Quand le désordre nous dit comment le vivant se construit

Restez toujours informé : suivez-nous sur Google (☆)

Une majorité de plantes distribuent leurs feuilles et fleurs en spirale le long des tiges mais ces spirales sont souvent imparfaites. Un nouveau modèle stochastique de la genèse de ces spirales chez les plantes a été élaboré par les équipes de Teva Vernoux au Laboratoire de reproduction et développement des plantes et Christophe Godin de l'équipe-projet Inria Virtual Plants. Il montre que les désordres dans les spirales sont comme des filigranes qui donnent des informations sur les principes de construction des plantes. Cette étude est publiée dans la revue eLife.

Les organismes vivants produisent des structures ordonnées qui ont depuis toujours attiré la curiosité des chercheurs comme celle du grand public pour leur beauté et leur variété. Mais ces structures complexes ne sont pas parfaites et présentent des défauts à des degrés plus ou moins importants. C'est le cas sur la tige des plantes. Ces dernières produisent tout au long de leur vie de nouveaux organes (branches, feuilles, fleurs,...) le long des tiges, le plus souvent suivant une organisation en spirale. Les nouveaux organes sont produits dans un tissu spécialisé à l'extrémité de la tige et se positionnent successivement les uns par rapport aux autres en inhibant localement la production de nouveaux organes dans leur voisinage. C'est comme si dans une foule tous les individus produisaient un champ de force répulsif qui les empêchait de s'approcher trop les uns les autres. Dans ce système, il faut que la croissance de la tige éloigne suffisamment les derniers organes produits pour qu'un nouvel organe puisse à nouveau être créé. La croissance induit ainsi des initiations rythmiques d'organes. De façon étonnante, il a été observé récemment qu'il n'est pas rare que ce mécanisme régulier soit perturbé et que plusieurs organes soient initiés en même temps ou même inversés par rapport à l'ordre qu'ils devraient avoir sur une spirale idéale. Comment est-il possible de continuer à construire des spirales quand l'ordre des organes est à ce point perturbé ?

Une équipe composée de biologistes et mathématiciens menée par Teva Vernoux du laboratoire Reproduction et Développement des Plantes à l'ENS Lyon et Christophe Godin de l'équipe-projet Virtual Plants de l'INRIA à Montpellier, a crée un nouveau modèle de la genèse des spirales sur les tiges des plantes en introduisant une part d'aléatoire dans la manière dont les cellules perçoivent l'inhibition produite par les branches/feuilles/fleurs existantes. Ce modèle dans lequel la production des nouveaux organes est en partie déterminée par les lois du hasard permet de recréer avec précision à la fois la régularité des spirales mais également les perturbations de la temporalité des initiations perturbant la spirale. Le modèle suggère qu'une part d'aléatoire gouverne la construction des plantes mais surtout que la quantification des désordres des spirales sur la tige informe sur les paramètres du modèle et donc sur les mécanismes qui contrôlent le mise en place des spirales. Ces désordres sont ainsi comme les filigranes sur les billets de banque : quand on sait comment les mettre en évidence (en les plaçant devant une source lumineuse dans ce cas), il devient possible de lire une information cachée qu'ils portent. Comprendre le désordre nous permet donc de mieux comprendre comment se construisent les systèmes vivants.

Figure : La production de la spirale des organes aériens des plantes a lieu dans un tissu spécialisé à l'extrémité de la tige vu ici en microscopie confocale à un stade où la plante produit des fleurs. La décision de produire un nouvel organe comporte une part d'aléatoire, comme si la plante tirait aux dés pour cette décision. Un modèle utilisant cette propriété permet d'expliquer comment les spirales sont produites et de montrer que les irrégularités du processus informent sur les mécanismes menant à la décision de produire un nouvel organe.
© Yassin Refahi, Géraldine Brunoud, Teva Vernoux, Christophe Godin

Pour plus d'informatin voir:
A stochastic multicellular model identifies biological watermarks from disorders in self-organized patterns of phyllotaxis.
Refahi Y, Brunoud G, Farcot E, Jean-Marie A, Pulkkinen M, Vernoux T, Godin C.
Elife. 2016 Jul 6;5. pii: e14093. doi: 10.7554/eLife.14093.

PE
Pendesinialessandro

Bonjour
….Les organismes vivants produisent des structures ordonnées qui ont depuis toujours attiré la curiosité des chercheurs comme celle du grand public pour leur beauté et leur variété. Mais ces structures complexes ne sont pas parfaites et présentent des défauts à des degrés plus ou moins importants….Dit justement l’article !

En ce qui concerne l’homme et « sa beauté », voici la liste de quelques organes vestigiaux d’aujourd’hui parfaitement inutiles (et pas seulement dans notre organisme) interprétés comme des «reliques évolutives» (qui étaient fonctionnels chez nos ancêtres lointains et non hominiens) de notre évolution qui n’ont absolument rien à voir avec un « dessein intelligent » évolutif parfait guidé par un « Grand Horloger » :

--le pli semi-lunaire de la conjonctive de l'œil intérieur, est le vestige de la membrane nictitante, paupière reptilienne de certains vertébrés.
--Le coccyx résidu de la queue.
--L'organe voméronasal qui est actuellement déconnecté de l'encéphale, dans le passé, a servi à avertir les phéromones émises par d'autres personnes.
--Le gène codant pour l'enzyme L-gulonolattone oxydase: est présent dans le génome humain et animaux supérieurs, mais chez l'homme ne code pas pour une enzyme. Il est défini comme étant un pseudogène.
--Le thymus que déjà dans les deux années suivant la naissance commence à s'atrophier et enfin terminer le processus entre 25-30 ans de vie…..
--Sans oublier l’œil de tous les vertébrés câblé à l’envers ! Les yeux de certains autres animaux, comme les octopodes et les calmars, sont branché de façon plus rationnelle….La liste n’est pas exhaustive ! :non:

NB Chez les vertébrés et notamment chez l’homme, le milieu modifie la structure. Nos gènes font que nous sommes Homo doublement sapiens, mais ils nous donnent une certaine liberté par rapport au milieu. L’évolution a sélectionné une stratégie de développement qui fait que chaque individu peut se modifier au cours de sa vie, qu’il bénéficie d’une influence épigénétique. C’est une des bases du succès et de l’adaptation de l’espèce humaine, encore que, après quelque 200.000 ans d’existence, nous ne savons pas vers quoi mènera ce perfectionnement « extraordinaire » de nos mécanismes épigénétiques ! :houla2:

avatar
cisou9

______________ :_salut:
Merci Alessandro !! ____ ;) ____