La spallation nucléaire(de l'anglais to spall, produire des éclats) est une réaction nucléaire dans laquelle un noyau atomique est frappé par une particule incidente (neutron, proton, ...) ou une onde électromagnétique de grande énergie (à partir de 50 MeV et jusqu'à quelques GeV). Vu la violence de l'impact (énergie mise en jeu), le noyau cible se décompose en produisant des jets de particules plus légères (neutrons, protons, ou noyau léger de deutérium ou d'hélium, voire lithium). Le noyau après la réaction est généralement de masse atomique plus faible que le noyau d'origine. Dans certaines réactions, la spallation conduit à une fission où une particule émise peut être d'une masse comparable à celle du noyau restant.
Les énergies concernées par la spallation sont suffisantes pour que la structure du noyau n'ait plus une forte influence, mais inférieures à celles permettant l'apparition de processus partoniques (quarks). Compte tenu des énergies mises en jeux (hautes énergies), la spallation est une réaction courante lors de la nucléosynthèse primordiale. Elle intervient également dans l'interaction des rayonnements cosmiques avec la matière, phénomène important pour les vols spatiaux.
L'atmosphère terrestre subit des réactions de spallation nucléaire sous l'impact des rayons cosmiques, ainsi que la surface des corps exposés dans l'espace, comme les météorites ou la Lune. Des traces de spallation montrent que le matériau a été exposé à la surface, et permettent d'estimer la durée de cette exposition. On a pu détecter jusqu'à la surface de la terre des isotopes d'aluminium, de béryllium ou de chlore, formés par la spallation d'éléments terrestres par des rayons cosmiques.
La composition des rayons cosmiques eux-mêmes montre qu'ils ont participé à des processus de spallation, qui a causé un excès d'éléments légers (Li, B et Be) par rapport aux abondances cosmiques naturelles. Ces éléments supplémentaires qui se retrouvent sous forme de rayons cosmiques ont été formés par la spallation de rayons cosmiques heurtant au long de leur trajectoire intersidérale des atomes d'oxygène, d'azote, de carbone et peut-être de silicium.
En tant qu'objet de recherche, la spallation proprement dite peut être utilisée pour produire de nombreux noyaux loin de la vallée de stabilité. Ainsi, du chlore-38 a été produit par spallation de protons de 70 MeV sur une cible de cuivre-63. L'étude de la spallation et des fragments produits permet de valider les modèles théoriques sur le noyau et ses états excités.
Comme application technologique, la spallation produit des flux importants de neutrons à haute énergie, qui peuvent avoir des applications variées.