Quand la vulgarisation scientifique atteint ses limites

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Illustration ambigüe de la déformation de l'espace-temps par la gravitation représentée comme si elle était un poids, donc un effet... de la gravitation.

Si vous cherchez sur Internet des représentations de l'atome, vous obtiendrez à coup sûr des dizaines d'images de systèmes planétaires en miniature avec des électrons qui gravitent autour d'un noyau telles des planètes qui gravitent autour d'une étoile.

Cette représentation découle du modèle atomique élaboré par le physicien Ernest Rutherford en 1911 pour expliquer les déviations d'ions d'hélium projetés sur une feuille d'or de quelques nanomètres d'épaisseur. Le modèle planétaire ne décrit que partiellement et incorrectement les connaissances de l'époque, mais l'image a frappé l'imaginaire et elle est encore très fréquemment utilisée dès qu'il est question d'atomes.

«Cette icône a été réprouvée quelques années après son introduction il y a un siècle», affirme Hugo Casanova, qui vient de consacrer sa maitrise à ce sujet. Étant donné qu'il existe des figures plus fidèles aux connaissances que nous avons aujourd'hui de l'atome, il s'est demandé pourquoi la représentation de Rutherford demeurait omniprésente dans la presse de vulgarisation scientifique.

Ce modèle planétaire de l'atome fait davantage figure de symbole que de représentation fidèle de la réalité.

L'objet et sa représentation

Dans sa recherche dirigée par Lorna Heaton, professeure au Département de communication de l'Université de Montréal, Hugo Casanova a analysé les diverses représentations de l'atome relevées dans les numéros de deux revues de vulgarisation, soit Science & Vie et Popular Science, publiés entre 1950 et 2000.

Comme l'objectif était de comprendre comment une illustration module la représentation que nous avons d'une réalité scientifique, les figures ont été classées selon le nombre d'étapes entre l'objet lui-même et la représentation mentale qui découle de la figure.

Ce ne sont pas les illustrations qui comportent le plus d'étapes qui sont les plus fidèles aux connaissances actuelles mais celles qui en comprennent le moins. On trouve notamment dans cette catégorie les photos obtenues à l'aide de microscopes ioniques ainsi que les images de collisions de particules survenues dans les accélérateurs. Seulement 15 % des 270 illustrations analysées sont de ce type.

Illustration de type nuage électronique qui cherche à tenir compte du caractère probabiliste de la structure de l'atome: le spectre de couleurs représente la probabilité de trouver l'électron à un endroit donné.

«Ces photos ne donnent pas une image directe de l'atome; elles captent plutôt les effets de sa manipulation, précise le chercheur. Elles nécessitent des explications exhaustives et leur valeur de vulgarisation est quasiment nulle.»

Presque toutes les autres figures se rapprochent du modèle de Rutherford, que ce soit sous la forme d'un dessin, d'un schéma ou d'une maquette à trois dimensions.

«Ce genre d'illustration n'est pas utilisé par les physiciens parce qu'il rend mal la réalité; ils n'en ont pas besoin», affirme-t-il. Et quel que soit le type de figure, il s'agit toujours d'une représentation du modèle théorique de l'atome et non une image de l'objet.

Fidèles mais complexes

Mis à part les photos de laboratoires, les rares représentations qui réussissent à aller au-delà du modèle planétaire, telles celles qui cherchent à traduire le caractère ondulatoire et diffus de l'électron qui n'occupe pas de position précise, sont très complexes et pour ainsi dire impossibles à comprendre pour un non-spécialiste.

Hugo Casanova

«La structure de l'atome a une nature probabiliste et ses éléments ne peuvent pas vraiment être décrits sans l'aide de l'abstraction mathématique», écrit Hugo Casanova dans son mémoire.

Certaines illustrations très détaillées ou réalisées en 3D sont même à ses yeux «complètement absurdes, insensées et aberrantes». C'est notamment le cas lorsque l'on confère à des constituants de la matière, comme les protons et les quarks, des attributs de la matière elle-même.

Ce problème se pose également à l'autre extrémité de la physique, c'est-à-dire dans l'infiniment grand, quand il s'agit d'illustrer la déformation de l'espace-temps due à la gravitation. L'illustration classique d'une sphère qui déforme une toile quadrillée est un non-sens, puisque cette déformation est due à une pression sur la sphère alors que c'est précisément cette force qu'on cherche à illustrer.

Contextualiser l'image

Ces observations amènent le chercheur à se questionner sur la pertinence de telles figures dans la presse de vulgarisation. «À quel point le public a-t-il besoin de connaitre la science fondamentale? se demande-t-il. Peu importe les efforts des vulgarisateurs, une différence persiste entre la conception scientifique et la conception profane de toute notion.»

La persistance du modèle planétaire de l'atome lui parait être un effet d'accoutumance et non une attestation de sa valeur scientifique. Cette image, simple, esthétique et facilement reconnaissable, s'avère ainsi être davantage un symbole que le reflet fidèle de la réalité.

