Clinamen
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Dans la physique épicurienne, le clinamen est un écart, une déviation (littéralement une déclinaison) spontanée des atomes par rapport à leur chute verticale dans le vide, qui permet aux atomes de s'entrechoquer. Cette déviation est spatialement et temporellement indeterminée et aléatoire, elle permet d'expliquer l'existence des corps et la liberté humaine dans un cadre matérialiste. Bien que cette théorie (Le mot théorie vient du mot grec theorein, qui signifie « contempler, observer, examiner ». Dans le langage courant, une théorie est une idée ou une connaissance spéculative, souvent basée sur...) ne se retrouve que dans le De natura rerum de l'épicurien latin Lucrèce elle est attribuée à Épicure lui-même, son œuvre ayant été en grande partie perdue depuis l'antiquité romaine.

Rapport à l'indétermination quantique

Dans son De natura rerum (De la Nature des choses, II, 216-219), Lucrèce décrit un concept très proche de l'indétermination quantique mais qui, loin de déboucher sur un océan (Un océan est souvent défini, en géographie, comme une vaste étendue d'eau salée. En fait, il s'agit plutôt d'un volume, dont l'eau est en permanence renouvelée par des...) d'incertitude, a des accents libertaires et de grande certitude :

" Voici encore, en cette matière (La matière est la substance qui compose tout corps ayant une réalité tangible. Ses trois états les plus communs sont l'état solide, l'état liquide,...), ce que je veux te faire connaître. Les atomes (Un atome (du grec ατομος, atomos, « que l'on ne peut diviser ») est la plus petite partie d'un corps simple pouvant se combiner chimiquement avec...) descendent en ligne droite dans le vide (Le vide est ordinairement défini comme l'absence de matière dans une zone spatiale.), entraînés par leur pesanteur (Le champ de pesanteur (ou plus couramment pesanteur) est un champ attractif auquel sont soumis tous les corps matériels au voisinage de la Terre : on observe ainsi qu'en un lieu donné tous les corps libres...). Mais il leur arrive, on ne saurait dire où ni quand, de s'écarter un peu de la verticale (La verticale est une droite parallèle à la direction de la pesanteur, donnée notamment par le fil à plomb.), si peu qu'à peine on peut parler de déclinaison. Sans cet écart ils ne cesseraient de tomber à travers le vide immense, comme des gouttes de pluie ; il n'y aurait point (Graphie) lieu à rencontres, à chocs, et jamais la nature n'aurait rien pu créer. [...]

" C'est pourquoi, je le répète, il faut que les atomes s'écartent un peu de la verticale, mais à peine et le moins possible. N'ayons pas l'air (L'air est le mélange de gaz constituant l'atmosphère de la Terre. Il est inodore et incolore. Du fait de la diminution de la pression de l'air avec l'altitude, il est nécessaire de pressuriser les cabines des avions et autres...) de leur prêter des mouvements obliques que démentirait la réalité [...]

" Qu'un rien dévie en quelque chose de sa ligne, qui serait capable de s'en rendre compte ? Mais si tous les mouvements sont enchaînés dans la nature, si toujours d'un premier naît un second suivant un ordre rigoureux, si par leur clinamen (Dans la physique épicurienne, le clinamen est un écart, une déviation (littéralement une déclinaison) spontanée des atomes par rapport à leur chute verticale dans le vide, qui permet aux atomes de...) les atomes ne provoquent pas un mouvement qui rompe les lois de la fatalité, et qui empêche que les causes ne se succèdent à l'infini (Le mot « infini » (-e, -s ; du latin finitus, « limité »), est un adjectif servant à qualifier quelque chose...), d'où viendrait donc cette liberté accordée sur terre (La Terre est la troisième planète du Système solaire par ordre de distance croissante au Soleil, et la quatrième par taille et par masse croissantes. C'est la plus grande et la plus massive des quatre planètes...) aux êtres vivants ; d'où viendrait, dis-je, cette libre faculté arrachée au destin, qui nous fait aller partout où la volonté nous mène ? [...]

" Aux atomes aussi nous devons reconnaître cette propriété : eux aussi ont une cause de mouvement autre que les chocs et la pesanteur – une cause d'où vient le pouvoir inné de la volonté, puisque nous voyons que rien ne peut naître de rien [...] : or tel est l'effet d'une légère déviation des atomes, dans des lieux et des temps (Le temps est un concept développé par l'être humain pour appréhender le changement dans le monde.) non déterminés. "

Rapport à la pataphysique

Ces écart qui paraissent des accidents de parcours, des épiphénomènes, rapprochent le clinamen de la " science du particulier, quoi qu'on dise qu'il n'y a de science que du général ", qu'est la 'Pataphysique.

Dans les Gestes et opinions du docteur Faustroll, roman à clefs, bible des Pataphysiciens, Alfred Jarry parle précisément de l'éjaculation de " la bête imprévue Clinamen " (livre VI, chapitre XXXIV intitulé justement " Clinamen "). O. Votka, pataphysicien, écrit qu'Épicure a saisi qu'au centre de toute pensée comme de toute réalité (qui n'est jamais pour quiconque qu'une pensée de réalité), il y a une aberrance infinitésimale, une inflexion indispensable, qui cependant oriente et désoriente tout. Le clinamen est donc bien autre chose qu'un hasard (Dans le langage ordinaire, le mot hasard est utilisé pour exprimer un manque efficient, sinon de causes, au moins d'une reconnaissance de cause...) ou qu'une chance comme on le dit souvent. C'est une notion dérisoire qu'Épicure a mis au principe...

Et l'oulipien Paul Braffort commente : Ce texte ouvre une polémique (…) sur la relation possible du clinamen avec les relations d’incertitude de la Physique quantique. Mais pour Perec le clinamen intervient surtout comme " mode d’emploi complémentaire " à la mise en œuvre des contraintes oulipiennes.

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