Observation de l'anxiété pour la première fois chez un invertébré

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Pour la première fois, des chercheurs du CNRS et de l'université de Bordeaux viennent de produire et d'observer un comportement d'anxiété chez l'écrevisse, qui disparaît lorsqu'on lui injecte une dose d'anxiolytiques. Ces travaux, publiés dans Science le 13 juin 2014, montrent que les mécanismes neuronaux liés à l'anxiété se sont conservés tout au long de l'évolution. L'analyse de ce comportement ancestral chez un modèle animal simple révèle, en outre, une nouvelle voie pour l'étude des bases neuronales de cette émotion.

L'anxiété peut être définie comme une réponse comportementale au stress consistant en une appréhension durable des événements à venir. Elle prépare les individus à détecter les menaces et à les anticiper de façon adaptée. Elle favorise donc leur survie. Cependant, lorsque le stress est chronique, l'anxiété devient pathologique et peut conduire à un état dépressif.

© Jean-Paul Delbecque.

Jusqu'à présent l'anxiété non pathologique n'avait été décrite que chez l'homme et quelques vertébrés. Pour la première fois, elle est observée chez un invertébré. Pour y parvenir, les chercheurs de l'Institut de neurosciences cognitives et intégratives d'Aquitaine (CNRS/université de Bordeaux) et de l'Institut des maladies neurodégénératives (CNRS/ université de Bordeaux) ont d'abord exposé les écrevisses à un champ électrique de façon répétée durant trente minutes. Ensuite, ils ont placé les écrevisses dans un labyrinthe aquatique en forme de croix. Deux des bras étaient éclairés, ce qui naturellement rebute les écrevisses, et deux étaient dans l'obscurité, ce qui, au contraire, les rassure.

Les chercheurs ont alors analysé le comportement exploratoire des écrevisses. Les écrevisses rendues anxieuses ont eu tendance à rester dans les parties sombres du labyrinthe, contrairement aux écrevisses témoin, qui ont exploré l'ensemble du labyrinthe. Ce comportement est une réponse adaptative au stress subi : l'animal cherche à minimiser les risques de rencontrer un agresseur. Cet état émotionnel s'est estompé au bout d'une heure environ.

© Jean-Paul Delbecque.

L'anxiété des écrevisses est corrélée à un accroissement de la concentration de sérotonine dans leur cerveau. Ce neurotransmetteur est impliqué dans de nombreuses régulations physiologiques tant chez les invertébrés que chez l'homme. Elle est libérée dans des contextes de stress et régule plusieurs réponses liées à l'anxiété, comme l'augmentation des taux de glucose dans le sang. Les chercheurs ont aussi montré qu'en injectant un anxiolytique d'usage courant chez l'humain (benzodiazépine), le comportement d'évitement de l'écrevisse est aboli. Ceci montre à quel point les mécanismes neuronaux permettant d'établir ou d'inhiber le comportement anxieux sont apparus tôt dans l'évolution et se sont bien conservés au cours du temps.

Ces travaux offrent aux chercheurs qui étudient le stress et l'anxiété, un modèle animal unique. Dotée d'un système nerveux simple dont les neurones sont faciles à enregistrer, l'écrevisse pourrait permettre de mieux comprendre les mécanismes neuronaux en œuvre dans un contexte stressant, ainsi que le rôle de neurotransmetteurs tels que la sérotonine ou le GABA. A présent, l'équipe veut étudier l'anxiété chez l'écrevisse soumise à un stress social et analyser les changements neuronaux qui s'opèrent lorsque l'anxiété se prolonge sur plusieurs jours.

AL
alessandro pendesini

Bonjour
La peur est classiquement considérée comme une réaction à un stimulus spécifique et immédiatement présent, tandis que l’anxiété est une inquiétude sur ce qui pourrait arriver, ou (comme l’expérience décrite dans l’article) le résultat d’une expérience traumatique.
L’anxiété généralisée est un état d’éveil de l’esprit déclenché et maintenu par des processus émotionnels. Et si des régions et des réseaux cérébraux individuels peuvent apporter des contributions distinctes au processus constituant l’anxiété, il vaut mieux la considerer comme une propriété de l’ensemble des circuits que de régions spécifiques du cerveau.
Quand un animal est soumis à une menace, comme un lapin qui voit un serpent, tout son organisme se mobilise pour y répondre –le cœur et la respiration s’accélèrent, etc… Cette réaction est utile dans la mesure où elle permet de s’adapter, de réagir efficacement à la menace ; mais si l’état de stress est excessif, inadapté, permanent, il devient alors nuisible, et peut conduire à des états d’anxiété et -notamment chez l’homme- de dépression.
Chez l’humain c’est de l’amygdale que partent les commandes qui mettent en branle les réactions de peur et de stress : décharge d’adrénaline (hormone qui, avec d’autres, est produite par les glandes surrénales sur ordre du cerveau et qui inonde l’organisme en cas de stress), accélération du cœur, immobilité soudaine, etc…

P.S. -Au cours de l’ontogenèse le système implicite de l’émotion, atteint sa maturité avant le système de mémorisation consciente, c’est ce qui explique « l’amnésie infantile » et les effets durables des traumatismes (dus à des situations anxiogènes persistantes) subis au cours de l’enfance (avant environ 2,5 ans) et qui n’ont pas laissé de traces conscientes. C’est pour cette raison que nous sommes incapables de comprendre les causes, ou origine, de notre (éventuelle) anxiété.
:yxt:

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cisou9

____ :_salut: ____
Comment ont-ils fait pour créer l'anxiété chez l'écrevisse ? ___ :_grat2: ___

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franckpiton

cisou9
____ :_salut: ____
Comment ont-ils fait pour créer l'anxiété chez l'écrevisse ? ___ :_grat2: ___

"exposé les écrevisses à un champ électrique de façon répétée durant trente minutes" dit l'article

Doit ont comprendre décharge électrique ou exposition à un champ électrique auquel elles seraient sensible ?

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cisou9

____ :_salut: ____
Exact, je n'avais pas mémorisé ce passage. Merci !!! ;)