Deux inversions sexuelles dans un même embryon

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Chez les mammifères, deux cascades génétiques distinctes dirigent la formation des testicules et des ovaires. Des défauts dans ces processus conduisent à des anomalies pouvant aller jusqu’à l’inversion de sexe. Qu’en est-il du devenir sexuel quand les gènes contrôlant le destin mâle et femelle sont mutés simultanément ? Des travaux publiés dans la revue Cells, montrent que des embryons de souris double mutants pour Sox9 et Wnt4, deux gènes impliqués dans le développement testiculaire et ovarien, subissent deux inversions sexuelles successives.

Les gonades, testicules ou ovaires, sont les acteurs principaux du développement sexuel des mammifères. Les hormones produites par les gonades dirigent la formation de l’appareil génital femelle ou mâle au cours de la vie embryonnaire, puis contrôlent les caractères sexuels secondaires, la reproduction, mais aussi la physiologie et le vieillissement à l’âge adulte. Malgré ce rôle central, la compréhension des bases moléculaires et cellulaires de la différenciation testiculaire et ovarienne demeure très partielle. Ainsi, 50% des anomalies du développement sexuel (ADS) chez l’Homme ont à ce jour des causes inconnues.

Immunodétection des protéines FOXL2 (rouge) et AMH (vert) dans les gonades embryonnaires de souris:


  • FOXL2 marque les cellules de soutien dans l’ovaire contrôle XX (A).
  • AMH est exprimé dans les cellules de soutien du testicule contrôle XY (B).
  • Les gonades XY mutantes pour Sox9 se développent comme des ovaires exprimant FOXL2 (C).
  • Les gonades XY double mutantes pour Sox9 et Wnt4 se développent comme des ovo-testicules (D).
  • Dans la partie postérieure le marqueur ovarien FOXL2 est exprimé (D2), alors que dans la partie antérieure les cellules de soutien co-expriment FOXL2 et AMH, et se trans-différencient en cellules testiculaires (D1). © Furong Tang & Aitana Perea-Gomez

Quel que soit leur sexe, les embryons de souris possèdent initialement une gonade indifférenciée qui se développe en testicule ou en ovaire chez les individus XY ou XX respectivement. Les facteurs de transcription SRY/SOX9 orchestrent la différenciation testiculaire, et en absence deSox9 les souris XY développent des ovaires à la place des testicules. Chez les individus XX, la voie de signalisation RSPO1/WNT4/ß-caténine contrôle le développement des ovaires. Les mutations dans cette voie conduisent à la formation d’ovo-testicules, des gonades avec des caractéristiques à la fois d’ovaire et de testicule. Les cascades génétiques mâle et femelle s’opposent. Ainsi chez les mutants XY Sox9, la protéine WNT4 est anormalement active. Est-elle responsable pour autant de la formation d’un ovaire dans ce cas d’inversion sexuelle ? Afin de répondre à cette question, les scientifiques ont généré des souris portant deux mutations, une dans le gène pro-testiculaire Sox9 et l’autre dans le gène pro-ovarien Wnt4.

En analysant les gonades XY mutantes pour Sox9 et Wnt4 à différentes étapes du développement, cette étude a révélé deux inversions sexuelles successives au sein d’un même individu. Dans une première étape, la gonade XY double mutante suit un destin ovarien (inversion mâle-femelle). Ce résultat montre que WNT4 n’est pas nécessaire pour former un ovaire dans les mutants XY Sox9, et suggère qu’une autre cascade génétique peut initier la différentiation ovarienne lorsque la signalisation WNT4/ß-caténine est déficiente. Cependant, en fin de gestation, une partie des cellules ovariennes de gonades XY doubles mutantes pour Sox9 et Wnt4 ne sont pas maintenues et se transforment en cellules typiques du testicule (inversion femelle-mâle), pour former un ovo-testicule. Cette observation révèle que la fonction de Wnt4 est indispensable pour le maintien de l’identité des cellules ovariennes, y compris dans le contexte d’une inversion sexuelle.

Ces travaux ont permis d’identifier des étapes du développement des gonades de souris contrôlées de façon séquentielle et indépendante par Sox9 et Wnt4, et pourront contribuer à la compréhension de l’étiologie de certaines anomalies du développement sexuel.

Pour en savoir plus:
Mouse Gonad Development in the Absence of the Pro-Ovary Factor WNT4 and the Pro-Testis Factor SOX9.
Tang F, Richardson N, Albina A, Chaboissier M-C , Perea-Gomez A.
Cells 29 avril 2020. doi.org/10.3390/cells9051103

Laboratoire:
Institut Biologie Valrose (iBV) - (CNRS/Inserm/Université Côte d’Azur)
Parc Valrose, 06108 NICE cedex 2, France.

PE
Pendesinialessandro

Bonjour
…..Ces travaux ont permis d'identifier des étapes du développement des gonades de souris contrôlées de façon séquentielle et indépendante par Sox9 et Wnt4, et pourront contribuer à la compréhension de l'étiologie de certaines anomalies du développement sexuel…….Dit l’article

C’est à espérer qu’on puisse enfin cesser de discriminer certaines personnes affectées d’anomalies sexuelles, ou prétendues telles ! Et qu’on cesse une fois pour toutes de les blâmer ou critiquer injustement, voire les emprisonner ou, tout simplement les exécuter….

Chacun dispose certes des organes sexuels dont la formation a été initialement conditionnée par sa formule chromosomique : mâle si elle est XY, ou femelle si l’embryon XX a hérité de deux chromosomes femelles. Existent cependant des exceptions : l’identité sexuelle était autrefois définie par la présence de chromosomes XX (femmes) ou XY (hommes). Mais depuis deux decennies on sait qu’il existe des hommes XX et des femmes XY.
Mais cela serait insuffisant pour que le cerveau sache quoi en faire s’il ne disposait de neurones capables de lui dire. Les sécrétions hormonales initiées chez l’embryon de deux mois environ ont modelé les organes internes et externes, faisant disparaître chez les mâles les ébauches d’organes femelles, alors qu’en l’absence de ces sécrétions tous les mammifères nouveau-nés appartiendraient au sexe féminin.
Ces sécrétions ont aussi imprégné le cerveau. Elles sont mises ensuite en veilleuse, pour ne reprendre activement qu’à la puberté et achever la différenciation des sexes.
A noter que les hormones, celles du fœtus et celles de la mère jouent un rôle déterminant dans la construction des circuits cérébraux dont dépendront les fonctions sexuelles de l’individu et notamment ses conduites mâle ou femelle plus ou moins affirmées. Elles façonnent les corps dont elles sculptent les formes et dessinent les attributs, en faisant parfois des erreurs ou des excès. Tout en tenant compte que l’homosexualité, par exemple, n’est pas une pathologie et n’entre pas dans le cadre des paraphilies ou perversions ! :non:

NB : -Nos corps sont trop complexes pour offrir des réponses claires et nettes sur la différence sexuelle. Plus nous cherchons une base physiologique simple au « sexe », plus il devient évident que le « sexe » n’est pas une pure catégorie physique.....

Il ne faudrait pas s’attendre à retrouver la même configuration érotique chez tous les hommes masculins et chez toutes les femmes féminines. Là encore, des variations existent et on aurait tort de les considérer systématiquement comme des anomalies. Après tout, les variations entre les individus n’ont-elles pas contribué à l’évolution humaine ?