Naissance turbulente des étoiles dans le choc des galaxies

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Collision de galagxie. Illustration CEA

Grâce à des simulations numériques à très haute résolution, des astrophysiciens du CEA et du CNRS menés par Florent Renaud (1) ont pu analyser pour la première fois en détail les effets de la turbulence générée lors de la collision de deux galaxies. Ces simulations numériques, en résolvant les mouvements désordonnés du gaz contenu dans les galaxies jusqu'à de très petites échelles, expliquent enfin un phénomène observé par les astrophysiciens mais incompris jusqu’ici : les « flambées » de formation d’étoiles lors des collisions de galaxies. Un processus de turbulence compressif permet d'expliquer ces flambées, et pourquoi certaines galaxies forment plus d’étoiles que d'autres. Ces résultats sont publiés dans la revue Monthly Notices of the Royal Astronomical Society Letters le 12 mai 2014.

Les étoiles se forment lorsque le gaz contenu dans certaines régions d'une galaxie devient suffisamment dense pour s’effondrer sur lui-même (généralement grâce à la gravitation). Lors de la collision de deux galaxies, on observe en général une « flambée » de formation des étoiles, pour une raison jusqu'alors inconnue.

Une collision de galaxies augmente les mouvements désordonnés du gaz, et les tourbillons de turbulence générés devraient empêcher le gaz de se condenser par gravitation. On s'attendrait donc à ce que ces turbulences ralentissent, voire empêchent la formation des étoiles, or c’est l'inverse qui est observé.

Les simulations à très haute résolution ont pu montrer qu’en réalité la collision modifiait la nature-même de la turbulence à petite échelle : un mode de compression du gaz remplace l'effet tourbillonnaire. La turbulence contribue alors, contre toute attente, à l'effondrement du gaz sur lui-même en le comprimant. Ainsi, lorsque deux galaxies se percutent, c'est cet effet de turbulence compressive qui génère un excès de gaz dense et donc une flambée de formation stellaire, dans des régions couvrant un important volume des galaxies et non pas seulement dans leurs régions centrales. Ce processus apparait désormais comme primordial pour déclencher la formation des étoiles.

Pour obtenir ces résultats, les chercheurs ont utilisé deux supercalculateurs des plus puissants de l’infrastructure de recherche européenne PRACE, dont la machine Curie de GENCI [2], pour modéliser une galaxie isolée comme la Voie Lactée et une collision de deux galaxies comme celle qui a donné naissance à la paire de galaxies dites "Les Antennes". Des travaux de modélisation de ces deux galaxies, bien connues, ont permis de développer des simulations au plus proches des objets observés jusque-là.

Simulation d'une rencontre de deux galaxies. La simulation montre la déformation des galaxies après leur première rencontre (à gauche). Les simulations à haute résolution permettent de conserver les plus fins détails : sur le zoom (à droite) est représentée la densité du gaz. Les étoiles se forment dans les régions denses (en jaune et rouge) sous l'effet d'un processus de « turbulence compressive ». La formation d'étoiles y est plus efficace que dans la Voie Lactée. Illustration CEA-SAp

Ces nouvelles simulations ont pu atteindre une précision inédite, permettant de résoudre des structures de masse 1 000 fois plus faible qu'auparavant. Les astrophysiciens ont pu ainsi suivre l'évolution des galaxies sur plusieurs centaines de milliers d'années-lumière tout en explorant des détails de seulement une fraction d'année-lumière. Grâce à ce gain décisif, de nouveaux effets physiques sont apparus, révélant la nature complexe de la turbulence.

Qu’est-ce qu’une « flambée » de formation d’étoiles

Notre connaissance des galaxies repose sur la lumière émise par les étoiles qu'elles contiennent, notamment les plus jeunes. Les étoiles se forment lorsque le gaz des galaxies se condense. Elles émettent alors une lumière particulièrement intense en ultraviolet et infrarouge. Lors d'une collision de galaxies, beaucoup d'étoiles se forment rapidement, et les astronomes observent alors un pic de ce type de lumière, comme une "flambée".

Notes:

(1) CEA?Irfu  2
(2) Les simulations de la Voie Lactée ont été réalisées sur le supercalculateur Curie (utilisant 6 080 processeurs en parallèle)
sur 300 000 années?lumière avec une résolution de 0,1 année?lumière et ont nécessité un temps équivalent de 12 millions
d'heures de calcul sur  12 mois. Le supercalculateur Curie, mis à disposition par GENCI (Grand Equipement National de
Calcul Intensif) auprès des chercheurs européens dans le cadre de PRACE (Partnerhsip for Advanced Computing in Europe),
est hébergé dans les locaux du Très Grand Centre de Calcul du CEA (TGCC).
Les simulations de la collision de galaxies ont été réalisées sur le supercalculateur SuperMUC (Leibniz?Garching, Allemagne
– 4 096 processeurs en parallèle) dans un cube de 600 000 années?lumière avec une résolution de 3 années?lumière et ont
nécessité un temps équivalent à 8 millions d'heures de calcul sur 8 mois

Références : “Starbursts triggered by inter-galactic tides and interstellar compressive turbulence”, Florent Renaud, Frédéric Bournaud, Katarina Kraljic & Pierre-Alain Duc, doi: 10.1093/mnrasl/slu050 Mon. Not. R. Astron. Soc. Letters (Oxford University Press), Mai 2014.

Voir aussi: http://irfu.cea.fr/Sap/Phocea/Vie_des_labos/Ast/ast.php?id_ast=2875&t=actu
http://irfu.cea.fr/Phocea/Video/index.php?id=227

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cisou9

Le CEA est connu comme commissariat à l'énergie atomique.
Maintenant l’appellation à changée : Commissariat aux Énergies Alternatives ... ___ :) ___

KA
kace

Pour avoir lu un article de recherche détaillé sur le sujet de la formation des étoiles, c'est un sujet hyper-complexe et très mal maîtrisé ...
En résumé et de mémoire, il implique :

  • les champs magnétiques, qui ont un rôle crucial et ont une force à peu près du même ordre de grandeur que la gravitation (en gros, selon les zones, ils dominent les effets gravitationnels ou au contraire, ils ont peu d'impact)
  • la turbulence ... : sujet éminemment complexe et très peu maîtrisé théoriquement. Habituellement, on compense par une approche expérimentale (ex : maquettes et essais en soufflerie pour les avions, et efforts itératifs pour trouver des "recettes de cuisine" qui permettent de modéliser ce qu'on observe au mieux dans des modèles informatiques), mais en astrophysique, c'est pas facile de faire des expériences avec des étoiles et des galaxies ... Donc en résumé, on est un peu dans une impasse !
  • cette turbulence a en plus le mauvais goût d'être largement hypersonique ! Déjà qu'on maîtrise mal la turbulence subsonique, alors la turbulence hypersonique, les spécialistes sont apparemment d'accord pour dire qu'on est pas mal dans le brouillard
  • la chimie des gaz : pas de chance, la chimie a un rôle majeur dans l'histoire, avec par exemple une très forte corrélation entre proportion d'hydrogène moléculaire (H2) vs hydrogène atomique (H) et formation d'étoiles.
  • les poussières, qui ont des tailles très variées et jouent un rôle important dans les propriétés chimiques et thermiques des nuages de gaz
  • l'influence détaillée des étoiles sur leur environnement, et notamment les vents stellaires. Pas de chance, on les connaît très mal : même pour le Soleil, on ne le connaît pas très bien et on en comprend pas très bien le fonctionnement
  • l'effet des novae, des supernovae, des trous noirs, du trou noir central de la galaxie, ... : on sait qu'ils ont une forte influence, mais on maîtrise mal les détails
  • l'influence des rayons cosmiques, qui est très importante mais mal maîtrisée également : on les connaît assez mal, et notamment peu leur composition exacte et leur origine, ce qui n'aide pas à les modéliser correctement
  • et il y a certainement plusieurs autres difficultés importante que j'ai oubliées ... ! En bref, c'est une science très complexe, avec plein de sujets plus ou moins bien compris. Et malheureusement, aucun espoir de faire des "expériences" dont on maîtrise les paramètres, seulement la possibilité de regarder des "instantanés" (à l'échelle cosmique, un siècle est une photo, pas une vidéo ...) de ce qui se passe autour de nous, et d'essayer de comprendre les détails et la dynamique de l'Univers. Beau challenge. Tout ça pour conclure que l'article me semble un tout petit peu trop conclusif : une simulation semble donner de bons résultats, c'est bien, mais il reste beaucoup de chemin à faire pour bien comprendre la dynamique des nuages de gaz et la naissance des étoiles !
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cisou9

kace


  • les champs magnétiques, qui ont un rôle crucial et ont une force à peu près du même ordre de grandeur que la gravitation (en gros, selon les zones, ils dominent les effets gravitationnels ou au contraire, ils ont peu d'impact)

Avec cette explication on est super bien renseigné !!! ___ :lol: ___

KA
kace

cisou9


kace


kace


  • les champs magnétiques, qui ont un rôle crucial et ont une force à peu près du même ordre de grandeur que la gravitation (en gros, selon les zones, ils dominent les effets gravitationnels ou au contraire, ils ont peu d'impact)

Avec cette explication on est super bien renseigné !!! ___ :lol: ___

lol !
Dans certains nuages interstellaires, les champs magnétiques sont suffisamment puissants pour contrer les effets de la gravitation et empêcher la contraction des gaz, et donc les étoiles ne peuvent se former.
A l'inverse, dans d'autres nuages ou bien ailleurs dans ces mêmes nuages, les champs sont plus faibles et la contraction des nuages est possible ...
Et dans la plupart des cas, le champ magnétique (difficile à mesurer, au passage ...) a une force dont l'ordre de grandeur est proche de celle du seuil entre "bloquant la formation des étoiles" ou "non bloquant". En bref, on est souvent dans le cas pénible où les simplifications de modélisation (un effet négligeable devant l'autre) ne sont pas possibles :-(

KA
kace

Merci bcp pour ces précisions Florent, et merci pour vos remerciements ; -) !
Je viens d'imprimer votre étude (trouvée sur Arxiv, ref 1403.7316) et vais la lire en détails prochainement. En tout cas, l'explication sur votre approche à propos des champs magnétiques est très claire, merci.

Pour info, le principal doc sur lequel j'appuyais les éléments indiqués précédemment était "The Big Problems in Star Formation: the Star Formation Rate, Stellar Clustering, and the Initial Mass Function" (http://arxiv.org/pdf/1402.0867). Je suis très loin de maîtriser le doc et/ou d'en comprendre les calculs, mais il m'a permis d'avoir une compréhension qualitative raisonnable du sujet, ce qui était mon but.
Je lis en effet régulièrement des articles arxiv sur les thèmes astrophysique et cosmologie, et ce sujet de la formation des étoiles est un des (nombreux ...) sujets clés pour mieux comprendre l'Univers. A force de tourner autour du sujet sans bien le comprendre, j'ai voulu approfondir : parmi les nombreux docs disponibles sur le sujet, celui-ci m'a paru à la fois compréhensible, assez détaillé et englobant l'essentiel de la problématique à la fois observationnelle et théorique. De mémoire, il abordait également de manière assez détaillée la problématique des simulations et des inévitables "boîtes" auxquelles vous faites référence.
Je vais donc re-regarder ces élements, votre document et vos précisions, et me permettrait sans doute de vous poser quelques questions sur le sujet dans les jours/semaines à venir ; -)
Et pour conclure, encore un grand merci pour cette étude passionnante.