Pierre Duhem

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Introduction

Pierre Duhem
Pierre Duhem
Naissance10 juin 1861

Paris (France)
Décès14 septembre 1916

Cabrespine (France)
DomicileBordeaux
Nationalitéfrançaise
Champschimie physique
InstitutionFaculté des sciences de Lille

Université de Bordeaux
DiplôméÉcole normale supérieure (1882)
Célèbre pourFonction thermodynamique

Pierre Maurice Marie Duhem (né le 10 juin 1861 à Paris et décédé le 14 septembre 1916 à Cabrespine) était un physicien, chimiste, historien et philosophe des sciences français.

Biographie

Entré premier au concours de l'École normale supérieure en 1882, Duhem présenta une thèse sur le potentiel thermodynamique critiquant le principe du travail maximum de Marcellin Berthelot ; le jury refusa la thèse et Marcellin Berthelot devait être son adversaire universitaire et idéologique toute sa vie.

Duhem ne put jamais être nommé à Paris, en partie à cause de ses idées politiques et religieuses : proche de l'Action française (quoique légèrement critique envers l'athéisme de Maurras), il était catholique pratiquant et anti-républicain. Il enseigna la physique à la Faculté des sciences de Lille de 1887 à 1891. Après une année 1893-1894 à Reims, il obtint une chaire de physique théorique en 1894 à l'université de Bordeaux, où il passera toute sa carrière, en opposition avec les mandarins parisiens.

Lors de la Première Guerre mondiale, il s'engagea, avec d'autres, dans l'effort de guerre intellectuel, opposant dans La Science allemande (1915) la prétendue « science germanique », comparée à l'esprit géométrique, qui serait moins noble que la « science française », comparée à l'esprit de finesse (comparaison qui utilise et déforme celle de Pascal, De l'esprit géométrique et Pensées) .

L'oeuvre scientifique

Duhem développa des concepts originaux en thermodynamique, en chimie physique, en hydrodynamique et en théorie de l'élasticité.

Il rejetait l'atomisme et l'interprétation réaliste de la mécanique statistique ou de la thermodynamique au profit de « l'énergétisme » de Wilhelm Ostwald. Il prit parti pour Ernst Mach et Willard Gibbs contre l'atomisme de Ludwig Boltzmann.

Philosophie des sciences

Instrumentalisme

Opposé à toute interprétation matéraliste et réaliste de la chimie et de la physique, Duhem proposa une conception qu'on qualifiera ensuite d'« instrumentaliste » de la science dans La Théorie physique. Son objet et sa structure (1906). Selon l'instrumentalisme, la science ne décrit pas la réalité au-delà des phénomènes mais n'est qu'un instrument le plus commode de prédiction.

Holisme épistémologique

Il soutient aussi qu'il n'y a aucune « expérience cruciale » (contrairement à ce que disait Francis Bacon) en physique. Une expérience, une observation ou un fait ne peut pas suffire à trancher entre deux théories puisque chaque théorie peut s'adapter à une expérience récalcitrante en faisant d'autres aménagements, tels que la modification d'une hypothèse auxiliaire. Une proposition isolée n'est donc pas en jeu dans une expérience, c'est toute la théorie qui doit être confrontée à l'expérience.

La thèse fut reprise par Quine et est appelée « thèse de Duhem-Quine» ou « holisme de la confirmation ».

Physique d'un croyant

Un chapitre de La Théorie physique s'appelle « la Physique d'un croyant » et il défend l'idée que c'est le cardinal Robert Bellarmin qui avait raison contre Galilée puisque la science ne doit que « sauver les apparences » (ou « sauver les phénomènes ») sans prétendre décrire la réalité ultime.

Duhem considère qu'il n'est pas nécessaire d'être croyant pour adhérer à sa théorie de la science, car la science n'a pas à se prononcer sur des questions métaphysiques. Mais il nie que la religion (et en particulier la religion catholique) soit un obstacle au progrès de la science, comme le prétend une certaine conception réaliste de la science (que l'on pourrait appeler scientisme ou positivisme) ; au contraire, il affirme que la religion catholique favorise le progrès scientifique.

À de nombreuses reprises dans La Théorie physique, Duhem se réclame de Blaise Pascal, savant et théologien. Si la croyance dans l'existence d'un ordre du monde ne peut aucunement être justifiée rationnellement par le scientifique (c'est une question métaphysique et non proprement physique), en revanche c'est un objet de foi. Incapable de fonder cette conviction, le scientifique est également incapable de s'en défaire.

Histoirien des sciences

Il fut aussi un historien des sciences, notamment dans son œuvre monumentale Le Système du monde. Histoire des doctrines cosmologiques, de Platon à Copernic (1913-1917) où il défend une interprétation continuiste du progrès scientifique et réévalue l'importance du Moyen Âge avant l'émergence de la science moderne.

Honneurs

Il devint membre correspondant de l'Académie des sciences en 1900 et membre titulaire non résident en 1913.

Il a reçu le titre de docteur honoris causa de l'université Jagellon de Cracovie en 1900.

Bibliographie

qui expose sa notion de « sauver les apparences »

  • Pierre Duhem, Traité d'énergétique, 1911
  • Pierre Duhem, Le Système du Monde. Histoire des Doctrines cosmologiques de Platon à Copernic, 10 vol., (1913—1959)
  • Pierre Duhem, Études sur Léonard de Vinci, ceux qu'il a lus, ceux qui l'ont lu, 2 vol., Hermann, Paris (1906—1909)