HESS-II : une nouvelle caméra pour explorer l'Univers violent

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HESS, l'un des détecteurs de rayons gamma au sol les plus performants au monde, se dotera bientôt d'un cinquième télescope qui doublera ses capacités de découverte. Celui-ci sera équipé d'une caméra conçue et réalisée par des scientifiques français appartenant à la collaboration HESS, qui implique notamment plusieurs laboratoire du CNRS à travers l'IN2P3 (1) et l'INSU (2), et du CEA-Irfu (3). D'une sensibilité augmentée, cet œil électronique possède une finesse d'image deux fois plus importante que les caméras déjà en place. Il vient d'être achevé et est aujourd'hui présenté à l'Ecole Polytechnique. Grâce à cette nouvelle caméra, l'ensemble du dispositif augmentera considérablement ses performances et pourra repousser les frontières du visible, levant le voile sur les mystères des phénomènes les plus violents de notre Univers : il sera rebaptisé HESS-II.

Supernovas, trous noirs, noyaux actifs de galaxies… : l'existence des phénomènes les plus violents de notre Univers est révélée par les rayons gamma cosmiques (4) dont les sources font l'objet d'une traque systématique. C'est l'objectif de l'expérience HESS (5). Composé de quatre télescopes de 12 mètres de diamètre, cet observatoire est situé sur un haut plateau, en Namibie, au Sud-Ouest de l'Afrique (6). Depuis sa mise en service en 2004, HESS a ouvert une nouvelle fenêtre sur l'Univers en dévoilant de nombreuses sources de rayonnements gamma jusque-là inconnues : sur 84 sources découvertes à ce jour, 53 l'ont été par HESS. C'est aujourd'hui l'un des observatoires gamma au sol les plus performants au monde. Contrairement aux télescopes classiques qui observent les astres de manière directe, les télescopes de HESS sont à l'affût de la lumière furtive produite par l'interaction dans l'atmosphère des rayons gamma à haute énergie en provenance de l'Univers. De tels rayons gamma génèrent en effet de véritables gerbes de particules similaires à celles fabriquées grâce à des accélérateurs. Pour capturer le signal de ces interactions dans l'atmosphère, les quatre télescopes de HESS disposent de caméras électroniques de très grandes sensibilité et rapidité. HESS peut ainsi cartographier les objets célestes émettant un rayonnement gamma de haute énergie.

Partie supérieure de la caméra dont la surface photosensible de 2,15 m de diamètre a une granularité
deux fois meilleure que les caméras actuellement utilisées sur HESS

Afin d'augmenter la sensibilité du dispositif et de dévoiler plus profondément certains mystères de notre Univers, les chercheurs impliqués dans HESS développent un dispositif plus performant, appelé HESS-II, formé par l'adjonction au système existant d'un très grand télescope central de 28 m de diamètre. Les 596 m2 du miroir de ce télescope (contre 107 m2 pour chacun des 4 télescopes déjà en place) concentreront la lumière sur une caméra dont la construction vient de se terminer. Avec une surface sensible de 2,15 m de diamètre et une granularité (7) deux fois meilleure que les caméras actuellement utilisées, celle-ci pourra détecter les photons gamma un par un avec un temps de réponse à l'échelle de la nanoseconde (10-9 s). Véritable œil de lynx et pièce maîtresse du cinquième télescope, elle représente l'essentiel de la contribution française dont le maître d'œuvre est l'IN2P3/CNRS. Pour sa réalisation, les laboratoires français se sont appuyés sur l'expertise acquise lors de la construction des caméras des quatre premiers télescopes, ainsi que sur un réseau d'industriels partenaires. Cette caméra subira encore des tests d'étalonnage avant d'être envoyée en Namibie pour être installée sur le cinquième télescope dont la première lumière est attendue pour l'année prochaine.

Plus sensible et couvrant une gamme d'énergie plus large, HESS-II permettra de faire de nouvelles découvertes et d'élargir le catalogue des sources hautement énergétiques. Plus précisément, avec ce nouveau réseau, le nombre de sources connues émettant des rayons gamma de haute énergie devrait s'accroître et les images d'objets célestes étendus tels que les restes de supernovae devraient être meilleures.

La collaboration internationale HESS

Leader en Europe et dans le monde, la collaboration HESS réunit actuellement 180 chercheurs issus de 28 laboratoires de 12 pays différents, principalement en Allemagne et en France. La collaboration a obtenu une riche moisson de résultats scientifiques largement reconnus au niveau international. Ces résultats ont également été possibles grâce aux moyens informatiques et humains du Centre de calcul de l'IN2P3. La collaboration HESS a notamment été récompensée en 2006 par le prix Descartes Recherche et en 2010 par le prix Bruno Rossi, décernés respectivement par la Commission européenne et par la Société américaine d'astronomie.

