En statistiques, étant donné un échantillon aléatoire (Yi,Xi),i=1,…,n un modèle de régression simple suppose la relation affine suivante entre Yi et Xi:
Yi=aXi+b,i=1,…,n
La régression linéaire consiste à déterminer une estimation des valeurs a et b et à quantifier la validité de cette relation grâce au coefficient de corrélation linéaire. La généralisation à p variables explicatives de ce modèle est donnée par
Empiriquement, à partir d'observations (yi,xi),i=1,…,n, on a représenté dans un graphe l'ensemble de ces points représentant des mesures d'une grandeur yi en fonction d'une autre xi, par exemple la taille yi des enfants en fonction de leur âge xi.
Les points paraissent alignés. On peut alors proposer un modèle linéaire, c'est-à-dire chercher la droite dont l'équation est yi = a**xi + b et qui passeau plus près des points du graphe.
Passer au plus près, selon la méthode des moindres carrés, c'est rendre minimale la somme des carrés des écarts des points à la droite
i=1∑n(yi−axi−b)2
où (yi - axi - b)² représente le carré de la distance verticale du point expérimental (yi,xi) à la droite considérée comme la meilleure.
Cela revient donc à déterminer les valeurs des paramètres a et b (respectivement le coefficient directeur de la droite et son ordonnée à l'origine) qui minimisent la somme ci-dessus.
Variance empirique des yi : SY2=n1∑i=1n(yi−y)2=y2−y2.
Ecart-type empirique des yi : SY=V(y).
Covariance empirique des xi, yi : SXY=n1∑i=1n(xi−x)(yi−y)=x⋅y−x⋅y.
La formule de la variance se retient par la mnémonique : La moyenne des carrés moins le carré de la moyenne
de même pour la covariance : La moyenne du produit moins le produit des moyennes.
Résultat de la régression
La droite rendant minimale la somme précédente passe par le pointG et a pour coefficient directeur SX2SXY. Son équation est donc :
yi=SX2SXY(xi−x)+y
soit
a=SX2SXY
b=y−SX2x⋅SXY=y−a⋅x
Erreur commise
Si l'on appelle εi l'écart vertical entre la droite et le point (xi , yi )
εi=yi−axi−b
alors l'estimateur de la variance résiduelle σ²ε est :
σ^ε2=n−21⋅∑i=1nεi2
la variance de a, σ²a , est estimée par
σ^a2=n⋅V(x)σ^ε2.
On est dans le cadre d'un test de Student sur l'espérance avec écart type inconnu. Pour un niveau de confiance α donné, on estime que l'erreur sur a est :
L'erreur commise en remplaçant la valeur mesurée yi par le point de la droite axi + b est :
Δy=σ^ε⋅tn−2(1−α/2)
À titre d'illustration, voici quelques valeurs de quantiles.
n
niveau de confiance
90 %
95 %
99 %
99,9 %
5
2,02
2,57
4,032
6,869
10
1,812
2,228
3,169
4,587
100
1,660
1,984
2,626
3,390
Lorsque le nombre de points est important (plus de 100), on prend souvent une erreur à 3σ, qui correspond à un niveau de confiance de 99,7 %.
Coefficient de corrélation linéaire
On peut aussi chercher la droite D' : x = a'y + b' qui rende minimale la somme :
i=1∑n(xi−a′yi−b′)2
On trouve alors une droite qui passe aussi par le point moyen G et telle que
a′=SY2SXY.
On souhaite évidemment tomber sur la même droite. Ce sera le cas si et seulement si
a' = 1/a,
c'est-à-dire si
aa' = 1.
Les droites sont confondues si et seulement si
SX2SY2SXY2=1
c'est-à-dire si et seulement si
SXSYSXY=±1
On appelle cette quantitéR=SXSYSXY le coefficient de corrélation linéaire entre x et y. On peut démontrer que ce nombre est toujours compris entre -1 et 1.
En pratique sa valeur absolue est rarement égale à 1, mais on estime généralement que l'ajustement est valide dès que ce coefficient est assez proche de 1 ou -1.
