Du Big Bang à la mission Planck: Décalage vers le rouge ou redshift

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Nous poursuivons notre série sur la mission Planck avec le chapitre: Premier pilier du Big Bang, le décalage vers le rouge ou redshift.

Edwin Hubble

Edwin Hubble
Illustration: Western Washington University

Edwin Powell Hubble est né en 1889. Juriste de formation et diplômé de l'Université de Chicago en 1910, il se rend compte qu'il est passionné d'astronomie. Il obtient son doctorat en 1917 et passe alors le plus clair de son temps à l'observation. Il travaille à l'observatoire le plus puissant de l'époque: le télescope du Mont Wilson en Californie. Ce télescope, don de John D. Hooker, se trouve à 1742 mètres d'altitude, a un miroir principal de 2.5 mètres de diamètre, et fut le plus grand télescope du monde jusqu'en 1949, année où le télescope Hale le destitue avec un diamètre de 5 m.

Le télescope du Mont Wilson en Californie.
Illustration: Photograph © Andrew Dunn, 1989 - Wikipedia

Hubble était intrigué par des objets que l'on appelle des nébuleuses, dont la nature n'était pas très bien comprise. En effet, ce sont des objets répertoriés dans le catalogue de Messier, et cette catégorie était très hétérogène, l'on appelait nébuleuse aussi bien les rémanents d'une supernova (comme par exemple la nébuleuse du Crabe), qu'une galaxie (la nébuleuse d'Andromède). A l'époque, l'on ne comprenait pas ces objets. Emmanuel Kant pensait que les nébuleuses, tâches floues vues d'un télescope de l'époque, étaient des univers-îles.

Rappels de spectroscopie

Schéma de la décomposition de la lumière blanche à travers un prisme.
Illustration: Wikimedia Commons

La spectroscopie est l'étude de la lumière émise par une source lumineuse. Il suffit de mettre un prisme sur le trajet de la lumière émise et de l'observer à l'aide d'un goniomètre. Vers la fin du XIXème siècle, l'on savait qu'un élément chimique pouvait être identifié sans équivoque en observant simplement ses raies d'absorption ou d'émission. Par exemple le sodium est connu pour émettre une double raie à 5890.0 et 5895.9 Angström. De même l'on avait répertorié en long et en large les raies de l'hydrogène, observant même une certaine régularité portant des noms tels que : série de Balmer, Paschen, Lymann, etc... Ceci permit d'établir une carte d'identité des atomes et molécules. C'est d'ailleurs de cette façon que l'on a découvert l'hélium en 1868, en identifiant des raies provenant du Soleil jusqu'alors inconnues.

Au début du XXème siècle s'est développée la théorie quantique qui permettait enfin d'expliquer les raies d'absorption et d'émission des atomes. C'est alors que l'on comprit que les électrons se répartissent différemment autour d'un atome, cette répartition différente induit une énergie différente. Lorsque les électrons se réarrangent différemment, la différence d'énergie est alors prélevée, ou restituée au milieu environnant.

Le décalage vers le rouge ou redshift

L'analyse du spectre d'absorption de ces objets montrait alors qu'ils étaient tous décalés vers le rouge (à l'exception de la galaxie d'Andromède). Pourtant les astres que l'on voyait étaient composés des mêmes éléments chimiques. L'interprétation la plus simple est d'ordre cinématique, par analogie avec une sirène d'ambulance qui chante un "la" à 440 Hz, lorsque l'ambulance se rapproche de nous, le son émis semble plus aigu, et lorsque l'ambulance s'éloigne de nous, le son émis semble plus grave. De la même façon, lorsqu'une étoile se rapproche de nous, les radiations émises se trouvent dans des longueurs d'onde plus faibles, donc décalées vers le bleu, et lorsque l'étoile s'éloigne de nous, ces mêmes radiations se trouvent dans des longueurs d'onde plus grandes, donc décalées vers le rouge. La conclusion est donc que toutes les galaxies s'éloignent de nous (exceptée Andromède).

Spectres d'absorptions d'un même composant.
En haut, le composant est immobile par rapport à nous.
Au milieu, le composant s'éloigne de nous, son spectre est décalé vers le rouge (redshift).
En bas, le composant se rapproche de nous, son spectre est décalé vers le bleu (bleushift).
Illustration: http://coolcosmos.ipac.caltech.edu

Pour établir la distance des galaxies, Hubble utilise des étoiles dont on sait relier la luminosité à la période de variation de la luminosité: les Céphéides. C'est comme si l'on mesurait la luminosité d'un phare, plus l'on est près du phare, et plus il est brillant, plus on s'éloigne et plus il sera faiblement lumineux. Cependant, en mer, si nous voyons deux phares de même intensité, nous ne savons pas si nous sommes plus près de l'un ou de l'autre, puisque cela dépend de la luminosité du phare. De la même façon, connaissant la luminosité intrinsèque des Céphéides (grâce à leur période de variation), il suffit de mesurer leur luminosité, ensuite leur rapport donne la distance, puisque l'intensité de la lumière diminue avec le carré de la distance.

