Introduction

Martine Pelletier
Photo : Michel Caron
«J’aurais bien aimé avoir d’autres conclusions à présenter à la conférence que j’ai tenue le 7 mars», avance d’entrée de jeu Martine Pelletier, professeure à la Faculté de théologie et d’études religieuses de l'Université de Sherbrooke (Québec) . Sa conférence «De la fiancée mécanique à la déesse numérique» s’inscrivait dans le cadre de la journée d’étude Femmes, religions et spiritualités et s’intéressait à l’évolution des représentations des femmes dans les publicités depuis les années 50. Non seulement ces représentations n’auraient pas évolué, mais le public se serait habitué à ces images stéréotypées, et la tendance se serait même accentuée. Confiante, la professeure fait le pari que l’on peut encore avoir un esprit critique devant l’hypersexualisation à laquelle on fait face dans le monde publicitaire.
Stéréogenrisme
«Stéréogenrisme est un mot que j’ai trouvé pour bien décrire ces stéréotypes qui sont accolés au genre féminin ou masculin. L’image véhiculée de la femme passive, fragile, souvent présentée à la maison, dans le privé, et celle plus active et plus forte de l’homme, souvent présentée dans un contexte extérieur, public, sont des images toujours présentes, une trame de fond qui perdure et se confirme encore en 2013», explique Martine Pelletier.
Le milieu de la publicité, du jeu vidéo et de la réalisation étant à prédominance masculine, pourrait-on avancer que c’est le regard de l’homme envers la femme qui ressort dans ces représentations stéréotypées de la femme, qu’elles soient femme ménagère, femme fatale, femme objet ou femme moderne? «Attention à la catégorisation, prévient la professeure. À la tête de magazines féminins, les femmes peuvent elles aussi, souvent bien inconsciemment, contribuer à perpétuer ce que la culture dévoile. La publicité est là pour vendre, et pour ce faire, elle doit correspondre aux valeurs ambiantes. Elle récupère le quotidien en quelque sorte.»
Toujours selon la professeure Pelletier, la publicité est conservatrice, confortante, mais n’offre pas de nouveaux stéréotypes. Transformatrice? Parfois. Elle nous fait alors voir d’autres angles mais toujours en respectant les tabous. Elle cherche surtout à faire émerger la sensibilité des publics, d’où l’omniprésence de la sexualité, trame de désir par excellence. Martine Pelletier cite Bernard Cathelat, psychosociologue français, qui avance que la publicité ne doit pas être trop avant-gardiste, ce qui créerait un inconfort chez le public, ni trop ancienne, ce qui provoquerait le rejet. Elle n’a pas de pouvoir. Elle est considérée comme un parasite : elle s’adapte à son environnement, au contexte. Un miroir de la société. Enseigner des bonnes vertus n’est pas son rôle.
Après la ménagère des années 50-60, la militante des années 70, la superwoman des années 80, la chercheuse d’équilibre des années 90 et la féminine des années 2000, toutes des représentations que l’on retrouve encore aujourd’hui parfois à différents degrés, un nouveau modèle est apparu : le gynoïde, c’est-à-dire le corps de la femme perçu et conçu comme une machine, un robot.
«On retrouve ce nouveau modèle notamment dans les jeux vidéo, où la femme est littéralement construite selon une image parfaite imaginée par l’homme. On parle d’une image unique, où la blancheur, la longueur des jambes, les vêtements moulés, les proportions impossibles et la minceur sont par définition toujours présents, explique Martine Pelletier. Et on peut même retourner à la mythologie grecque avec le Pygmalion pour trouver l’origine de ce besoin de création de la femme parfaite.»
