Un type de radioactivité rare observée au GANIL

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Dans une expérience réalisée au Grand accélérateur national d'ions lourds (GANIL), des physiciens du CEA, du CNRS/IN2P3 et de l'Université Bordeaux I ont observé les particules émises dans un type particulier de désintégration, la radioactivité 2-protons. Ce résultat fait la une de la revue Physical Review Letters.

Radioactivité « 2-protons »

Lors d'une expérience menée en septembre 2006, l’équipe de physiciens avait enregistré les trajectoires des deux protons émis lors de la désintégration d'une dizaine de noyaux fer-45 (26 protons et 19 neutrons), des noyaux très exotiques car très pauvres en neutrons. Cette émission caractérise un type très rare de radioactivité, dite « 2-protons » car elle conduit à l'émission simultanée de deux protons. Elle doit son existence à un équilibre précaire des forces mises en jeu au sein du noyau.

Un dispositif expérimental spécifique

Pour étudier les mécanismes de cette forme de radioactivité si particulière et remonter aux interactions mises en jeu, il était nécessaire de mesurer individuellement les caractéristiques des protons émis. Dans ce but, les physiciens du projet ont développé un outil de détection permettant de visualiser en trois dimensions les trajectoires de particules chargées. Il s'agit d'une chambre dite « à projection temporelle » : les noyaux étudiés (tel que fer-45) y sont arrêtés dans un volume de gaz soumis à un champ électrique. Suite à la désintégration, les protons émis créent des charges électriques comme autant de traces de leur passage. Le détecteur permet de réaliser une « photographie » en 3 dimensions de ces charges électriques, les attirant vers une plaque de détection et mesurant le temps de déplacement.

Un appariement de particules surprenant

Cette radioactivité 2-protons, extrêmement rare, était prédite depuis les années 1960 par un physicien russe, V.I. Goldanskii, pour des noyaux atomiques comportant un très grand excès de protons par rapport à leur nombre de neutrons. Ce déséquilibre rend un tel noyau particulièrement instable et par conséquent très difficile à produire en laboratoire.

Chargés positivement, les protons se repoussent. Du fait de leur excès, la principale force de cohésion du noyau -l'interaction nucléaire forte- n'est plus capable de retenir les derniers protons : le noyau ne devrait simplement pas exister. Deux effets combinés permettent malgré tout de former ce noyau :

  • l'un est lié à la courte portée des forces nucléaires qui crée une poche d'attraction à courte distance tandis que les forces électriques induisent une répulsion à longue distance. Ce phénomène correspond à la création d'une barrière de potentiel (dite « coulombienne »), retenant les protons excédentaires à l'intérieur du noyau,

  • l'autre effet est créé par l'appariement des deux protons qui donne un léger surplus de stabilité lorsque les particules s'associent par paires.

Ainsi, les deux derniers protons sont liés ensemble dans le noyau jusqu'à ce qu'ils finissent par traverser simultanément la barrière coulombienne, quelques millièmes de secondes plus tard. Une fois hors du noyau, les protons ne sont plus appariés et redeviennent indépendants.

Les étapes d'une longue quête

Le processus de radioactivité 2-protons a été caractérisé pour la première fois par les mêmes chercheurs en 2002 au GANIL, pour une douzaine de noyaux fer-45. Parallèlement, des résultats concordants étaient obtenus au GSI (Darmstadt, Allemagne). Dans ces deux expériences, les mesures étaient indirectes et ne signaient pas explicitement l'émission des deux protons. Ce type de radioactivité a également été observé en 2004, par la collaboration française, pour un autre noyau, zinc-54 (30 protons, 24 neutrons). L'observation directe qui vient d'être publiée est donc une étape importante dans l'étude de ce nouveau phénomène.

Les prochaines expériences prévues au GANIL visent à produire et observer 10 à 100 fois plus de noyaux émetteurs de protons. La radioactivité 2-protons pourrait ainsi révéler les secrets de l'appariement des protons dans le noyau.

JU
JuLieN

A propos de Physique, Michel et l'équipe, allez-vous nous faire une actu sur l' "exceptionellement simple théorie de tout" que A. Garrett Lisi, le surfeur physicien, a sortie dernièrement et qui fait tant de bruit partout?

J'ai parcouru rapidement l'article et, outre le fait que les mathématiques impliquées me passent bien au-dessus de la tête, j'ai quand même vaguement l'impression que tout ceci est bien fumeux... :heink:

Sans doute est-ce une prudence élémentaire qui vous retient de ne pas succomber au buzz omniprésent sur la toile scientifique?

EDIT- Lee Smollin, pour qui j'ai beaucoup de respect, s'est par contre dit séduit par cette nouvelle théorie.

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bongo1981

à quand la double beta sans neutrino :o

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Maulus

bongo1981
à quand la double beta sans neutrino :o

pour quoi faire ?

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bongo1981

C'est une piste pour aller au delà du modèle standard. Le neutrino a une masse... il se pourrait que ce soit une particule de Majorana (il pourrait être sa propre anti particule, avec des conséquences sur la violation du nombre leptonique des choses comme ça).

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buck

l'antineutrino n'a jamais ete detecte?

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bongo1981

Si si (dans les désintégrations beta moins, c'est-à-dire les noyaux avec un excès de neutron, l'on détecte les antineutrinos émis par convertion de protons en neutrons), mais un neutrino est toujours gaucher (d'hélicitré gauche, spin dans le sens inverse de la direction de propagation), alors que l'anti neutrino est toujours droitier (c'est la violation de la symétrie P, ou C de l'interaction faible).

Si un neutrino devient massif, dans un référentiel où il se propage de gauche à droite, tu peux trouver un autre référentiel où il se déplace de droite à gauche, et hop là tu vois un anti neutrino à la place du neutrino.

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Maulus

les particules de Majorana sont censées être des particules sans symétrie ? donc violant la symétrie P ?
lorsque tu parle de symétrie, c'est la symétrie particule/anti particule ?

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bongo1981

Maulus
les particules de Majorana sont censées être des particules sans symétrie ?

Une particule de Majorana est un fermion de spin 1/2 qui est sa propre antiparticule.
Par exemple un photon est sa propre antiparticule, mais c'est un boson.

Pour le moment l'on ne connaît pas de particules de Majorana, c'est une possibilité théorique, mais il est possible que le neutrino en soit une...

Maulus
donc violant la symétrie P ?

Ben justement, je pense que non, ça ne violera pas la symétrie P.

Maulus
lorsque tu parle de symétrie, c'est la symétrie particule/anti particule ?

En théorie quantique des champs, on parle de symétries CPT :

  • C conjugaison de charge, l'on regarde un phénomène et l'on regarde si ce phénomène est possible en changeant toute les particules en leur anti particule
  • P, idem, observation du phénomène et du même phénomène dans un miroir
  • T, observation d'un phénomène, et du phénomène en renversant le temps

Quand je parle de violation de symétries, c'est ou bien C ou bien P dans le cas du neutrino.

  • vu dans un miroir, un neutrino gaucher donne un neutrino droitier --> impossible, la symétrie P est violée

  • si l'on échange les particules en anti particules, un neutrino gaucher devient un anti neutrino droitier --> impossible la symétrie C est violée

  • si l'on fait les deux CP : le neutrino gaucher devient anti neutrino droitier, tout va bien.

Mais la symétrie CP est également violée dans les interactions faibles. Je crois que Oswald travaille justement dessus avec le LHCb (notamment l'observation de l'équivalent des Kaon neutre à durée de vie longue et courte mais avec des quarks b).

OS
Oswald_le_fort

Ben en fait, on verra pas les differences entre les long en les cours... Simplement parce que nos B (qui vont quand meme par paires) ne sont pas correles par rapport a leur creation. Du coup pas possible de voir de difference entre B 'long' et B 'court'. Par contre, il est possible de faire des mesures sur l'etat final, et la on devrait pouvoir voir une difference. Moi je bosse plutot sur les oscillations, pas tellement sur les difference en temps de vie...