Faut-il accorder des droits fondamentaux aux animaux ?

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Pour Valéry Giroux, élever les animaux en liberté n'est pas suffisant pour leur assurer le droit à la liberté, puisque l'élevage est en soi une entrave. (Photo: Keven Law)

Connaissez-vous le «véganisme»? Le terme est issu de l'anglais vegan, qui est un condensé de vegetarian. Mais contrairement au végétarisme, qui exclut la consommation de viande, et au végétalisme, qui étend l'exclusion aux produits laitiers, le «véganisme» va jusqu'à proscrire l'usage et l'achat des produits animaux, dont le cuir et la laine, par refus de toute forme de cruauté envers les animaux.

Valéry Giroux, chargée de cours au Département de philosophie de l'Université de Montréal, en a fait son sujet de thèse de doctorat après avoir adopté ce mode de vie au nom de principes éthiques et d'une cohérence philosophique. Après une maitrise en droit consacrée au droit des animaux, elle a poussé sa réflexion jusqu'à examiner la pertinence d'accorder aux animaux non humains les mêmes droits fondamentaux que ceux reconnus à l'animal humain.

Au terme de sa recherche, elle conclut que les animaux conscients devraient jouir du statut de personne et que l'exploitation animale, quelles qu'en soient la forme et l'intensité, devrait par conséquent être abandonnée.

Respecter l'intérêt de l'animal

Le raisonnement de Valéry Giroux part de la théorie juridique de l'intérêt. Selon cette théorie, l'être humain accorde des droits aux individus afin de protéger les intérêts de la personne, l'intérêt désignant tout ce que désire, préfère et souhaite un individu, bref tout ce qui lui serait bénéfique et sans quoi il subirait un dommage.

«Le concept d'intérêt s'applique à tous les êtres sensibles, souligne la philosophe. Au nom du principe de l'égalité, nous l'appliquons même aux individus qui ne sont pas autonomes, comme les enfants, les personnes handicapées et les personnes sous tutelle. Il est donc pertinent de se demander si la notion doit être appliquée aux non-humains.»

La réponse à cette question ne fait pas de doute à ses yeux: tous les êtres sensibles ont un égal intérêt à ne pas souffrir et à ne pas être torturés (droit à l'intégrité physique), à ne pas être tués (droit à la vie) et à ne pas être exploités, asservis ou appropriés (droit à la liberté). Ces droits devraient alors être reconnus aux animaux.

L

Valéry Giroux

e droit à l'intégrité physique est sans doute celui qui est le mieux accepté et qui pose le moins de problèmes. La plupart des pays ont en effet des lois qui interdisent la cruauté envers les animaux parce que ce sont des êtres sensibles comme nous.

Le droit à la vie, qui proscrit par conséquent l'abattage et la chasse, est plus problématique. «Un être sensible est réputé jouir des bonnes choses de la vie et il a donc intérêt à préserver son existence, avance la philosophe. Par la mise à mort, nous le privons de ses bonnes expériences futures.»

Le droit à la liberté est celui qui entraine le plus de contraintes pour la société humaine et qui est le plus difficile à faire accepter. «En philosophie politique, la liberté se définit par l'absence d'interférences dans notre action; tous les êtres sensibles ont ainsi intérêt à être libres. La liberté républicaine est plus que la simple absence d'interférences et implique que tous aient un statut égal. Il faut donc refuser la différence de statut entre humains et non-humains.»

Cela conduit à rejeter l'élevage animal, qui est une appropriation de l'autre et qui ne peut être à la fois rentable et indolore. Même chose pour l'animal de compagnie, dont la présence n'est acceptable que dans la mesure où l'on réussit à lui accorder le statut de citoyen et qu'il est traité comme tel.

Valéry Giroux avoue toutefois posséder un animal de compagnie, une contradiction qu'elle assume avec l'exemple suivant: «On peut aider un sans-abri tout en luttant contre la pauvreté.»

La philosophe s'en remet par ailleurs aux biologistes pour déterminer quels sont les animaux suffisamment sensibles pour bénéficier de ces droits. Dans l'état actuel des connaissances, il faut inclure tous les vertébrés, soit les mammifères, oiseaux, reptiles et poissons. Quant aux insectes, tous ne s'entendent pas; en l'absence de consensus scientifiques, «il faut leur accorder le bénéfice du doute», affirme-t-elle. Les adeptes du «véganisme» qui vont jusque-là éliminent donc le miel de leur alimentation.

