Jacques François Blondel
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Jacques François Blondel est un architecte, urbaniste, et théoricien français (Rouen, 1705 - Paris, 1774).

NB : Il ne doit pas être confondu avec l'architecte François Blondel, architecte de la Ville de Paris, auteur de la porte Saint-Denis en 1672.

" A minor architect, but also a very influential writer and theorist… " suivant la formule de Nikolaus Pevsner.

S'il n'en fallait retenir qu'un, Jacques-François Blondel fut le grand professeur d'architecture (L’architecture peut se définir comme l’art de bâtir des édifices.) du XVIIIe siècle. Une première fois refusé par l'Académie (Une académie est une assemblée de gens de lettres, de savants et/ou d'artistes reconnus par leurs pairs, qui a pour mission de veiller aux usages dans leurs disciplines respectives et de publier des ouvrages tels que...) d'Architecture, il compense en ouvrant une école privée d'architecture (1743) qui fermera deux fois, puis rouvrira (1747 et 1754) avant d'être mise en faillite en 1754. Suivant le récit de Pierre Patte : " Avant 1740, il n'y avoit pas d'École à Paris (Paris est une ville française, capitale de la France et le chef-lieu de la région d’Île-de-France. Cette ville est construite sur une boucle de la Seine, au centre du bassin parisien, entre les confluents de...) où un jeune Architecte (L'architecte est le professionnel du bâtiment dont la fonction est de concevoir et de diriger la réalisation d'une œuvre d'architecture pour le compte d'un...) pût se former, & apprendre tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou l'univers.) ce qu'il lui importoit de savoir, le Dessin de l'Architecture, de l'Ornement & de la Figure, la Perspective, les Mathématiques (Les mathématiques constituent un domaine de connaissances abstraites construites à l'aide de raisonnements logiques sur des concepts tels que les nombres, les figures,...), la Coupe des Pierres, le Toisé, & enfin tous les détails qui concernent la construction des bâtimens. Il falloit qu'il se transportât successivement chez différents Maîtres pour s'instruire de chacun de ces objets, ce qui allongeoit beaucoup ses études, & faisoit, qu'après l'exercice du dessin, il négligeoit le plus souvent tout le reste. Ce furent ces réflexions qui engagerent M. Blondel à former une Ecole des Arts…" (Avertissement à la publication du tome V du Cours d'Architecture de J-F. Blondel, Paris, 1777.)

Enfin reçu à l'Académie en 1755, Jacques-François Blondel deviendra le professeur de l'École de l'Académie en 1762. Cette reconnaissance institutionnelle lui ouvre les portes de la commande (Commande : terme utilisé dans de nombreux domaines, généralement il désigne un ordre ou un souhait impératif.) publique : la place d'Armes de la ville (Une ville est une unité urbaine (un « établissement humain » pour l'ONU) étendue et fortement peuplée (dont les habitations doivent être à moins de 200 m chacune, par opposition aux...) de Metz (1761) et aménagement de la place de l'Hôtel (Un hôtel est un établissement offrant un service d’hébergement payant, généralement pour de courtes périodes. Dans sa définition de l’hôtel, l’Agence...) de Ville, compris ce portique classique ajouté devant la cathédrale (Une cathédrale est, à l'origine, une église chrétienne où se trouve le siège de l'évêque (la cathèdre) ayant en...) gothique que les Allemands détruisirent en 1905, les plans d'aménagement de la ville de Strasbourg (1767).

Théorie (Le mot théorie vient du mot grec theorein, qui signifie « contempler, observer, examiner ». Dans le langage courant, une théorie est une idée ou...)

Si Jacques-François Blondel souhaitait " moderniser " l'enseignement (L'enseignement (du latin "insignis", remarquable, marqué d'un signe, distingué) est une pratique d'éducation visant à développer les connaissances d'un...) de l'architecture, le moins qu'on puisse dire est que ses références sont pour le moins archaïques. Son architecte de référence est François Mansart (François Mansart (Paris, 23 janvier 1598 - id., 23 septembre 1666) est un architecte français. Il est considéré comme le principal précurseur de...), mais rien n'est dit, par exemple, à propos des architectes contemporains, comme Jacques-Germain Soufflot (Jacques-Germain Soufflot (22 juillet 1713, Irancy - 29 août 1780, Paris) est un grand architecte français.) dont les projets et travaux pour l'église (L'église peut être :) Sainte-Geneviève (futur Panthéon) sont contemporains de son professorat. De même, rien n'est dit sur Laugier. " Il est un autre moyen d'arriver à l'excellent ; il consiste à remonter à la source, en imitant François Mansart, en étonnant comme Perrault, en créant comme Hardouin, en plaisant comme Bullet, & non en affectant le faste des ornements Arabes ou Egyptiens, & une similitude de membres d'Architecture, souvent si peu faits pour aller ensemble (En théorie des ensembles, un ensemble désigne intuitivement une collection d’objets (les éléments de l'ensemble), « une multitude qui peut être comprise...). S'ils parviennent à goûter ces vérités, ils se persuaderont bientôt, qu'on peut faire encore, sinon du neuf, du moins des productions très-estimables. "[1] On ajoutera à cette collection certes tout à fait respectable, mais, encore une fois, un peu datée, François Blondel (Nicolas-François Blondel, plus communément appelé François Blondel, (Ribemont, 15 juin 1618 - Paris, 21 janvier 1686) fut un architecte français, à ne pas confondre avec l'architecte Jacques François Blondel (1705-1774) (neveu...), Germain Boffrand et Libéral Bruant. Autrement résumé, notre Blondel arrête son corpus de référence, tant théorique que édificiel, en 1730. C'est d'ailleurs une des choses que lui reprochera son élève le plus connu, Claude Nicolas Ledoux (Claude Nicolas Ledoux est un architecte et urbaniste français né à Dormans le 21 mars 1736 et mort à Paris le 18 novembre 1806.), dans les pages centrales de L'Architecture considérée…

Cela est d'autant plus étrange que Blondel est un des membres la " société des gens de lettres " qui, sous la direction de Diderot et d'Alembert, s'occupent à rédiger l'Encyclopédie. D'Alembert le présente ainsi : " L'Architecture [est] de M. Blondel, Architecte célèbre, non seulement par plusieurs Ouvrages qu'il a fait exécuter à Paris, & par d'autres dont il a donné les desseins, & qui ont été exécutés chez différens Souverains, mais encore par son Traité de la Décoration des Edifices, dont il a gravé lui-même les Planches qui sont très-estimées. On lui doit aussi la derniere édition de Daviler, & trois volumes de l'Architecture Françoise en six cens Planches : ces trois volumes seront suivis de cinq autres. L'amour du bien public & le desir de contribuer à l'accroissement des Arts en France, lui a fait établir en 1744 une école d'Architecture, qui est devenue en peu de tems très-fréquentée. M. Blondel, outre l'Architecture qu'il y enseigne à ses éleves, fait professer dans cette école par des hommes habiles les parties des Mathématiques, de la Fortification (La fortification (du latin fortis, fort, et facere, faire) est l'art militaire, de renforcer une position ou un lieu contre une attaque.), de la Perspective, de la Coupe des Pierres, de la Peinture, de la Sculpture (La sculpture existe depuis le paléolithique(il y a 25000 ans à peu près) et la petite figurine de Lespugue, sur ivoire de mammouth, est un très bel exemple de sculpture (taille directe par...), etc. relatives à l'art de bâtir. On ne pouvoit donc, à toutes sortes d'égards, faire un meilleur choix pour l'Encyclopédie. "

Hormis quelques erreurs factuelles, titres, année (Une année est une unité de temps exprimant la durée entre deux occurrences d'un évènement lié à la révolution de la Terre autour du Soleil.) de fondation de l'École des Arts, attribution de la dernière édition de d'Aviler (qui est de Mariette, mais peut-être Blondel a-t-il gravé ou re-gravé des planches), la présentation est évidemment fort élogieuse. Ceci est bien idéal… Débordé par la tâche, ou peu intéressé à l'occasion, Blondel puise abondamment chez d'Aviler… Il disparaîtra de l'entreprise après la publication du volume (Le volume, en sciences physiques ou mathématiques, est une grandeur qui mesure l'extension d'un objet ou d'une partie de l'espace.) VII (1757), sans doute parce que ne craignant que les dangers, sa récente élection à l'Académie d'Architecture (et donc son accès à la commande) lui interdisent tout risque ultérieur… Néanmoins, les articles les mieux construits indiquent que l'ensemble sans doute avait été imaginé, sinon rédigé, si l'on se base sur les renvois proposés…

La rupture de 1757 donnera la main (La main est l’organe préhensile effecteur situé à l’extrémité de l’avant-bras et relié à ce...) à Louis de Jaucourt, chevalier, infatigable, mais peu au fait des choses de l'architecture. C'est lui qui rédigera par exemple les très indigents articles sur les ordres ou sur la situation (En géographie, la situation est un concept spatial permettant la localisation relative d'un espace par rapport à son environnement proche ou non. Il inscrit un...) (mot alors employé pour site). Parmi les autres collaborateurs, Goussier (§ Coupe des pierres, Dezallier d'Argenville l'aîné pour ce qui concerne les jardins, ou l'abbé Mallet pour le dessin des églises).

Reste néanmoins de cette contribution, par exemple, l'article " Décoration " qui, dans les faits, vaudrait presque pour résumé de sa doctrine :

Décoration. On entend sous ce nom la partie de l'Architecture la plus intéressante, quoique considérée comme la moins utile relativement à la commodité & à la solidité. En effet combien d'édifices publics & particuliers où la décoration devient peu nécessaire, tels que les casernes, les hôpitaux, les manufactures, les marchés & autres bâtimens oeconomiques, élevés dans les villes pour la retraite des gens de guerre, le soulagement des pauvres, la facilité du commerce, ou pour l'habitation des citoyens destinés au trafic, aux arts méchaniques, etc ? Plus il nous seroit aisé de démontrer l'inutilité de la décoration dans les bâtimens que nous venons de nommer, & plus néanmoins il doit paroître important que la décoration que nous entendons ici, soit de toute beauté, puisqu'elle est destinée à caractériser les édifices sacrés, les palais des souverains, la demeure des grands seigneurs, les places publiques, les arcs de triomphe, les fontaines, les théatres, etc. qui ne peuvent s'attirer le suffrage des nations étrangeres, que par les embellissemens que leur procurent la décoration des dehors & la magnificence des dedans… " 

On notera que la décoration, quoique la moins utile, est la partie la plus intéressante de l'Architecture. Les deux maîtres-mots sont embellissement et caractère. C'est surtout dans cette théorie du caractère (" Ce mot pris dans un sens (SENS (Strategies for Engineered Negligible Senescence) est un projet scientifique qui a pour but l'extension radicale de l'espérance de vie humaine. Par une évolution...) général ; signifie une marque ou une figure tracée sur du papier (Le papier (du latin papyrus) est une matière fabriquée à partir de fibres cellulosiques végétales et animales. Il se présente sous forme de feuilles minces et est...), sur du métal (Un métal est un élément chimique qui peut perdre des électrons pour former des cations et former des liaisons métalliques ainsi que des liaisons ioniques dans le cas des...), sur de la pierre, ou sur toute autre matiére, avec la plume (Une plume est, chez les oiseaux, une production tégumentaire complexe constituée de β-kératine. La plume est un élément caractéristique de la classe des oiseaux. Comme les poils, les...), le burin (Le burin est un outil consistant en une tige carrée ou rectangulaire en acier trempé et insérée dans un manche en forme de champignon. L’extrémité est sectionnée obliquement et la...), le ciseau (Une paire de ciseaux est un outil coupant.), ou autre instrument, afin de faire connoître ou de désigner quelque chose. "[2] ; " Les beaux-arts qui présentent à notre réflexion les objets visibles & invisibles de la nature, doivent désigner chacun d'eux de manière qu'on connoisse à quel genre il appartient, & par quelle propriété il se distingue de tout autre objet (De manière générale, le mot objet (du latin objectum, 1361) désigne une entité définie dans un espace à trois dimensions, qui a une fonction précise, et qui peut être...) de son espece. Le talent de démêler avec précision les traits caractéristiques, fait donc une des parties capitales de l'art. " [3]) que Blondel porte son effort théorique…

L'édifice doit annoncer sa destination, c'est ce que Germain Boffrand a été le premier à affirmer :

" L'Architecture, quoiqu'il semble que son objet ne soit que l'emploi de ce qui est materiel, est susceptible de differens genres qui rendent ses parties, pour ainsi dire, animées par les differens caracteres qu'elle fait sentir. Un Edifice par sa composition exprime comme sur un Théatre, que la scene est Pastorale ou Tragique, que c'est un Temple ou un palais, un Edifice public destiné à un certain usage (L’usage est l'action de se servir de quelque chose.), ou une maison (Une maison est un bâtiment de taille moyenne destiné à l'habitation d'une famille, voire de plusieurs, sans être considérée comme un immeuble collectif.) particuliere. Ces differens Edifices par leur disposition, par leur structure, par la maniere dont ils sont décorés, doivent annoncer au spectateur leur destination ; & s'ils ne le font pas, ils pechent contre l'expression, & ne sont pas ce qu'ils doivent être. " 
Germain Boffrand, Livre d'Architecture…, p. 16.

Et c'est par cette théorie du caractère que l'on peut sinon transgresser les règles de l'Architecture, du moins les adapter, comme l'avance encore Boffrand, disant ainsi que les proportions seules peuvent suffire : " Ces ordres d'Architecture, dont les progressions montent du rustique au sublime, ont des proportions relatives à leur caractere & à l'impression qu'elles doivent faire : chacun de ces trois ordres a une élégance qui convient à son espece uniquement, & ne convient pas à un autre (…) Il n'est pas toujours necessaire pour faire sentir ces caracteres differents, d'employer dans les édifices des colomnes & des pilastres avec leur entablement… "[4]

Avec Blondel, on est déjà dans les prémisses de ce que l'on appellera plus tard l'architecture parlante, dont les adeptes majeurs seront Étienne-Louis Boullée (" J'appelle caractère l'effet qui résulte de cet objet, et cause en nous une impression quelconque. "[5] ou Claude Nicolas Ledoux : " Toutes les différentes espèces de productions qui dépendent de l'Architecture devant porter l'empreinte de la destination particuliere de chaque édifice, tous doivent avoir un caractere qui détermine leur forme générale, & qui annonce la bâtiment pour ce qu'il est. "[6] " On dit, en parlant d’un bâtiment, que son Architecture est symbolique, quand le style qui caractérise sa décoration puise dans le motif qui a fait ériger l’édifice… "[7]

Comme le dira à la fin du XVIIIe siècle Quatremère de Quincy, au début de l'article éponyme qu'il insère dans le " Dictionnaire d'Architecture " de l’Encyclopédie Méthodique : " Caractère, s.m. Il est peu de mots d'un usage plus fréquent & plus familier que celui qui va faire le sujet de cet article. Il en est peu aussi qui aient éprouvé d'une manière plus sensible l'influence de l'usage. " Cet article est le plus long (150 000 signes environ) présent dans ce dictionnaire.

Publications

Diverses publications théoriques et pratiques :

  • De la distribution des maisons de plaisance et de la décoration en général (1737),
  • L'architecture française (1752-1756), qui est une actualisation (L'actualisation est la méthode qui sert à ramener à une même base des flux financiers non directement comparables car se produisant à des dates différentes. Cela...) de la série commencée par Marot.
  • Cours d'architecture civile (1771-1777) en 6 volumes, les deux derniers mis en forme par Pierre Patte.

Principales réalisations

  • Plan d'aménagement de la place d'Armes de Metz, il y éleva le parlement, l'archevêché, l'hôtel de ville et le portail occidental de la cathédrale Saint-Étienne, aujourd'hui disparu.
  • Plan d'embellissement de Strasbourg y compris l'Aubette et les grilles du chœur de la cathédrale.
  • Plan du Château de Vendeuvre en Normandie.

Postérité

Quelques élèves de Jacques François Blondel :

  • Claude Nicolas Ledoux

Notes

  1. " Observations sur différentes parties de l'Art ", § 1, Cours d'Architecture…, IV
  2. d'Alembert, Encyclopédie…
  3. [Sulzer]], Encyclopédie…
  4. Germain Boffrand, Livre d'Architecture…, p. 25.
  5. Étienne-Louis Boullée, Essais…, f. 84
  6. Blondel, Cours d'Architecture…, II, p. 229
  7. Blondel, Cours d'Architecture…, I, p. 410.
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