Une planète bien curieuse, si loin de son étoile

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Vue d'artiste de la planète GU Psc b et de son étoile GU Psc. (© Lucas Granito)

Une planète géante gazeuse vient s'ajouter à la courte liste des exoplanètes découvertes par imagerie directe. Elle se trouve autour de GU Psc, une étoile trois fois moins massive que le Soleil et située dans la constellation des Poissons. L'équipe de recherche internationale dirigée par Marie-Ève Naud, étudiante au doctorat au Département de physique de l'Université de Montréal, a réussi à trouver cette planète en combinant des observations provenant du télescope de l'Observatoire du Mont-Mégantic (OMM), du Télescope Canada-France-Hawaii (TCFH), du télescope Keck et des télescopes Gemini Nord et Sud. Une planète distante qui se laisse étudier en détail

GU Psc b est située à environ 2000 fois la distance Terre-Soleil de son étoile, un record parmi les exoplanètes. Étant donné cette distance, il faut environ 80 000 années terrestres pour que GU Psc b fasse une orbite complète autour de son étoile ! Les chercheurs ont d'ailleurs profité de la grande distance qui sépare la planète de son étoile afin d'en obtenir des images. En comparant des clichés obtenus dans différentes longueurs d'onde (couleurs) à l'OMM et au TFCH, ils ont pu correctement détecter la planète.

« Les planètes sont beaucoup plus brillantes lorsqu'on les observe dans l'infrarouge plutôt qu'en lumière visible, car leur température de surface est plus basse que celles des étoiles, explique Marie-Ève Naud. C'est ce qui a permis de repérer GU Psc b. »

Savoir où regarder !

Si les chercheurs scrutaient les alentours de GU Psc, c'est parce que cette étoile venait tout juste d'être identifiée comme membre du groupe d'étoiles jeunes AB Doradus. Les étoiles jeunes (âgées de seulement 100 millions d'années) sont des cibles de premier choix pour la détection de planètes par imagerie car les planètes en orbite autour d'elles sont encore en train de se refroidir, et sont donc plus lumineuses. Cela ne veut pas dire pour autant que des planètes semblables à GU Psc b existent en grand nombre, comme le précise Étienne Artigau, codirecteur de thèse de Marie-Ève Naud et astrophysicien à l'Université de Montréal : « Nous avons observé plus de 90 étoiles et n'avons trouvé qu'une seule planète. Il s'agit donc d'une curiosité astronomique ! »

L'observation d'une planète ne permet pas de déterminer directement sa masse. Les chercheurs utilisent donc des modèles théoriques d'évolution planétaire pour établir ses caractéristiques. Le spectre de la lumière de la planète, obtenu au télescope Gemini Nord, à Hawaii, a pu être comparé à des modèles pour montrer que celle-ci aurait une température aux alentours de 800 °C. Connaissant l'âge de GU Psc par son appartenance à AB Doradus, l'équipe a pu déterminer sa masse, comprise entre 9 et 13 fois celle de Jupiter.

Les astrophysiciens ont bon espoir de détecter au cours des prochaines années des planètes semblables à GU Psc b, mais beaucoup plus près de leur étoile, grâce, entre autres, à de nouveaux instruments comme GPI (Gemini Planet Imager), récemment installé sur Gemini Sud, au Chili. La proximité de ces planètes avec leur étoile rendra toutefois leur observation beaucoup plus ardue. GU Psc b sera donc un modèle permettant de mieux comprendre ces objets.

« GU Psc b est un véritable cadeau de la nature. La grande distance qui la sépare de son étoile rend possible son étude approfondie avec une variété d'instruments, ce qui permettra de mieux comprendre les exoplanètes géantes, en général », précise René Doyon, codirecteur de thèse de Marie-Ève Naud et directeur de l'OMM.

L'équipe a entamé un projet afin d'observer plusieurs centaines d'étoiles et de détecter des planètes plus légères que GU Psc b sur des orbites comparables. La découverte de GU Psc b, un objet certes rare, permet de prendre conscience de la distance importante qui peut exister entre certaines planètes et leur étoile, ce qui laisse entrevoir la possibilité de chercher des planètes avec des caméras infrarouges performantes à partir de télescopes beaucoup plus petits, tels que celui de l'Observatoire du Mont-Mégantic. Les chercheurs espèrent aussi en savoir davantage sur l'abondance de tels objets d'ici quelques années, notamment grâce aux instruments GPI, SPIRou pour le TCFH et FGS/NIRISS pour le télescope spatial Webb.

À propos de cette étude

L'article Discovery of a Wide Planetary-Mass Companion to the Young M3 Star GU Psc sera publié dans la revue The Astrophysical Journal, le 20 mai 2014. L'équipe, menée par Marie-Ève Naud, étudiante au doctorat au Département de physique de l'Université de Montréal et membre du CRAQ, était principalement constituée d'étudiants et de chercheurs de l'UdeM, notamment Étienne Artigau, Lison Malo, Loïc Albert, René Doyon, David Lafrenière, Jonathan Gagné et Anne Boucher. Des collaborateurs d'autres établissements ont aussi participé, notamment Didier Saumon, du Los Alamos National Laboratory au Nouveau-Mexique, Caroline Morley, de UC Santa Cruz en Californie, France Allard et Derek Homeier, du Centre de Recherche Astrophysique de Lyon, en France, de même que Christopher Gelino et Charles Beichman, de Caltech, en Californie. Cette étude a été possible grâce aux financements du Fonds de recherche du Québec - Nature et technologies et du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada.

