Nicolas Lémery

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Introduction

Nicolas Lémery
Nicolas Lémery
Naissance17 novembre 1645

Rouen (France)
Décès19 juin 1715

Paris (France)
Nationalitéfrançaise
ChampsChimie, Pharmacie, Médecine moderne
InstitutionAcadémie des Sciences en 1699
Célèbre pourson Cours de Chimie, son Traité des drogues simples, sa pharmacopée universelle, son ultime Traité de l'antimoine...

Nicolas Lémery, né à Rouen le 17 novembre 1645 et mort à Paris le 19 juin 1715, est un apothicaire et chimiste français. On peut aussi considérer ce membre actif de société savante en médecin pionnier de l'usage des composés chimiques, ainsi opposé à la tradition galienne et universitaire de son temps.

Si Nicolas Lémery laisse le souvenir d'un formidable démonstrateur en chimie, son statut de chimiste a été fortement battu en brèche au XIX siècle. En effet, si son Cours de Chymie rédigé en français d'une grande clarté le propulse au panthéon des grands chimistes après sa mort, il reste celui qui est le premier à distinguer expressément la matière inerte, objet de la chimie minérale, du règne végétal et animal, objet de la chimie organique et ainsi une des références invoquées par les tenants ultérieurs du vitalisme, affirmant le dogme de la force vitale. La démonstration des fondements chimiques erronées du dogme vitaliste a précipité le chimiste dans l'oubli.

Sa vie

La famille Lémery appartient à la noblesse de robe normande. Son père, Julien Lémery, né en 1589 à Rouen et mort le 18 mai 1657 dans cette même ville, est procureur au Parlement de Normandie. Les Lémery sont de religion protestante et leur progéniture compte sept enfants dont le dernier fils Nicolas .

Après des études rigoureuses au collège protestant de Quevilly, Nicolas entre en apprentissage en 1660 chez son oncle Pierre Duchemin, épicier apothicaire patenté à Rouen. L'élève en pharmacie est recommandé en 1666 au vieux maître Christophe Glaser (1615-1672) apothicaire ordinaire de Louis XIV et démonstrateur de chimie au Jardin du Roi à Paris. Le jeune chimiste trouve vite le maître impérieux, dur voire cruel. De plus, l'enseignement mystérieux, presqu'ésotérique, le rebute. Il décide de voyager par dépit et se retrouve charmé en Languedoc, puis attiré par la villle à grande réputation médicale et pharmacienne de Montpelier.

De 1668 à 1672, Nicolas est pensionnaire d'Henry Verchant, maître apothicaire à Montpellier dans l'île du Puits des Esquilles au Sixain Sainte Croix. Il débute avec succès sa fonction de démonstrateur auprès de maître Verchant. Le jeune professeur de chimie donne très vite des leçons de chimie aux étudiants en médecine et même à quelques professeurs de faculté, intrigués par l'art du jeune chimiste.

De retour à Paris en 1672, le professeur essaie de poursuivre ses cours et se fait connaître auprès des sociétés savantes, en particulier celle des apothicaires actives au Jardin des Plantes. Un succès inespéré est au rendez-vous. Une vogue inouïe d'intérêt et d'enthousiasme pour la chimie secoue la société française. Les sociétés savantes sont débordées et en panne de conférencier talentueux. Nicolas Lemery est invité à donner son cours au Jardin des Plantes. C'est le premier professeur de sa discipline à parler avec simplicité et clarté, en français. Il illustre une science sage, sait rester réservé de tout ce que promet l'art, et n'implique la chimie que dans ce qu'elle peut tenir assurée. De prestigieux auditeurs, tels le Grand Condé et Tournefort, ne manquent pour rien au monde le cours du jeune pharmacien. Selon Fontenelle, « les Dames mêmes entraînées par la mode, avaient l'audace de venir se montrer à des assemblées si savantes ».

Nicolas Lémery rachète le 18 septembre 1674 la charge d'apothicaire privilégié d'Antoine Régnier décédé. Il ouvre alors une officine et un laboratoire dans les caves d'une maison à l'enseigne de la Porte dorée située rue Galande près de la place Maubert. Il y donne aussi des cours à un public nombreux et choisi, avide de voir enfin révélés les secrets de la chimie. Installé, il peut dans le calme rédiger un cours de chymie publié en 1675.

Il se marie en janvier 1676 avec Madeleine Bellanger, fille de François Bellanger, bourgeois de Paris. Le couple a six enfants. Nicolas vit surtout de la fabrication de médicaments rémunérateurs.

