Schizophrénie: quand le thalamus trompe l’oreille

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Les hallucinations auditives, un des symptômes les plus caractéristiques de la schizophrénie, ont été associées à une hyper-connexion entre des sous-structures du thalamus et le cortex cérébral.

Schéma du cerveau et du thalamus. Les flèches vertes représentent les connexions nerveuses entre les deux noyaux du thalamus et les aires du cortex auditif et de Wernicke.
© UNIGE

Les personnes atteintes d’un désordre génétique rare (le syndrome de microdélétion 22q11.2) ont une très forte probabilité de développer une schizophrénie ainsi qu’un de ses symptômes les plus fréquent, l’hallucination auditive. En étudiant cette catégorie de patientes et de patients, des scientifiques de l’Université de Genève (UNIGE) et du Pôle de recherche national (PRN) Synapsy ont réussi à associer l’apparition du phénomène hallucinatoire avec un développement anormal de certaines sous-structures du thalamus, une région profonde du cerveau. Ces «noyaux thalamiques» sont, entre autres, impliquées dans le traitement de la mémoire et de l’audition. Les auteurs suggèrent que les hallucinations auditives pourraient s’expliquer presque «mécaniquement» par l’immaturité des connexions nerveuses qui lient ces noyaux thalamiques aux aires du cortex traitant de l’audition. Les résultats, à lire dans la revue Biological Psychiatry: CNNI, ouvrent de nouvelles perspectives dans la compréhension de la physiopathologie et le traitement de la schizophrénie.

Plusieurs études ont révélé un lien entre la schizophrénie et un développement anormal du thalamus, une région profonde du cerveau impliquée dans de nombreuses fonctions cognitives, dont la mémoire de travail et l’audition. Plus précisément, le volume du thalamus est en moyenne plus petit chez les patientes et patients souffrant de schizophrénie. On a également pu associer l’apparition d’hallucinations auditives avec une connectivité neuronale excessive entre le thalamus et le cortex auditif. L’hallucination auditive est un des symptômes les plus caractéristiques de la schizophrénie, un trouble psychotique touchant environ 1% de la population.
«Pour tenter de décortiquer plus en détail le mécanisme qui est à l’origine de ce phénomène hallucinatoire, nous avons eu recours à une cohorte de patientes et de patients unique au monde, explique Stephan Eliez, professeur au Département de psychiatrie de la Faculté de médecine de l’UNIGE. Cela fait en effet 19 ans qu’un programme soutenu par l’Université de Genève nous permet de suivre des personnes souffrant d’un désordre neurogénétique rare, le syndrome de microdélétion 22q11.2, causé par l’absence d’un petit morceau d’ADN dans le chromosome 22. Entre autres choses, ces patientes et patients sont très souvent sujets à des hallucinations auditives. Et, surtout, 30 à 35% développent une schizophrénie au cours de leur vie.»

Un suivi de l’enfance à l’âge adulte

Cette cohorte, qui compte plus de 200 patientes et patients de Suisse, de France, de Belgique, du Luxembourg ou encore d’Angleterre, représente une occasion unique de suivre les personnes de l’enfance à l’âge adulte en les soumettant régulièrement à des batteries de tests (imagerie médicale, analyses génétique, etc). Elle offre ainsi la possibilité de comprendre les processus neuro-développementaux qui sont à l’oeuvre dans la schizophrénie.
L’étude a porté sur 230 personnes âgés de 8 à 35 ans. Parmi elles, 120 sont issues de la cohorte et 110 sont des individus sains qui ont servi de contrôle. Tous les trois ans, leur cerveau a été scanné à l’aide de l’imagerie par résonnance magnétique fonctionnelle et structurelle. Les participant-es n’avaient aucune tâche à accomplir. La machine a simplement enregistré l’activité cérébrale générée par une pensée flottante qui fait s’activer tour à tour les grands réseaux neuronaux.

Précision inédite

«Nous avons découvert que les noyaux thalamiques impliqués dans les processus sensoriels auditifs et la mémoire de travail, sont plus petits chez les personnes souffrant du syndrome de délétion que chez les autres, explique Valentina Mancini, chercheuse au Département de psychiatrie de la Faculté de médecine de l’UNIGE et première auteure de l’article. Et, parmi les personnes atteintes du syndrome de délétion, le volume du corps géniculé médian (le MGN, une des sous-parties du thalamus impliqués les voies auditives) et celui des autres noyaux impliqués dans la mémoire sont tous plus petits dans le groupe souffrant d’hallucinations auditives par rapport à celui qui n’en expérimente pas. La taille du MGN diverge entre ces deux groupes dès l’enfance.»

Chez les patients sujets aux hallucinations auditives, les scientifiques ont aussi remarqué une hyper-connectivité entre ces noyaux thalamiques et les aires du cortex consacré au traitement primaire de l’audition et la région de Wernicke, très importante dans la compréhension du langage. Une telle hyper-connexion thalamo-corticale est normale durant l’enfance, lorsque les réseaux neuronaux se forment. Le fait qu’elle persiste durant l’adolescence puis à l’âge adulte est le signe que ces connexions ne sont jamais arrivées à maturité.
«Ce trait pourrait fournir une explication presque mécanique au phénomène hallucinatoire chez ces patients, note Stephan Eliez. Nos résultats ouvrent aussi de nouvelles perspectives dans la compréhension plus générale de la physiopathologie de la schizophrénie. La détermination aussi détaillée des marqueurs qui préfigurent du développement la maladie nous donne autant de nouvelles cibles pour agir, à l’aide de médicaments neuroprotecteurs spécifiques, par exemple, pour en prévenir autant que possible les symptômes.»

Publication:
Cette recherche est publiée dans, Biological Psychiatry: CNNI
DOI: 10.1016/j.bpsc.2020.04.015

Contacts:

  • Stephan Eliez - Professeur ordinaire - Département de psychiatrie - Faculté de médecine - stephan.eliez at unige.ch
  • Valentina Mancini - Chercheuse - Département de psychiatrie - Faculté de médecine - valentina.mancini at unige.ch
PE
Pendesinialessandro

*Les auteurs suggèrent que les hallucinations auditives pourraient s'expliquer presque "mécaniquement" par l'immaturité des connexions nerveuses qui lient ces noyaux thalamiques aux aires du cortex traitant de l'audition…..
La détermination aussi détaillée des marqueurs qui préfigurent du développement la maladie nous donne autant de nouvelles cibles pour agir, à l'aide de médicaments neuroprotecteurs spécifiques, par exemple, pour en prévenir autant que possible les symptômes……*Affirme l’article
Bonjour
Comme dans tous les autres aspects de la vie mentale, les gènes peuvent orienter les personnes dans une certaine direction sans pour autant les déterminer complètement. Les gènes contribuent à la connectivité synaptique plus qu’ils ne la dictent !... Pour illustrer cela considerons le travail effectué sur la schizophrénie. La recherche montre une forte corrélation entre le nombre de gènes en commun et la probabilité de développer la maladie. La schizophrénie apparaît dans environ 1% de la population. Par contre, chez les vrais jumeaux (monozygotes, 100% de gènes en commun), si un enfant est schizophrène, alors il y a 50% de chances que l’autre le devienne à un moment donné. Mais chez les jumeaux non identiques (50% de gènes en commun), la probabilité chute à 17%. Dans une fratrie (25% de gènes en commun), ce nombre tombe à 9%, et chez les cousins germains (12,5% en commun) à 2%. L’image générale qui se dégage est que la schizophrénie est liée à des facteurs génétiques. En termes génétiques, cela signifie qu’il y a 50% de concordance entre jumeaux identiques. Mais on peut voir le verre comme à moitié plein ou à moitié vide : il y a aussi 50% de discordance. Si les gènes expliquaient complètement la schizophrénie, la concordance devrait être de 100%.

L’expression de chaque gène dépend aussi d’interactions avec des facteurs environnementaux, l’héritage polygénétique étend fortement les possibilités pour l’environnement d’influencer les prédispositions génétiques. De plus, dans certains cas, des personnes portant le gène d’une maladie ne montrent que peu ou pas de symptômes de la maladie. Cela s’appelle la non-pénétrance. Dans d’autres cas, les maladies génétiques s’expriment de façon variable, certains membres de la famille étant très atteints tandis que d’autres ne présentent que de légers symptômes. Finalement, les troubles mentaux peuvent probablement avoir de multiples causes non apparentées. On peut douter qu’il existe une seule voie à la schizophrénie. Il pourrait même y en avoir des douzaines, voire des centaines !

Dans le cas des maladies psychotiques les plus polymorphes, la schizophrénie par exemple, des données attestent une origine mutationnelle polygénique. Mais elles indiquent aussi que l’environnement joue un rôle complexe dans leur apparition ; et il est bien difficile de démêler ces influences.
En Europe (2014), elles représentent les premières causes des décès chez les 25-35 ans ; un adulte sur quatre est, a été ou sera atteint au cours de sa vie de troubles mentaux ; cinq millions sont atteints de psychoses (délires, schizophrénie etc.). Devant ces chiffres (je repète), force est de constater que notre société reste incapable d’appréhender ce problème autrement que par l’enfermement ou les psychotropes prescrits en masse, qui, dit en passant ne guérissent pas, ne font que déplacer le problème et, surtout, enrichir scandaleusement les multinationales pharmaceutiques…. :grrr: