L'ADN révèle l’histoire de populations d’Afrique centrale

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Des chercheurs du CNRS et de l'Institut Pasteur (1), en collaboration avec une équipe pluridisciplinaire et internationale (2), ont étudié l'histoire démographique et génétique des Pygmées et des agriculteurs bantous de l'Afrique centrale. Leur étude suggère que les deux groupes ont commencé à diverger à partir d'une population ancestrale commune il n'y a pas plus de 70 000 ans, puis qu'ils sont restés isolés les uns des autres, avant d'échanger à nouveau des gènes, à partir d'il y a 40 000 ans, par l'intermédiaire de mariages de femmes pygmées avec des hommes agriculteurs. Une fois confirmés par d'autres marqueurs génétiques indépendants, ces résultats serviront de base à l'étude de l'impact de la sédentarisation sur l'évolution du génome et en particulier sur la vulnérabilité ou la résistance à certains agents pathogènes.

Des généticiens des populations, du CNRS et de l’Institut Pasteur, se sont associés à d’autres chercheurs en bioinformatique, en ethnolinguistique et en épidémiologie pour étudier les populations de Pygmées (chasseurs-cueilleurs nomades) et de villageois bantous (agriculteurs et éleveurs sédentaires) qui vivent en Afrique Centrale. L’objectif : déterminer dans quelle mesure des facteurs sociaux, culturels et démographiques ont influencé le patrimoine génétique de ces populations.

Ils ont travaillé sur l’ADN mitochondrial (3) (ADNmt), transmis seulement par la voie maternelle. Leur échantillon de population était composé de 1500 individus issus de 20 populations d’agriculteurs villageois bantoues et de 9 populations de Pygmées chasseurs-cueilleurs du Gabon, du Cameroun, de la République Centrafricaine et de la République démocratique du Congo.

Les chercheurs ont identifié une lignée d’ADNmt ancestrale et autochtone de l’Afrique centrale autrefois partagée par les Pygmées de l’Ouest et les agriculteurs. Cette lignée a évolué en une seule lignée chez les Pygmées de l’Ouest actuels et en une grande diversité de lignées chez les agriculteurs. De façon générale, la variabilité de l’ADNmt chez les Pygmées est beaucoup plus faible que chez les agriculteurs : le pool génique maternel des Pygmées actuels dérive d’un faible nombre d'ancêtres communs.

Cette étude suggère le scénario suivant : les Pygmées ont commencé à diverger de la population ancestrale il y a, au plus, 70 000 ans. Après une période d'isolement, pendant laquelle les différences phénotypiques actuelles entre Pygmées et agriculteurs se sont accumulées, des femmes pygmées ont commencé à se marier avec des hommes agriculteurs (mais pas l’inverse), il y a au maximum 40 000 ans et ceci a continué jusqu’à il y a au moins quelques milliers années. Par la suite, le pool génique des Pygmées n’a pas été enrichi par des apports externes, contrairement à celui des agriculteurs, lors des « expansions bantoues », un événement qui correspond aux changements technologiques, démographiques et linguistiques de l’âge de Pierre tardif.

Les chercheurs vont maintenant étudier l’ADN nucléaire, notamment le chromosome Y pour vérifier ces conclusions. Ils ont choisi l’Afrique de l’Ouest, car c’est l’une des seules régions où cohabitent des populations nomades et sédentaires. In fine, ils souhaitent étudier les relations entre le génome et la vulnérabilité ou la résistance des populations aux agents pathogènes. Or, le passage à la sédentarité s’accompagne de trois facteurs qui ont un impact important vis-à-vis des agents pathogènes : la croissance démographique, qui leur permet de mieux se propager, la présence de déchets sur le lieu de vie, qui constituent également des vecteurs pour les maladies et des animaux domestiques, dont les maladies sont plus susceptibles de se transmettre à l’homme.

Cette étude a été financée par les programmes « Origine de l’homme, des langues et du langage » (CNRS), EUROCORES « Origin of Man, Languages and Language» de la European Science Foundation et ACI Prosodie « Histoire et diversité des Pygmées de l’Afrique Centrale et de leurs voisins » du ministère de la recherche.

Notes :

(1) Laboratoire Hôtes, vecteurs et agents infectieux : biologie et dynamique, Equipe « Génétique Evolutive Humaine » (CNRS/Institut Pasteur)

(2) Laboratoire Eco-anthropologie et ethnobiologie (CNRS/Muséum d'histoire naturelle/Université Paris) et Dynamique du langage (CNRS/Université Lyon 2), en collaboration avec les Universités de Barcelone, de Haifa, de St Jacques de Compostelle et de Yale, le Centre d'Etudes du Polymorphisme Humain (CEPH-Fondation Jean Dausset) à Paris et le CIRMF de Franceville.

(3) Les mitochondries sont des organites cellulaires qui permettent aux cellules de respirer. Elles possèdent leur propre ADN, dit ADN mitochondrial.

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buck

comment ils arrivent a donner une date de separation?

GR
griffaurel

Comme on connait la probabilité de mutation dans le génome, il suffit de compter les différences pour évaluer une durée de séparation.
Plus une variante est représentée, plus on peut supposer qu'elle est ancienne. D'où une chronologie des mutations, ce qui permet de dater le "remariage" des génomes.

"des femmes pygmées ont commencé à se marier avec des hommes agriculteurs (mais pas l’inverse), il y a au maximum 40 000 ans et ceci a continué jusqu’à il y a au moins quelques milliers années."

Qu'en termes élégants ces choses là sont dîtes !
On parle de mariages ( et à sens uniques en plus). Mais qu'en sait-on. Il s'agit pour moi plus vraisemblablement de rafles chez les nomades pour fournir de multiples épouses aux fermiers bantous.
Ce qui expliquerait en partie l'expansion démographique de ceux-ci.

A t-on des preuves ou des informations sur les mœurs de ces peuples d'il y a 40 000 ans. Est-ce que le concept de mariage existait à l'époque ? Pourquoi avoir choisi ce terme ? Je trouve que ce terme est inapproprié car la notion de mariage recouvre plus que la simple union charnel entre humain. Elle recouvre une notion sociale qui n'a rien de génétique.

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poppy

On peut imaginer que les mariages du paléolithique supérieur s'effectuaient sous forme d'échange.

Un père pygmée accordait peut-être sa fille contre une dot sans doute constituée de nourriture, de terres cultivables ou autres... ce qui permettait un revenu à la famille et l'assurance d'une descendance...

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Maulus

dans ce cas il faut pas prendre le mot mariage au premier sens du terme !
c'est comme un mariage au tarot quoi alors...

m'enfin je suis d'accord avec griffaurel

TR
tr

griffaurel
....
Qu'en termes élégants ces choses là sont dîtes !
On parle de mariages ( et à sens uniques en plus). Mais qu'en sait-on. Il s'agit pour moi plus vraisemblablement de rafles chez les nomades pour fournir de multiples épouses aux fermiers bantous.
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A t-on des preuves ou des informations sur les mœurs de ces peuples d'il y a 40 000 ans. Est-ce que le concept de mariage existait à l'époque ? Pourquoi avoir choisi ce terme ? Je trouve que ce terme est inapproprié car la notion de mariage recouvre plus que la simple union charnel entre humain. Elle recouvre une notion sociale qui n'a rien de génétique.

Ce ne nous est pas facile de réfléchir sur les autres cultures sans trop biaiser la compréhension par notre culture à nous.

Ton refus du mot mariage me gène. Je trouve le mot "mariage" respectueux de ces gens qu'on ne connait pas très bien.

En cherchant un peu, j'ai trouvé ce trésor, qui décrit des relations Bantous-Pygmées aujourd'hui :
https://www.mwinda.org/article/pygmee.html
Les réactions des lecteurs sont enrichissantes aussi :
https://www.mwinda.org/forum/forum556/affichage1.php

Il ne me parait pas certain qu'il s'agissait de "rafles" mais plutôt de relations un peu particulières, conflictuelles parfois, mais bien nommées aujourd'hui "mariages" dans le premier lien que j'ai fourni. Et, encore aujourd'hui, à sens unique, femmes Pygmées avec hommes Bantous.

Remarque qu'en Europe aussi, le mari se doit d'être un chouya plus grand que sa promise... Bon, c'est moins contraignant, il y a des exceptions, et ce, au plus haut niveau de l'Etat... (Sarkozy-Bruni !)

Il me semble que le mot "mariage" est une précaution oratoire des scientifiques ayant mené l'étude, pour éviter d'introduire une connotation négative, sachant que les unions hors mariage sont mal perçues dans nombre de sociétés humaines (voir chez nous les francophones le mot adultère, la très juridique locution "enfant adultérin" et l'horrible mot "bâtard"...)