Du Big Bang à la mission Planck: La nucléosynthèse primordiale

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Nous poursuivons notre série sur la mission Planck avec le chapitre: Deuxième pilier du Big Bang, la nucléosynthèse primordiale.

Abondance de l'hélium cosmique

Abondance des éléments que l'on trouve dans l'Univers
Illustration: Wikipedia

Ce graphique montre l'abondance des éléments que l'on trouve dans l'Univers. Nous observons sur ce graphe que la majeure partie de la matière (75% en masse) est formée d'hydrogène, tandis qu'une quantité respectable (25%) est constituée d'hélium. Le rapport entre le nombre de noyaux d'hydrogène et d'hélium, noté He/H vaut 0.1 environ. Le reste étant à l'état de trace, sachant que le Lithium (Li), le Béryllium (Be) et le Bore (B) pourtant plus légers que les éléments suivants sont en quantité bien moindre.

Il est naturel de supposer qu'une fraction de l'énergie du Big Bang se soit transformée en particules, notamment des baryons (particules soumises à l'interaction forte), dont le plus léger est stable : le proton. Le proton entre dans la composition de l'hydrogène, élément chimique le plus simple, le proton est la brique de base des autres éléments chimiques.

Nucléosynthèse stellaire

Chaîne proton-proton
Illustration: Wikipedia

Nous savons depuis le début du 20ème siècle que la source d'énergie des étoiles est la fusion thermonucléaire de l'hydrogène en hélium, suivant un mécanisme connu appelé chaîne proton-proton (voir schéma ci-dessus).

Dans la première réaction, un proton rencontre un autre proton, fusionnant en un noyau de deutérium (noyau composé d'un proton et d'un neutron), émettant un positron (antiparticule de l'électron) et un neutrino. Cette réaction est très lente, étant donné qu'elle se fait en deux étapes, et fait intervenir l'interaction faible.

Dans la deuxième étape, le deutérium fraîchement formé fusionne très rapidement avec un proton produisant de l'hélium 3, dont le noyau est composé de 2 protons et d'un neutron. Ensuite, deux noyaux d'hélium 3 fusionnent en hélium 4. Cette succession de réactions constitue la chaîne pp I (pour les étoiles les plus froides), et est le mode de production d'énergie pendant la phase de vie la plus longue des étoiles: la séquence principale.

L'abondance d'hélium (25% du total de tout l'Univers) est inexplicable si l'on suppose que son origine est purement stellaire, puisque la plupart des étoiles sont des naines rouges, qui en fin de vie se transforment en naines blanches sans rejeter dans le milieu interstellaire le produit de la fusion de l'hydrogène. Seule une très faible proportion d'étoiles finissent leur vie en supernova, seul mécanisme répandant l'hélium et les éléments lourds dans le milieu interstellaire. De plus, la quantité mesurée d'hélium reste sensiblement la même quel que soit l'âge de la galaxie observée. L'abondance de l'hélium n'est donc pas d'origine stellaire.

Abondance des éléments plus légers que le carbone

La physique stellaire permet de synthétiser le deutérium dans les étoiles, mais ce noyau est extrêmement réactif, ne persistant pas longtemps au coeur des étoiles, réagissant très rapidement pour former des éléments plus lourds. Il est donc assez incompréhensible de trouver cet isotope naturellement avec une telle abondance D/H = 2/100 000.

Lorsque l'hydrogène vient à manquer au coeur de l'étoile, et que celle-ci est assez massive, elle quitte la séquence principale pour fusionner l'hélium en carbone, puis en oxygène, néon, silicium, etc... Ceci explique naturellement la synthèse des éléments plus lourds que le carbone, mais laisse inexpliquée les quantités de lithium, béryllium et bore.

Il existe un phénomène : la spallation, correspondant à la collision des noyaux plus lourds (carbone, oxygène etc...) avec des particules de haute énergie (généralement des protons), brisant ces noyaux en lithium, béryllium, ou bore, mais ce phénomène est trop marginal pour pouvoir expliquer la quantité observée.

Origine cosmologique des éléments légers

D'après ce qui a été évoqué, ces éléments n'ont pas une origine stellaire, mais cosmologique. Cela montre que dans le passé, l'Univers a été bien plus dense et plus chaud, atteignant des températures suffisantes pour former les éléments légers, c'est ce que les astronomes appellent la nucléosynthèse primordiale.

Taux de baryons

L'abondance des éléments synthétisés est très sensible à la densité de protons, notée par la lettre grecque "eta", rapport entre la quantité de baryons et de photons, ce que l'on qualifie de densité de baryons.

Abondances primordiales
Illustration: in2p3

D'après la figure précédente, la quantité d'hélium 4 est peu sensible à la densité de baryons initiale. Par contre la quantité d'hélium 3 varie d'un facteur 10 à 100 et la quantité mesurée concorde très bien avec les modèles avec "eta" = 10^(-9).

Cependant, nous voyons que les courbes du Lithium 6 et 7 ne correspondent pas très bien, ce qui laisse présager des phénomènes encore mal compris, ou bien des phénomènes au delà du modèle standard, dont les détails dépassent très largement le cadre de cet article.

Prochain article à venir sur notre série Planck: Le spectre de corps noir du rayonnement fossile.
Voir notre précédent article: Du Big Bang à la mission Planck: Décalage vers le rouge ou redshift

Ces articles sont rédigés par Bongo1981 que vous pouvez retrouver sur notre forum.

KA
kace

Très clair et pédagogique comme article, merci bcp Bongo !

AL
alessandro pendesini

Un grand merci à Bongo pour ses articles !

Quelques précisions :
Le moment correspondant de l’histoire cosmique est appelé « ère de Planck ». Il correspond à un instant tp, légèrement postérieur (de 10-43 seconde) à t0. Les valeurs de la température et de la densité -défient toute imagination- etaient respectivement 10³² K et 10 94 g/cm³. Dans des conditions si enormes, la relativité générale ne peut être appliquée, car elle est impuissante à prendre en compte les effets quantiques, pourtant prépondérants : aborder cette période nécessite impérativement une théorie de la gravitation quantique, ou du moins une théorie qui unifie les interactions fondamentales. C’est le « rêve » de tout physicien ! :fada:

Nous pouvons dire que l’on a réussi à récréer en laboratoire les conditions l’Univers connu, un millième de milliardième de seconde (10-12 seconde) après le début de son expansion, lorsque notre Univers était constitué d’un mélange de quarks et d’électrons. C’est aujourd’hui, notre limite expérimentale.
Dans des puissants accélérateurs de particules comme celui du CERN, on y atteint des niveaux d’énergie permettant de reconstituer le passé de notre Univers jusqu’à…un dix milliardième de seconde après le Big Bang.

N.B. : -La compréhension scientifique de l’univers sera incomplète tant que l’on ne saura pas expliquer comment certains systèmes physiques arrivent à engendrer des états subjectifs. C’est le « rêve » des neuroscientifiques…. :grat2:

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Asohan

Dans les accélérateur de particules on reste très loin de l'échelle de Planck. Mais déjà au niveau des expériences, la relativité restreinte joue un rôle énorme même si la gravité est négligeable. Cela implique bien sur la relativité du temps. Comment peut-on alors parler de "temps initial" ? Parler d'un temps du Big Bang est aussi absurde qu'essayer de prendre une photo de famille au milieu d'un trou noir :D

L'article oubli un aspect fondamental de cette théorie de la nucléosynthèse : la stabilité des éléments. Si la production des éléments du plus petits au plus lourds suit une loi quasi exponentielle (décroissante), les multiples pics présents pour certains éléments viennent du fait qu'ils sont plus stables au niveau nucléaire. Ensuite ceux qui sont moins stables se désintègre vers d'autres plus légers et plus stable.

VI
Victor

Il me semble que la nucléosynthèse classique par les étoiles
ça va jusqu'au fer élément de numéro atomique 56,
tandis qu'au delà ce n'est fait que dans les explosions de nova
Dans l'onde de choc produite par l'explosion de la nova
où des conditions de densité critique et de chaleur sont réalisées

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bongo1981

Merci à tous pour vos encouragements.

Effectivement Asohan, j'ai passé sous silence le modèle des noyaux avec les numéros magiques, les noyaux un peu plus stables ou moins stable permettant d'expliquer certains pics ou creux.
Je voulais surtout insister sur la nucléosynthèse primordiale, et que l'on s'intéresse principalement aux éléments les plus légers, parce que c'est bien ce qui a été synthétisés juste après le Big Bang (éléments plus légers que le carbone).

Je tenterai de rédiger un dossier sur la nucléosynthèse stellaire, et dans ce volet là, c'est incontournable.

AL
alessandro pendesini

Il me semble important considérer le Big Bang non pas comme l’origine de notre Univers, mais le début de la phase d’expansion. Le « temps zéro » n’a pas de sens puisqu’il est inaccessible à l’investigation scientifique ! Les différents modèles de « pré-Big bang » développés sur la base de théories de gravitation quantique, éliminent une quelconque notion de temps zéro.
Le début de l’histoire intelligible de notre Univers, ce n’est donc pas zéro, mais le temps de Planck équivalant à 10-43 seconde
N.B. : Si on voulait mesurer un intervalle de temps plus petit que le temps de Planck, il faudrait prendre cette mesure dans une région plus petite que la longueur de Planck, soit le temps de Planck multiplié par la vitesse de la lumière. Selon le principe d’incertitude d’Heisenberg, en mécanique quantique, cette région serait un trou noir d’où ne peut s’échapper aucune information. Il semble donc impossible de définir un intervalle de temps qui soit plus petit que le temps de Planck.

J’oubliais : mais qu’est-ce que le temps ? :tusors:

FA
Fafoo

super article ! Merci !

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cisou9

:yaisse:
Merci d'éclairer notre lanterne. :clapclap:

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bwergl

Désolé, mais j'ai un peu du mal à comprendre ce rapprochement entre Planck et la relativité. Parce que quand on parle de la nécessité d'une gravitation quantique pour dépasser l'ère de Planck, est ce que ça signifie que la relativité reste valable jusqu'au échelles de Planck sans avoir à passer par la théorie quantique? Je veux dire que depuis qu'on a ces deux théories qui se disputent, j'ai l'impression que des fois ça peut prêcher en fonction de la paroisse. Alors en fait, la question c'est à partir de quel moment la relativité devient clairement useless dans les calculs? Parce qu'un truc de la taille de planck, il me semble que c'est déjà largement plus petit qu'un atome.

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bongo1981

Pour des phénomènes dont le temps d'évolution est de l'ordre de grandeur de 10-43 s ou des échelles de l'ordre de grandeur de 10-35 m si ça a encore un sens, c'est une théorie quantique de la gravitation qui devra prendre le relai.

C'est ce que l'on appelle le temps de Planck ou la longueur de Planck, ces grandeurs sont calculées avec les 3 constantes fondamentales suivantes :

  • G constante de gravitation
  • h constante de Planck
  • c vitesse de la lumière

Toutes théories faisant intervenir ces 3 constantes peuvent décrire des phénomènes de cette ordre de grandeur, et c'est forcément une théorie quantique de la gravitation.

PA
passant

alessandro pendesini
J’oubliais : mais qu’est-ce que le temps ?

Une citation d'Aristote concernant ce qu'est le temps." Le nombre du mouvement selon l'antérieur-postérieur."

Cette citation peut-elle convenir à la pensée en recherche d'une origine cosmologique...