Laboratoires français impliqués dans HESS

  • Laboratoire Astroparticule et cosmologie (CNRS/Université Paris Diderot-Paris 7/CEA/Observatoire de Paris),
  • Laboratoire d'Annecy-le-Vieux de physique des particules (CNRS/Université de Savoie),
  • Laboratoire Leprince-Ringuet (CNRS/École polytechnique),
  • Laboratoire de physique nucléaire et de hautes énergies (CNRS/UPMC/Université Paris Diderot-Paris 7),
  • Laboratoire de physique théorique et astroparticules (CNRS/Université de Montpellier 2),
  • Centre d'étude spatiale des rayonnements (CNRS/Université Toulouse 3, Observatoire Midi-Pyrénées/INSU),
  • Laboratoire d'astrophysique de Grenoble (CNRS/Université Joseph Fourier, Observatoire des Sciences de l'Univers de Grenoble/INSU),
  • Laboratoire « Univers et théories » (Observatoire de Paris/CNRS/Université Paris Diderot-Paris 7),
  • Institut de recherche sur les lois fondamentales de l'Univers (CEA-Irfu)

Notes:

(1) Institut national de physique nucléaire et de physique des particules du CNRS
(2) Institut national des sciences de l'Univers du CNRS
(3) Institut de recherche sur les lois fondamentales de l'Univers du CEA
(4) Constitué de photons, comme la lumière visible ou le rayonnement X, le rayonnement gamma est beaucoup plus énergétique. Il atteint mille milliards de fois l'énergie de la lumière visible
(5) High Energy Stereoscopic System, système stéréoscopique de haute énergie
(6) HESS se situe dans une région très ensoleillée, à une altitude de 1 800 m : deux données très favorables à la détection des rayons gamma.
(7) Les éléments d'image (pixels) sont deux fois plus nombreux et deux fois plus fins dans HESS-II que dans le dispositif actuel
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VI
Victor

Question que je me pose, est ce que les rayons gammas franchissent l'atmosphère ? Et je suis toujours épaté quand on parle de télescope gamma parce que question optique c'est des capteur discrets du genre grille et je me demande toujours comment ça marche angulairement dans les observations lointaines

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buck

un capteur ccd/cmos c'est aussi une grille ;)
Les gammas penetrent mal, sur terre on observe plutot leur decomposition (rayonnement Cerenkov si je ne m'abuse)

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Maulus

Ouaip c'est ça buck ! Enfin pas tout à fait !
La désintégration du rayonnement cosmique sur les hautes couches de l'atmosphère provoque des gerbes de particules dont des neutrinos qui lorsqu'ils se désintégrent emettent de la lumière Cherenkov.
Et c'est d'ailleur le bruit de fond le plus problématique pour les observatoirs à neutrino plongé dans les océans. Antarès par exemple dans la Méditérannée. Si bien qu'ils orientent le détecteur vers le centre la terre plutôt que vers le ciel :)
L'épaisseur de la terre faisant office de filtre pour ces pertubations !

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Maulus

Victor
Question que je me pose, est ce que les rayons gammas franchissent l'atmosphère ? Et je suis toujours épaté quand on parle de télescope gamma parce que question optique c'est des capteur discrets du genre grille et je me demande toujours comment ça marche angulairement dans les observations lointaines

Non les rayons gamma traversent pas l'atmosphère. Ils sont déviés par le champs magnétique terrestre. Mais ils viennent quand même serrer la main des particules des hautes couches atmosphèriques qui bien qu'extremement ténuent interagissent fortement !

La résolution angulaire des téléscopes gamma résident dans la finesse de cette fameuse grille.
Malheureusement pour nous, le rayon gamma traverse la matière... donc exit le mirroir en verre ou poymère d'un téléscope standard pour focaliser les rayons...
Conclusion, la diamètre effectif d'un telescope gamma est VRAIMENT sont diamètre effectif :p
Moralité, la résolution angulaire dépend soit de la taille soit de la finesse de la grille du capteur. Et comme disait le podcasteur que j'ai entendu à propos du telescope gamma Intégrale : sur un telescope gamma, la taille du capteur, c'est la taille du telescope :D

Donc on voit encore très très flou en astronomie gamma... pour l'instant :)

JL
jlenain

Bonjour,

Attention Maulus, les rayons gamma ne sont pas déviés par les champs magnétiques, vu que ceux-ci sont des photons (particules neutres), à ne pas confondre avec les rayons cosmiques, qui sont des noyaux atomiques chargés électriquement.

D'ailleurs, j'ai fait ma thèse au sein de la collaboration H.E.S.S.

Lorsque vous parlez de INTEGRAL, il ne faut pas oublier que ce satellite observe directement les rayons gamma, alors que H.E.S.S. les mesurent indirectement par l'observation de leur rayonnement Cherenkov.

En fait, les rayons gamma que l'on observe au sol sont bien plus énergétiques que ceux observés par INTEGRAL, par exemple. INTEGRAL voit des photons ayant une énergie de l'ordre du MeV, alors que H.E.S.S. observe au TeV (soit 1 million de fois plus énergétique).

Il est vrai que la résolution angulaire des instruments gamma au sol comme H.E.S.S. dépend de la finesse de la "grille" de la caméra. Tout le problème réside dans le temps d'intégration. Le rayonnement Cherenkov est très bref, de l'ordre de la nanoseconde. Il faut donc une caméra ultra-rapide pour enregistrer ce signal, qui en plus est peu lumineux. C'est pour cela que l'on ne peut pas utiliser des capteurs CCD plus "conventionnels" (c'est ces capteurs que vous retrouvez dans vos appareils photos numériques), mais plutôt des photo-multiplicateurs, beaucoup plus rapides, mais qui sont effectievment beaucoup plus gros que les pixels d'une matrice CCD.

ZO
Zoharion

Les grilles ont certainement une forme fractale, non ?

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buck

Euh non pour de structure fractale

JL
jlenain

Zoharion
Les grilles ont certainement une forme fractale, non ?

Euh, non, ce sont juste des pixels de photo-multiplicateurs les uns à côté des autres, comme dans le capteur CCD de votre appareil photo numérique.