Emphytéose Moanda
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L’emphytéose Moanda est un projet industriel, économique et politique visant au développement de la province du Bas-Congo en République démocratique du Congo et plus généralement de l’ensemble du bassin du fleuve et des régions avoisinantes. Régulièrement évoqué sous une forme ou une autre depuis 70 ans, il est actuellement porté par Charles Vanacker, Pol Mouzon et Guido Hendrickx, ayant travaillé de nombreuses années en RDC[1].

Il s’agit de tirer parti des ressources du fleuve (En hydrographie francophone, un fleuve est un cours d'eau qui se jette dans la mer ou dans l'océan – ou, exceptionnellement, dans un désert, comme pour...) Congo (énergie et comme moyen de communication) en la région de Moanda et de son arrière pays (Pays vient du latin pagus qui désignait une subdivision territoriale et tribale d'étendue restreinte (de l'ordre de quelques centaines de km²), subdivision de la civitas gallo-romaine. Comme la...), et de développer la région pour en faire un outil (Un outil est un objet finalisé utilisé par un être vivant dans le but d'augmenter son efficacité naturelle dans l'action. Cette augmentation se traduit par la simplification des actions entreprises, par une plus grande...) de communication (La communication concerne aussi bien l'homme (communication intra-psychique, interpersonnelle, groupale...) que l'animal (communication intra- ou inter- espèces) ou la...) avec la partie haute du fleuve, le deuxième bassin versant (Un bassin versant ou bassin hydrographique est une portion de territoire délimitée par des lignes de crête, dont les eaux alimentent un exutoire commun : cours d'eau ou lac. La ligne séparant deux...) du monde (Le mot monde peut désigner :) avec une superficie (L'aire ou la superficie est une mesure d'une surface. Par métonymie, on désigne souvent cette mesure par le terme « surface » lui-même (par exemple, on parle de la « surface d'un...) de 3 800 000 km², pour un débit (Un débit permet de mesurer le flux d'une quantité relative à une unité de temps au travers d'une surface quelconque.) moyen de 42 000 m²/s (37 500 m²/s au niveau d’Inga). Pour ce faire et pour pallier la situation (En géographie, la situation est un concept spatial permettant la localisation relative d'un espace par rapport à son environnement proche ou non. Il inscrit un lieu dans un cadre plus général afin...) récurrente d’instabilité politique et économique, un régime politique spécifique est envisagé.

Le projet (Un projet est un engagement irréversible de résultat incertain, non reproductible a priori à l’identique, nécessitant le concours et l’intégration d’une grande diversité de contribution, et...) industriel

Le projet industriel s’appuie sur des études anciennes, réactualisées sur base des techniques nouvelles.

Le canal du Congo

Un projet de construction d’un canal du Congo a été étudié à diverses reprises du temps (Le temps est un concept développé par l'être humain pour appréhender le changement dans le monde.) du Congo belge par plusieurs spécialistes belges du génie hydraulique (L'hydraulique désigne la branche de la physique qui étudie les liquides. En tant que telle, les champs d'investigation qu'elle propose regroupent plusieurs domaines :) (notamment le Colonel Pierre Van Deuren dans son ouvrage " Aménagement du Bas-Congo ", 1928). En 1971, le professeur Nicolas Dehousse et son assistant Robert Arnould (Université de Liège) mènent une campagne (La campagne, aussi appelée milieu rural désigne l'ensemble des espaces cultivés habités, elle s'oppose aux concepts de ville, d'agglomération ou de milieu urbain. La...) de faisabilité technique dans le Bas-Congo pour la construction d’un tel canal permettant le passage de barges et bateaux de 6 000 tonnes.

