L’influence des algues sur le climat côtier

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Une étude internationale (1) à laquelle a participé Philippe Potin, chercheur au laboratoire végétaux marins et biomolécules (CNRS/Université Paris 6), a révélé par l'utilisation de rayonnements synchrotron la forme chimique de l'iodure, utilisé par les grandes algues brunes laminaires pour stocker l'iode (2). Une fois libéré, en cas de stress, l'iodure, un simple ion chargé négativement, agit comme un agent anti-oxydant (3) (le premier agent inorganique connu dans les organismes vivants) protégeant l'algue de dommages cellulaires. Cet élément, oxydé sous forme d'iode moléculaire gazeux participerait à la formation des nuages et influencerait le climat côtier. Ces travaux éclairent les mécanismes de défense au stress des algues et sont publiés sur le site de la revue Proceedings of the National Academy of Science of the USA (PNAS).

Un champ de laminaires (l'espèce Laminaria digitata) émergé à marée basse
dans les environs de Roscoff. Ces algues libèrent de l'iodure, consomment l'ozone
et forment de l'iode moléculaire gazeux qui, à la lumière forme avec l'ozone
des particules microscopiques. Celles-ci condensent des molécules d'eau
et conduisent à la formation de nuages

L’iode découvert deux siècles auparavant par un chimiste français, B. Courtois, dans les laminaires est un élément essentiel à l’homme, contribuant par exemple au bon fonctionnement de notre thyroïde. Ces algues sont connues comme étant les accumulateurs d’iode les plus performants sur terre et ont longtemps constitué l’unique source de cet antiseptique largement utilisé. Pourtant, jusqu’à présent, la forme chimique et le rôle biologique de l’iode dans les algues restaient une énigme.

Quand les laminaires sont stressées, c'est-à-dire qu’elles génèrent des radicaux-libres à partir de l’oxygène, elles relâchent rapidement de grandes quantités d’iode dans l’atmosphère. C’est ce qui arrive par exemple en cas d’émersion, lors des grandes marées basses lorsqu’elles sont exposées à la déshydratation, à un fort ensoleillement et à l’ozone atmosphérique. L’iodure - dont la forme chimique a été identifiée ici - détoxifie l’ozone et d’autres formes d’oxydants à l’extérieur des cellules, protégeant ainsi l’algue des dommages cellulaires. Ces réactions contribuent à la formation d’iode moléculaire gazeux libéré dans l’air, produisant des noyaux de condensation de molécules d’eau et conduisant à la formation de nuages.

Dans un autre contexte, les laminaires libèrent de l’iodure dans l’eau de mer suite au stress oxydant qui accompagne leurs réponses de défense contre des attaques par des pathogènes comme les bactéries, les virus ou les champignons.

Ces mécanismes originaux impliqués dans la protection des laminaires contre le stress jouent donc un rôle essentiel dans le cycle bio-géochimique de l’iode sur Terre et dans la destruction de l’ozone dans la basse atmosphère. Un élément positif pour notre environnement puisque l’ozone est fortement nocif pour la santé humaine.

Laminaires émergées à marée basse dans les environs de Roscoff

Notes:

(1) Cette étude interdisciplinaire, rassemble des contributions du CNRS, du Royaume-Uni, des Pays-Bas, d'Allemagne, de Suisse, des USA et de l'EMBL (European Molecular Biology Laboratory).

(2) Un consortium français rassemblé par Philippe Potin dans le cadre du programme inter-organismes de Toxicologie Nucléaire Environnementale (CNRS-CEA-INSERM-INRA) avait déjà révélé en février dernier la localisation de ce stock d'iodure dans les tissus et les cellules de la laminaire par des méthodes de microscopie ionique et de micro-sonde nucléaire. L'iodure est stocké à l'extérieur de la cellule, dans la paroi cellulaire, qui contient les enzymes et les macromolécules impliquées dans les mécanismes d'accumulation et de libération d'iode.

(3) Les agents anti-oxydants agissent contre les radicaux-libres générés à partir de l'oxygène et qui participent au vieillissement des cellules.

CL
claire-lise boujon

Bonjour,

Votre article sur les laminaires en Bretagne libérant de l'iode pour réguler le climat est des plus captivant.

J'aimerai être en contact avec M. Philippe Potin, chercheur au laboratoire végétaux marins et biomolécules (CNRS/Université Paris 6).

J'ai des questions sur les algues, notamment concernant leur aptitude à neutraliser les métaux lourds, hydrocarbures déversés dans nos mers. J'aimerai savoir si des études ont été faites sur ce sujet et particulièrement sur le processus d'absortion et transformation par les laminaria digitata, ou laminaria sacharina, ou vulve, dulce, kumbo, nori, des métaux lourds, hydrocarbures, etc...

D'autre part, ces algues ont une puissance de survie incroyable. Personnellement, j'ai encore des laminaria, kumbo séchés, ramassés en 2004, qui une fois plongées dans l'eau réssuscitent sans avoir perdu en couleur ou en valeur gustative... c'est à se demander si elles ne seraient pas capables, remises dans un environnement adéquat, de libérer des spores pour se reproduire. !!! ??

Il serait également intéressant d'analyser les valeurs nutritives, protéines, oligo-éléments, vitamines. ect... d'une algue fraîchement ramassée, en comparaison d'une algue séchée il y a 6 ans ! Personnellement, lorsque je les mange, elles me donnent toujours autant d'énergie ... !!!

Cordialement
Claire-Lise BOUJON