La théorie du chaos appliquée à l’épidémie de Covid-19

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La plupart des approches communément utilisées en épidémiologie s’appuient sur une connaissance a priori forte. Cependant, dans le contexte d’une épidémie de virus émergent, la connaissance de la maladie et de sa propagation peut être très limitée. Comparer les modèles épidémiologiques classiques à des approches alternatives peut alors être très utile.

Dans cette étude, les scientifiques ont utilisé les données des épidémies de COVID-19 en Chine, au Japon, en Corée du Sud et en Italie pour construire, sans hypothèses fortes, des modèles déterministes basés sur la théorie du chaos. Ces modèles ont ensuite été appliqués à d'autres pays (France, Espagne, Belgique et Royaume-Uni) pour identifier les scénarios les plus probables et en suivre l’évolution de façon opérationnelle, en cours d’épidémie. Malgré la brièveté des séries de mesure disponibles, la possibilité de prévoir, avec une certaine avance, l’évolution de l’épidémie a pu être démontrée pour plusieurs pays (notamment l’Italie, l’Espagne, la France et le Royaume-Uni).

Évolution de la situation épidémiologique du 27 février au 13 mai 2020 (Bulletin GPoM-epidemiologic no 11), en termes de scénarios de références, au Japon (J), en Allemagne (G), en France (F), en Espagne (E), en Iran (Ir), en Italie (I), en Corée du Sud (K), au Royaume-Uni (UK) et aux États-Unis (US).
Neuf scénarios sont considérés, du plus léger (le Japon en première phase d’épidémie) au plus sévère (l’Italie). La plupart des pays ont connu une évolution rapide. Le Japon a complètement dépassé son scénario initial ; sa situation épidémiologique se situant maintenant entre celle de la Corée du Nord et celle de la province du Hubei. L’Espagne a dépassé la situation de l’Italie pour se stabiliser légèrement au dessus. Le Royaume Uni a également dépassé ce scénario est n’est toujours pas stabilisé. La situation épidémiologique des États-Unis n’est pas encore stabilisée ; son scénario se rapprochant progressivement de celui de l’Italie et pourrait très vraisemblablement le dépasser.

Parmi les résultats, dès le 5 février, un modèle chaotique pour la Chine a été obtenu, qui suggérait que sans mesures de contrôle, l’épidémie poursuivrait son extension. Le 26 mars, un modèle non-chaotique a été obtenu pour l’Italie, qui permettait de prévoir les étapes de décroissance de l’épidémie en Italie et en France. Enfin, ces travaux ont permis de montrer que l’amplitude de l’épidémie était directement liée à la précocité des mesures de contrôle prises pour endiguer l’épidémie.

Ce projet a été en partie financé par les programmes Les enveloppes fluides et l’environnement (INSU-CNRS), le Programme national de télédétection spatiale (PNTS) et le Défi InFiNiTi (CNRS). La suite directe de ce travail, qui vise à étendre l’analyse aux pays à revenus faibles à intermédiaires, sera financée par Montpellier université d’excellence (MUSE).

En savoir plus

Mangiarotti, S., Peyre, M., Zhang, Y., Huc, M., Roger, F., & Kerr, Y. (2020). Chaos theory applied to the outbreak of COVID-19: An ancillary approach to decision making in pandemic context. Epidemiology and Infection, 148, E95, 1-9. doi:10.1017/S0950268820000990. https://doi.org/10.1017/S0950268820000990

Bulletins de suivi de l'épidémie basés sur l'approche développée dans l'article.

GA
GAYRAUD

Bonjour,

Merci pour se résumé.
J’ai regardé cet article et j’ai été très intrigué par deux points.

Le modèle utilisé pour la Chine a été déduit des données de Chine du 21/01/2020 au 04/02/2020 (15 jours) avec 3 variables : les nouveaux cas, les cas sévères et les décès. Je ne pense pas qu’il soit possible, sans information a priori, d’extraire un modèle représentatif à partir d’une information aussi pauvre (15 points pour chaque variable mais il n’y a pratiquement pas de dynamique entre les 3 : les 2 dernières sont la conséquence logique de la première à un décalage près dans le temps).
De plus le mot chaos est prononcé mais on lit en général que pour identifier le chaos il faut au moins 1 000 à 5 000 points de mesure.
La figure 1 confirme d’ailleurs que le modèle est très différent de la réalité. Même pendant la période qui a servi à l’identification du modèle (traits noirs pleins) le modèle (les 3 courbes légères pour 3 conditions initiales) s’écarte sensiblement. La comparaison avec la réalité (traits pointillés) montre ensuite que le modèle est très différent.
C’est dommage car les épidémiologistes reproduisent très bien ces courbes avec des modèles simples.
Si ma compréhension est exacte, je ne vois pas les conclusions qu’on peut tirer de ce modèle.

Mon deuxième sujet d’interrogation est que le mot chaos est prononcé alors que rien n’est argumenté dans l’article. Les Supplementary Materials avancent que ça pourrait être un attracteur de Rössler mais que ce serait à démontrer.

Je serais content d’avoir un avis pour comprendre ce qui s’est passé dans cet article.