Inverser le fardeau de la preuve

Valéry Giroux renverse le fardeau de la preuve et considère qu'il appartient à ceux qui ne croient pas que les droits humains doivent être étendus aux animaux de nous dire pourquoi ils ne devraient pas l'être. La barrière qui sépare l'espèce humaine des autres espèces animales n'est pas un contrargument recevable à son avis. «En fonction de nos affinités, nous traitons différemment un cheval et un chien, mais sous l'angle de l'intérêt, les distinctions entre espèces sensibles ne sont pas pertinentes.»

L'argument des avantages tirés de la recherche à l'aide d'animaux ne passe pas la rampe non plus. «Nous pourrions aussi profiter de l'utilisation d'humains en recherche, mais nous avons cessé de le faire. Nous acceptions donc de nous priver de ces connaissances utiles», indique la philosophe en souhaitant que la même attitude prévale à l'endroit des animaux.

La seule dérogation acceptable à cette logique implacable est lorsqu'il n'est pas possible de faire autrement pour assurer sa survie.

Valéry Giroux réussit-elle à vivre en «végane»? En plus d'un animal de compagnie, elle reconnait avoir une voiture. «Une voiture, ça pollue et la pollution provoque des maladies. Mais il faut chercher à limiter les dégâts et il est à espérer un progrès dans la protection des droits des animaux. Les premiers qui ont cherché à interdire l'esclavage se sont fait dire qu'une telle chose était impossible et indéfendable.»

Nous sommes loin de l'époque de Descartes, où les philosophes soutenaient que les animaux, étant privés de pensée, ne ressentaient aucune souffrance!

ZP
Zplay

Je suis d'accord avec une phrase en particulier,

En fonction de nos affinités, nous traitons différemment un cheval et un chien, mais sous l'angle de l'intérêt, les distinctions entre espèces sensibles ne sont pas pertinentes.

On peut très bien tuer des mouches, des araignées, des souris, mais on a pas le droit de tuer un chien ou un chat, pourquoi certains seraient plus importants que d'autres ?

Pour ce qui est de l'article de donner des droits aux animaux, ok pourquoi pas... Mais comment on explique aux animaux qu'il faut respecter les autres animaux ? Parce que si on le respecte, faut que tout le monde joue le jeu !

Et les plantes ? Elles souffrent pas quand on les coupe ? Arrêter de manger des plantes aussi.

  • Ne pas manger d'animaux
  • Ne rien manger d'origine animale
  • Ne pas manger de végétaux

Il reste : les fruits, encore que, on pourrait dire qu'une pomme pour un pommier, c'est comme du miel pour des abeilles, on n'a pas le droit de leur retirer.

Alors à moins d'établir une économie avec les pommiers afin de leur troquer des pommes contre des services, je ne vois pas comment on pourrait survivre ^^

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r0bb12

lui accorder le statut de citoyen et qu'il est traité comme tel

Faudra t-il qu'ils payent des impôts comme tout citoyen ?

Commençons par faire respecter correctement les droits des Humains avant de ce rajouter du travail avec les animaux.
Après, si plus personne n'a le droit de manger un animal ce sera difficile de nourrir tout le monde.

SO
sokal

A r0bb12

On ne demande pas grand chose non plus à un bébé humain et pourtant, il bénéficie des mêmes droits qu'un adulte. De plus, plus de la moitié de la production de végétaux est destinée à la production animal donc si, il est certain à 100% que l'on peut nourrir tout le monde sans animaux, et je ne parle pas de l'eau.

A Zplay

Encore une fois, même si les plantes souffrent comme les animaux, vaut mieux être végétarien, végétalien ou végan puisque la majorité de la production de végétaux est pour la prod. animal donc.....+ de végé-->- de viande-->- de végétaux souffrant

CQFD

NI
nicodeme

l'idée me plait et j'ai envie d'y adhérer lorsqu'il s'agit des vaches, cochons, poules.... en somme les animaux élevés pour la consommation humaine, car comme l'on déjà dit certains, les animaux de compagnie bénéficient d'un statut particulier, et ne sont pas a prendre en compte dans cette affaire.
Toutefois, malgré mes bonnes dispositions envers cette démarche, je ne peux pas imaginer une seconde, de protéger les mouches, moustiques, cafards, rats et autres nuisibles. Il conviendrait donc d'exclure clairement les espèces qui sont incompatibles avec la santé humaine.

VI
Victor

Derrière le respect exclusif pour l'homme il y a 3000 ans de civilisation judéo-chrétienne
en passant aussi par les grecs et les romains
C'est totalement différent dans les civilisations bouddhistes et hindouistes

avatar
cisou9

:_salut:
Si l'on pousse le raisonnement à l’extrême, dans la savane, il faut empêcher le lion de manger la gazelle.

Je vais demander à ces personnes et à cette dame de donner des poireaux à manger aux lions.
Ah non on peut pas, le poireau a lui aussi sa sensibilité, comment va t-on faire ?
Cruel dilemme. Bon ben moi puisque je ne peux plus rien manger, je vais manger les pissenlits par la racine.
Non en plus les vers vont me bouffer, ils n'ont pas le droit !!! :lol3: . :lol2:

La Valérie, elle ressemble à BB.

RE
Reumain.

Je vois déjà la une des journaux à propos d'un crime odieux commis par un crocodile sur une antilope.

TO
toupoilu

On ne peut pas retenir contre son gré le tigre du zoo de Vincennes, on ne peut pas non plus le considérer comme un criminel en puissance, on se doit donc d'attendre qu'il ait croqué quelqu'un pour le transférer devant les tribunaux(avec ses droits, bien sur).

CK
ckhoude

Pendant longtemps en Europe on a traduit des animaux en justice.

Exemples :
"- Année 1266. — Pourceau brûlé à Fontenay-au:-Roses, près Paris, pour avoir dévoré un enfant.

  • Septembre 1394. — Porc pendu à Mortaing, pour avoir tué un enfant de la paroisse de Roumaigne.
  • Année 1404. — Trois porcs suppliciés à Rouvres, en Bourgogne, pour avoir tué un enfant dans son berceau.
  • 17 juillet 1408. — Porc pendu à Vaudreuil pour un fait de même nature, conformément à la sentence du bailly de Rouen et des consuls, prononcée aux assises de Pont de-l’Arche tenues le 13 du même mois.
  • 24 décembre 1414. — Petit pourceau traîné et pendu par les jambes de derrière, pour meurtre d’un enfant, suivant sentence du mayeur et des échevins d’Abbeville.
  • 14 février 1418. — Autre pourceau coupable du même fait et pendu de la même manière, en vertu d’une sentence du mayeur et des échevins d’Abbeville."

Ou encore :

"1120 – Mulots et chenilles excommuniés par l’Évêque de Laon.
1314 – Les juges du comté de Valois firent le procès à un taureau qui avait tué un homme à coups de cornes, et le condamnèrent, sur la déposition des témoins, à être pendu ; la sentence fut confirmée par arrêt du Parlement le 7 février 1314.
1394 – Porc pendu pour avoir meurtri et tué un enfant, en la province de Roumaigne, vicomté de Mortain.
1451 – Sangsues excommuniées par l’Évêque de Lausanne, parce qu’elles détruisaient les poissons.
1474 – Coq condamné à être brûlé, par sentence d’un magistrat de Bâle, pour avoir pondu un œuf.
1488 – Becmares (charançons) : les grands vicaires d’Autun mandent aux curés des paroisses environnantes de leur enjoindre, pendant les offices et processions, de cesser leurs ravages et de les excommunier.
1497 – Truie condamnée à être assommée pour avoir mangé le menton d’un enfant du village de Charonne. La sentence ordonna en outre que les chairs seraient coupées et jetées aux chiens, et que le propriétaire et sa femme feraient un pèlerinage à Notre-Dame de Pontoise le jour de la Pentecôte.
1499 – Taureau condamné à la potence par jugement du bailliage de Beauprès (Beauvais) pour avoir, en fureur, occis un jeune homme.
1500 – Sentence de l’official contre les charançons et les sauterelles qui désolaient le territoire de Millieze.
1585 – Le grand vicaire de Valence fait citer les chenilles devant lui, leur donne un procureur pour les défendre, et finalement les condamne à quitter le diocèse."

Cf PROCÈS FAITS JADIS AUX ANIMAUX
par Émile Agnel
(Curiosités judiciaires et historiques du Moyen-âge, Paris 1858)

PH
Ph. B.

Bonjour,

ckhoude
Pendant longtemps en Europe on a traduit des animaux en justice.

Ont-ils tous eu un procès ou ont ils été tués directement ? De plus cela se pratique encore de nos jours, par exemple pour des chiens qui ont attaqué une personne (âgée, jeune,etc.)...

Philippe.

CK
ckhoude

Je vous conseille de lire la thèse de Doctorat Vétérinaire de Benjamin DABOVAL (Faculté de Médecine de Créteil 9/10/2003 - theses.vet-alfort.fr/telecharger.php?id=377) dont je livre la conclusion de la conclusion :
"Sans doute la situation de l’animal n’est-elle pas encore entièrement satisfaisante, mais réjouissons-nous que parmi les motivations des propriétaires d’animaux, celle qui arrive en tête est l’amour des animaux, et réjouissons-nous enfin du travail effectué par les associations qui ont eu à cœur la défense des animaux domestiques et sauvages.
En guise de conclusion, nous pouvons méditer avec Nietzsche qui notait dans Ainsi parlait Zarathoustra que l’homme enviiait l’insouciant bonheur animal. Si l’homme demandait à la bête pourquoi elle ne parle pas de son bonheur, elle répondrait « cela vient de ce que j’oublie chaque fois ce que j’ai l’intention de répondre ». Oubliant sa réponse, elle ne peut que se taire et nous, réfléchir aux devoirs que nous avons à remplir vis-à-vis des animaux."

RO
rosiedjango

Merci pour cet article courageux ! Voici quelques réponses aux commentaires.

Il est complètement erroné de penser que lorsque nous cesserons de manger des animaux, nous aurons de la difficulté à nourrir tout le monde. Au contraire, l'élevage affame le monde. On déboise les forêts tropicales et on appauvrit les sols pour faire pousser des céréales pour les animaux. Cesser de nourrir les 56 milliards d'animaux terrestres que l'on tue chaque année, nous permettrait aisément de nourrir tous les humains (et même de réduire la superficie de nos cultures, d’épargner les nappes d'eau souterraine et de reboiser).

Nous devons nous soucier des animaux non parce que ce sont des êtres vivants, mais parce que ce sont des êtres sensibles qui sont conscients de ce qui leur arrive, ils éprouvent du plaisir, de la souffrance et une foule d'autres émotions, ils ont des relations interpersonnelles et sociales, etc. Le critère de la sensibilité consciente (“sentience”) n'est pas arbitraire : c'est parce que ce qui leur arrive leur importe que cela devrait nous importer à nous aussi.

On peut bien penser que la vie d'un animal non-humain a moins de valeur que la vie d'un humain, mais il est important de saisir que la valeur relative d'une vie n'a aucune pertinence dans la reconnaissance des droits fondamentaux. Il est plus tragique qu'une jeune personne meure dans la fleur de l'âge qu'une vieille personne, mais les deux ont des droits fondamentaux égaux (droit à la vie, à l'intégrité physique et à la liberté). Cela veut tout simplement dire qu'on ne devrait pas blesser, enfermer et tuer les animaux lorsque cela n'est pas nécessaire.

Puisque manger de la viande n'est pas nécessaire, nous faisons subir aux animaux les pires horreurs parce que nous trouvons qu'ils goûtent bons, par habitude et par tradition. Dans un avenir pas si lointain (j'espère), nous regarderons avec honte ce que nous avons fait subir aux animaux.

Il est parfois nécessaire d'enfreindre les droits fondamentaux des hommes et des autres animaux, mais ce sont des cas exceptionnels -- et tragiques. Il faut cesser de banaliser les violences que l'on fait subir aux animaux par goût du luxe, par tradition et par simple habitude.

VI
Victor

Mangeons le l'humain comme dans soleil vert sérieux à moitié j'ai entendu dire par un économiste que c'était idiot de gacher toutes ces bonnes protéines humaines allez c'est moité sérieux
:dead: :joker: :humour: :yaisse: :keup: :cache:

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StarDreamer

rosiedjango
Il est parfois nécessaire d'enfreindre les droits fondamentaux des hommes et des autres animaux, mais ce sont des cas exceptionnels -- et tragiques. Il faut cesser de banaliser les violences que l'on fait subir aux animaux par goût du luxe, par tradition et par simple habitude.

Bonsoir,

J'ajouterais juste que la dernière phrase de Rosiedjango me fait foncièrement penser à la propagande végétarienne qui commence par exposer la violence subie par les animaux et qui pourrait être évitée (certaines pratiques dans les abattoirs qui me répugnent), pour ensuite s'en servir comme tremplin vers un monde végétarien où les animaux vivraient dans un bonheur sans les hommes...
... on en arrive aussi à la phase suivante, de certains écolos durs, qui préconisent d'exterminer l'homme pour que les animaux soient tranquilles.

Je sais que je suis extrême dans ces propos, mais j'ai trop souvent entendu parler ainsi, avec ces frontières mouvantes, dans des idéologies qui me font peur.

Pour ma part, j'en reste au juste nécessaire : tuer un animal pour se nourrir, et de manière correcte svp.
Pas de gâchis, pas de violence inutile, pas de cirque (à tous les sens du terme), ...etc... soit.

Pour la frontière, ensuite, elle est simple : tout autre discours va à l'encontre du principe de réalité qu'est la nature -> la consommation en chaîne. Lorsque l'homme va à l'encontre de la nature, on connait tous les résultats.
Et comme l'homme est omnivore, il n'y a rien à ajouter de plus.

Bonne soirée.
SD (qui a su rester calme)