En 1681, les familles protestantes commencent à être inquiétées. La pouvoir royal souhaite écarter les coreligionnaires protestants de la profession d'apothicaire. Nicolas Lémery envoit sa famille en sécurité en Angleterre. Mais une fois ses ressources épuisées, il est contraint de vendre sa boutique de la rue Galande. Il la céde le 6 février 1683 à Jean Fradin, maître apothicaire à l'Hôtel Dieu de Paris, puis il démissionne de sa charge d'apothicaire le 23 avril 1683 au profit de Denis Machuraux.

Après un bref séjour en Angleterre, il regagne la France avec sa famille. On le retrouve vers la fin de l'année 1683 à l'Université de Caen où il se fait recevoir docteur en médecine. De retour à Paris il vit pauvrement en exerçant la médecine, mais la Révocation de l'Édit de Nantes, le 18 octobre 1685, interdit aux protestants l'exercice de la médecine et de la pharmacie. Désormais il n'a plus aucun espoir.

Des amis catholiques constatent la misère où s'enfonce jour après jour la famille nombreuse de Nicolas Lémery, dépité. Ils s'engagent à lui trouver une charge digne de son art. Ils le décident au début de l'année 1686 d'abjurer civilement sa foi avec femme et enfants et de reprendre ainsi tous ces droits. Le 8 avril 1686, Louis XIV lui montre sa royale considération, et, en égard à ses talents, lui accorde de nouvelles lettres patentes qui lui permettent d'ouvrir à la fin de l'année une nouvelle boutique d'apothicaire et un laboratoire de chimie au bas de la rue Saint-Jacques près de la fontaine Saint-Séverin. Ensuite, ainsi que le rapporte son discret ami Fontenelle « Les jours tranquilles revinrent, et avec eux les écoliers, les malades, le grand débit des préparations chimiques, tout cela redoublé par l'interruption. »

Après le renouvellement de l'Académie royale des sciences par Louis XIV, le 20 janvier 1699, il est nommé associé chimiste le 28 janvier de la même année, puis pensionnaire chimiste le 23 novembre 1699 à la mort de Claude Bourdelin. En 1712, le sexagénaire est nommé directeur, mais gravement malade, il est contraint de démissionner le 6 mars 1715. Il reçoit alors le titre de pensionnaire vétéran. Il meurt le 19 juin 1715 dans sa maison de la rue Saint-André des Arts qu'il occupe depuis le mois de décembre 1693, et où il a installé boutique et laboratoire.

Son œuvre

Lémery enseigne pendant au moins vingt-cinq années la chimie à Paris. Son Cours de chymie publié en 1675 est de nombreuses fois réédité, pas moins de treize éditions sont connues. Référence séculaire, l'ouvrage est traduit dans toutes les langues véhiculaires européennes. La meilleure édition est réalisée par Baron in quarto en 1756.

L'apothicaire actif dans ses habitations parisiennes successives rue Galande, rue Saint-Jacques et rue Saint-André-des-Arcs, qui sont à la fois lieu de vie familial, boutique et laboratoire, semble ne pas se préoccuper beaucoup de spéculations théoriques. L'expérimentateur et observateur attentif ne laisse que peu de découvertes à son actif, mais il fait surtout connaître celles des années qui ont précédée sa naissance. Confiant dans la philosophie et la modélisation cartésienne, il épure la pharmacopée, clarifie la chimie qu'il tient pour une science démonstrative et se borne d'abord à exposer sans détours faits et expériences. En conséquence, sa salle de cours est remplie de personnes de toutes sortes, avides d’entendre un homme qui évite les obscurités stériles des alchimistes et ne considére nullement la recherche de la pierre philosophale ou de l’élixir de longue vie comme fin unique de la science. Les quelques interprétations mécaniques qu'il s'autorise à formuler sont pourtant la risée du monde universitaire, attaché à la médecine de Galien et la digne taxonomie aristotélicienne. Son succès suscite courroux et jalousie, car les doctes maîtres universitaires perçoivent souvent encore la chimie comme un pseudo-savoir de charlatans.

Si son cours de chimie a fait autorité pendant un siècle, ses autres publications n'en ont pas moins connu au siècle des Lumières un réel succès populaire. On compte la Pharmacopée universelle (1697), le Traité universel des drogues simples qui deviendra un Dictionnaire universel des drogues... (1698), et l'ultime opus Traité de l’antimoine (1707]) dont des procédés d'analyse et autres mesures d'empoisonnement étaient encore usités dans les laboratoires en 1860. Un certain nombre d’articles publiés par l’Académie des sciences sont remarquables, l’un propose une explication chimique et physique des feux souterrains, des tremblements de terre, de la foudre et du tonnerre.

Nicolas Lémery découvre qu'un mélange intime de soufre en poudre et de fer en limaille auquel on ajoute un peu d'eau pour en former une pâte, s'enflamme spontanément en reproduisant, selon lui, le phénomène volcanique. Il faudra attendre les géologues anglais chevronnés pour réduire à néant cette croyance de l'origine des volcans.

Parmi ses recherches fructueuses en chimie et en médecine, on lui doit notamment la découverte du fer dans le sang.

Descendance chimiste de Nicolas Lémery et vitalisme

Son fils aîné, Louis (1677-1743) fut médecin, chimiste et membre de l'Académie des sciences (élu le 26 juillet 1702 comme chimiste puis nommé pensionnaire le 18 mars 1715 en remplacement de son père). Son fils cadet Jean, nommé Jacques par les biographes, (1678-1721), également chimiste, fut élu à l'Académie des sciences le 22 août 1712 et nommé associé le 5 juin 1715.

L'œuvre de Nicolas Lémery a été après sa mort érigée en pilier du vitalisme simpliste et triomphant des Lumières. Selon le dogme vitaliste, barrière stérilisante à terme pour la recherche et la compréhension unitaire du monde, les produits chimiques différaient suivant leur origine. Des générations de timides chimistes de laboratoire ont combattu en vain ce dogme, Marcellin Berthelot a pu casser définitivement la barrière fallacieuse, en réalisant des synthèses simples d'alcool, d'alcanes ou de benzène pour montrer ensuite la concordance des propriétés ainsi que l'identité des corps chimiques obtenus selon les matières premières, minérales ou supposées in vivo d'origine végétale ou animale.

Ouvrages publiés par Nicolas Lemery

  • Cours de chimie, contenant la manière de faire les opérations qui sont en usage dans la médecine, par une méthode facile, avec des raisonnements sur chaque opération, pour l’instruction de ceux qui veulent s’appliquer à cette science (1675). Texte en ligne Ouvrage souvent réédité et traduit dans la plupart des langues européennes.
  • Le Nouveau recueil de curiositez rares et nouvelles des plus admirables effets de la nature et de l’art, composé de quantité de beaux secrets gallans et autres, dont quelques uns ont été tirez du cabinet de feu M. le marquis de L’Hôpital, expérimentez et composez par le sieur d’Emery (1685) Texte en ligne 1 2
  • Recueil de secrets, divisé en deux parties : la première concernant la conservation de la santé et de la beauté, la seconde concernant les arts, et les maladies des animaux (1692)
  • Nouveau recueil des plus beaux secrets de médecine, pour la guérison de toutes les maladies, blessures et autres accidens qui surviennent au corps humain, avec un Traité des plus excellens préservatifs contre la peste, fièvre pestilentielle et toutes sortes de maladies contagieuses. Le tout expérimenté, recueilli et donné au public par une personne très-habile et charitable (1694)
  • Pharmacopée universelle, contenant toutes les compositions de pharmacie qui sont en usage dans la médecine, tant en France que par toute l’Europe : leurs vertus, leurs doses, les manières d’opérer les plus simples et les meilleures : avec un lexicon pharmaceutique, plusieurs remarques, et des raisonnemens sur chaque opération (1697) Texte en ligne 1 2
  • Dictionnaire universel des drogues simples, contenant leurs noms, origine, choix, principes, vertus, étymologie, et ce qu’il y a de particulier dans les animaux, dans les végétaux et dans les minéraux (1698) Texte en ligne
  • Traité de l’antimoine, contenant l’analyse chymique de ce minéral et un recueil d’un grand nombre d’opérations rapportées à l’Académie royale des sciences (1707). Traduit en allemand en 1709 par Jean-André Mahlern.

Bibliographie

  • Paul Dorveaux, "Apothicaires membres de l'Académie royale des sciences. VI, Nicolas Lemery", Revue d'Histoire de la Pharmacie, 1931, n° 75, 208-219.
  • Didier Giron , Nicolas Lemery, 1645-1715, Thèse de Doctorat en Pharmacie, Paris V, Université René Descartes, 1986 [1]
  • Michel Bougard, La chimie de Nicolas Lemery, Turnhout, Brepols, 1999.
  • Jean-Dominique Bourzat, Lecture contemporaine du Cours de Chymie de Nicolas Lemery, Lyon, Editions du Cosmogone, 2005.