Léon Bronchart
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Léon Bronchart (11 septembre 1896-25 septembre 1986) est un résistant français. Cheminot, il est le seul conducteur connu de la SNCF qui a refusé de conduire un train de déportés pendant la Seconde Guerre mondiale. Déporté au camp de Dora, il a reçu plus tard le titre de Juste parmi les Nations.

Biographie

Basée sur l'autobiographie de Léon Bronchart, Ouvrier et soldat, et un extrait de naissance.

Un jeune soldat de 14-18

Léon Louis Bronchart est né le 11 septembre 1896 à Bapaume, Pas-de-Calais. Son père, Louis Bronchart, est tailleur de pierres, sa mère, Flore (La flore est l'ensemble des espèces végétales présentes dans un espace géographique ou un écosystème déterminé (par opposition à la faune). Le terme...) Mérienne, dévideuse en soie (De la soie (fibre textile d'origine animale) est produite par de nombreux insectes, araignées et chenilles de certains papillons notamment (Yponomeutes, bombyx). Celle qui sert à produire des...).

Dès l'âge de 11 ans, il doit travailler comme ouvrier. Quand éclate la Première Guerre mondiale, il est volontaire pour se battre, et en 1914 il rejoint une compagnie du 60ème d'Infanterie. Il participe à une bataille près de Péronne après laquelle il est fait prisonnier. Après plusieurs tentatives infructueuses, il parvient à s'échapper et rentre en France en novembre 1917. Il rejoint alors la Légion étrangère. À l'issue de la guerre, ses faits d'armes lui valent la Médaille militaire, la Médaille des évadés et la Croix du combattant (Le Combattant (Betta splendens) est un poisson osseux appartenant à l'ordre des perciformes, de petite taille, dont la forme domestique existe dans différentes variétés de formes et de couleurs. Le Combattant sauvage vit...) volontaire.

Cheminot

Léon Bronchart intègre en 1919 la compagnie des chemins de fer (Le fer est un élément chimique, de symbole Fe et de numéro atomique 26. C'est le métal de transition et le matériau ferromagnétique le plus...) d'Orléans. Sa carrière sera la suivante:

  • ouvrier en septembre 1919 ;
  • chauffeur de route (Le mot « route » dérive du latin (via) rupta, littéralement « voie brisée », c'est-à-dire creusée dans la roche, pour ouvrir le chemin.), le 17 septembre 1920 ;
  • élève mécanicien de route le 19 décembre 1924 ;
  • mécanicien de route le 9 janvier 1931 ;
  • autorisé conducteur électricien (Électricien est le nom donné au métier qu'exercent les hommes de l'art en matière d'électricité. Il est issu du terme électricité, puisque ceux-ci ont en charge...) le 29 juin 1946 ;
  • chef de réserve traction le 1er août 1946.

En 1920, il se marie à Châtellerault avec Charlotte Mitton. Ils auront trois enfants, deux garçons, en 1922 et 1926, et une fille, en 1934. Très actif, Léon Bronchart participe à des associations d'anciens combattants, reste en contact avec plusieurs de ses anciens camarades d'armée, et milite à la CGT. Ce qu'il explique en soulignant : " J'ai été happé par les événements politiques du pays (Pays vient du latin pagus qui désignait une subdivision territoriale et tribale d'étendue restreinte (de l'ordre de quelques centaines de km²), subdivision de la civitas gallo-romaine. Comme la civitas qui subsiste le plus souvent sous...), particulièrement par la grève des cheminots de 1920. Dès mon jeune âge j'étais sensibilisé par ces événements ; je fus dans l'obligation d'aller travailler très jeune, à onze ans j'étais teneur de moule dans une verrerie, ce travail précoce m'a marqué. "

En 1923, il est volontaire pour l'occupation de la Rhénanie en Allemagne et y participe, comme conducteur de train (Cette page doit présenter de façon générale les métiers de la conduite des trains.). En août 1925, lorsque éclate la guerre du Rif au Maroc, il est à nouveau volontaire, toujours comme chauffeur.

La Seconde ( Seconde est le féminin de l'adjectif second, qui vient immédiatement après le premier ou qui s'ajoute à quelque chose de nature identique. La seconde est une unité de mesure du temps. La...) Guerre mondiale

Bien qu'il ne soit plus mobilisable, Léon Bronchart s'engage lorsque commence la Seconde Guerre mondiale, et est affecté comme sergent-chef à la 7e section des chemins de fer de campagne (La campagne, aussi appelée milieu rural désigne l'ensemble des espaces cultivés habités, elle s'oppose aux concepts de ville, d'agglomération ou de milieu urbain. La campagne est...), à Beauvais. L'avancée des armées allemandes et un ordre de repli l'amènent à une retraite qui le conduit ensuite à Bordeaux. Après l'armistice, il est envoyé à Brive, au " dépôt vapeur () de service rapide ". Il participe à la Résistance, dans le réseau (Un réseau informatique est un ensemble d'équipements reliés entre eux pour échanger des informations. Par analogie avec un filet (un réseau est un « petit rets », c'est-à-dire un petit filet),...) Combat. Fin 1942, il fournit des faux papiers à ses voisins juifs et facilite le passage en zone occupée italienne (Italienne est le nom communément utilisé pour le cordage servant a manœuvrer un enrouleur. Il s'enroule sur un tambour quand on déroule la voile, et on tire dessus pour enrouler la voile.) d'un de leurs amis en lui fournissant un uniforme de la SNCF (La Société nationale des chemins de fer français (SNCF) est l'une des principales entreprises publiques françaises. Elle exerce une double activité :).

Refus d'obéissance

Le 31 octobre 1942, Léon Bronchart se trouve en service à Montauban :

" Quand, en attendant ma mise en tête, j'assiste à l'évolution d'une rame que l'on ajoute au train (Un train est un véhicule guidé circulant sur des rails. Un train est composé de plusieurs voitures (pour transporter des personnes) et/ou de plusieurs wagons (pour transporter des marchandises), et peut être...) que je dois emmener. Sur les marchepieds des éléments de la Police d'Etat gardent les portières, j'effectue ma mise en tête et je m'enquiers auprès du sous-chef de gare (Une gare est d'ordinaire un lieu d'arrêt des trains. Une gare comprend diverses installations qui ont une double fonction :) de la raison d'un tel service d'ordre et de sécurité. Il m'apprend que ce sont des internés politiques que l'on transfère d'Eysse à Saint-Pol-des-Jeaux. Aussitôt ma détermination est prise, je refuse d'emmener le train. Chef de gare, chef de dépôt, sous-chef de dépôt, inspecteur viennent au pied de la machine discuter avec moi : malgré les conseils, les objurgations, les sommations, les menaces, j'ai continué à refuser ; quand j'en ai eu assez, j'ai coupé (Un coupé est une voiture fermée, à deux portes (parfois trois avec hayon ou quatre comme l'ont fait certains constructeurs américains) et...) moi-même la machine, et avancé auprès du mat. Rentré au dépôt, je me suis rendu (Le rendu est un processus informatique calculant l'image 2D (équivalent d'une photographie) d'une scène créée dans un logiciel de modélisation 3D comportant à la fois des objets et des sources de lumière et vue...) au bureau du chef de dépôt, au sous-chef, j'ai dit : "Si vous voulez, faites venir un médecin (Un médecin est un professionnel de la santé titulaire d'un diplôme de docteur en médecine. Il est chargé de soigner les maladies, pathologies, et blessures de ses patients. Son...) pour qu'il puisse constater que je ne suis ni fou, ni ivre". "

Ce refus d'obéissance, unique parmi les cheminots français, lui vaut l'admiration et les félicitations de ses collègues, et de nombreuses candidatures pour se joindre à des actions de résistance. Il lui vaut également une suspension ( Le fait de suspendre des particules En chimie, la suspension désigne une dispersion de particule. En géomorphologie, la suspension est un mode de transport des...). Il est entendu par ses supérieurs, mais son passé (Le passé est d'abord un concept lié au temps : il est constitué de l'ensemble des configurations successives du monde et s'oppose au futur sur une échelle des temps centrée sur le présent. L'intuition du...) et ses décorations d'ancien combattant contribuent à leur clémence. Il reçoit un avertissement et ses primes de fin d'année (Une année est une unité de temps exprimant la durée entre deux occurrences d'un évènement lié à la révolution de la Terre autour du Soleil.) 1942 sont supprimées.

Arrestation et déportation

Le réseau auquel participe Léon Bronchart mène de nombreuses opérations : sabotages, distributions clandestines de journaux et de tracts, attentats, etc. Le 29 janvier 1943, il est arrêté à son domicile par les Allemands, ainsi que son fils aîné – 20 ans cette année-là. Tous deux sont interrogés et battus, puis internés au camp de Royallieu à Compiègne. Ils sont ensuite déportés, toujours ensemble (En théorie des ensembles, un ensemble désigne intuitivement une collection d’objets (les éléments de l'ensemble), « une multitude qui peut...), passant à Oranienburg, en mai 1943 à Staaken, en septembre 1943 à Buchenwald et finalement ce même mois à Dora. Ils vont survivre près de deux ans aux terribles conditions de ce camp, annexe de Buchenwald ensuite devenue un camp autonome. Ils y sont séparés, et ce n'est qu'après la guerre que Léon Bronchart apprendra que son fils a comme lui survécu. Début 1944, avec d'autres internés français il parvient à effectuer des sabotages, après qu'ils ont compris que le camp fabrique des armes - il s'agissait des fusées V2.

En juillet 1944, les déportés sont évacués, d'étape en étape jusqu'à Bergen. Le 15 avril 1945, les troupes britanniques libèrent le camp. Le 30 avril, Léon Bronchart est enfin de retour chez lui. Il indique ainsi le faible nombre (La notion de nombre en linguistique est traitée à l’article « Nombre grammatical ».) de survivants de Dora :

" Sur plusieurs dizaines de milliers de Français qui ont alimenté Dora, au recensement (Le recensement est une opération statistique de dénombrement d'une population.) nous restons quatorze cents ! Sur les matricules 14.000, 20.000, 21.000 à 22.200 qui sont arrivés à Dora en septembre-octobre 1943, nous sommes 42 ; sur les soixante-dix d'Oranienburg nous restons deux : un mineur de Sallaumine et moi (Le mois (Du lat. mensis «mois», et anciennement au plur. «menstrues») est une période de temps arbitraire.). "

Pendant son absence, son épouse Charlotte n'a cessé de participer à la Résistance.

Après-guerre

Il reprend le travail en septembre 1945, comme employé de bureau de la SNCF, son état de santé (La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité.) de grand invalide à la suite des privations et sévices subis ne lui permettant plus de conduire une locomotive (Une locomotive est un engin moteur, c'est-à-dire se déplaçant par ses propres moyens, utilisé par le transport ferroviaire pour fournir l'énergie de traction à un train. Le plus souvent,...). Après avoir passé avec succès le concours de chef de réserve, il demande deux ans plus tard sa mise à la retraite et achève son activité (Le terme d'activité peut désigner une profession.) professionnelle en août 1947.

Distinctions

En 1946, Léon Bronchart est nommé[1] chevalier de la Légion d'honneur, avec la citation suivante :

" Bronchart Léon, Louis, Capitaine des Forces Françaises de l'Intérieur, mécanicien de route SNCF. Résistant de la première heure (L’heure est une unité de mesure du temps. Le mot désigne aussi la grandeur elle-même, l'instant (l'« heure qu'il...), engagé volontaire 1914-1918 et 1939-1945 a été à l'origine de la formation du NAP de l'AS fer et des groupes-francs ferroviaires. A organisé le sabotage et refusé à plusieurs reprises de remorquer des trains de déportés et de troupes allemandes. Arrêté par la Gestapo, a été déporté après deux tentatives d'évasion. A continué la résistance et le sabotage dans les différents camps d'internement où il a été détenu 23 mois. Les présentes promotions ou nominations comportent l'attribution de la Croix de guerre avec palme. "

Par décret du 11 mars 1947, la médaille de la résistance est décernée au capitaine Bronchart et remise par le général Kœnig.

En 1958, il est promu officier de la Légion d'honneur par décret en date du 31 juillet 1958, publié au Journal officiel du 4 et 5 août 1958. Léon Bronchart est décoré par Edmond Michelet.

En 1965, il est promu commandeur de la Légion d'honneur par décret en date du 26 avril 1965, inséré au Journal officiel le 28 avril 1965. Il est décoré par Adrien Cart.

Léon Bronchart est mort (La mort est l'état définitif d'un organisme biologique qui cesse de vivre (même si on a pu parler de la mort dans un sens cosmique plus général,...) le 25 septembre 1986 à Saint-Avertin (Indre-et-Loire). Le titre de Juste parmi les Nations lui a été décerné en 1994. Selon le mémorial de Yad Vashem, il est le seul cheminot qui ait refusé de conduire un train de prisonniers.

Mémoire (D'une manière générale, la mémoire est le stockage de l'information. C'est aussi le souvenir d'une information.) d'un Juste

Pendant le colloque de l'Association pour l’histoire des chemins de fer en France (AHICF) de juin 2000, sur le thème Une entreprise publique dans la guerre : la SNCF, 1939-1945, Serge Klarsfeld indiquait[2]: " On m’a signalé qu’un conducteur de train de Brive, Léon Bronchard [sic], aurait refusé de conduire un convoi en 1942 : il aurait été radié des cadres le 30 octobre et aurait été arrêté le 8 janvier 1943. C’est à la direction des archives de la SNCF de nous dire si ce renseignement est exact. "[3]

En 2004, un livre de témoignages[4] mentionne : " Léon Bronchard [sic] conducteur de locomotive à Brive-la-Gaillarde qui non seulement a fourni des faux papiers à ses voisins les Rosenberg et à leurs trois enfants, mais a sauvé un de leurs amis Adolphe Strykowsky, dans des circonstances difficiles mais il est le seul conducteur à avoir refusé de conduire un convoi de juifs de Montauban vers l’Est le 31 octobre 1942. Deux mois plus tard il laissera un convoi allemand à quai. Il sera déporté avec son fils de 20 ans. "

Une rue (La rue est un espace de circulation dans la ville qui dessert les logements et les lieux d'activité économique. Elle met en relation et structure les différents quartiers, s'inscrivant de ce fait dans un...) de Saint-Avertin porte le nom de Léon Bronchart.

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