Quel est le rapport entre l'énergie obtenue et celle nécessaire à maintenir le confinement magnétique ? Charger en combustible semble simple à réaliser mais comment extraire les composés issus de la fusion ?
:heink:

Le confinement magnétique ne consomme de l'énergie qu'au démarrage, les bobines sont supraconductrices.
Celles qui assurent la stabilité du plasma ne le sont aussi.
Tor-Supra à Cadarache a une ligne EDF de 400 000V pour l'alimenter, un alternateur lui est dédié dans la région d'Avignon.
C'est le chauffage du plasma qui consomme beaucoup 15 MW thermiques.

http://www-cadarache.cea.fr/fr/activites/fusion/

HY
Hyperion

cisou9


Hyperion
Je doute de la faisabilité d'un tel procédé. Beaucoup trop de perte d'énergie de part le procédé retenu, transfert de chaleur pour produire de la vapeur d'eau pour faire tourner des turbine. Quel est le rapport entre l'énergie obtenue et celle nécessaire à maintenir le confinement magnétique ? Charger en combustible semble simple à réaliser mais comment extraire les composés issus de la fusion ?
:heink:


Le confinement magnétique ne consomme de l'énergie qu'au démarrage, les bobines sont supraconductrices.
Celles qui assurent la stabilité du plasma ne le sont aussi.
Tor-Supra à Cadarache a une ligne EDF de 400 000V pour l'alimenter, un alternateur lui est dédié dans la région d'Avignon.
C'est le chauffage du plasma qui consomme beaucoup 15 MW thermiques.


http://www-cadarache.cea.fr/fr/activites/fusion/

Et pour le système de refroidissement à des températures extrême même pour les supraconducteur les plus "chaux"

15MW pour une puissance thermique de combien ?

HY
Hyperion

Pourquoi ne pas essayer avec un accélérateur linéaire et d'envoyer les faisceaux directement sur une cible et récupérer le dégagement thermique, un peu comme le feux sous la poile

En même je ne suis pas physicien :lol:

avatar
bongo1981

Il y a déjà un procédé de ce genre qui s'appelle le confinement inertiel (avec des faisceaux laser, le sujet offre beaucoup moins de publication )

avatar
keyplus

moi je suis pour utiliser des micro trou noirs de courte duree de vie creer lors de collisons pour aider la fusion :fada: