Trous noirs: les crêpes stellaires flambent deux fois

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Des simulations numériques effectuées par deux chercheurs de l'Observatoire de Paris montrent qu'une étoile plongeant profondément dans le rayon de marée d'un trou noir massif est aplatie deux fois avant d'être déchiquetée par une explosion thermonucléaire. De puissantes ondes de choc engendrées en son centre atteignent sa surface et la chauffent de façon répétée à un milliard de degrés ou davantage. Les échelles de temps et d'énergie caractéristiques d'un tel processus sont comparables à celles observées dans certains sursauts gamma.

On sait depuis longtemps [Carter & Luminet, 1982, Nature 296, 211] que des étoiles passant suffisamment près de la surface de trous noirs massifs subissent des forces de marée si gigantesques qu'elles sont aplaties sous forme de « crêpes » avant d'être détruites. Les compressions les plus fortes déclenchent une explosion thermonucléaire dans le coeur d'étoiles frôlant des trous noirs géants tapis au centre des galaxies.

Dans un article juste publié dans Astronomy & Astrophysics, Matthieu Brassart et Jean-Pierre Luminet, de l'Observatoire de Paris-Meudon, ont simulé numériquement le sort d'une étoile de type solaire qui pénètre profondément dans le rayon de marée d'un trou noir de 10^6 masses solaires (une situation typique dans un centre galactique, tel celui de notre propre Voie Lactée). Ils ont perfectionné leur précédentes simulations hydrodynamiques en prenant cette fois en compte toutes les propriétés relativistes de l'espace-temps autour du trou noir. De fait, l'orbite stellaire et le champ de marée connaissent d'importantes modifications dès lors que l'étoile frôle le rayon gravitationnel du trou noir. En raison de la précession relativiste, une orbite parabolique doit s'entrecouper et, lorsque le point de croisement est situé à l'intérieur du rayon de marée, l'étoile est soumise à plusieurs aplatissements successifs.

Une telle rencontre étoile / trou noir est illustrée sur la figure 1, avec un facteur de pénétration suffisamment grand pour que l'étoile approche tout près de la surface du trou noir et en subisse les effets relativistes. L'orbite stellaire s'enroule autour du trou noir à l'intérieur du rayon de marée, ce qui permet au champ gravitationnel d'écraser l'étoile en forme de crêpe deux fois de suite, avant et après son passage au périastre.

Outre la formation de crêpes stellaires chaudes condamnées à une explosion thermonucléaire, les compressions dues aux marées gravitationnelles engendrent une série compliquée d'ondes de choc sortantes et entrantes qui entrent en collision, interagissent et finissent par se propager jusqu'à la surface de l'étoile.

Figure 1: A gauche: Orbite parabolique d'une étoile plongeant profondément dans le rayon de marée d'un trou noir
de 1 million de masses solaires. Le petit cercle solide représente le rayon gravitationnel du trou noir,
et le grand cercle en pointillés le rayon de marée. Le facteur de pénétration, c'est-à-dire le rapport
entre le rayon de marée et la distance au périastre, est de 9. Comme l'orbite stellaire s'entrecoupe à l'intérieur
du rayon de marée, le champ gravitationnel du trou noir induit deux compressions successives,
qui se produisent aux points de l'orbite marqués en noir.
A droite: Evolution temporelle de la pression centrale (en unités de sa valeur initiale).
Celle-ci contrecarre deux fois l'effondrement en chute libre de la matière stellaire,
une fois avant le passage au périastre (à t=0), puis une centaine de secondes plus tard.

Des sursauts d'énergie engendrés par "marées noires"

Les ondes de choc successives chauffent trois fois la surface stellaire (figure 2), portant à chaque fois la température à un milliard de degrés ou davantage, soit dans le régime des rayons X durs et gamma. Ainsi, l'émission brutale de sursauts de haute énergie engendrés par des "marées noires" est intensifiée par les effets relativistes et les compressions multiples qui en découlent.

Par ailleurs, les astronomes ont observé que les courbes de lumière de certains sursauts gamma exhibent des structures complexes à deux pics ou davantage. On est tenté de les interpréter en termes de crêpes stellaires flambées deux fois. En effet, l'échelle de temps typique d'une rencontre étoile / trou noir selon une orbite relativiste fortement enroulée correspond à celle d'un sursaut gamma court présentant deux pics d'émission séparés par une centaine de secondes, tel celui qui a été observé dans GRB 970815.

Figure 2 : Evolution temporelle de la température (l'étoile passe au périastre à t=0).
La courbe en traits pleins retrace la température au centre de l'étoile. La compression induit un premier maximum
à 2 108 K durant 4 s, et environ 115 s plus tard, une seconde compression de même amplitude durant 6 s.
La courbe en pointillés donne la température transportée par les ondes de choc.
Les trois maxima sont atteints à la surface stellaire.
Celle-ci est d'abord portée à ~ 4 10
9 K durant
0,03 s, puis à 109 K durant 1,5 s, ensuite à 109 K durant 3 s.

On estime que les sursauts gamma déclenchés par « marées noires » se produisent en moyenne tous les 103 - 105 ans par galaxie, en fonction du profil de densité stellaire dans le noyau galactique et de la masse du trou noir central. Ce taux peut même être considérablement augmenté dans le cas d'un trou noir massif binaire. Puisque la plupart des galaxies - incluant notre propre Voie lactée - abritent un trou noir central massif, et puisque l'ensemble de l'univers observable est transparent aux longueurs d'ondes X et gamma, plusieurs événements de ce type pourraient être détectés annuellement.

Voir aussi notre news : Des crêpes stellaires flambées par des trous noirs géants

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batman93

S'il y a bien une chose qui me mine a chaque fois que je lis ces articles, c'est le facteur temps...
Ces phénomènes se passent a l'échelle de la seconde ????
J'imagine très mal des objets aussi grands subir de tels changements en si peu de temps !

YA
yarma22

batman93
S'il y a bien une chose qui me mine a chaque fois que je lis ces articles, c'est le facteur temps...

Le facteur énergie également !! En temps normal, la température de surface du soleil est d'environ 6000 K. La simulation nous apprend ici que la température de surface de l'étoile (qui est semblable à notre soleil) peut avoisiner le milliard de degrés ! C'est à mon goût tout aussi impressionnant que le facteur de temps :sol:

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serdj

En fait le champ de gravitation au voisinage du trou noir est si intense que les accélérations subies par les atomes de l'étoile sont tout simplement fabuleuses (des millions de km.s-2), ce qui explique le facteur temps si bref.
Moi ce qui m'étonne le plus, c'est que les effets de marée aplatissent l'étoile, alors que normalement elle devrait s'étirer tout en long dans la direction orthogonale au trou noir ?
Autre question, lorsque ce qui reste de l'étoile ressort de la zone de marée, à quoi elle ressemble ? Les fusions nucléaires ultra-rapides et successives H->He->C->O->Al->...devraient produire au final... beaucoup de fer, et quelques atomes plus lourd (par exemple de l'Or). Donc ce serait une étoile en fer et en Or ? Ou bien simplement un jet d'atomes de fer trop dispersés et agités pour se réunir à nouveau par la gravitation ?
Enfin, plus prosaïquement, qu'appelle-t-on rayon de marée ? S'agit-il du rayon en dessous duquel un corps en orbite (ici une étoile) ne peut plus être maintenu par sa propre force de gravitation ?

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Michel
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QJ

... Voila ce qui arrive quand on abuse de cette fameuse liqueur à base de Cognac et d'oranges ("Grand M**-censuré-**").
:dehors: