Une nouvelle technique de vaccination anti-virale efficace fondée sur l'encapsulation cellulaire.
Les techniques d’immunothérapie mises au point en oncologie pour combattre les cellules cancéreuses recèlent un grand potentiel pour lutter contre les virus. Une équipe de recherche basée aux Hôpitaux Universitaires de Genève (HUG) et à l’Université de Genève (UNIGE), en collaboration avec la société MaxiVAX, une spinoff des deux institutions, développent une technologie innovante appelée «encapsulation cellulaire». À l’origine conçue pour stimuler l’immunité contre les cancers, la pandémie de COVID-19 a motivé les scientifiques à élargir le champ d’application de leur technologie et à tester son efficacité contre les virus. Les premiers résultats, encourageants, sont à découvrir à travers une étude préclinique publiée dans la revue Vaccines.

La capsule cargo peut contenir jusqu’à un million de cellules sécrétrices de protéines (adjuvant, anticorps ou autres). Placée sous la peau, elle permet aux cellules qu’elle contient d’être nourries par l’organisme et d’être actives jusqu’au retrait de l’implant capsulaire, plusieurs jours après la vaccination.
© UNIGE/HUG/MaxiVAX
Le système immunitaire est capable d’identifier les cellules cancéreuses et de les combattre, comme il le fait contre un pathogène viral ou bactérien. Les chercheur∙euses en oncologie se fondent sur ce fait pour développer des vaccins contre le cancer. «Pour mettre au point un vaccin efficace, il faut non seulement avoir les bonnes cibles reconnues par le système immunitaire, sous la forme de cellules, protéines, séquence d’ADN ou d’ARN, mais également pouvoir exciter efficacement l’immunité avec un adjuvant», indique Nicolas Mach, oncologue au Service d’oncologie des HUG, professeur au Département de médecine et au Centre de recherche translationnelle en onco-hématologie de la Faculté de médecine de l’UNIGE et co-auteur de l’étude.
En partenariat avec la société MaxiVAX, Nicolas Mach et son laboratoire ont développé une vaccination cellulaire innovante contre le cancer utilisant une technologie appelée «encapsulation cellulaire». Face à la pandémie de coronavirus et à la nécessité de développer des vaccins efficaces, ils élargissent aujourd’hui le champ d’application de cette technologie et testent son efficacité contre les virus.
Exciter le système immunitaire sur le long terme
L’encapsulation cellulaire est une technique permettant de déposer des cellules modifiées dans une capsule semi-perméable pour les implanter de manière sous-cutanée. Les cellules contenues dans la capsule sont ainsi maintenues en vie par l’organisme sans s’y répandre, contrairement à leur sécrétion, libre de se diffuser à travers la paroi de la capsule. Cette technologie permet de produire, puis de relâcher de manière stable et sur le long terme, des protéines d’intérêts telles que des cytokines ou des anticorps.
Chargée avec des cellules modifiées pour qu’elles sécrètent une substance capable de stimuler le système immunitaire, la capsule peut être utilisée comme un cargo d’adjuvants. Puisque les cellules encapsulées survivent pendant plusieurs jours, semaines, voire mois, elles permettent une exposition prolongée à la substance qu’elles sécrètent, l’adjuvant d’un vaccin dans le contexte de cette étude. Un avantage indéniable comparé aux vaccinations traditionnelles qui ne permettent pas cette stimulation prolongée.
Une piste pour la lutte contre des virus résistants à la vaccination
«Face à l’efficacité remarquable des vaccins à ARN messager contre le coronavirus, il ne nous paraît pas utile de développer des essais cliniques chez l’être humain pour cette indication. En revanche, si l’on confirme l’efficacité de cette méthode de vaccination dans d’autres modèles de maladies virales, cette technologie pourrait être utilisée pour des pathogènes contre lesquels il n’existe pas de vaccins à l’heure actuelle ou de manière encore limitée, comme par exemple contre le VIH ou contre le virus de l’hépatite C», conclut Nicolas Mach.
Les capsules et leurs cellules utilisées dans cette étude sont certifiées pour des essais cliniques de Phase I et II en oncologie et sont produites par le centre de thérapie cellulaire clinique des HUG.