Alchimie
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Introduction

Jan van der Straet - Le laboratoire de l'alchimiste (1551)

L'alchimie est une discipline qui recouvre un ensemble de pratiques et de spéculations en rapport avec la transmutation (La transmutation est la transformation d'un élément chimique en un autre par une modification du noyau atomique de l'élément. Elle est aussi appelée transmutation nucléaire.) des métaux. L'un des objectifs de l'alchimie (L'alchimie est une discipline qui recouvre un ensemble de pratiques et de spéculations en rapport avec la transmutation des métaux. L'un des objectifs de l'alchimie est le grand...) est le grand œuvre, c'est-à-dire la réalisation de la pierre philosophale permettant la transmutation des métaux, notamment des métaux « vils », comme le plomb (Le plomb est un élément chimique de la famille des cristallogènes, de symbole Pb et de numéro atomique 82. Le mot et le symbole viennent du latin plumbum.), en métaux nobles, l'argent (L’argent ou argent métal est un élément chimique de symbole Ag — du latin Argentum — et de numéro atomique 47.), l'or. Un autre objectif classique de l'alchimie est la recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances scientifiques. Par extension métonymique, la recherche scientifique désigne également le...) de la panacée (Dans la mythologie grecque, Panacée (en grec ancien Πανάκεια / Panákeia, de la racine « pan, « tout », et akos,...) (médecine universelle) et la prolongation de la vie (La vie est le nom donné :) via un élixir de longue vie. La pratique de l'alchimie et les théories de la matière (La matière est la substance qui compose tout corps ayant une réalité tangible. Ses trois états les plus communs sont l'état solide,...) sur lesquelles elle se fonde, sont parfois accompagnées, notamment à partir de la Renaissance, de spéculations philosophiques, mystiques ou spirituelles.

Des pensées et des pratiques de type alchimique ont existé en Chine dès le IVe siècle av. J.-C. et en Inde dès le VIe siècle. L'alchimie occidentale prend, elle, vraisemblablement ses origines dans l'Égypte hellénistique des Ptolémées entre -100 (avec Bolos de Mendès) et 300 (avec Zosime de Panopolis). Elle s'est ensuite développée (En géométrie, la développée d'une courbe plane est le lieu de ses centres de courbure. On peut aussi la décrire comme l'enveloppe...) dans le monde (Le mot monde peut désigner :) arabe puis européen durant le Moyen Âge et jusqu'à la Renaissance. Jusqu'à la fin du XVIIe siècle les mots alchimie et chimie (La chimie est une science de la nature divisée en plusieurs spécialités, à l'instar de la physique et de la biologie avec lesquelles elle partage des espaces d'investigations...) sont synonymes et utilisés indifféremment. Ce n'est qu'au cours du XVIIIe siècle qu'ils se distinguent, et que l'alchimie connaît une phase (Le mot phase peut avoir plusieurs significations, il employé dans plusieurs domaines et principalement en physique :) de déclin sans toutefois disparaître totalement, alors que la chimie moderne s'impose avec les travaux de Lavoisier.

Laboratoire de l'alchimiste
Hans Vredeman de Vries, circa 1595

Étymologie

Le mot "alchimie" vient de l'arabe: الكيمياء, al-kīmiyāﺀ. Le terme apparaît dans le vocabulaire français au XIVe siècle, par le latin médiéval alchemia. Les mots alchimie et chimie sont restés synonymes jusqu'à l'apparition de la chimie moderne au XVIIIe siècle.

Différentes hypothèses ont été avancées pour l'origine du mot en arabe. Le mot arabe proviendrait du mot grec khemeia, désignant également l'alchimie dans son acception moderne. Le philologue Hermann Diels dans son Antike Technik (1920) y voyait la "fusion" (du grec ancien chumeia/chêmeia signifiant "art de fondre et d'allier les métaux"). kimiya pourrait également venir du mot copte kēme (ou son équivalent en dialecte bohaïrique, khēme), lui-même dérivant du démotique kmỉ, correspondant au moyen égyptien Km.t, désignant l'Égypte.

Les termes alchimie et chimie (en latin alchemia et chemia, ou alchymia et chymia) sont strictement synonymes jusqu'au début du XVIIIe siècle, avec notamment l'ouvrage polémique de Étienne-François Geoffroy Des supercheries concernant la pierre philosophale (1722)

L'alchimie dans les autres civilisations orientales

Chine

La recherche des remèdes d'immortalité fait partie de la culture (La Culture est une civilisation pan-galactique inventée par Iain M. Banks au travers de ses romans et nouvelles de science-fiction. Décrite avec beaucoup de précision et de détail, La Culture peut être...) chinoise antique depuis la période des Royaumes combattants. Les souverains font confiance à la voie des magiciens et des immortels, et ces « magiciens » ont souvent des pratiques s'apparentant à l'alchimie. Sur un plan strictement historique, un savoir de type alchimique est établi, pour la Chine, à partir du IIe siècle avant l’ère chrétienne. On retrouve la trace (TRACES (TRAde Control and Expert System) est un réseau vétérinaire sanitaire de certification et de notification basé sur internet sous la responsabilité de la Commission européenne dans le...), dans les Mémoires historiques de Se-ma Ts’ien, d'un récit parlant de transmutation en or et d'allongement de la vie par des pratiques alchimiques lors du règne de Wu Di de la dynastie Han en 133 av J.-C.. D'autres proposent une origine antérieure, Serge Hutin avance que l'alchimie était déjà pratiquée en Chine dès 4500 av. J.-C. et, dans le cadre de la Chine légendaire, René Alleau envisage l’analogie entre Hermès Trismégiste et l’empereur jaune (Il existe (au minimum) cinq définitions du jaune qui désignent à peu près la même couleur :), au III° millénaire (Un millénaire est une période de mille années, c'est-à-dire de dix siècles.) avant JC.

Un texte fondateur, bien qu'il soit plus un traité de cosmologie (La cosmologie est la branche de l'astrophysique qui étudie l'Univers en tant que système physique.) que d'alchimie, est le Cantongqi (Tcheou-yi san-t'ong-ki. Triple concordance dans le livre des mutations des Tcheou), attribué à Wei Boyang (Wei Po-yang), un Immortel légendaire situé en 142. Le premier traité alchimique chinois connu est le Baopuzi neipian écrit par Ge Hong (283-343 apr. J.-C.). Les alchimistes chinois font une distinction entre "alchimie extérieure" (waidan, wai tan) et "alchimie intérieure" (neidan, nei tan). L’alchimie exterieure, telle que pratiquée par Ge Hong par exemple, cède la place à l’alchimie intérieure qui domine dès la fin des Dynastie Tang en 907. Les premières traces écrites de cette alchimie intérieure qui s'inscrit dans le cadre du taoïsme datent du VIIIe siècle (Un siècle est maintenant une période de cent années. Le mot vient du latin saeculum, i, qui signifiait race, génération. Il a ensuite indiqué la durée d'une génération humaine et...).

Inde

L'équivalent de l'alchimie se nomme Rasâyana (littéralement "voie du mercure", l'une des huit branches de l'Ayurveda), et amène vers un élixir de longue vie nommé Ausadhi.

Des rapprochement entre l'alchimie et les pratiques shivaïques et tantriques ont été effectués par plusieurs auteurs: Shiva, qui s'apparenterait au principe actif du soufre (Le soufre est un élément chimique de la famille des chalcogènes, de symbole S et de numéro atomique 16.), féconde Çakti, qui s'apparenterait principe passif du mercure. Dans la tradition tantrique, le corps devient un Siddha-rûpa, littéralement corps de diamant-foudre se rapprochant du concept de corps de gloire de l'Ars Magna en occident (L'Occident, ou monde occidental, est une zone géographique qui désignait initialement l'Europe. L'extension de l'espace considéré a varié au cours de...).

Les origines de l'alchimie en Inde sont amplement débattues.

  • Selon certains auteurs, dont Ananda Coomaraswamy, il faudrait remonter aux Veda, qui parlent du soma comme boisson d'immortalité .
  • Selon Mircea Eliade l'alchimie serait attestée en Inde à compter du IIe siècle après J.-C. et peut-être au IIIe siècle avant J.-C. Il se base sur la présence du tantrisme dans des zones peu touchées par l'islam, l'existence du "Mercure" dans la littérature indienne et la présence de nombreux textes relatifs à l'alchimie dans la littérature bouddhique à partir du IIe s. ap. J.-C
  • Selon Robert Halleux "Une alchimie proprement dite, centrée sur le mercure comme élixir de vie, se développe à partir du VIIe s. de notre ère et connaît un apogée (Un apogée (du grec apogeios : loin de la terre ; apo : loin + gê : Terre), dans les domaines de l'astronomie et de l'astronautique, est le point extrême de l'orbite elliptique d'un astre ou...) entre 700 et 1300, en liaison étroite avec la spéculation tantrique"
  • Selon A.B. Ketith, Lüders, J. Ruska, Stapleton, R. Müller, E. Von Lippman, se basant sur l'arrivée tardive de l'alchimie dans la littérature indienne, ce sont les Arabes qui auraient introduit l'alchimie en Inde vers le Xe siècle.

Mésopotamie, Babylone

Le sujet a été étudié par A. Leo Oppenheim et Mircea Eliade. "R. Eisler a suggéré l'hypothèse d'une alchimie mésopotamienne. En réalité, les tablettes dont Eisler faisait état sont soit des recettes de verrier, soit des rituels accompagnant les opérations de métallurgie (La métallurgie est la science des matériaux qui étudie les métaux, leurs élaborations, leurs propriétés, leurs traitements. Par extension, on désigne...)". Les Mésopotamiens utilisent, dans leurs recettes pour fabriquer de la pâte de verre (Le verre, dans le langage courant, désigne un matériau ou un alliage dur, fragile (cassant) et transparent au rayonnement visible. Le plus souvent, le verre est constitué d’oxyde de silicium (silice SiO2)...) coloré, un langage secret, mais cela relève davantage du secret de métier que de la discipline de l'arcane.

Dès le XIVe siècle av. J.-C. en Babylonie et le VIIe siècle av. J.-C. en Assyrie il y a fabrication de gemmes de four (Un four est une enceinte maçonnée ou un appareil, muni d'un système de chauffage puissant, qui transforme, par la chaleur les produits et les objets. En cuisine, il permet de...) (artificielles). Ce sont, à peu près, les mêmes recettes qu’on retrouvera à Alexandrie (Alexandrie (grec :?λεξ?νδρεια, Copte : Rakot?, Arabe : ??????????, Al-?Iskandariya) est une ville d’Égypte de...) au IIIe siècle : imitation des métaux précieux, coloration des pierres, production de la pourpre.

L'étape mésopotamienne est un moment capital dans l'histoire de l'alchimie, car les métaux sont mis en correspondance (La correspondance est un échange de courrier généralement prolongé sur une longue période. Le terme désigne des échanges de courrier personnels...) avec les planètes. Ainsi se place le fondement ésotérique de l'alchimie, à savoir la mise en place de corrélations entre des niveaux différents de réalité dans un monde conçu sur base d'analogies (a est à b ce que c est à d).

"L'argent est Gal (Le gal (symbole Gal) est une unité CGS d'accélération égale à 1 cm/s2 = 0,01 m/s2, utilisé pour exprimer l'accélération de la...) [le grand dieu, Anou]
l'or est En.me.shar.ra [Enli]
le cuivre (Le cuivre est un élément chimique de symbole Cu et de numéro atomique 29. Le cuivre pur est plutôt mou, malléable, et présente sur ses surfaces fraîches une teinte...) est Éa
l'étain est Nin.mah [Nin-ani]."

La Lune (La Lune est l'unique satellite naturel de la Terre et le cinquième plus grand satellite du système solaire avec un diamètre de 3 474...) est liée à la couleur (La couleur est la perception subjective qu'a l'œil d'une ou plusieurs fréquences d'ondes lumineuses, avec une (ou des) amplitude(s) donnée(s).) argentée, au métal (Un métal est un élément chimique qui peut perdre des électrons pour former des cations et former des liaisons métalliques ainsi que des liaisons ioniques dans le cas des métaux alcalins. Les...) argent, aux dieux Sîn (dieu Lune) et Anum ; le Soleil (Le Soleil (Sol en latin, Helios ou Ήλιος en grec) est l'étoile centrale du système solaire. Dans la classification astronomique, c'est une étoile de type naine jaune, et...) est lié à la couleur dorée, au métal or, aux dieux Shamash (dieu Soleil) et Ellil ; Jupiter : bleu (Bleu (de l'ancien haut-allemand « blao » = brillant) est une des trois couleurs primaires. Sa longueur d'onde est comprise approximativement entre 446 et 520 nm. Elle varie en luminosité du cyan à une...) lapis, étain, Mardouk et Nin-ani ; Vénus : blanc (Le blanc est la couleur d'un corps chauffé à environ 5 000 °C (voir l'article Corps noir). C'est la sensation visuelle obtenue avec un spectre lumineux continu, d'où l'image que l'on en donne...), cuivre, Ishtar déesse de la fécondité et des combats) et Éa ; Mercure jaune-vert, vif-argent (?), Nabou (dieu de l'écriture) ; Saturne : noir, plomb (?), Nirurta ; Mars : brun-rouge, fer (Le fer est un élément chimique, de symbole Fe et de numéro atomique 26. C'est le métal de transition et le matériau ferromagnétique le...) (?), Erra (Nergal).

  • influences moyenne-orientales: Selon Bernard Gorceix, les traces de l'antique Iran sont nettement perceptibles dans l'élaboration des textes alchimiques. Il note, en particulier, l'influence du Zervanisme ou du Zoroastrisme, notamment concernant la conception de l'hermétisme gnostique d'un deuxième dieu corrupteur et plus particulièrement la corruption de la matière pas celui-ci.
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