Ces illustrations ont tout de même un avantage, reconnait-il. Elles contribuent à donner une vision ordonnée et unifiée de la science, à établir sa crédibilité, alors que miser sur l'aspect probabiliste de l'atome quantique risque de conduire, dans l'opinion populaire, à un discrédit du type «la science ne sait rien».

Puisque l'analogie est impossible à éviter dans le traitement graphique de réalités abstraites, il importe, selon Hugo Casanova, que les vulgarisateurs contextualisent les illustrations, expliquent de façon claire quelles en sont les limites et même qu'ils soulignent le risque d'erreur qu'elles comportent.

Mais de telles précautions se sont malheureusement avérées fort rares dans le matériel étudié.

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Lheureux Philippe

Que se passerait-il si le personnage d'un jeu vidéo essayait d'analyser la nature du décor dans lequel il évolue ?

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kaliscot

...Concept repris par Bernard Werber dans l'un de ses bouquins.

Sinon pour la vulgarisation scientifique, je pense qu'il serai bon d'y aller cran par cran.
On vis dans un monde ou la hiérarchie de la pédagogie en matière de science tient en 2 mode :
Soit facon "science et vie", soit facon "arXiv".
Entre les 2 il n'y a qu'un vide béant.
Et c'est pour moi la raison pour laquelle le profane qui veux en savoir plus sur un sujet se heurte a un mur infranchissable, celui de la compréhension échelon par échelon, puisque qu'il n'y a pas d’échelle.
Pour passer au dessus, il faudra que ce profane fasse plutôt du saut à la perche...
C'est également la raison pour laquelle le monde scientifique restera à jamais un monde élitiste. Pour son plus grand malheur.

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bongo1981

kaliscot
On vis dans un monde ou la hiérarchie de la pédagogie en matière de science tient en 2 mode :
Soit facon "science et vie", soit facon "arXiv".
Entre les 2 il n'y a qu'un vide béant.

Tu oublies :

  • La Recherche
  • Pour la Science

Dans le premier que tu as cité, c'est un magasine écrit par des journalistes qui doivent écrire des articles sur des sujets dont ils sont très loin d'être spécialistes (ils ont juste un petit vernis comme M. tout le monde, mais n'y connaissent franchement rien).

Dans les deux que j'ai cités, ce sont des magasines mensuels publiés par des chercheurs reconnus dans leur domaine, mais à l'attention de M. Tout le monde. Certes c'est un peu plus technique, mais des connaissances de M. Tout le monde suffisent (lycée).

arxiv n'est pas dédié à cela, c'est un serveur de prépublication d'articles de recherches destinés aux chercheurs du même domaine. Prenez un article de hep-ex (physique des hautes énergies, côté expérimentateur) et gr-qc (relativité générale et cosmologie quantique théorique), je ne suis pas sûr que les membres de chaque communauté comprennent tous les détails des uns et des autres.

DO
doan59200

Et techno-science... Vous classez dans quelle catégorie ? :D
Attention à vos réponses, webmaster veille... :non:

VI
Victor

La différence de Techno-science le site web et une revue papier, c'est la quasi instantanéité de réaction des lecteurs
et toutes les questions/réponses que cela permet, on peut faire compliqué et avoir des sujets à plusieurs niveaux
avec toutes les questions/réponses le site s'adapte

YV
Yves D

Il faudrait un nouveau type d'article qui aiderait beaucoup à la vulgarisation et à la pédagogie et qui serait possible sur le web (sur Wikipedia ou sur techno-science...) Je m'explique.

Voilà la première version archivée de l'article "Atome" sur Wikipedia (9 juillet 2002) :
"L'atome provient du grec : le "a" indique la négation et la deuxième partie du mot se réfère à la division. La majeure partie d'un atome est occupée par du vide, au centre on trouve les nucléons - c'est-à-dire des protons et neutrons , autour de l'atome on trouve "un nuage" composé d' électrons."

Sans s'attarder sur le contenu, on constate que :

  • c'est très court (et sans illustration)
  • c'est compréhensible par un enfant de classe primaire.

Allons sur le même article 'Atome' sur Wikipédia aujourd'hui :

  • 15 000 mots avec de nombreuses illustrations et un niveau d'abstraction "universitaire"

C'est très impressionnant mais aussi ... beaucoup trop sophistiqué pour la majorité des lecteurs.
L'outil lexicographique qui manque pour satisfaire tous les publics serait une sorte de zoom conceptuel.
Pour découvrir un article on aurait un choix de niveaux, du plus élémentaire (accessible aux enfants et aux béotiens) au plus exhaustif (niveau expert).

