Planck: révélations sur la matière noire et les neutrinos fossiles

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La collaboration Planck, qui implique notamment le CNRS, le CEA, le CNES et plusieurs universités françaises, dévoile à la conférence de Ferrara (Italie) les résultats des quatre années d'observation du satellite Planck de l'Agence spatiale européenne (ESA), dédié à l'étude du « rayonnement fossile », la plus vieille lumière de l'univers. Pour la première fois, la plus ancienne image de notre univers est mesurée précisément selon deux paramètres de la lumière (en intensité et en polarisation), sur l'ensemble de la voûte céleste. Cette lumière primordiale nous permet de « voir » les particules les plus insaisissables : la matière noire et les neutrinos fossiles.

De 2009 à 2013, le satellite Planck a observé le rayonnement fossile, la plus ancienne image de l'univers, encore appelé fonds diffus cosmologique. Aujourd'hui, avec l'analyse complète des données, la qualité de la carte obtenue est telle que les empreintes laissées par la matière noire et les neutrinos primordiaux, entre autres, sont clairement visibles.

Déjà, en 2013 la carte des variations d'intensité lumineuse avait été dévoilée, nous renseignant sur les lieux où se trouvait la matière 380000 ans après le Big-Bang. Grâce à la mesure de la polarisation de cette lumière (pour le moment dans 4 des 7 canaux), Planck est capable de voir comment cette matière bougeait. Notre vision de l'univers primordial devient alors dynamique. Cette nouvelle dimension et la qualité des données permettent de tester de nombreux paramètres du modèle standard de la cosmologie. En particulier, elles éclairent aujourd'hui ce qu'il y a de plus insaisissable dans l'univers: la matière noire et les neutrinos.

De nouvelles contraintes sur la matière noire

Les résultats de la collaboration Planck permettent à présent d'écarter toute une classe de modèles de matière noire, dans lesquels l'annihilation matière noire - antimatière noire serait importante. L'annihilation entre une particule et son antiparticule désigne la disparition conjointe de l'une et de l'autre, qui s'accompagne d'une libération d'énergie.

L'idée de matière noire commence à être largement admise mais la nature des particules qui la composent reste inconnue. Les modèles sont nombreux en physique des particules et l'un des buts aujourd'hui est de réduire le champ des possibles en multipliant les voies d'exploration, par exemple en recherchant des effets de cette matière mystérieuse sur la matière ordinaire et la lumière. Les observations de Planck montrent qu'il n'est pas nécessaire de faire appel à l'existence d'une forte annihilation matière noire - antimatière noire pour expliquer la dynamique des débuts de l'univers. En effet, un tel mécanisme produirait une quantité d'énergie qui influerait sur l'évolution du fluide lumière-matière, en particulier aux périodes proches de l'émission du rayonnement fossile. Or, les observations les plus récentes n'en portent pas la trace.

La zone bleue est exclue par les résultats actuels de la collaboration Planck : de nombreux modèles de matière noire sont ainsi écartés. © ESA - collaboration Planck

Ces nouveaux résultats sont encore plus intéressants lorsqu'ils sont confrontés aux mesures réalisées par d'autres instruments. Les satellites Fermi et Pamela, tout comme l'expérience AMS-02 à bord de la station spatiale internationale, ont observé un excès de rayonnement cosmique, pouvant être interprété comme une conséquence de l'annihilation de matière noire. Compte tenu des résultats de Planck, il va falloir préférer une explication alternative à ces mesures d'AMS-02 ou de Fermi (par exemple l'émission de pulsars non détectés) si l'on fait l'hypothèse - raisonnable - que les propriétés de la particule de matière noire sont stables au cours du temps.

Par ailleurs, la collaboration Planck confirme que la matière noire occupe un peu plus de 26 % de l'univers actuel (valeur issue de son analyse en 2013), et précise la carte de la densité de matière quelques milliards d'années après le Big-Bang grâce aux mesures en température et en polarisation en modes B.

Les neutrinos des premiers instants décelés

Les nouveaux résultats de la collaboration Planck portent aussi sur un autre type de particules très élusives: les neutrinos. Ces particules élémentaires «fantômes», produites en abondance dans le Soleil par exemple, traversent notre planète pratiquement sans interaction, ce qui rend leur détection extrêmement difficile. Il n'est donc pas envisageable de détecter directement les premiers neutrinos, produits moins d'une seconde après le Big-Bang, qui sont extrêmement peu énergétiques. Pourtant, pour la première fois, Planck a détecté sans ambiguïté l'effet de ces neutrinos primordiaux sur la carte du rayonnement fossile.

Les neutrinos primordiaux décelés par Planck ont été libérés une seconde environ après le Big-Bang, lorsque l'univers était encore opaque à la lumière mais déjà transparent à ces particules qui peuvent s'échapper librement d'un milieu opaque aux photons, tel que le coeur du Soleil. 380000 ans plus tard, lorsque la lumière du rayonnement fossile a été libérée, elle portait l'empreinte des neutrinos car les photons ont interagi gravitationnellement avec ces particules. Ainsi, observer les plus anciens photons a permis de vérifier les propriétés des neutrinos.

Contraintes et lien entre le nombre d'espèces de neutrinos, la vitesse d'expansion de l'univers aujourd'hui H0 et le paramètre ?8 qui caractérise la structuration de la matière à grande échelle. Les points de couleur correspondent aux contraintes température + effet de lentille gravitationnelle uniquement, les contours noirs en ajoutant la polarisation à toutes les grandes échelles angulaires et les oscillations acoustiques de baryons. Les lignes verticales correspondent à la valeur de Neff prédite par divers modèles : la ligne pleine correspond au modèle standard, les lignes pointillées à des modèles avec une quatrième espèce de neutrino (selon le type de neutrino, actif ou stérile, et l'époque de leur découplage). © ESA - collaboration Planck

Les observations de Planck sont conformes au modèle standard de la physique des particules. Elles excluent quasiment l'existence d'une quatrième famille de neutrinos auparavant envisagée d'après les données finales du satellite WMAP, le prédécesseur américain de Planck. Enfin, Planck permet de fixer une limite supérieure à la somme des masses des neutrinos, qui est à présent établie à 0.23eV (électronvolt).

Les données de la mission complète et les articles associés qui seront soumis à la revue Astronomy & Astrophysics (A&A) seront disponibles dès le 22 décembre 2014 sur le site de l'ESA. Ces résultats sont notamment issus des mesures faites avec l'instrument haute fréquence HFI conçu et assemblé sous la direction de l'Institut d'astrophysique spatiale (CNRS/Université Paris-Sud) et exploité sous la direction de l'Institut d'astrophysique de Paris (CNRS/UPMC) par différents laboratoires impliquant le CEA, le CNRS et les universités, avec des financements du CNES et du CNRS.

Cartes de 30 par 30 degrés du signal polarisé à 353 GHz. Les couleurs tracent l'émission thermique de la poussière alors que les reliefs dessinent le champ magnétique galactique. © ESA- collaboration Planck, mise en relief par Marc-Antoine Miville-Deschenes

Spectres de puissance angulaire du rayonnement fossile mesuré par Planck en température (TT), en polarisation scalaire (EE) et en croisant température et polarisation scalaire (TE). L'abscisse est exprimée en multipole , qui correspond à l'inverse d'une échelle angulaire ( =200 correspond à 1 degré environ, =30 à 6 degrés, =1500 à 0.13 degrés soit 8 minutes d'arc). Le modèle est représenté par les lignes rouges alors que les mesures correspondent aux point bleus. Planck permet à la polarisation du rayonnement fossile d'entrer dans l'ère de la cosmologie de précision. © ESA - collaboration Planck

ZP
Zplay

J'ai pas tout compris... Mais ça a l'air cool comme découverte !

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POB

Cela me fascine complètement qu'on puisse ainsi obtenir un aperçu de ce qu'était l'Univers au début de son existence.
Pour les néophytes, l'image semble venue tout droit de l'atelier de Van Gogh :

Bien peu de gens comprennent que le temps ne s'est pas toujours écoulé comme on le perçoit et comme nos horloges nous le décrivent. C'est un des rares aspects de la Mécanique Quantique qui ne me soient pas totalement obscurs.
Bien peu de gens comprennent que la "soupe" primitive qui donna naissance aux galaxies puisse être observée 13 milliards d'années plus tard.
C'est vraiment fabuleux ce que permettent les technologies actuelles et rien que pour ça j'aimerais pouvoir vivre encore 50ans.

Maintenant il doit y avoir quelques théoriciens en ébullition, leurs travaux étant invalidés. Cela va certainement engendrer d'autres progrès et c'est excellent pour la Science.
:bieres: (Velkopopovicky Kozel, une merveille)

VI
Victor

Perso je ne comprends absolument rien de rien du tout mais ça a l"air très,très fascinant,
n'y aurait-il pas quelqu'un du genre Bongo qui puisse nous dire où est la nouveauté?

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bongo1981

Je n'ai pas beaucoup plus de détails Victor.

Il y a une conférence intéressante à l'IAP il y a quelques temps :
http://www.canal-u.tv/video/cerimes/dernieres_nouvelles_du_rayonnement_fossile.16443

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cisou9

____________ :_salut:
D'après ce que j'ai compris la matière noire existe et Planck l'a détectée.
Cela rend caduque la théorie de MOND. ____________ :_grat2:

KA
kace

cisou9
____________ :_salut:
D'après ce que j'ai compris la matière noire existe et Planck l'a détectée.
Cela rend caduque la théorie de MOND. ____________ :_grat2:

Non, c'est pas ça a priori : les mesures sont compatibles avec la matière noire, ce qui n'est pas nouveau. Etre compatible avec ne signifie pas pour autant qu'elle existe ;-).
La matière noire reste clairement le modèle le plus en vue et précis à l'échelle cosmologique, mais les problèmes rencontrés au niveau des galaxies persistent et, à ce niveau, MOND est très performant et semble plus crédible que la matière noire. A mon sens, les dernières données précisent le modèle standard mais ne confirment pas pour autant la matière noire.

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bongo1981

Je confirme bien ce que dit kace, les mesures de Planck n'excluent pas MOND. Les mesures des inhomogénéités dans le rayonnement fossile montrent juste que pour expliquer son spectre de puissance, il faut les quantités publiées de matière noire, baryonique, énergie sombre etc...

Cela reste un modèle de concordance, on mesure les effets que pourraient avoir ces composants sur les fluctuations du rayonnement fossile, c'est une mesure complètement indirecte. Il n'est pas exclut qu'autre chose puisse expliquer naturellement ces fluctuations.

Pour pouvoir affirmer que la matière noire existe, il faudrait :

  • que les observations se précisent pour pouvoir affiner les propriétés de la matière noire (au moins connaître la limite haute des particules constituants la matière noire, les WIMP)
  • pouvoir en produire dans les accélérateurs
  • comprendre la proportion de 26%

Et là on pourrait définitivement exclure MOND.
De l'autre côté, pour que MOND s'impose définitivement, ou du moins que les physiciens la prenne plus au sérieux, il faudrait :

  • pouvoir reproduire complètement le spectre de puissance du rayonnement fossile
  • avoir des indices expérimentales que MOND remplace la loi de Newton en deça d'une accélération donnée et pouvoir mesurer cette accélération (ou pouvoir la dériver d'une constante fondamentale, ou bien c'est une nouvelle constante fondamentale)
  • élaborer une théorie relativiste de MOND, il me semble qu'elle existe plus ou moins et s'appelle TeVeS
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QJ
[code] > 380000 ans plus tard, lorsque la lumière du rayonnement fossile a été libérée, elle portait l'empreinte des neutrinos car les photons ont interagi gravitationnellement avec ces particules. Ainsi, observer les plus anciens photons a permis de vérifier les propriétés des neutrinos.

[/code]

Là, c'est moi qui ne comprends plus ! :pfff:

Mille millions de mille sabords !!! (http://fr.wikipedia.org/wiki/Vocabulaire_du_capitaine_Haddock) :bou:

Mais ??? ...Comment arrive-t-on à une telle conclusion en analysant les fluctuations des composantes du rayonnement fossile ???

Et puis les contraintes de paramètres sur l'inflation ?? Pas de résultats ? Mais yheu ! Ils attendent quoi là !? :bounce:
Et la courbure de l'espace ?

Cela m'agace de ne pas savoir ! Grrrrrrrrrrrr :grilled:

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bongo1981

C'est très compliqué pour te répondre avec des détails, je ne maîtrise pas tout.

A partir du rayonnement fossile, les astrophysiciens extraient le spectre de puissance (qui se focalise sur les amplitudes des fluctuations en fonction de leur taille angulaire).

De l'autre côté, ils ont un modèle cosmologique dit Lambda CDM (qui contient pleins de paramètres), qui permet entre autre d'obtenir le spectre de puissance.

Le modèle de concordance c'est le modèle standard de la cosmologie avec les paramètres qui reproduisent au mieux le spectre de puissance. Donc les neutrinos etc... c'est un modèle qui laisse une empreinte dans le rayonnement fossile.

Pour ce qui est de la courbure, c'est assez simple, c'est lié aux 380 000 ans après le Big Bang (ça correspond à un redshift de 1100 et c'est déduit des équations de Friedmann Lemaître pour le situer temporellement).
380 000 ans après le Big Bang, tu as une région qui fait 380 000 al qui est à peu près homogène en température (mais cette région a été dilatée d'un facteur 1100). C'est cette région qui correspond au premier pic dans le spectre de puissance du rayonnement fossile. Vu à 13.8 Gal ce pic correspond à 1° environ (le décalage du pic par rapport à 1° donne la courbure spatiale, si courbure positive, on verrait un pic plus grand que 1°, si négative on verrait un pic inférieure à 1°, et si euclidien on verrait le pic à 1°, donc situé environ à l=200).

Pour ce qui est des neutrinos, ils se sont découplés plus tôt, donc correspondent à une région encore plus grande, et je pense que les positions des autres pics donnent une limite haute à leur masse.