Voir tourner le coeur des étoiles

Restez toujours informé : suivez-nous sur Google (☆)

En étudiant les vibrations des étoiles, une équipe internationale, qui inclut des chercheurs de l'AIM (1) (CEA-Irfu (2), CNRS, Université Paris Diderot) et du LESIA (3) (Observatoire de Paris, CNRS, UPMC, Université Paris Diderot), a pour la première fois observé le phénomène de rotation du cœur des géantes rouges et montré que leur noyau tournait 10 fois plus vite que leur enveloppe. Grâce à l'astérosismologie (4) et aux données fournies par le satellite Kepler (5), les chercheurs ont mesuré les vitesses de rotation de trois de ces étoiles en fin de vie. A terme, les astrophysiciens espèrent analyser plus de 15.000 géantes rouges observées par Kepler et mieux décrire le subtil mécanisme de rotation du cœur également à l'œuvre dans le Soleil. Les résultats sont publiés dans la revue Nature du 7 décembre 2011.

Comparaison de la taille du soleil et avec celle d'une géante rouge.
© Paul G. Beck/KU Leuven, Belgium

Le noyau chaud dans le centre de la géante tourne 10 fois plus vite que la surface.
© Paul G. Beck/KU Leuven, Belgium

Les géantes rouges représentent un stade très avancé de l'évolution des étoiles : elles ont brûlé tout l'hydrogène primordial contenu dans leur cœur. Les réactions de fusion nucléaire, qui transforment cette matière première en hélium, se déplacent alors vers les couches les plus externes de l'étoile. Celle-ci enfle et devient alors géante et rouge. Le principe fondamental de conservation du « moment cinétique » exigerait que le cœur de ces étoiles tourne plus vite que leur enveloppe (6). Mais jusqu'ici, il était impossible pour les astrophysiciens de vérifier directement cette hypothèse, appréhendée uniquement au moyen de calculs théoriques. De même, il était impossible de déterminer avec précision les propriétés de rotation de ces astres.

Dernièrement, grâce à l'astérosismologie, en étudiant les vibrations propres des étoiles, une équipe internationale est parvenue à localiser les réactions de fusion nucléaire au sein de leur cœur. Deux types d'ondes se propagent à l'intérieur de l'étoile : des ondes acoustiques (ou sonores) dans ses couches externes et des ondes de gravité dans son cœur. Parfois des « modes mixtes », mélanges d'ondes de gravité et d'ondes acoustiques, sont aussi observés. Ils permettent de sonder un très large volume dans la structure de l'étoile.

Aujourd'hui, grâce à l'astérosismologie et aux données recueillies par le satellite Kepler, des chercheurs, notamment de l'AIM (CEA-Irfu, CNRS, Université Paris Diderot) et du LESIA (Observatoire de Paris, CNRS, UPMC, Université Paris Diderot), ont pu mesurer pour la première fois la vitesse de rotation d'une étoile géante rouge, en fonction de la profondeur de la couche de matière sondée, et jusqu'au cœur de l'astre. Leurs travaux ont porté sur l'analyse de trois étoiles : KIC 8366239, KIC 5356201 et KIC 12008916 parmi celles observées entre les constellations de la Lyre et du Cygne. Ils ont notamment observé que le cœur de ces géantes rouges, environ 40% plus massives que le Soleil, tourne jusqu'à 10 fois plus vite que leur enveloppe. C'est en utilisant les « modes mixtes » que les chercheurs ont ainsi « vu » le cœur des géantes tourner. « Avec ces résultats, nous confirmons les prédictions théoriques établies auparavant, explique Rafael Garcia, chercheur de l'AIM, qui a participé à l'étude. En revanche, ce qui est nouveau et qui était inimaginable il y a encore quelques années, c'est de pouvoir faire des mesures directes de la rotation interne des étoiles, à différents moments de leur évolution. Pour la première fois, nous allons pouvoir confronter des mesures à nos modèles purement théoriques. C'est une véritable révolution. »

Cette étude ne peut pour l'instant être adaptée au Soleil en raison de la forte convection de ses régions extérieures ; les modes acoustiques dominent largement les modes de gravité, et les « modes mixtes » et de gravité n'ont pu être isolés. Néanmoins, les chercheurs espèrent à terme obtenir des informations sur la rotation du cœur du Soleil, l'astre du jour, ce qui constituera une avancée majeure pour la compréhension de l'évolution de la rotation interne des étoiles et sa modélisation théorique.

Notes :

(1) AIM : Astrophysique, Instrumentation et Modélisation.
(2) Irfu : Institut de recherche sur les lois fondamentales de l'Univers.
(3) LESIA : Laboratoire d'Etudes Spatiales et d'Instrumentation en Astrophysique.
(4) Astérosismologie ou sismologie stellaire : technique qui consiste à analyser les très faibles variations de luminosité des astres qui traduisent les oscillations de leur structure et ainsi permettre de sonder la structure interne des étoiles.
(5) Le financement de la mission Kepler est fourni par le département des missions scientifiques de la NASA. Les auteurs remercient les équipes techniques et scientifiques de Kepler.
(6) A masse égale, un objet tourne plus vite sur lui-même quand son rayon diminue. C'est cette loi qui s'applique lorsque le patineur, pour faire la toupie, ramène ses bras près du corps : le mouvement de rotation s'accélère.

avatar
POB

Diantre ! Il est question d'ondes de gravité dans cet article, voilà qui est extrêmement intéressant. Aurait-on enfin obtenu une preuve expérimentale d'une théorie de Grande Unification ?
J'incline donc à imaginer que le rédacteur de l'article a mal compris un article originel mal traduit.
Je dois être vraiment trop sceptique, c'est grave docteur ?

Salut et fraternité*

avatar
cisou9

POB
Diantre ! Il est question d'ondes de gravité dans cet article, voilà qui est extrêmement intéressant. Aurait-on enfin obtenu une preuve expérimentale d'une théorie de Grande Unification ?
J'incline donc à imaginer que le rédacteur de l'article a mal compris un article originel mal traduit.
Je dois être vraiment trop sceptique, c'est grave docteur ?
Salut et fraternité*

Cette étude ne peut pour l'instant être adaptée au Soleil en raison de la forte convection de ses régions extérieures ; les modes acoustiques dominent largement les modes de gravité, et les « modes mixtes » et de gravité n'ont pu être isolés.

Ils parlent de mode de gravité et pas d'onde, tu demande si c'est grave; non, il faut simplement retourner en CP pour bien appréhender la lecture. :lol3: . :lol2:

avatar
franckpiton

Je n'y connais rien en ondes de gravité et ne sais pas ce que cela implique, mais ayant terminé mon CP avec succès, je peut lire ceci.

Adrien
Deux types d'ondes se propagent à l'intérieur de l'étoile : des ondes acoustiques (ou sonores) dans ses couches externes et des ondes de gravité dans son cœur. Parfois des « modes mixtes », mélanges d'ondes de gravité et d'ondes acoustiques, sont aussi observés.

Par contre ayant mon diplôme de recherche sur google, je trouve un article sur wikipédia:

En mécanique des fluides, on désigne par onde de gravité une onde se déplaçant sur la surface libre d'un fluide soumis à la gravité. En océanographie, les vagues en milieu ouvert ou le ballottement en milieu fermé constituent des exemples d'ondes de gravité. En météorologie, on désigne par onde de gravité les variations de pression atmosphérique concentriques créées par la chute d'une masse d'air (par exemple en raison du relief du terrain) et qui subit la poussée d'Archimède car elle a une densité différente de l'environnement. Ces ondes sont l'équivalent des vagues dans un milieu en trois dimensions. Elles peuvent mener à la création de bandes nuageuses parallèles, correspondant aux minima et maxima de pression ("crêtes" de l'onde), par exemple des Cirrus vertebratus1.


Il ne faut pas confondre onde de gravité et onde gravitationnelle. Cette dernière notion est reliée à la propagation de la gravitation dans la relativité générale d'Albert Einstein.

Diantre POB, pourquoi ramène tu la grande unification des lois physiques dans tout cela ?

Ps: "Diantre", c'est classe, je l'utiliserais dorénavant à moult reprise.

PH
Ph. B.

Diantre ! que d'agitations... Moi, ce qui attise ma curiosité, c'est la manière indirecte dont ils détectent les ondes acoustiques ? car directement, vu la distance et le vide. :??: Si ce sont des rides de surface, comment les distinguent-ils des ondes de gravité ? :_grat2: Par l’astrosismologie, donc en étudiant les variations d'ondes lumineuses ? Un sacré sac de nœuds, enfin d'ondes ! :fada:

Philippe

SA
sarrandon

Philippe (Beauchamp ? )dit :

" Moi, ce qui attise ma curiosité, c'est la manière indirecte dont ils détectent les ondes acoustiques ? car directement, vu la distance et le vide.
Si ce sont des rides de surface, comment les distinguent-ils des ondes de gravité ?
Par l’astrosismologie, donc en étudiant les variations d'ondes lumineuses ? "

Ce sont des questions très pertinentes dont nous aimerions avoir les réponses, si tant est que cela soit possible.

AD
adagio

Une petite réponse en conférence de l'IAP, ce n'est pas tout jeune mais cela explique le principe :)

http://www.cerimes.fr/le-catalogue/du-c ... corot.html

SA
sarrandon

Conférence très instructive.
Merci à "adagio" :jap: