Un mécanisme d'amplification du changement climatique

Restez toujours informé : suivez-nous sur Google (☆)

Lors des derniers 90 000 ans, des périodes chaudes et froides de quelques milliers d'années ont alterné, entraînant une modification de la circulation océanique globale. A l'aide d'indicateurs paléoclimatiques et paléo-océanographiques, des chercheurs du CEREGE (1) ont mis en évidence un mécanisme de rétroaction de la circulation océanique sur le climat, qui renforce le réchauffement ou le refroidissement. Ce mécanisme repose sur un lien étroit entre la circulation Atlantique Nord et l'hydrologie tropicale de l'Amérique centrale. Ces travaux, publiés dans la revue Nature du 22 févier 2007, doivent permettre de mieux comprendre, et donc de mieux prévoir, les effets du changement climatique sur la circulation océanique.

Dans le passé, les variations climatiques rapides et de grande ampleur qui ont eu lieu notamment pendant la dernière glaciation (périodes de Heinrich) ont perturbé la circulation océanique. Les archives climatiques (sédiments marins et lacustres, glaces polaires, stalagmites), montrent la relation étroite existant entre variations climatiques et circulation océanique. Or, les changements de circulation océanique dans l'Atlantique Nord ont une influence à l'échelle planétaire, en affectant en particulier le cycle de l'eau : ils s'accompagneraient d'un déplacement de l'équateur climatique séparant les systèmes d'alizés des deux hémisphères, vers le sud lors d'événements froids et vers le nord lors d'événements chauds.

Anomalie moyenne des pluies simulée par les modèles après un effondrement
de la circulation océanique profonde (augmentation en bleu, diminution en rouge).
La flèche en pointillés représente le transport actuel de la vapeur d'eau.
Les flèches pleines indiquent le transport multiple (alizés -> fleuves -> courants marins)
durant l'anomalie climatique. Les croix localisent les sites d'études paléoclimatiques

L'Amérique centrale, bande continentale étroite séparant l'océan Atlantique de l'océan Pacifique, joue un rôle clé dans ce système. Du côté de l'Atlantique, les eaux de surface s'évaporent, ce qui augmente leur salinité. La vapeur d'eau est transférée par les alizés vers le Pacifique, où elle retombe sous forme de pluie, diminuant la salinité. Cet énorme transfert d'eau (plusieurs centaines de milliers de mètres cube par seconde) maintient un contraste de salinité entre les deux océans. Les eaux de surface de l'Atlantique tropical sont ensuite transportées, via le Gulf Stream, vers les hautes latitudes, où elles réchauffent l'atmosphère, avant de plonger vers les abysses dans des zones de convection situées dans les mers de Norvège, du Groenland et du Labrador. Les eaux profondes ainsi formées vont ensuite se propager dans l'océan mondial, purgeant l'Atlantique Nord d'une partie de son excès en sel.

Les chercheurs du CEREGE ont reconstitué les variations de salinité des eaux de surface, dans la zone de dépôt de la vapeur d'eau provenant de l'Atlantique. Pour cela, ils ont travaillé sur les mesures réalisées dans les sédiments marins prélevés en 2002 à l'ouest de l'Isthme de Panama, par le navire océanographique français Marion Dufresne. Cette étude montre que les périodes froides de Heinrich correspondent à des augmentations de salinité dans la zone Est Pacifique, synonyme d'une réduction du transfert de vapeur d'eau. En comparant leurs résultats à d'autres études réalisées dans le secteur Atlantique et en Amérique du sud, les chercheurs ont mis en évidence un mécanisme de rétroaction qui a amplifié la perturbation climatique. Lors des épisodes froids, les alizés chargés d'humidité ont migré vers le sud ; ne pouvant pas franchir la Cordillère des Andes, une partie des pluies qui normalement adoucissaient le Pacifique Est s'est déposée sur le bassin versant de l'Amazone. Cette rétroaction a eu pour effet de réinjecter les eaux de pluie dans l'Atlantique et de diminuer ainsi la salinité des eaux de cet océan. Ces eaux transportées ensuite vers les hautes latitudes ont donc contribué à l'affaiblissement de la circulation océanique profonde, renforçant encore le refroidissement au-dessus et autour de l'Atlantique Nord.

Aujourd'hui, le fait que le réchauffement climatique pourrait perturber le cycle de l'eau et induire un ralentissement de la circulation Atlantique Nord est un réel sujet d'inquiétude. Les données océanographiques des 50 dernières années suggèrent que des changements hydrographiques (température et salinité) ainsi qu'une diminution du flux d'eau transporté par certains courants marins, en surface et en profondeur, se sont déjà produits en Atlantique Nord. Le risque d'une variation encore plus importante de la circulation océanique à l'échelle de la fin du siècle, ou du début du siècle prochain, doit être pris au sérieux et étudié activement.

(1) Centre européen de recherche et d'enseignement des géosciences de l'environnement (CNRS, Universités Aix-Marseille 3 et 1, IRD et Collège de France).

avatar
Van Halen

Ca pourrait expliquer les variations climatiques de grande amplitude et de périodes très courtes (à l'échelle géologique) qui ont caractérisé la fin du pléistocène et le début de l'holocène ( Wurm, Bölling Alleröd, etc ..).

AP
ApopiS

Ce phénomène est une des causes du refroidissement climatique dans le film " Le jour d'après ", malgré leur échelle de temps trop courte, ce film illustre bien, je pense, les conséquences d'un tel phénomène. Mais beaucoup d'entre nous ne serons sûrement pas encore en vie lors d'un tel changement climatique.

avatar
StarDreamer

Le problème reste encore et toujours le modèle utilisé et les paramètres entrés dedans... pour revenir au film "le jour d'après" (bon, je sais, ça reste un film), le chercheur se rend compte que son modèle s'applique en jours et pas en année ; d'où la vitesse du changement climatique.
Outre l'aspect grand spectacle, ce qu'il faut voir c'est qu'on ne comprend toujours pas grand chose du changement climatique en cours (déjà, la séparation entre évolution naturelle et amplification éventuelle provoquée par l'homme), à l'image des nouveaux effets découverts récemment qui modifient encore l'amplitude des changements.

Bref, on peut proposer des modèles pour amplifier les phénomènes en cours mais on est incapable de savoir s'ils reposent sur une réalité et donneront le climat du futur.
C'est comme la météo : c'est jour à Mme Irma ; multiplier la puissance de calcul en réduisant la taille des cellules ne nous permet toujours pas d'appréhender parfaitement le climat à quelques jours.

Donc, vouloir prévoir le climat futur est une tâche difficile (et par corollaire, vouloir le modifier/contrecarrer est une folie d'apprentis sorciers).

Je pense qu'on va beaucoup parler de ce changement climatique dans les décennies à venir...

avatar
Maulus

c'est sur que chercher à modifié la machine climatique terrestre est plus dangereux que simplement s'y adapter.
à la limite laisser faire et préserver uniquement les paramètres fondamentaux comme la température et la composition de l'athmosphère.

avatar
Van Halen

A défaut de savoir où l'on va, la paléoclimatologie permet de savoir d'où l'on vient, parfois avec une bonne précision. Ainsi notre bonne vieille terre met à notre disposition des enregistrements naturels relativement fiables des paléoclimats, que ce soient les glaces du pole sud ou les sédiments lacustres ou encore les spéléothèmes des réseaux karstiques. Si plus de gens travaillaient là dessus dans le monde, on serait peut-être plus avancés.

avatar
Mayou

La théorie selon laquelle le Gulf Stream s'arreterai, ou diminuerai fortement entraînant un refroidissement de l'Europe est aujourd'hui assez contesté.
Les scientifiques ne pensent pas que l'arret du plongement des eaux denses dans l'Atlantique Nord arrèterai ce courant. Car il n'est pas du à ce plongement en eau profonde, mais aux alizés et aux vents d'ouest. Donc son "moteur" serait toujours là. Mais que se passera t'il alors dans l'Atlantique Nord.....qui sait.

D'un autre côté, ce phénomène s'est apparament déjà produit plusieurs fois dans le passé.

Que penser alors ?

avatar
cyrille

entendu recemment que l'influence du gulf stream était surestimée. Quelqu un en a aussi entendu parler?

avatar
Maulus

J'en ai pas entedu parler, mais étant donné le je-m'en-foutisme actuel, vaut mieux sur-estimer que sous-estimer.

avatar
Mayou

J'ai entendu ça aussi. Un exposé fait par des étudiants en cours de climatologie, qui étaient censés expliquer l'influence du Gulf Stream sur l'Europe, et qui se sont retrouvés face à l'impossiblité d'affirmer que cette influence était aussi importante que ce que l'on pensait, car des scientifiques ont démontré le contraire.
Mais ça m'avait l'air assez compliqué, j'ai pas compris grand chose (et ne m'y interessais pas vraiment à ce moment là).*

A creuser.

Surestimer l'inflence du Gulf Stream n'est pas forcément mieux que la sous-estimer. Comprendre le réel mécanisme a l'air d'être essentiel pour savoir à quoi s'attendre.