Peste noire
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Introduction

La peste noire est une pandémie de peste bubonique qui a touché la population européenne entre 1347 et 1351. Elle n'est ni la première ni la dernière épidémie de ce type, mais elle est la seule à porter ce nom. Par contre, elle est la première épidémie de l'histoire à avoir été bien décrite par les chroniqueurs contemporains.

On estime que la peste noire (La peste noire est une pandémie de peste bubonique qui a touché la population européenne entre 1347 et 1351. Elle n'est ni la première ni la dernière...) a tué entre 30 et 50 % de la population européenne en cinq ans, faisant environ vingt-cinq millions de victimes. Cette épidémie eut des conséquences durables sur la civilisation européenne, d'autant qu'après cette première vague (Une vague est un mouvement oscillatoire de la surface d'un océan, d'une mer ou d'un lac. Les vagues sont générées par le vent et ont une amplitude crête-à-crête allant de quelques...), la maladie (La maladie est une altération des fonctions ou de la santé d'un organisme vivant, animal ou végétal.) refit ensuite régulièrement son apparition dans les différents pays (Pays vient du latin pagus qui désignait une subdivision territoriale et tribale d'étendue restreinte (de l'ordre de quelques centaines de km²), subdivision de la civitas gallo-romaine. Comme la civitas qui subsiste le plus souvent...) touchés : entre 1353 et 1355 en France, et entre 1360 et 1369 en Angleterre (L’Angleterre (England en anglais) est l'une des quatre nations constitutives du Royaume-Uni. Elle est de loin la plus peuplée, avec 50 763 000...), notamment.

Illustration de la Peste (La peste (du latin pestis, maladie contagieuse) est une maladie à multiples facettes qui est mortelle pour l'Homme. Elle est causée par le bacille Yersinia pestis, découvert par Alexandre Yersin de l'Institut Pasteur en...) noire tirée de la Bible de Toggenburg (1411).

Les épidémies précédentes

Le Moyen Âge fut traversé par de nombreuses épidémies. Avant, la Peste de Justinien ravagea l’Empire romain d’Orient au VIe siècle et fut sûrement à l’origine du déficit démographique pendant le Haut Moyen Âge en Europe (L’Europe est une région terrestre qui peut être considérée comme un continent à part entière, mais aussi comme l’extrémité occidentale du continent eurasiatique, voire comme une...). La lèpre (La lèpre (ou maladie de Hansen) est une maladie infectieuse chronique due à Mycobacterium leprae (une bactérie proche de l'agent responsable de la tuberculose identifiée par le Norvégien Gerhard Armauer Hansen en...) y sévit aussi de façon chronique depuis l’Antiquité. D’autres épidémies plus ou moins virulentes et localisées, et souvent mal identifiées se déclenchèrent sporadiquement. Hormis peut-être le mal des ardents, qui est dû à une intoxication alimentaire (Une toxi-infection alimentaire (en langage courant, une intoxication alimentaire) est une maladie, souvent infectieuse et accidentelle, contractée suite à...), la plupart de ces épidémies coïncident avec les disettes ou les famines qui affaiblissent l'organisme.

Conséquences

La peste causa d’importants troubles économiques, sociaux et religieux :

  • la main (La main est l’organe préhensile effecteur situé à l’extrémité de l’avant-bras et relié à ce...) d’œuvre vint à manquer et son coût augmenta, en particulier dans l’agriculture. De nombreux villages furent abandonnés, les moins bonnes terres retournèrent en friche (Une friche est un terrain, ou une zone, qui n’est pas, ou plus cultivé, ni même entretenu. Des activités marginales peuvent cependant s’y étendre : pâturage, chasse et autres activités de...) et les forêts se redéveloppèrent
  • les villes se désertifièrent les unes après les autres, la médecine (La médecine (du latin medicus, « qui guérit ») est la science et la pratique (l'art) étudiant l'organisation du corps humain (anatomie), son fonctionnement normal (physiologie), et cherchant...) de l’époque n'ayant ni les connaissances ni les capacités de juguler les épidémies
  • les revenus fonciers s’effondrèrent suite à la baisse du taux des redevances et à la hausse des salaires
  • des groupes de flagellants se formèrent, tentant d’expier les péchés, avant l’Apocalypse, dont ils pensaient que la peste était un signe annonciateur
  • les juifs, les gitans, gens du voyage et une autre peuplade généralement connue sous le nom de cagots, suspectés par la population d’empoisonner les puits, furent persécutés, en dépit de la protection accordée par le pape Clément VI (voir ci-dessous).