Voir également : Corrélation (mathématiques).
Démonstration des formules par étude d'un minimum
1ère étape : détermination de b
Pour tout réel a, on pose fa(b)=∑i=1n(yi−axi−b)2. Il suffit de développer et ordonner ce polynôme du second degré en b. On obtient:
fa(b)=nb2−2(i=1∑n(yi−axi))b+i=1∑n(yi−axi)2
Ce polynôme atteint son minimum en
b=n1i=1∑n(yi−axi)=y−ax
Ce qui signifie que la droite passe par le point moyen G
Il reste à remplacer dans la somme de départ, b par cette valeur.
2ème étape : détermination de a
Pour tout réel a, S(a)=∑i=1n((yi−y)−a(xi−x))2. Il suffit de développer et ordonner ce polynôme du second degré en a. On obtient
La droite de régression est bien la droite passant par G et de coefficient directeur a=V(x)cov(x,y).
Démonstration des formules grâce aux espaces vectoriels de dimension n
Dans l'espace Rn, muni du produit scalaire canonique, on considère le vecteur X de coordonnées (x1,x2,...,xn), le vecteur Y de coordonnées (y1,y2,...,yn), le vecteur U de coordonnées (1, 1, ..., 1).
On peut remarquer que :
X.U=nx
Y.U=ny
∣∣X−xU∣∣2=n.V(x)
∣∣Y−yU∣∣2=n.V(y)
(Y−yU).(X−xU)=ncov(x,y)
On note alors X le vecteur xU et Y le vecteur yU
Le vecteur Z de coordonnées (a**x1 + b,a**x2 + b,...,a**xn + b) appartient à l'espace vectoriel engendré par X et U.
La somme ∑i=1n(yi−axi−b)2 représente le carré de la norme du vecteur Y − Z.
Cette norme est minimale si et seulement si Z est le projeté orthogonal de Y dans l'espace vectoriel vect(X,U).
Z est le projeté de Y dans l'espace vectoriel vect(X,U) si et seulement si (Z − Y).U = 0 et (Z−Y).(X−X)=0.
Or (Z−Y).U=aX.U+bU2−Y.U=n(ax+b−y) donc (Z-Y).U=0 signifie que b=y−ax.
En remplaçant dans (Z−Y).(X−X), on obtient
(a(X−X)−(Y−Y)).(X−X)=naV(x)−ncov(x,y) donc (Z−Y).(X−X)=0 signifie que a=V(x)cov(x,y)
Enfin le coefficient de corrélation linéaire s'écrit alors ∣∣X−X∣∣×∣∣Y−Y∣∣(X−X).(Y−Y). Cette quantité représente le cosinus de l'angle formé par les vecteurs X−X et Y−Y.
On retrouve alors les résultats suivants:
si le coefficient de corrélation linéaire est 1 ou -1, les vecteurs X−X et Y−Y sont colinéaires de coefficient de colinéaritéa et Y=aX+Y−aX. L'ajustement linéaire est parfait.
si le coefficient de corrélation linéaire est en valeur absolue supérieur à 3/2 alors l'angle formé par les deux vecteurs est compris entre − π / 6 et π / 6 ou entre 5π / 6 et 7π / 6.
Généralisation: le cas matriciel
Lorsqu'on dispose de plusieurs variables explicatives dans une régression linéaire, il est souhaitable d'avoir recours aux notations matricielles. Si l'on dispose d'un jeu de n données (yi)i = 1..n que l'on souhaite expliquer par k variables explicatives (y compris la constante) (1;x1,i;⋯;xk−1,i)i=1..n, on peut poser:
Le terme eTe représente la somme des carrés des résidus ; e=y−y=y−Xβ.
La qualité de l'ajustement linéaire se mesure encore par un coefficient de corrélation R, défini ici par:
R2=1−SCTSCR
où SCR (respectivement SCT) représente la somme des carrés des résidus (respectivement la somme des carrés totaux). Ces sommes s'écrivent SCR=∑i(yi−yi)2 et SCT=∑i(y−yi)2.