Pourquoi pensons-nous que ce que nous percevons correspond à la réalité ?

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© Tarryn Balsdon

Être capable de juger si ce que nous percevons est juste ou non peut nous aider à apprendre de nos erreurs et communiquer avec nos semblables. Dans cette étude, publiée dans Nature Communications, les scientifiques expliquent comment nous construisons un sentiment de confiance sur la véracité de nos perceptions, et à quoi ce sentiment de confiance peut servir. Ces résultats suggèrent que la confiance contrôle la profondeur du traitement des informations sensorielles.

Si ce que nous percevons nous semble au-dessus de tout soupçon, nos sensations sont en fait le résultat d’un processus d'inférence complexe, sujet à toutes sortes d’influences. Les neurosciences décrivent ce processus d'inférence, qui se base sur les informations sensorielles qui frappent nos rétines et nos tympans, fonctionne comme une « accumulation d’indices ». Notre cerveau surveille en continu nos sens pour recueillir des informations jusqu'à ce qu'il ait suffisamment d’indices pour décider de ce qu’il voit ou entend.

Ces décisions dites « perceptives » s'accompagnent d’un sentiment de confiance qui reflète la vraisemblance que ce que nous percevons reflète bien la réalité du monde qui nous entoure. Il a été démontré que les humains sont généralement assez bons pour rapporter leur confiance lorsqu’on leur demande de la juger, avec des confiances faibles rapportées plus fréquemment après des erreurs, et des confiances élevées après des perceptions correctes. Mais les neurosciences n’ont pas encore une image claire de la façon dont les jugements de confiance se construisent, ni de leur lien avec le processus d’accumulation d’indices.

Les chercheurs ont voulu explorer la relation entre la confiance et le processus de prise de décision visuelle. Pour ce faire, ils ont ralenti le processus d'accumulation d’indices visuels en ne montrant qu'un seul indice à la fois, comme un film au ralenti. Les participants doivent attendre la fin de la série d’indices pour prendre une décision en fonction des indices observés, puis évaluer leur confiance quant à la justesse de cette décision. Ce processus d’accumulation d’indices a été modélisé mathématiquement pour examiner comment chaque indice affecte la prise de décision et la confiance des participants testés.

L'accumulation d’indices pour les décisions perceptives et de confiance. La boîte en pointillés contient les processus de décision internes à l’observateur, qui déterminent la relation entre le stimulus physique et la réponse comportementale. Les informations provenant du stimulus fournissent des indices sensoriels qui sont accumulés en vue de générer une décision perceptive. Les indices accumulés sont aussi utilisés pour la génération d’un sentiment de confiance. Le contrôle de confiance s'exerce sur le processus d'accumulation perceptive, représenté par la flèche rouge. De manière importante, les indices qui créent notre sentiment de confiance peuvent continuer de s'accumuler même après que la décision perceptive ait été prise.
© Tarryn Balsdon

Les scientifiques ont constaté deux différences importantes entre la prise de décision et la confiance. Tout d'abord, lorsqu'ils ont montré plus d’indices que nécessaire, les participants se sont intérieurement engagés à prendre une décision avant la fin de la série. Dans ce processus appelé « engagement caché », les participants mettent intérieurement fin à l'accumulation d’indices de manière précoce, même s'ils doivent attendre la fin de la série avant de faire part de leur décision. Malgré cela, les participants semblent continuer à surveiller les indices supplémentaires pour raffiner leur jugement de confiance. Ainsi, les décisions sont prises à la hâte sur la base des premiers indices présentés, alors même que la confiance tient compte de tous les indices disponibles. Ces résultats suggèrent que la confiance doit être considérée comme un processus mental distinct de l'accumulation d’indices qui détermine ce que nous percevons.

Malgré ces différences, les chercheurs ont également constaté que la confiance et la prise de décision perceptive étaient fortement liées. Ils ont demandé aux mêmes participants de fixer délibérément des limites à l'accumulation d’indices, la série de stimuli se poursuivant jusqu'à ce que les participants appuient sur le bouton de réponse pour rapporter leur décision perceptive. Les participants doivent entrer leur réponse dès qu'ils estiment avoir atteint une performance cible (par exemple, 8 chances sur 10 d’être correct). On observe alors une relation étroite entre la capacité des participants à fixer efficacement des limites sur l’accumulation d’indices et leur capacité à évaluer leur confiance de façon précise. Cette relation est exactement celle à laquelle on s'attendrait si les observateurs fixent leurs limites en fonction de leur sentiment de confiance. Ce résultat expérimental montre que la confiance n’est pas calculée après que la décision est prise mais bien en continu, pendant l'accumulation d’indices, et qu’elle peut même contrôler la profondeur de cette accumulation d’indices.

Ce résultat surprenant indique que la confiance n'est pas un simple processus de surveillance a posteriori, utile pour apprendre de ses erreurs et optimiser des décisions futures. Au contraire, la confiance se forme parallèlement à l'accumulation d’indices perceptifs et peut donc être utilisée pour mettre en place des limites à la prise de décision: contrôler quand prendre une décision. Cela signifie que la confiance pourrait jouer un rôle bien plus important dans notre vie mentale que nous ne le pensions auparavant.