La peste marqua également les arts : voir en particulier les danses macabres et l'œuvre de Boccace Le Décameron.

Bilan humain

Les sources documentaires sont assez éparses et couvrent généralement une période plus longue, mais elles permettent une approximation (Une approximation est une représentation grossière c'est-à-dire manquant de précision et d'exactitude, de quelque chose, mais encore assez significative pour...) assez fiable. Les historiens s’entendent pour estimer la proportion de victimes entre 30 et 50 % de la population européenne. Les villes sont plus durement touchées que les campagnes, du fait de la concentration de la population, et aussi des disettes et difficultés d’approvisionnement provoquées par la peste. Il semble qu’en Europe, la diminution de la population était en cours depuis le début du XIVe siècle, à cause des famines et de la surpopulation (La surpopulation survient lorsque les ressources disponibles pour un territoire donné sont insuffisantes pour la population qui y vit. Le seuil de...) (il y eut en 1315-1317 une grande famine européenne qui stoppa l'expansion démographique et prépara le terrain à l'épidémie). Cette décroissance dura jusqu'au début du XVe siècle, aggravée par la surmortalité due à la peste.

En France, entre 1340 et 1440, la population a décrû de 17 à 10 millions d'habitants, une diminution de 41 %. Le registre paroissial de Givry, en Saône-et-Loire, l'un des plus précis, montre que pour environ 1 500 habitants, on a procédé à 649 inhumations en 1348, dont 630 de juin à septembre, alors que cette paroisse en comptait habituellement environ 40 par an : cela représente un taux de mortalité (La mortalité, ou taux de mortalité est le nombre de décès annuels rapporté au nombre d'habitants d’un territoire donné. Elle se distingue de la morbidité : nombre de malades annuels rapporté à la population.) de 40,6 %.

En Italie, il est communément admis par les historiens que la peste a tué au moins la moitié des habitants. Seule Milan (Milan (en italien Milano, du latin Mediolanum, en lombard Milàn) se situe dans le nord de l'Italie. Capitale de la région de Lombardie, au centre de la plaine du Pô, la ville compte 1 816 495 d'habitants, et forme la...) semble avoir été épargnée, quoique les sources soient peu nombreuses et imprécises à ce sujet. Des sources contemporaines citent des taux de mortalité effrayants : 80 % à Majorque (Majorque (Mallorca en castillan et catalan) est la plus grande des îles Baléares. Elle se situe en mer Méditerranée, au large de Valence.), autant à Florence (Florence (en italien Firenze) est une ville d'Italie, capitale de la région de Toscane et chef-lieu de province (370 051 habitants, les Florentins). Située...), 75 % à Venise, etc.

En Espagne, la peste a pu décimer de 30 à 60 % de la population, en particulier celle de l’Aragon, après neuf épidémies entre 1348 et 1401.

En Autriche, on a compté 4 000 victimes à Vienne, et 25 à 35 % de la population fut décimée.

C'est l’Angleterre qui nous a laissé le plus de témoignages ce qui, paradoxalement, rend l'estimation du taux de mortalité plus ardue, les historiens fondant leurs calculs sur des documents différents : les chiffres avancés sont ainsi entre 20 et 50 %. Cependant, les estimations de population entre 1300 et 1450 montrent une diminution située entre 45 et 70 %. Même si là encore la baisse de population était en cours avant l'éclosion de la peste, ces estimations rendent le 20 % peu crédible, ce taux étant fondé sur des documents concernant des propriétaires terriens laïcs qui ne sont pas représentatifs de la population, essentiellement paysanne et affaiblie par les disettes.

On estime aussi que la population citadine d'Allemagne a diminué de moitié. Hambourg aurait perdu 66 % de sa population, Brême 70 %, la Pomérélie 42 %.

Émeutes antijuives

Dès 1348, la peste provoque des émeutes antijuives en Provence. Les premiers troubles éclatent à Toulon dans la nuit du 13 au 14 avril 1348. 40 juifs sont tuées et leurs maisons pillées. Les massacres se multiplient rapidement en Provence, les autorités sont dépassées à Apt, Forcalquier et Manosque. La synagogue de Saint-Rémy-de-Provence est incendiée (elle sera reconstruite hors de la ville (Une ville est une unité urbaine (un « établissement humain » pour l'ONU) étendue et fortement peuplée (dont les habitations doivent être à moins de 200 m chacune, par opposition aux villages)...) en 1352). En Languedoc, à Narbonne et Carcassonne, les juifs sont massacrés par la foule. En Dauphiné, des Juifs sont brûlés à Serres. N'arrivant pas à maîtriser la foule, le dauphin (Dauphin /do.'fɛ̃/ est un nom vernaculaire ambigu désignant en français certains mammifères marins et fluviaux appartenant à l'ordre des cétacés. Le terme dauphin dérive probablement du grec ancien...) Humbert II fait arrêter les juifs pour éviter les massacres. Ceux-ci se poursuivent à Buis-les-Baronnies, Valence, la Tour-du-Pin, Saint Saturnin et Pont-de-Beauvoisin où des juifs sont précipités dans un puit qu'on les accuse d'avoir empoisonné. D'autres massacres ont lieu en Navarre et en Castille. Le 13 mai 1348, le quartier juif de Barcelone (Barcelone (Barcelona en catalan et en castillan) est une commune de Catalogne - Espagne, située dans la province de Barcelone. Elle est la capitale historique, administrative et économique de la...) est pillé. En juillet, le roi de France Philippe VI fait traduire en justice les juifs accusés d'avoir empoisonné les puits. 6 juifs sont pris à Orléans et exécutés. En août, la Savoie est à son tour le théâtre de massacre. Le comte tente de protéger puis laisse massacrer les juifs du ghetto de Chambéry. En octobre, les massacres continuent dans le Bugey, à Miribel et en Franche-Comté.

Les ashkénazes d’Allemagne sont victimes de pogroms. En septembre 1348, les Juifs de la région de Chillon, sur le lac (En limnologie, un lac est une grande étendue d'eau située dans un continent où il suffit que la profondeur, la superficie, ou le volume soit suffisant pour provoquer une stratification,...) Léman en Suisse, sont torturés jusqu’à ce qu’ils avouent, faussement, avoir empoisonné les puits. Leurs confessions provoquent la fureur de la population qui se livre à des massacres et à des expulsions. Trois cents communautés sont détruites ou expulsées. Six mille juifs sont tués à Mayence. De nombreux Juifs fuient vers l’est, en Pologne et Lituanie.

Plusieurs centaines de juifs sont brûlés vifs lors du pogrom de Strasbourg le 14 février 1349, d'autres sont jetés dans la Vienne à Chinon. En Autriche, le peuple (Le terme peuple adopte des sens différents selon le point de vue où l'on se place.), pris de panique, s’en prend aux communautés juives, les soupçonnant d’être à l'origine de la propagation de l’épidémie, et Albert II d'Autriche doit intervenir pour protéger ses sujets juifs.

(Pour plus d'information sur les persécutions dont les Juifs furent l'objet (De manière générale, le mot objet (du latin objectum, 1361) désigne une entité définie dans un espace à trois dimensions, qui a une fonction précise, et qui peut être...) suite à la peste noire, on se reportera à l'Histoire des Juifs par Heinrich Graetz)

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