Moins d’antibiotiques pour mieux lutter contre les infections bactériennes

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Une étude multicentrique menée par une équipe de l’UNIGE, des HUG, du CHUV et de l’Hôpital de St-Gall démontrent qu’un usage plus restreint des antibiotiques est tout aussi efficace, tout en limitant l’apparition de résistances.

L’augmentation de la résistance aux antibiotiques et le manque de nouvelles molécules constituent à l’heure actuelle un problème majeur de la santé mondiale. Dans ce contexte, la diminution de la consommation d’antibiotiques apparaît comme l’une des seules solutions pour préserver l’efficacité des produits et limiter l’apparition de résistance. Or, les traitements relativement longs sont courants, même s’ils semblent tenir plus de la tradition que découler de preuves scientifiques solides. Ainsi, dans le cas des bactériémies, des infections du sang courantes mais potentiellement dangereuses, l’habitude consiste à prescrire d’office un traitement antibactérien de quatorze jours.

Crédit: Getty

Des médecins de l’Université de Genève (UNIGE), des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) et de l’Hôpital de St Gall ont voulu vérifier, dans le cadre d’une étude multicentrique sur plus de 500 personnes, si un traitement plus court, et donc moins susceptible de créer des résistances, était possible. Leurs résultats, publiés dans la revue JAMA, révèlent qu’un traitement réduit de moitié était tout aussi efficace. De plus, les scientifiques démontrent qu’adapter le régime antibiotique à chaque patient selon ses caractéristiques et ceux de la maladie permettrait de réduire encore plus la dose médicamenteuse sans perte du bénéfice thérapeutique. De ces travaux découlent de nouvelles recommandations visant à promouvoir un usage raisonné des antibiotiques, seules armes dont nous disposons pour lutter contre des bactéries responsables de nombreuses maladies.

Les bactériémies sont des infections du sang, dont la plupart résultent d’une infection urinaire ou pulmonaire qui peuvent être dues à plusieurs types de bactéries. Très fréquentes chez les personnes âgées, elles n’en demeurent pas moins sévères et doivent être traitées efficacement pour prévenir toute évolution critique.

Ainsi, la plupart des médecins prescrivent systématiquement un antibiotique pendant quatorze jours, et ce même en cas d’amélioration rapide de l’état de santé du patient. «Nous ne disposons que d’un catalogue limité d’antibiotiques, dont l’efficacité est en constante diminution», explique Angela Huttner, chercheuse aux départements de pathologie et immunologie et de médecine de la Faculté de médecine de l’UNIGE et médecin au Service des maladies infectieuses des HUG, qui a dirigé ces travaux. «Nous devons donc absolument préserver nos ressources, et cela passe par une utilisation parcimonieuse de celles-ci. Néanmoins, il nous fallait démontrer qu’un traitement plus court ne prétéritait pas le rétablissement des patients.» En effet, depuis les années 1990, le développement de nouveaux antibiotiques a subi un net coup d’arrêt, à cause à la fois du peu d’intérêt de la part de l’industrie pharmaceutique pour ces médicaments peu rentables et de l’absence de nouvelles cibles thérapeutiques.

Quatorze jours, sept jours ou moins?

L’équipe de recherche a mis sur pied une étude randomisée à large échelle, portant sur 504 patients recrutés dans trois hôpitaux suisses entre avril 2017 et mai 2019. «Nous avons divisé de manière aléatoire notre échantillon en trois groupes,» détaille Werner Albrich, médecin infectiologue à l’Hôpital de St Gall. «Le premier groupe, le groupe contrôle, a reçu le régime habituel d’antibiotiques d’une durée de quatorze jours. Le deuxième groupe a reçu le même antibiotique, mais durant sept jours seulement. Le troisième groupe a quant à lui vu son traitement adapté sur une base journalière, selon le niveau d’inflammation de chaque patient.» Et le résultat est sans appel: le traitement a eu la même efficacité dans les trois groupes, démontrant ainsi que l’on peut recommander une diminution de moitié la durée de traitement avec un résultat clinique identique.

Vers des traitements personnalisés

«Par ailleurs, nos travaux montrent également qu’une personnalisation du traitement selon les individus était tout à fait envisageable, ajoute Angela Huttner. «Il faut pour cela mesurer chaque jour le niveau de CRP - une protéine présente dans le sang marquant l’inflammation - un examen de routine réalisé de toute manière en cas de bactériémie.». Les médecins, au cours de cette étude, ont en effet arrêté le traitement chez les patients assignés au 3e groupe dès que leur niveau individuel de CRP avait diminué de 75% par rapport au pic d’inflammation, avec cependant un minimum de cinq jours d’antibiotiques, avec le même succès que les deux autres groupes.

De plus, les scientifiques ont identifié certains facteurs de risque: l’âge élevé, notamment, ainsi que le pathogène impliqué. L’Escherichia coli est ainsi plus facilement éliminée que d’autres bactéries, et ce quelle que soit la durée du traitement. «Le principe du «one size fits all» est de moins en moins vrai en médecine, et la caractérisation des biomarqueurs de l’inflammation pourrait aboutir à une véritable personnalisation des traitements, tout en limitant le risque de résistances. Dans un premier temps, nous pouvons déjà recommander la diminution à sept jours du traitement des infections bactériennes du sang,» concluent les auteurs.

PE
Pendesinialessandro

Bonjour
.Leurs résultats, publiés dans la revue JAMA, révèlent qu’un traitement réduit de moitié était tout aussi efficace….Dit l’article

C’est très bien. Mais faut-il rappeler que selon les circonstances –état psychologique, conviction du médecin, relation thérapeutique, suggestibilité, attente plus ou moins anxieuse de la guérison….-, nous fabriquons des antibiotiques, des antipyrétiques, des anti-inflammatoires, des antalgiques (endorphines), des antihistaminiques, des antimitotiques, etc.., qui peuvent suffire à entraîner la guérison (c’est même le cas le plus fréquent), et qui, dans certains cas, renforcent l’effet des médicaments de synthèse.
Il arrive toutefois que le système immunitaire soit affaibli, et qu’il s’avère nécessaire traiter l’infection avec les médicaments adaptés. Mais, si l’on ignore que l’action porte seulement sur des effets, la rechute sera d’autant plus fréquente que l’on croira connaître sa cause. Être informé de la différence entre la cause et les effets ne signifie pas que les antibiotiques seront inutiles, mais qu’il vaut mieux savoir que la répétition indique un autre enjeu, ou des risques certains !

A noter que plus de 1000 tonnes d’antibiotiques sont administrées chaque année aux animaux d’élevage pour prévenir toutes sortes de maladies et favoriser la prise de poids. Ces antibiotiques –qui ne se detruisent pas pendant la cuisson- se retrouvent bel et bien dans notre steak (67,7 mg par kg de viande) puis dans notre organisme, favorisant l’apparition de bactéries résistantes ; le corps développe ainsi une accoutumance accrue face aux médicaments, rendant leur utilisation (souvent) totalement inefficace. Tous les continents sont concernés….
Le système industriel appliqué à l’élevage repose sur les principes suivants : ajustement de la nourriture à l’objectif d’un grossissement peu couteux ; médication régulière et abondante pour favoriser la prise de poids (hormones), compenser le stress (anxiolytiques) et éviter les épizooties (antibiotiques). En Europe, plus de 70% des antibiotiques mis sur le marché (USA 80%), sont donnés aux animaux industriels, qui représentent 90% du marché de la viande......
Plusieurs pays européens ont déjà réduit de façon drastique leur utilisation, mais les lobbys agricoles et pharmaceutiques ont jeté toutes leurs forces depuis 2015 dans la bataille pour faire échouer cette louable initiative de l’UE….Homo sapiens dites vous ?