La loi de Hubble et l'expansion de l'univers (1929)

Le résultat obtenu est le suivant :

La loi de Hubble
Illustration: imagine.gsfc.nasa.gov

Ces nébuleuses sont donc des objets extragalactiques, puisque leur distance se mesure en méga parsec (en millions d'années-lumière). De plus il existe une relation simple de proportionnalité entre leur décalage vers le rouge et leur distance. Hubble interprète ce décalage comme une vitesse de fuite des galaxies. Donc les galaxies s'éloignent de nous d'autant plus vite que leur distance est élevée. Cela ne fait pas de nous le centre de l'Univers, puisque si on se plaçait sur une autre galaxie, on verrait exactement la même chose.

Interprétation du décalage vers le rouge

L'interprétation de Hubble n'est pas tout à fait exacte. Si nous nous laissons guider par cette interprétation, nous arrivons rapidement à une contradiction. En effet, si la vitesse d'un objet est proportionnelle à sa distance, alors au delà d'une certaine distance, un objet se déplace plus vite que la lumière par rapport à nous, ce qui contredit la théorie de la relativité. L'expansion est en fait une expansion de l'espace lui-même, et non un déplacement des objets. En effet, les équations de Friedmann débouchent sur un facteur d'échelle, qui augmente au cours du temps, c'est l'expansion. Cela veut dire que pour une distance donnée entre deux corps célestes, après une certaine durée, la valeur de ce facteur d'échelle va doubler, ce qui veut dire que la distance entre ces objets aura également doublé.

Si l'on supprime une dimension, alors l'espace est représenté par la membrane d'un ballon de baudruche, dont les galaxies seraient sur la surface du ballon et immobiles (l'on pourrait par exemple faire une marque au feutre, marque représentant une galaxie). A mesure que le ballon gonfle, les galaxies s'éloignent les unes des autres, avec une vitesse proportionnelle à leur distance. Cette expansion de l'espace ne se fait pas à partir d'un point, elle se fait de partout. Dans l'exemple du ballon de baudruche, l'on pourrait penser que le ballon gonfle depuis le centre du ballon. Cependant, c'est une illusion d'optique due à la perspective de la représentation, puisque ce point est en dehors de la membrane du ballon et n'existe pas. (c'est comme le point vers où se rejoignent des lignes parallèles sur une photographie, ce point imaginaire est dû à la projection en 2 dimensions d'un espace en 3 dimensions).

Prochain article à venir sur notre série Planck: Deuxième pilier du Big Bang, la nucléosynthèse primordiale.
Voir notre précédent article: Du Big Bang à la mission Planck: La relativité générale

Ces articles sont rédigés par Bongo1981 que vous pouvez retrouver sur notre forum.

AL
alessandro pendesini

Bonjour
L'analyse du spectre d'absorption de ces objets montrait alors qu'ils étaient tous décalés vers le rouge (à l'exception de la galaxie d'Andromède)..... Dit l’article.

En fait la galaxie d’Andromède se rapproche de nous à une vitesse d'environ 300km/s, elle entrera peut-être en collision avec la notre (Voie lactée) dans environ 3 milliards d’années, à condition, bien entendu, que son chemin rencontre notre Galaxie. C’est loin d’être certain car si la vitesse radiale (par décalage spectral vers le rouge) est facile à déterminer, la vitesse transversale (si elle existe) est actuellement indétectable pour Andromède.

Nous savons que ce ne sont pas les galaxies qui sont en mouvement (leur taille ou volume n’augmente pas), mais l’espace entre les galaxies qui est en expansion. Question : pourquoi la galaxie d’Andromède ne s’éloigne-t-elle pas de la nôtre ? Parce que, l’amas constitué par les galaxies proches, appelé amas local, ne participe pas à l’expansion de l’Univers, Andromède en est l’exemple.
:idee:

VI
Victor

trois milliards d'années c'est énorme on à du temps pour attendre
même 30 000 ans c'est déjà beaucoup dans notre histoire humaine

avatar
POB

Ouaip... et si on se rapporte à la densité d'étoiles dans une galaxie géante, comme Andromède ou la Voie Lactée, on arrive à l'équivalent de quelques balles de ping pong distribuées sur une surface équivalente à celle de l'Europe... autant dire que quand il y aura - éventuellement - une collision, la probabilité est faible pour que des étoiles d'une galaxie entrent en collision avec celles de l'autre.
Cependant la gravité jouera là son rôle et il s'en suivra un réarrangement assez important des étoiles, certaines étant expulsées et d'autres intégrées dans une nouvelle galaxie.
De toute manière ces phénomènes ne se produisent pas sur une échelle de temps compatible avec l'âge et la probabilité de durabilité de l'espèce humaine.
C'est quand même fascinant.

Salut et fraternité*

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Mizar 17

, la probabilité est faible pour que des étoiles d'une galaxie entrent en collision avec celles de l'autre.

C'est quand même fascinant.

Faible , mais non nulle , et même ...probable .
100 milliards de boules de feu , et leur cortége de planètes , elles mêmes accompagnées de leurs lunes ,propulsées à grande vitesse , en face de l' équivalent en soleils , planètes et lunes , et bien m' est avis que cela peut ( et doit ) " choquer" quelques parts . :_grat:
Peut etre une chance pour la terre , d'etre repoussée plus loin de notre soleil , avant que celui çi ne
devienne une géante rouge et pulvérise la petite boule bleue. :haaa:
POB a raison , cela est fascinant . :clapclap:
Vite , .. la suite ;

AL
alessandro pendesini

On est fait, il n’existe aucun rapport à l’échelle spatiale ou temporelle, entre l’homme (considéré depuis 200.000 sapiens-sapiens), et le cosmos. Et qu’il semble dans ces conditions rationnellement impossible, voire démentiel, soutenir l’idée que l’Univers a été créé pour l’homme !...... :non:

VI
Victor

Je suis assez d'accord avec cette idée
Du même style le concept anthropique est une aberration
Pourquoi ne pas inventer le concept de la conscience de son existence
Et laisser l'Homme avec Majuscule avec cet ego surdimensionné
Je plaide là pour un concept bouddhiste de pluralité de la conscience

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cisou9

:_salut:
Là c'est toi qui voit, ce qu'il, faut retenir, c'est qu'une collision entre deux étoiles est peu probable, mais non nul.
Prendre le sens d' "étoiles" avec son cortège de planètes et autres astres. :_grat2:

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POB

Si on y réfléchit bien, en rapportant la densité d'étoiles dans une galaxie à quelques balles de ping pong sur une surface équivalente à l'Europe, on peut sans risquer d'être ridicule émettre une conjecture réaliste : la probabilité d'une collision est à peu près nulle.
Je sais bien qu'il y a eu un Japonais pour planter sa voiture sur l'arbre du Ténéré, mais imaginons 5 ou 6 aveugles isolés crapahutant dans le Sahara, quelle est la probabilité pour qu'ils se télescopent ?
On est dans cet ordre de grandeur.
Il y a certes 100 milliards d'étoiles dans la Voie Lactée, kif kif Andromède, mais distribuées dans un "disque" tellement immense que cela ne fait pas gras question densité. 100 000AL de diamètre, 16 000 d'épaisseur, je vous laisse faire le calcul.

Maintenant, si on imagine deux étoiles de rapprochant, le risque de collision est faible, au pire la gravité exercerait sur chacune ses effets de marée, ce qui les déformerait transitoirement en agissant surtout sur leurs moments dynamiques et sur leurs trajectoires. Une éventuelle et hautement improbable trajectoire de collision pourrait peut-être ici ou là se traduire par un gros "sprotch", mais cela ne s'observe pas en réalité parce que les étoiles d'une galaxie sont liées ensemble par la gravité, ce qui génère dans ce milieu une sorte de viscosité... et on sait que des milieux de viscosités différentes ont peu de chances de se mélanger, au pire il se produit ici ou là une sorte d'émulsion transitoire.

Bon, j'aurais dû rester au lit ce matin, qu'est-ce que je fous à ratiociner ici à une heure pareille ?

Salut et fraternité*

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bongo1981

Sachant que le soleil fait environ 1 400 000 km de diamètre, son plus proche voisin est à 4,22 années-lumière.

Une balle de ping pong fait 4 cm de diamètre, à la même échelle, il faudrait mettre une balle de ping pong rouge (proxima du centaure est une naine rouge) à 1 000 km de là. En fait... Proxima est 1/7 plus petite, donc il faudrait plutôt une bille de 6 mm de diamètre.

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bongo1981

alessandro pendesini
Question : pourquoi la galaxie d’Andromède ne s’éloigne-t-elle pas de la nôtre ?

Parce que l'expansion à l'échelle des amas de galaxie est négligeable par rapport aux mouvements galactiques.