Il est apparu lors des études ainsi réalisées qu’il ne pouvait être envisagé un canal passant par ou à proximité du fleuve Congo lui-même pour ce qui est de son tracé en aval d’Inga. Celui-ci débuterait quelques kilomètres (Le mètre (symbole m, du grec metron, mesure) est l'unité de base de longueur du Système international. Il est défini comme la distance parcourue par la lumière dans le vide en 1/299 792 458 seconde.) en amont de Boma, face à l’île des Princes. Dès lors, le parcours emprunterait des vallées annexes, principalement celle de la rivière (En hydrographie, une rivière est un cours d'eau qui s'écoule sous l'effet de la gravité et qui se jette dans une autre rivière ou dans un fleuve, contrairement au fleuve qui se...) Mao, barrées pour permettre la réalisation de biefs navigables, et une crête devra être passée par des écluses (ou des ascenseurs à bateaux), ainsi qu’il en est du tracé du canal de Panama. En remontant vers l’amont, c’est un total ( Total est la qualité de ce qui est complet, sans exception. D'un point de vue comptable, un total est le résultat d'une addition, c'est-à-dire une somme. Exemple : "Le total des dettes". En physique le total n'est pas...) de 6 écluses qui devraient être construites pour parvenir à un bief situé à une altitude (L'altitude est l'élévation verticale d'un lieu ou d'un objet par rapport à un niveau de base. C'est une des composantes géographique et biogéographique qui explique la répartition de la vie sur terre.) de 300 mètres. Les biefs intermédiaires seront créés par des barrages sur des affluents du fleuve Congo.

  • écluse A, accès à un bief à 50 mètres d’altitude
  • écluse B, accès à un bief à 100 mètres d’altitude
  • écluse C, accès à un bief à 150 mètres d’altitude
  • écluse D, accès à un bief à 200 mètres d’altitude
  • écluse E, accès à un bief à 250 mètres d’altitude
  • écluse F, accès à un bief à 300 mètres d’altitude

De ce bief à 300 mètres d’altitude, deux écluses (H et G) permettront de rejoindre le bief situé en amont d’Inga, à 205 mètres d’altitude. Deux canaux de 8 puis de 1 kilomètres permettront de rejoindre le Grand lac (En limnologie, un lac est une grande étendue d'eau située dans un continent où il suffit que la profondeur, la superficie, ou le volume soit suffisant pour provoquer une stratification, une zonation, ou une régionalisation...) de retenue.

De là, la navigation (La navigation est la science et l'ensemble des techniques qui permettent de :) redevient possible sur un bief unique sur une longueur (La longueur d’un objet est la distance entre ses deux extrémités les plus éloignées. Lorsque l’objet est filiforme ou en forme de lacet, sa longueur est celle de l’objet...) d’environ 173 kilomètres, jusqu’au rétrécissement de Kalankala, où le fleuve ne dépasse pas 350 mètres de largeur (La largeur d’un objet représente sa dimension perpendiculaire à sa longueur, soit la mesure la plus étroite de sa face. En géométrie plane, la largeur est la...). Un barrage (Un barrage est un ouvrage d'art construit en travers d'un cours d'eau et destiné à réguler l'écoulement naturel de l'eau pour permettre l'écoulement recherché.) devrait à cet endroit être construit pour permettre la réalisation d’un bief à 305 mètres d’altitude et d’ainsi surmonter les chutes Livingstone. Deux écluses de 50 mètres à flanc de rive gauche (en République démocratique du Congo, mais non comprises dans le territoire (La notion de territoire a pris une importance croissante en géographie et notamment en géographie humaine et politique, même si ce concept est utilisé par d'autres sciences...) de l'emphytéose Moanda) devraient ainsi permettre d’atteindre le Pool Malebo, et les deux capitales de Kinshasa (Kinshasa (ancienne Léopoldville) est la capitale et la plus grande ville de la République démocratique du Congo, avec une population de 8,096,254...) et Brazzaville.

Grand Inga

Les deux barrages d’Inga I et Inga II ont été construits sur le Nkokolo, un ancien lit du fleuve en rive droite du cours actuel. L’eau y est captée du lit principal à l’altitude de 125 mètres, pour être exploitée par les deux centrales à l’altitude 115 mètres. Un canal creusé de ce même Nkokolo, mais débouchant en aval sur le fleuve permettrait d’obtenir une plus grande dénivellation et dès lors une plus grande puissance (Le mot puissance est employé dans plusieurs domaines avec une signification particulière :) à exploiter ; c’est le projet Inga III.

Mais le potentiel énergétique reste encore important. Le projet du Grand Inga prévoit la construction d’un barrage en amont de la prise d’eau de Nkokolo, qui permettrait de générer une retenue d’eau à une altitude de 200 mètres (contre 125 mètres actuellement au même endroit) dans la vallée (Une vallée est une dépression géographique généralement de forme allongée et façonnée dans le relief par un cours d'eau (vallée fluviale) ou un glacier (vallée glaciaire). Un espace en forme...) de la rivière Bundi, qui serait elle-même barrée quelques kilomètres plus loin par un barrage au niveau de son confluent (Un confluent, ou point de confluence, est le lieu où se rejoignent deux (parfois plus) cours d'eau.) avec le Congo (actuellement à 45 mètres d’altitude). Entre la retenue d’eau et le fleuve, désormais 155 mètres de dénivelé sur le deuxième fleuve le plus puissant du monde. Une centrale ici construite permettrait de produire de 39 000 MW, soit le double du potentiel du barrage des Trois-Gorges (Le barrage des Trois-Gorges (en chinois ????simpl./????trad., en pinyin s?nxiá dàbà) est un barrage hydroélectrique situé au cœur de la République populaire de Chine (30.827° N 111.000° E), sur le Yangzi...) sur le Yangzi Jiang. Pour un investissement et des coûts écologiques sensiblement moindres qu’aux Trois-Gorges, à Assouan ou Itaipu.

Les premiers travaux furent entrepris en 1965, et Inga I, d’une puissance de 351 MW, fut inauguré en 1971. Inga II en 1982, avec une capacité de production 1 424 MW. La Zone franche d’Inga fut créée (journal Officiel N° 8 du 15 avril 1981). Celle-ci n’accueillit cependant aucune industrie, effrayées par les risques politiques et la corruption généralisée.

In fine, Grand Inga comprendrait 4 unités de production, pour une puissance totale de 45 275 MW répartie comme suit :

  • Inga I (fonctionnant actuellement à 20% de ses capacités, 45 mètres de chute) : 351 MW
  • Inga II (fonctionnant actuellement à 20% de ses capacités, 50 mètres de chute): 1 424 MW
  • Inga III (en projet, 55 mètres de chute) : 4 500 MW
  • Grand Inga / centrale de la Bundi (en projet, 155 mètres de chute) : 39 000 MW

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Production d’hydrogène

Les partisans du projet se montrent assez confiants quant aux possibilités techniques de réalisation du canal du Congo et de Grand Inga, et des possibilités économiques dégagées en particulier pour la production d’électricité (voir infra). Ils relèvent cependant les grandes incertitudes liées aux possibilités d’exploiter l’énergie électrique ainsi produite, tributaires du développement économique de la région de l’Afrique australe et équatoriale, et des risques politiques toujours importants.

La solution proposée est l’installation d’une usine de production d’hydrogène, destinée à absorber les à-coups et le surplus de production électrique issus d’Inga. Celui-ci servirait prioritairement de combustible (Un combustible est une matière qui, en présence d'oxygène et d'énergie, peut se combiner à l'oxygène (qui sert de comburant) dans une réaction chimique générant de la...) pour la région, mais pourrait également être exporté via des navires adaptés pour alimenter des piles à combustible qui sont amenées à se développer.

Production d’eau

La production d'eau potable (Une eau potable est une eau devant satisfaire à un certain nombre de caractéristiques la rendant propre à la consommation humaine.) est également envisagée, avec le formidable réservoir d’eau douce qu'est le fleuve, eau (L’eau est un composé chimique ubiquitaire sur la Terre, essentiel pour tous les organismes vivants connus.) perpétuellement renouvelée. Celle-ci pourrait être aisément acheminée vers le nord (Le nord est un point cardinal, opposé au sud.) (Golfe de Guinée) et surtout le sud (Le sud est un point cardinal, opposé au nord.) (Angola, Namibie, Afrique (D’une superficie de 30 221 532 km2 en incluant les îles, l’Afrique est un continent couvrant 6 % de la surface terrestre et 20,3 % de la surface des terres émergées. Avec une...) du Sud).

Le projet économique

Les études de faisabilité technique et économique semblent pouvoir assurer une forte rentabilité économique au projet, ce qui permettrait de négocier une location à bon prix de la concession pour le Gouvernement de la RDC.

Les investissements les plus lourds, Grand Inga et le Canal du Congo, pourraient assurer leur rentabilité moyennant une stabilité politique, ainsi qu'il en fut autrefois dans la région pour le chemin de fer Matadi-Kinshasa (La ligne de chemin de fer Matadi-Kinshasa est une ligne de chemin de fer qui fut construite de 1890 à 1898 entre le port de Matadi dans le Bas-Congo et Kinshasa (Léopoldville à l'époque). Sa longueur est de 366 kilomètres et elle est...).

L’offre d'électricité (L’électricité est un phénomène physique dû aux différentes charges électriques de la matière, se manifestant par une énergie. L'électricité désigne également la branche de la physique qui...) qui pourrait a priori être difficile à écouler pourrait cependant trouver un exutoire par la production d’hydrogène avec le surplus d’électricité produite.

L’exploitation des ressources en eau potable de la région, et l’établissement d’une zone économique franche pourraient également générer des revenus importants. Les auteurs du projet ne se prononcent pas sur l’exploitation actuellement en cours à Moanda des champs pétrolifères.

Le projet politique

Inspiré de l’expérience de Hong-Kong et du Traité Hay-Bunau-Varilla pour le Canal de Panama, le projet se propose de céder en location par un bail emphytéotique d’une durée de 99 ans le territoire de la rive droite de la province du Bas-Congo à un consortium d’États industrialisés. Celui-ci recevrait tous les pouvoirs réservés à un état souverain. Un gouvernement provisoire de Moanda serait établi, et un gouverneur nommé à sa tête. Un parlement consultatif serait à créer pour associer la population.

Le droit congolais serait applicable, et l’indépendance de la Justice garantie. La devise proposée est l’Euro, qui serait la devise majoritaire parmi les états du Consortium.

La zone envisagée serait la région de la province du Bas-Congo située en rive droite du fleuve, comprenant ainsi la ville (Une ville est une unité urbaine (un « établissement humain » pour l'ONU) étendue et fortement peuplée (dont les habitations doivent être à moins de 200 m chacune,...) de Boma, la localité (Une localité est une agglomération habitée de taille indéterminée, en général peu importante, qui peut éventuellement être le chef-lieu d'une circonscription administrative.) côtière de Moanda et son territoire, ainsi que les territoires de Lukula, Tshela et Seke-Banza (district du Bas-fleuve) et de Luozi (district des Cataractes). Cette région serait bordée au nord par le territoire angolais de Cabinda, la République du Congo (Congo-Brazzzaville), au sud et à l’est par le fleuve Congo, à l’ouest par l’océan Atlantique. Sa superficie totale est de 22 500 km².

La capitale (Une capitale (du latin caput, capitis, tête) est une ville où siègent les pouvoirs, ou une ville ayant une prééminence dans un domaine social, culturel, économique ou sportif, dans ce cas on parle...) de cet ensemble (En théorie des ensembles, un ensemble désigne intuitivement une collection d’objets (les éléments de l'ensemble), « une...) serait Moanda, choisie au détriment de Boma, aux infrastructures désormais désuètes, et à la situation géographique peu adaptée. Moanda bénéficie d’une localisation côtière. L’aéroport militaire de Kitona situé à proximité de la localité pourrait être relativement aisément réaménagé pour répondre aux exigences d’un aéroport international (Un aéroport international est généralement un aéroport avec des services des douanes et d'immigration pour gérer les vols...). La baie, que ferme actuellement la localité de Banana, pourrait par ailleurs accueillir un port en eau profonde à l’entrée du fleuve Congo.

Les bénéfices pour la République démocratique du Congo seraient nombreux :

  • construction d'infrastructures économiques et de transport (Le transport est le fait de porter quelque chose, ou quelqu'un, d'un lieu à un autre, le plus souvent en utilisant des véhicules et des voies de communications (la route, le canal...) majeures bénéfiques pour l’ensemble du pays.
  • récupération au terme de l'emphytéose de ces infrastructures;
  • création d’une zone d’activité économique et industrielle dynamique (Le mot dynamique est souvent employé désigner ou qualifier ce qui est relatif au mouvement. Il peut être employé comme :) susceptible d’émulation

Réactions

Les opposants au projet le qualifient de projet néocolonialiste, et accusent ses promoteurs de vouloir se réapproprier les ressources économiques de la République démocratique du Congo. Ils s’opposent à toute atteinte à l’intégrité territoriale du pays, et à l’instauration d’un régime politique particulier sur une de ses provinces. [2]

Les partisans du projet considèrent au contraire que l’instauration d’une entité politique distincte serait la seule chance de voir aboutir le projet, tant les risques politiques en la région hypothèquent un investissement d’une telle ampleur.

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