Réinventer l'écologie scientifique sans la dénaturer

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L'importance croissante des changements environnementaux liés aux activités humaines confronte aujourd'hui l'écologie scientifique à un véritable dilemme: mieux comprendre le fonctionnement local des systèmes biologiques tout en développant une approche prédictive globale. Sous l'impulsion de l'Institut Ecologie et Environnement du CNRS (INEE), un groupe de scientifiques a voulu clarifier cette notion de prédiction dans un article de synthèse publié récemment dans la revue Journal of Applied Ecology. S'inscrivant dans un contexte de bouleversement sans précédent des équilibres planétaires, cette étude qui pointe les forces et les faiblesses de l'écologie prédictive propose une feuille de route de la discipline pour les années à venir.

Prédiction de la distance fonctionnelle écologique moyenne entre oiseaux d'Europe en 2080 (selon le scénario GIEC A1b). © Figure adaptée de Thuiller, W., Pironon, S., Psomas, A., Barbet-Massin, M., Jiguet, F., S., L., Pearman, P.B., Renaud, J., Zupan, L. & Zimmermann, N.E. (2014)

Réchauffement climatique, déforestation, surexploitation des ressources naturelles ou disparition accélérée des espèces font de plus en plus souvent la une de l'actualité. L'intérêt des médias pour ces thématiques doit beaucoup au développant récent de modèles destinés à prédire l'évolution de la biodiversité, le fonctionnement des écosystèmes et les services qu'ils rendent à l'humanité à l'échelle de la planète. « Ce passage d'une écologie explicative à une écologie anticipative est une opportunité historique pour notre discipline scientifique qui implique néanmoins une grande responsabilité de notre part à la fois dans la manière d'interpréter ces modèles et dans la communication de leurs résultats auprès du grand public », précise Nicolas Mouquet, directeur de recherche CNRS à l'Institut des Sciences de l'Évolution de Montpellier (ISEM, CNRS/IRD/Université de Montpellier) et cosignataire de l'étude publié dans Journal of Applied Ecology.

Cet article de synthèse, auquel ont contribué une vingtaine de scientifiques de l'INEE, s'adresse en premier lieu aux représentants de la recherche académique. Son message principal: veiller à ce que l'essor de l'écologie prédictive ne se fasse au détriment d'une recherche en écologie purement fondamentale. « Il y a une forte attente dans ce domaine de la part des gestionnaires de l'environnement et des décideurs qui souhaitent disposer de scénarios opérationnels en écologie mais aussi des agences nationales qui financent des projets de recherche de plus en plus finalisés, rappelle Nicolas Mouquet. Or sans un soutien efficace à l'écologie fondamentale, la production de prédictions risque de croitre plus vite que ne le fait notre compréhension du fonctionnement des écosystèmes. »

Afin d'éviter une telle dérive, les auteurs ont identifié plusieurs leviers permettant de développer sainement une écologie prédictive opérationnelle: distinguer de façon claire l'usage explicatif de la prédiction de son usage anticipatif, « sanctuariser » les approches fondamentales en écologie pour pouvoir assurer des interactions fécondes entre compréhension et prédiction, assurer le libre accès aux quantités de données colossales et encore largement confidentielles générées par l'écologie scientifique depuis plus d'un siècle, etc.

Nombre de scénarios issus de l'écologie prédictive (productivité des écosystèmes, maintien de la biodiversité, stockage du carbone, etc.) étant susceptibles d'avoir un impact sur la société, les chercheurs estiment enfin que sa montée en puissance ne pourra avoir lieu sans la mise en place d'une véritable éthique de la prédiction. « Nous devons notamment veiller à ce que les résultats des modèles prédictifs, tel que ceux sur lesquels se basent les journalistes pour évoquer une sixième extinction de masse des espèces, ne soient pas surinterprétés en précisant qu'il s'agit de scénarios et en communiquant sur leurs incertitudes », illustre le scientifique de l'ISEM.

Ces travaux font suite à la publication de la Prospective de l'Institut écologie et environnement du CNRS (INEE) réalisée à l'issue du colloque des prospectives de l'INEE qui s'est déroulé en octobre 2012 en Avignon.

PE
Pendesinialessandro

Bonjour

Le plus grand danger du réchauffement n’est pas l’effet physique sur nos organismes d’une hausse des températures. Après tout, les Bédouins vivent avec des températures dépassant les 40°C dans la journée et les Inuits passent l’hiver boréal dans un igloo. Ce qu’il faut comprendre, c’est que la température moyenne n’est que le marqueur d’un changement global, qui affaiblira nombre des composantes nécessaires à notre survie et bien-être. Il est avant tout indispensable pour les animaux que nous sommes de s’alimenter correctement !
Le changement climatique affaiblit le rendement des cultures, par stress hydrique et thermique, et cela a déjà commencé depuis des années. Le changement climatique provoquera des effets les plus délétères au travers de catastrophes naturelles, ainsi que de violentes crises économiques, sociales et politiques, dont le déterminant premier sera alimentaire et/ou économique. Nous avons déjà quelques exemples : le « printemps arabe ». Comment, ce soulèvement aurait un lien avec la question énergie-climat ? Ne s’agit-il pas plutôt de révolution visant avant tout à se débarrasser d’un pouvoir illégitime ? Il est possible que cela ait contribué à lui donner envie de descendre dans la rue, à prendre les armes pour certains, mais il est absolument certain que ce soulèvement est arrivé à un moment où une fraction non négligeable de la population ne parvenait plus à se procurer à manger, et cela est directement lié avec la problematique énergie-climat. Ventre vide ou envie de démocratie ventre plein, à votre avis qui des deux l’emporte et pousse un peuple à la révolte ? Malheureusement cet exemple n’est pas unique ! Il suffit de lire la presse concernant les migrants….et ce n’est qu’un début ! :houla2: