Le sentiment de solitude se « transmet », comme la grippe

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Une étude parue dans Journal of Personality and Social Psychology et menée par une équipe mixte de l’école de médecine de Harvard à Boston, de l’Université de Chicago et de l’Université de Californie à San Diego suggère que le sentiment de solitude est contagieux et peut de disséminer dans les réseaux sociaux tel un virus en période d’épidémie. Ainsi, le fait d’être entouré et de rester socialement connecté est aussi important pour la santé que de se laver les mains. Se sentir seul ne signifie pas forcément ne pas avoir de connections mais peut-être que celles-ci ne sont pas assez satisfaisantes.

Représentation du réseau social dans l’étude de Framingham pour 1019 individus (amis, maris, épouses, frères et sœurs). La couleur des points indique le temps moyen pendant lequel chaque participant a ressenti un sentiment de solitude la semaine précédente (vert pour 0-1 jour, jaune pour 2 jours et bleu pour 3 jours ou plus). Ces données suggèrent qu’il existe un lien entre le sentiment de solitude et être à l’extérieur du réseau social et que ce sentiment se transmet aux personnes les plus proches.

Ce travail est le résultat de l’analyse et du suivi de plusieurs milliers de sujets pendant près de 60 ans dans la petite ville de Framingham, Massachusetts, dans laquelle la majorité des participants de l’étude se connaissent. Grâce à toutes ces informations, les chercheurs ont reconstruit le réseau social de chaque individu de cette population (voir figure). Cette étude est la dernière d’une longue série qui a déjà conclue à la contagiosité d’autres caractères physiques et sociaux tels que l’obésité, fumer ou encore la joie. Dans ce nouveau travail, les scientifiques ont démontré qu’il était plus facile « d’attraper » ce sentiment de solitude de ses amis plutôt que de sa famille, que celui-ci se transmettait plus souvent parmi les femmes que parmi les hommes et qu’il était plus contagieux parmi les connections sociales proches vivant à moins de 2 km. De plus, les scientifiques observent que lorsqu’une personne connait un ami avec un sentiment de solitude, celle-ci a 40 à 65% de risques supplémentaires de se sentir seule elle aussi. De la même manière lorsque l’ami d’un ami se sent seul, les risques d’avoir aussi ce sentiment augmentent de 14 à 36% alors que le risque supplémentaire est de 6 à 26% lorsque cela concerne l’ami d’un ami d’un ami.

Pour mesurer ce sentiment de solitude, les auteurs de cette étude ont utilisé un test de diagnostic de la dépression. Il a été montré qu’une fois qu’un individu ressent cette solitude, il a tendance à se localiser sur les extérieurs du réseau social après avoir transmis ce sentiment à ses amis et à ses voisins les plus proches. Sur la périphérie, les individus se sont coupés de leurs amis ou ont perdu leurs connaissances, ce qui les fait se sentir seuls et ils ont alors tendance à transmettre ce sentiment à leurs amis restants impliquant le commencement d’un nouveau cycle. Ces travaux se rapprochent de ceux de Emile Durkheim qui, dès 1897, avait déjà proposé l’hypothèse que les suicides, bien que très personnels, étaient fortement influencés par les forces sociales.

L'article complet sur l'étude (en anglais): http://news.uchicago.edu/static/091201.alone.pdf

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Aldebaran

Mwé, vraiment pas convaincu...

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klinfran

pourquoi pas, la statistique de masse est assez fiable en principe, reste que le "sentiment de solitude" doit être dur à évaluer, et qu'il existe peut-être également d'autres interprétations, exemple: on côtoie des gens du même milieu social en général, et si un pépin financier arrive il se peut que toutes les personnes de la même catégorie soient dans une situation analogue, ça fout le cafard, dans le même ordre d'idées, on côtoie des gens du même âge, et les crises existentielles sont courantes (l'adolescence, la 30 aine 40 aine 50 aine... voire d'autres, personnellement je ne les compte plus), elles se passent quasi simultanément chez toutes les personnes d'un même réseau, ce qui peut donner l'impression d'une propagation, les séparations également se passent souvent aux mêmes âges, les décès aussi, et puis quand un décès arrive, il touche plusieurs "amis" du même réseau, on s'installe dans la "routine" aux mêmes âges également, et puis parfois on a envie de changer d'entourage, et la vérité c'est que plus ça va, moins on a d'avenir, pas étonnant que ça se propage en fait. Non finalement pas terrible cette étude.

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cisou9

:_salut: La solitude, mon épouse décédée le 21 juillet, j'ai gardé le contact sa famille qui est loin et la mienne et j'ai des amis, internet m'aide beaucoup et les fêtes de fin d'années je les passent chez le fils ainé de mon épouse. :)

PS je vous rendrais quand même visite car vous aussi vous êtes mes amis.

RO
Roroleblaireau

C'est complètement stupide comme étude :/

RE
Reumain.

Si tu as un meilleur modèle, ne te prive surtout pas Roroleblaireau.

Un peu de respect pour les personnes qui étudient et qui prennent le temps d'essayer de comprendre un mal qui ronge la société.

TZ
tzara

Ces travaux se rapprochent de ceux de Emile Durkheim qui, dès 1951,

Je pense pas que ce soit 1951... plutôt 1897 pour ce qui est de l'écrit de Durkheim sur le suicide.
Je trouve néanmoins l'étude tout à fait intéressante, si il s'avère que le sentiment de solitude se transmet, il y a fort à parier que nous allons passer de longue journée de fête :fada: dans l'avenir. Loi pour ne pas rester seul, pour s'occuper des personnes seules, centres d'aide aux personnes seules, enseignement de la camaraderie à l'école dès le plus jeune age, interdiction de ne pas se réunir au moins 2 à 3 fois par semaine dans des lieux publiques pour s'exprimer et se sentir écouter... :bieres: Attention terrain glissant !
Forcément l'étude est intéressante, elle démontre que la solitude entraine une conséquence psychologique et comportementale qui vont avoir des conséquences sur l'entourage de l'individu puisque cet entourage est dépendant de l'influence de cet individu : on peut imaginer que le rejet sociale aura la même forme de conséquence sur l'entourage de l'individu mais avec un facteur d'influence plus restreint.

P.
p.rubbo

Oui en effet comme le précise Tzara, le manuscrit de Emile Durkheim sur le suicide date de 1897, l'auteur ayant vécu jusqu'en 1917. Plus précisément, la date de 1951 évoqué dans l'article concerne une édition disponible de ce même manuscrit.

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klinfran

effectivement tzara, le risque est grand, et ce genre de loi existe déjà quasiment en réalité, implicitement, disons que ce sont plutôt des règles, sinon pourquoi faire une étude sur le sentiment de solitude et pas une sur le sentiment "d'entourage"? Il doit lui aussi se propager puisque sinon nous aurions tous ce vilain sentiment de solitude à force d'expositions répétées. L'article ne dit rien sur la cause de la propagation, par exemple quelle protéine/zone cérébrale/fonction cérébrale serait responsable de ce "mimétisme", ne pourrait-on pas imaginer un traitement pour que des personnes qui sont réellement seules ne se sentent plus seules du tout, juste avec un médicament/(drogue?)? C'est le type de procédés qu'on aime ces derniers temps, remarquez que ça ne serait pas pire qu'une longue prise en charge à coup de long discours introspectifs et de séances hebdomadaires (pas l'animal).

SI
Silence_007

En effet, Emile durkheim étant mort en 1917, tous ses écrits courent de la fin du 19ème jusqu'à cette même année 1917 où a été publié son dernier livre : "Les formes élémentaires de la vie religieuse". Je ne sais pas à quoi peut correspondre cette date de 1951.

Sinon, l'étude me rappelle la théorie mimétique de René Girard, bien qu'il ne s'appuyait pas sur ce type de statistique pour la développer. Depuis longtemps, et jusqu'au Grecs on parle d'"imitation" à propos du comportement humain, c'était le terme employé d'ailleurs par Aristote. Un groupe de personne, ensemble, tend à s'accorder par le biais de toute une communication non verbale je pense, au delà du contenu des messages échangés. Alors, ça ne parait pas saugrenue de voir qu'un sentiment comme la solitude puisse ainsi se propager. Le problème, c'est que si on peut le mesurer indirectement comme ici, je doute que l'on puisse l'expliquer.

IS
Isabelle

p.rubbo
Oui en effet comme le précise Tzara, le manuscrit de Emile Durkheim sur le suicide date de 1897, l'auteur ayant vécu jusqu'en 1917. Plus précisément, la date de 1951 évoqué dans l'article concerne une édition disponible de ce même manuscrit.

Correction reportée dans l'article :jap:

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Matth1685

klinfran
L'article ne dit rien sur la cause de la propagation, par exemple quelle protéine/zone cérébrale/fonction cérébrale serait responsable de ce "mimétisme"

Et si il n'y en avais tout simplement pas ?

Je veut dire ...Bien que n'étant pas sociologue les résultats de cette étude me semblent assez logiques. Une personne se sent seul si elle n'a pas suffisamment "d'interaction sociale" (je ne sait pas trop si on peut appeler ça comme ça), donc en moyenne les membres de sont cercle d'amis reçoivent moins d'interaction de cette personne. Statistiquement ces personnes ont donc plus de chances de se sentir seul à leur tour que si il n'y avais personnes touché par la solitude dans leur cercle.
Les cercles d'amis n'étant pas isolés les un des autres on obtient donc une propagation de la solitude sur l'ensemble du réseau sociale. Un peu comme une onde qui se propage à la surface d'une mare.

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klinfran

je vois mais ce n'est pas ce à quoi je faisais allusion. Effectivement si on a moins de contact avec une personne et qu'on avait déjà peu d'amis on se sent tout de suite beaucoup plus seul, bien vu j'avais pas pensé à ça. Ma question est: sur un seul individu, à partir de combien "d'interactions", ne se sent on plus seul? Ça doit dépendre des individus et je pense qu'il y a moyen de leurer le cerveau, d'induire le sentiment de ne pas être seul même quand on est seul, une sorte d'illusion quoi. Je dis ça car il est toujours difficile de savoir à quel point les gens tiennent ou ne tiennent pas à nous, du coup on peut se sentir appuyé sans l'être et inversement, je suppose donc que c'est une question de perception, comme tout en fait, donc je ne m'avance pas trop.

RO
Roroleblaireau

Reumain.
Si tu as un meilleur modèle, ne te prive surtout pas Roroleblaireau.


Un peu de respect pour les personnes qui étudient et qui prennent le temps d'essayer de comprendre un mal qui ronge la société.

Bah justement j'ai un problème avec le "mal qui ronge la société". Ca arrive à tout le monde de se sentir un peu seul de temps en temps, je me trompe ? Est-ce que c'est vraiment insurmontable ?

Personnellement je ne compte pas prendre de médicaments ou autre traitement qui pourrait m'enlever mes sentiments naturels.

Et si je fais fausse route et que la conclusion de cette étude s'avérerait seulement être "vous vous sentez seul ? Voyez vos amis !", alors désolé pour mon manque de respect, mais c'est stupide !

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Aldebaran

J'ai du mal à comprendre comment on peut généraliser le sentiment de solitude à partir du moment où chacun le perçoit différemment. Si je prend deux amis d'enfance qui ont une trentaine d'année. Ils se voient moins qu'avant, l'un est célibataire endurci, vit seul dans un studio, travaille dans un milieu fermé où il ne voit pas grand monde et l'autre est marié, 2 enfants, chef d'équipe avec une vie sociale tout à fait épanouie. Comment le premier pourrait-il transmettre au second un sentiment de solitude alors qu'il a une multitude d'interactions "sociales" toute la journée ?

VI
Victor

le sentiment de solitude ça a à voir sur ce qu'on accepte des autres ou ce que l'on refuse... Une grande solitude ça n'existe pas à part les gens qui vivent à la campagne... Je ne sais plus quel sociologue parlait de foule solitaire dans les années 1970-80... Ceci pour parler de nos vies en parallèles dans notre monde urbain

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klinfran

je suis assez d'accord avec roroleblaireau, en quoi est-ce un mal d'avoir de la tristesse, même prolongée, parfois on n'a pas envie d'être "soigné", et le but de ce genre d'étude est justement de pouvoir combattre ce "mal" là.

P.
p.rubbo

Je pense que dans un premier temps cette étude à la bonne idée de mettre en évidence le rôle et l'impact "social" de certains caractères à priori non transmissibles tels que la joie, la solitude,... Maintenant pour en revenir à ce que pense certains lecteurs, même si cette étude n'a pas comme but de déterminer quelles personnes doivent être soignées, plusieurs travaux ont montré que des maladies telles que la dépression ou encore Alzheimer sont motivées (les risques sont doublés dans le cas de la maladie d'Alzheimer) par ce genre de sentiment de solitude... De plus le test utilisé ici pour mettre en évidence cette solitude est un test utilisé pour le diagnostic de la dépression, ce qui signifie que la solitude rencontrée par ces personnes n'est pas forcément positive... Les auteurs rappellent d'ailleurs que la solitude n'est pas forcément synonyme de peu de connaissances mais est simplement le sentiment que ces relations ne permettent pas un épanouissement personnel suffisant, et l'inverse est vrai aussi, une personne avec très peu d'amis ou de lien social peut-être très heureuse!

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klinfran

Je pense que dans un premier temps cette étude à la bonne idée de mettre en évidence le rôle et l'impact "social" de certains caractères à priori non transmissibles tels que la joie, la solitude

A priori c'est lévidence quand quelqu'un met une bonne/mauvaise ambiance dans un groupe, ça se propage,

ce qui signifie que la solitude rencontrée par ces personnes n'est pas forcément positive...

justement moi c'est ça qui me choque, le fait que certains sentiments ne soient "pas positifs". 1) ça n'en fait pas des maladies, 2) ce sont probablement des réactions naturelles, 3) positif pour qui pour quoi? 4) On doit pouvoir proposer des solutions pour ceux qui en demandent, mais qu'on laisse les gens libres d'être malheureux.