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cisou9

:_salut:
Techno-Science est un peu au dessus de la revue de vulgarisation classique car il nécessite pour certains articles des connaissances préalables.
Les débats entre nous est valorisant.
Donc on peut dire que c'est un échelon intermédiaire. :jap:

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kaliscot

Entièrement d'accord avec vous tous.
L'idée de l'article à plusieurs niveau de lecture me trotte dans la tête depuis un moment.
Mais peut-être qu'on pourrai aussi faire, par exemple, un classement des sites scientifiques selon leur difficulté de lecture.
A voir...
Et techno-science est pile poil là ou il faut ! :D

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Ze Venerable

bongo1981
Dans le premier que tu as cité [S&V], c'est un magasine écrit par des journalistes qui doivent écrire des articles sur des sujets dont ils sont très loin d'être spécialistes (ils ont juste un petit vernis comme M. tout le monde, mais n'y connaissent franchement rien).

Bien sûr ils consultent quand même des spécialistes et se font relire (peut-être pas systématiquement) par eux. Dans scientific american il y a aussi des journalistes qui participent d'ailleurs. Et puis bien qu'étant journaliste cela n'empêche pas que les personnes qui écrivent dans s&v peuvent avoir un bon baguage scientifique, j'ai un exemple en tête de quelqu'un qui a un dea et écrit parfois pour ce magazine.
Donc bon tu y as peut-être été un tout petit peu fort là. :)

RE
Reumain.

Ici même il y a des dossiers qui requièrent des connaissances préalables pour les comprendre parfaitement. Je suis un inconditionnel de TS pour la qualité de la majorité des articles.

Ce que j'aime le moins, ce sont les articles "rédigés" (ou plutôt recopiés) qui viennent de dépêches. Il y a aussi les articles qui se contentent de citer des universités, des professeurs ou des personnalités scientifiques sans qu'un fond scientifique soit réellement abordé.

Edit : mais bon, c'est partout pareil.

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Dataking

Lheureux Philippe
Que se passerait-il si le personnage d'un jeu vidéo essayait d'analyser la nature du décor dans lequel il évolue ?

Le pauvre,surtout si il évolue dans un jeu de la fin des années 70' :lol:

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bongo1981

Ze Venerable
Donc bon tu y as peut-être été un tout petit peu fort là. :)

Peut-être un peu, mais je n'aime pas la façon dont S&V traite ses articles...

On peut prendre un exemple simple, l'article d'arxiv sur la mesure de la vitesse des neutrinos d'OPERA :

  • Measurement of the neutrino velocity with the OPERA detector in the CNGS beam 1109.4897

Soit en français : Mesure de la vitesse des neutrinos issus du faisceau CNGS avec le détecteur OPERA.

Et l'article de S&V sur le sujet :

  • Neutrinos plus vite que la lumière !? (numéro de novembre)

L'un fait de l'information scientifique, l'autre fait du journalisme. Encore là, je pense qu'ils se sont un peu calmés. Je me rappelais d'articles dans les années 95 où le journal titrait "Einstein a tort" pour ne rien dire dans l'article. En tout cas depuis, je ne les feuillette même plus en kioske :D

BA
Bap2703

Yves D
Il faudrait un nouveau type d'article qui aiderait beaucoup à la vulgarisation et à la pédagogie et qui serait possible sur le web (sur Wikipedia ou sur techno-science...)

T'as le choix entre : http://simple.wikipedia.org/wiki/Atom et un peu plus compliqué mais en francais

MA
madvic

Je viens de lire l'article sur les limites de la vulgarisation.

J'attends bien les critiques mais que propose les scientifiques a qui ça révolte (comme contre S&V) ?
Dans la vulgarisation, on résume, on fait l'impasse, on fait une sorte de caricature , afin que les gens comprennent.
Une image ne correspond pas à sa description, allez y proposez les nouvelles représentation !

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Ze Venerable

nico17
:

bongo1981

Et tout à fait d'accord bongo, ils ont la fâcheuse tendance à surgonfler leurs titres, moi aussi ça m'énerve, notamment leur manie à coller partout le mot "enfin" : "on a ENFIN trouver une solution pour ...", "le mystère truc-much ENFIN résolu ...", "on a ENFIN écrit un article potable" ...
C'est un peu comme les reportages animaliers sur Discovery avec plus de mouvements de caméra et d'effets visuels que dans un film avec Stallone, de peur que le spectateur ne s'endorme.

TU
Turgon

C'est normal qu'il faille résumer, créer un modèle simple (après tout, on le fait souvent en physique :lol:), faire des analogies pour faire comprendre les phénomènes à Mr toutlemonde, puisque généralement il faut beaucoup de concepts pour en décrire un autre. Mais comme dit plus haut, il faut dire les limites et le fait que ça ne représente pas réellement la réalité, sinon on créé de fausses idées dans la tête des gens comme doit le faire la téléportation d'état quantique par exemple. Et S&V s'en sert pour attirer du monde je suppose...

Je n'aime vraiment pas leur façon de rédiger, ils mettent des titres accrocheurs (qui maintenant me repousse plus qu'autre chose), pour finalement très peu de contenu. Et puis cette manie de prendre un ton enthousiaste et étonné avec ces points de suspension et d'exclamations m'énerve profondément. Je préfère un ton beaucoup plus neutre, et m'étonner moi même de ce que je lis. La nature n'est-elle pas assez jolie en la décrivant simplement ?