Pourquoi les femmes survivent-elles à la ménopause ?

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La longue période de survie après la ménopause chez les êtres humains a été longtemps considérée comme un paradoxe évolutif. Comment justifier cette longévité prolongée qui semble inutile du point de vue de l'évolution car les individus survivant ne se reproduisent plus ? Plusieurs théories ont été avancées, basées sur l'idée que les grand-mères peuvent contribuer indirectement à la propagation de leurs gènes en favorisant par exemple la survie et la reproduction de leurs enfants et de leurs petits-enfants via des soins maternels ou grand-maternels. Dans une étude publiée par Evolution, deux chercheurs français (UMR 7625 et 7599 du CNRS) proposent une nouvelle idée : grâce à cette période post-reproductive, le vivant se laisse une marge pour s'assurer que tout le potentiel de reproduction a pu être exploité. Un modèle testé avec succès sur des arthropodes.

Les auteurs de l'étude s'appuient sur l'exemple des collemboles, ici une femelle âgée
©Thomas Tully

Si l'on pensait que la survie après la fin de la reproduction était une caractéristique spécifique de l'espèce humaine, de plus en plus d'études ont montré que d'autres animaux peuvent, dans certaines conditions, survivre après l'arrêt de leur période de reproduction. C'est le cas des orques qui vivent en groupes sociaux dans lesquels la présence de vieilles femelles non-reproductrices peut être bénéfique aux animaux apparentés au cours, par exemple, des chasses coopératives. Mais chez d'autres espèces sans soin parental ni vie sociale organisée, l'existence d'une vie post-reproductive reste difficile à expliquer.

L'article publié dans Evolution propose une nouvelle théorie permettant de résoudre ce paradoxe évolutif. Les auteurs montrent que l'imprévisibilité de la durée de vie peut générer une pression de sélection favorisant les individus programmés génétiquement pour survivre après la fin de leur période de reproduction, comme s'ils se laissaient une marge de manoeuvre pour être sûrs de ne pas mourir avant d'avoir pu exploiter en totalité leur potentiel de reproduction. Ce processus est comparable au cahier des charges dictant les normes de qualité dans la fabrication des avions. Etant donné la difficulté de prévoir la date d'un accident lié à l'usure des pièces d'un appareil, les avions sont conçus pour durer en moyenne bien plus longtemps que leur durée d'exploitation.

Les auteurs s'appuient sur un exemple biologique qui semble confirmer leur prédiction. En comparant la durée de vie post-reproductive de différentes lignées d'un collembole - petit arthropode du sol étudié en laboratoire - les auteurs montrent que les lignées chez lesquelles la durée de vie est la plus imprévisible sont les lignées chez lesquelles la durée de vie post-reproductive moyenne est la plus longue. Afin d'éviter que des mères encore fertiles ne meurent avant la fin de leur période de reproduction, la sélection naturelle semble donc avoir pu favoriser chez les collemboles l'émergence et la survie de grands-mères « inutiles ».

XA
xarcux

C'est pas très convaincant comme hypothèse !

DO
doume65

Bonjour
si « La longue période de survie après la ménopause chez les êtres humains a été longtemps considérée comme un paradoxe évolutif. », c'est que les scientifiques sont partis d'un postulat non prouvé : « Les grands-mères sont inutiles » (sous entendu : à l'évolution).
Une petite réflexion sur cet à priori, menant vraisemblablement à la réponse "non" aurait épargné ce type d'études sujette à caution.

VI
Victor

Chez Darwin on parle avant tout de sélection il faut croire que la femme ménopausée est utile ou inutile à l'évolution mais que c'est une bizarrerie non expliquée par les lois de l'évolution... Pourquoi vouloir expliquer le pourquoi ? La cause de cette survie plus longue serait plutôt que les femme chez les homme sont moins soumise à la sélection donc elle vivent plus longtemps, les hommes qui n'ont pas un travail stressant ou fatiguant ont ce même genre de résultats

BL
BlackMatter

Il y a une explication toute simple à ce pseudo paradoxe.

Si une mère fait un enfant juste avant la ménopause (par exemple après la quarantaine), il faut bien qu'elle survive après pour continuer l'éducation et la protection de cet enfant sinon il risque grandement de mourrir.

Cela était sans doute encore plus vrai aux temps anciens où la pression naturelle et la maladie sélectionnaient forcément les mères les plus résistantes et les plus aptes à mener l'enfant jusqu'à sa puberté. N'oublions pas d'ailleurs que la puberté commençait alors bien plus tard qu'aujourd'hui (il y a un siècle l'age moyen de la puberté aux US était de 17 ans alors qu'il est maintenant de 13 ans voir 12 ans).

FO
folsomia

Dans les commentaires ci-dessus, il y a il me semble un malentendu. doume65 dit « Les grands-mères sont inutiles » (sous entendu : à l'évolution).; Victor dit Une femme ménopausée est utile ou inutile à l'évolution
Dans les deux cas, on parle de "inutile à l'évolution". Je ne comprends pas ce que cela veut dire et ce n'est pas il me semble le sous entendu du terme inutile. Dans le contexte de l'article, "inutile" signifie "inutile à propager les versions des gènes portés par l'individu". Dans ce sens c'est un postulat tout a fait prouvé et assez évident qu'un individu ne se reproduisant plus et ne prodiguant pas de soins à des individus apparentés est assez inutile à la propagation des versions des gènes qu'il porte.

Chez l'homme et chez les autres espèces avec des soins parentaux et grand-parentaux, on comprend assez bien comment la survie post-reproductive a pu être sélectionnée (cf. commentaire de BlackMatter), la survie d'une grand-mère ayant un effet bénéfique sur la survie et la reproduction de ses descendants. Les individus portant des version de gènes (allèles) améliorant leur survie auront en moyenne plus de descendants que les autres et donc la fréquence des versions de ces gènes aura tendance à augmenter dans la population et donc la longévité post-reproductive moyenne aura tendance à augmenter.

Le mécanisme proposé est nouveau en ce sens qu'il permet de sélectionner pour une survie post-reproductive même pour des organismes chez lesquels la survie des individus ne se reproduisant plus n'influe pas sur la survie et la fécondité de leurs descendants (pas de soins parentaux ou grand-parentaux)... C'est dans ces conditions que le paradoxe évoqué est le plus évident. La survie des individus au delà de leur vie reproductive n'apportant pas d'avantage reproducteur, il est difficile d'imaginer comment des versions de gènes favorisant une telle survie peuvent augmenter en fréquence dans une population (=être sélectionnés). Ces vieux individus sont qualifiés d'"inutiles", car leur existence n'influe en rien leur valeur sélective c'est-à-dire leur propension à propager leur gènes (on ne parle pas des hommes ici). L'idée proposée et qui semble être vérifiée dans un exemple biologique permet de comprendre comment même dans un tel cas de figure une survie post-reproductive peut être sélectionnée et évoluer.