Consultez l'article de l'Astrophysical Journal.

À propos du CRAQ

Le Centre de recherche en astrophysique du Québec est un partenariat entre l'Université de Montréal, l'Université McGill et l'Université Laval. Il regroupe tous les chercheurs dans le domaine de l'astronomie et de l'astrophysique de ces trois établissements, et aussi des collaborateurs de l'Université Bishop's, de l'Agence spatiale canadienne, du Cégep de Sherbrooke et d'entreprises privées (Photon etc., ABB Bomem, Nüvü Caméras). Le CRAQ est l'un des regroupements stratégiques financés par Le Fonds de recherche du Québec - Nature et technologies (FQRNT). Le CRAQ constitue un pôle unique au Québec de chercheurs en astrophysique, dont les expertises variées et complémentaires, axées sur l'excellence, permettent l'innovation, la créativité et la compétitivité dans plusieurs domaines scientifiques, offrant ainsi aux étudiants de cycles supérieurs un éventail important de sujets en recherche fondamentale et appliquée.

VI
Victor

"Les planètes sont beaucoup plus brillantes lorsqu'on les observe dans l'infrarouge plutôt qu'en lumière visible, car leur température de surface est plus basse que celles des étoiles,"
Monsieur de la Palisse eut dit la même chose

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cisou9

Monsieur de la Palisse n'aurait rien dit car il ignorait à l'époque la constitution de la lumière et les rayons IR.

GU Psc b est située à environ 2000 fois la distance Terre-Soleil

Pour quoi ne pas avoir écrit 2000 UA ? ___ :yxt: ___

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QJ

Victor
"Les planètes sont beaucoup plus brillantes lorsqu'on les observe dans l'infrarouge plutôt qu'en lumière visible, car leur température de surface est plus basse que celles des étoiles,"
Monsieur de la Palisse eut dit la même chose

Hi hi hi hi :lol: Je me suis fait exactement la même réflexion ! :fada:

Sinon, plaisanterie mise à part, je ne me lasse pas de voir comment les astronomes, les ingénieurs et les astrophysiciens utilisent les outils.

Une planète en formation, ayant une température de surface de 800°C, doit briller comme un phare en infra-rouge...
Couplé à un coronographe, le tour est joué, et bien joué.
C'est une méthode belle et simple à la fois. À se demander comment on y avait pas pensé plus tôt.

J'ai le sentiment que l'on va, effectivement, découvrir des planètes en formation, d'ici quelques mois un peu partout.
On vit une époque formidable ! :saute2:

BA
Bap2703

QJ
Couplé à un coronographe, le tour est joué, et bien joué.
C'est une méthode belle et simple à la fois. À se demander comment on y avait pas pensé plus tôt.

L'idée est triviale et ancienne.
Mais à mettre en œuvre c'est plus compliqué. Il a fallut attendre la démocratisation de l'optique adaptative pour pouvoir faire ça sur terre.

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QJ

Bap2703
... démocratisation de l'optique adaptative pour pouvoir faire ça sur terre.

... Pardon ?!? Ma curiosité est piquée au vif !
Plus de détails ?

BA
Bap2703

Qu'est-ce qui pique ta curiosité :??:
Bien sûr par démocratisation je n'entends pas qu'on peut aller au supermarché s'acheter un système d'OA.

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QJ

Bap2703
Qu'est-ce qui pique ta curiosité :??:
Bien sûr par démocratisation je n'entends pas qu'on peut aller au supermarché s'acheter un système d'OA.

Oui, évidement pas (encore) pour les particuliers. J'imaginais simplement que l'on avait fais des progrès avec les étoiles de référence au laser Raleigh ou autre.
Avec la démocratisation des caméras ultra-rapides, des leds de puissance et l'informatique qui évolue vite....

Combien d'observatoires dans le monde, on pourrait équiper avec un laser, pour analyser les déformations atmosphériques en temps réel ? Rien que imaginer d'équiper, tout ces petits observatoires de la technologie, donne déjà le tournis. :fada2:
.
.
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Utopiste moi ?!?
Mais non !

VI
Victor

Bof il y a les 2cv et il y a des Rolls en Optique adaptative, c'est juste une question de sous et de budget

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QJ

Victor
Bof il y a les 2cv et il y a des Rolls en Optique adaptative, c'est juste une question de sous et de budget

Oui c'est vrai, mais c'est pas parce que l'on roule en 2 chevaux, que l'on ne peut pas faire du "tïouning"...
Pareil pour les télescopes ! :p
:dehors: