La dépression saisonnière : les risques de l'autodiagnostic

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Introduction

Si en Europe et notamment en France, nous connaissons une météo clémente et des jours printaniers en ce moment, au Québec le froid persiste d'où le risque de dépression saisonnière.

L’hiver québécois perdure. Si vous commencez à perdre espoir de voir réapparaître le soleil et le barbecue, vous faites partie de la majorité. Mais si vous avez de la difficulté à mener vos activités habituelles, vous êtes peut-être de ces personnes atteintes de dépression saisonnière : dans les pays nordiques, 3 % à 10 % de la population adulte en souffrent. Peut-on s’autodiagnostiquer une telle affection?

Illustration: Techno-science.net

Le professeur et psychiatre Pierre Gagné nous fait part de son avis sur le sujet.

Qu’est-ce que la dépression saisonnière? Fait-elle partie du DSM?

(Le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, communément appelé DSM, est publié par la Société américaine de psychiatrie. C’est le principal ouvrage de référence en matière de santé mentale et de psychiatrie).

Réponse : Oui, c’est un véritable trouble, un trouble d’humeur sévère répétitif qui s’installe peu à peu lorsque les journées raccourcissent. La dépression saisonnière ressemble beaucoup à la dépression non saisonnière. La personne qui en est victime ressent les mêmes symptômes : perte d’énergie et de motivation, tristesse, changement d’appétit, fatigue, etc. Cependant, contrairement à la dépression non saisonnière, elle coïncide avec la diminution de la période d’ensoleillement. Donc logiquement, elle disparaît au printemps, contrairement à la dépression régulière, qui risque de perdurer.

Le froid et la neige qui persistent en ce moment affectent-ils une dépression saisonnière?

Non. C’est réellement le manque de lumière qui affecte les gens qui souffrent de ce type particulier de dépression sévère. Donc si la dépression persiste au printemps, même si la neige et le froid sont toujours présents, il y a de forts risques que ce ne soit pas une dépression de type saisonnière.

Peut-on se traiter soi-même?

C’est là le danger : l’autodiagnostic ou ce que j’appelle les «diagnostics d’Internet». Les gens qui sont déprimés rechercheront leurs symptômes sur le web et pourront conclure à tort qu’ils sont victimes de dépression saisonnière alors qu’ils ont peut-être une dépression majeure d’un autre type. Ils iront s’acheter une boîte de lumière pour faire un peu de luminothérapie. Ce sont des moyens plus rapidement accessibles que la médication ou la consultation, alors les gens se traitent souvent de cette manière. Comme cela ne fait pas effet sur leurs symptômes, leur dépression continuera et s’aggravera. Il faut s’assurer d’avoir le bon diagnostic afin d’avoir le bon traitement.

En quoi l’autodiagnostic est-il une préoccupation pour vous?

On cherche à éviter l’autodiagnostic, car une dépression mal traitée peut avoir des impacts majeurs sur la personne et son entourage. La personne peut aller jusqu’à mettre fin à ses jours en pensant que sa maladie n’est pas traitable alors que le traitement qu’elle s’est prodigué est inapproprié et inefficace. Il faut donc consulter un professionnel de la santé pour obtenir un diagnostic correct.

Pierre Gagné est professeur à la Faculté de médecine et des sciences de la santé de l’Université de Sherbrooke. Il est aussi directeur du Service de psychiatrie légale. Le professeur Gagné a mené diverses recherches sur la détresse psychologique.

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Source: Université de Sherbrooke - Grégory Ferland

AL
alessandro pendesini

Bonjour
Une petite precision : quand on parle du DSM il ne faut pas oublier d’y ajouter “5” ce qui donne DSM5, qui est la dernière publication de ce Manuel (2013).
Il aurait été interessant demander au prof. et psychiatre Pierre Gagné, qui connaît bien cette branche sur la détresse psychologique, ce qu’il pense de cette nouvelle publication et, surtout, s’il la trouve scientifiquement pertinente !

N.B. -La dépression ne correspond pas à un seul type d’état clinique, le même traitement ne marche pas chez tous les gens déprimés.Elle est, très souvent, la résultante d’une incapacité à donner une réponse adaptative appropriée à un stress de longue durée.
Les médicaments peuvent induire des changements adaptatifs dans les circuits neuronaux ou les mettre dans un état favorisant l’adaptation et l’apprentissage. Mais rien ne garantit que le cerveau, laissé à lui-même, apprendra les bonnes choses. L’itinéraire pharmacologique qui mène au rétablissement sera probablement mieux suivi avec une personne capable de comprendre non seulement les médicaments ou la personne, mais le médicament, la personne et la situation vécue par le patient. Les assurances maladies peuvent ne pas aimer, mais le médicament, le thérapeute et le patient sont les partenaires d’un ajustement synaptique appelé « thérapie », le premier attaquant le problème à la base, le deuxième s’y penchant de l’extérieur, et le dernier ajustant son soi synaptique.