Pour en savoir plus
Confidence controls perceptual evidence accumulation
Balsdon T, Wyart V, Mamassian P.
Nature Communications 9 avril 2020. doi.org/10.1038/s41467-020-15561-w

Laboratoire:
Laboratoire des systèmes perceptifs (LSP) - (CNRS/ ENS Paris)
Ecole Normale Supérieure 29 rue d’Ulm, 75005 Paris.

Contacts:

PE
Pendesinialessandro

Bonjour
… Pourquoi pensons-nous que ce que nous percevons correspond à la réalité ?....Dit l’article

Mais, en fait qu’est-ce que la Réalité ? Qui peut la définir le plus rationnellement possible ?
Est-il absurde d’affirmer qu’il y a autant de « réalités » que d’êtres vivants –humains inclus- sur Terre; plus une ?
Le mot « réalité », qui nous est si familier, n’est pas scientifique. Notre cerveau est incapable de définir la réalité, ou l’irréalité…
La réalité (nous fait remarquer Michel Cassé) n’est ni ce qu’on croit, ni ce qu’on pense, ni ce qu’on voit. Ni ce que voit le robot. La réalité c’est quelque chose qui se construit….Il nous faut, même à contrecoeur, admettre le multiple, admettre l’obscur, avouer qu’il y a sans doute de l’inconnaissable (probablement) définitif. En tout cas de l’informulable.
On ne peut pas décider a priori que tout le réel nous est accessible ou que nous pouvons le comprendre entièrement. Par contre, on peut distinguer ce qui est rationnel et ce qui ne l’est pas

A propos de « décision perceptive » et « décision de confiance » :
Dans l’ignorance de ce bouillonnement de processus inconscients, nous ne cessons de surestimer notre pouvoir de décision consciente -alors qu’en vérité notre degré de contrôle est sévèrement limité.
Nous prenons la décision pour laquelle nous anticipons l’état somatique le plus agréable ou, à défaut, le moins désagréable.
NB -L’émotion, qui a un pouvoir considérable dans le domaine de la mémoire et de la prise de décision, est une préférence qui ne résulte pas d’un libre choix ! :non:

VI
Victor

Perso je ne sais pas trop comment savoir qu'est-ce donc que la réalité ? Certaines réalités psychologiques, elles échappent totalement à la pensée dites scientifique, maintenant si certains psys, ils mettent des diagnostics sur des dingues, il existe aussi des phénomènes psychologiques assez complexes dont les effets, ils ne sont pas si facilement explicables, Vous avez toute votre raison de scientifiques, mais allez donc vous promener chez les fous ou essayer donc de voir ce que disent des gens que l'ont dits des voyants ou les histoires avec les miracles comme à Lourdes...La raison de la physique dans ces cas là, elle a des problèmes de compréhensions des phénomènes... Puis je me dis aussi, que je ne crois pas que la physique contemporaine elle est définitivement la même, Pour en revenir à ce que je pense de la physique contemporaine les problèmes de compatibilité entre la relativité et la mécanique quantique ils sont encore très ouverts et pour cela je ne sais pas plus que vous sur ce qu'on dira demain pour la physique

VI
Victor

Il y a une réalité qui change nos visions de ce monde qui est le confinement qui nous est imposé, certaines choses très basiques comme garder une distance avec votre interlocuteur et d'être oblige de travailler par les médias branchés, ça ouvre une nouvelle vision sociale Pour certains c'est pas facile comme les gens qui vivent loin des grands centres urbains les médias qui sont utilisables,ils sont parfois pas très performants

PE
Pendesinialessandro

Bonjour

……Disons simplement pour conclure qu'il existe pour nos sens une "réalité immédiate" trompeuse et le réel que la Science découvre de plus en plus…..

Modestement ma réponse :
En fait, toutes nos sensations sont de nature subjective : face au réel, ce qu’on croit savoir clairement, offusque ce qu’on devrait savoir. Notre cerveau (je le répète) n’est pas de nature « instructionniste » mais, surtout « opportuniste »….

Réalité : est un mot dont le sens reste à comprendre…..

1°-Max Planck affirmait « La science ne peut résoudre le mystère ultime de la nature parce que nous faisons nous-mêmes partie de la nature et donc du mystère que nous essayons de résoudre »…A tort ?
2°-Les « lois de la nature » n’existent pas en tant que telles : celles que nous nommons ainsi ne sont que les codes d’accès à la réalité, mais ne structurent pas véritablement cette réalité.
3°-La science ne crée que des modèles de la réalité, puisque cette dernière est irréductible à sa représentation.
Le réel n’est pas tel que la théorie le décrit. « Description » n’est pas « Essence » !
Les termes se bornent à décrire une expérience et ne peuvent pas prétendre, jusqu’à preuve du contraire, décrire le réel lui-même, qui paraît rester inaccessible en tant que tel. Une fois de plus, nous pouvons exprimer le rapport, mais pas l’Univers avec lequel nous sommes en rapport.
Pour conclure : Le meilleur modèle scientifique ne donnera (plus que probablement) jamais une description exhaustive de la réalité.
La science (plus modeste que la révélation) sait qu’elle ne peut complètement décrypter l’Univers. Il faut donc nous habituer à l’incertitude ; tout en affirmant que nous ne sommes pas responsables de nos limites cognitives…..car nous –sapiens, et même doublement sapiens- sommes que des singes épiphénoménaux de l’espèce humaine ! En déplaise à certains illuminés….
Bien à vous
AP