Hôtel des Invalides - Définition et Explications

Source: Wikipédia sous licence CC-BY-SA 3.0.
La liste des auteurs de cet article est disponible ici.

Introduction

Vue aérienne des Invalides

L’hôtel national des Invalides est un monument parisien dont la construction fut ordonnée par Louis XIV par l'ordonnance du 24 février 1670, pour abriter les invalides de ses armées. Aujourd'hui, il accueille toujours des invalides, mais également plusieurs musées et une nécropole militaire.

(M) Ce site est desservi par les stations de métro InvalidesVarenne et La Tour-Maubourg.

Historique

La création des Invalides sous le règne de Louis XIV

Vue (La vue est le sens qui permet d'observer et d'analyser l'environnement par la réception et l'interprétation des rayonnements lumineux.) depuis l'esplanade
Saint-Louis-des-Invalides

Le roi Louis XIV souhaitait comme ses prédécesseurs Henri II, Henri III, Henri IV, assurer aide (AIDES est une association française de lutte contre le VIH/Sida et les Hépatites virales, créée en 1984 et reconnue d'utilité publique depuis 1990. L'association mène des actions d'information, de...) et assistance aux soldats invalides de ses armées ; pour que « ceux qui ont exposé leur vie (La vie est le nom donné :) et prodigué leur sang (Le sang est un tissu conjonctif liquide formé de populations cellulaires libres, dont le plasma est la substance fondamentale et est présent chez la plupart des animaux. Un humain adulte est doté d’environ 5...) pour la défense de la monarchie (...) passent le reste de leurs jours dans la tranquillité », dit l'édit royal de 1670. Néanmoins, il faut savoir qu'au-delà du geste humanitaire, Louis XIV a aussi des desseins parfaitement politiques. Ces invalides, issus pour la plupart de la guerre de Trente Ans font mauvaises figures, traînant sur le pont Neuf (Le pont Neuf est, malgré son nom, le plus ancien pont de Paris qui traverse la Seine. Toujours intact, il fait l'objet d'un classement au titre des monuments historiques depuis 1889.), souvent mêlés aux rixes de rues. La population se plaint de ce comportement et bien que Louis XIV reloge les invalides dans certaines abbayes, en les imposant comme oblats, contribuant ainsi à renforcer les rangs du clergé, mais militaires comme religieux fuient cette solution, les premiers refusant une vie aussi stricte que celle de la vie monacale. De plus, Louis XIV ne cache plus ses projets de conquête, il doit redorer l'image de son armée auprès de la population, mais aussi sa propre image aux yeux de ses soldats.

Situés dans la plaine (Une plaine est une forme particulière de relief, c'est un espace géographique caractérisé par une surface topographique plane, avec des pentes relativement faibles. Elle se trouve à basse altitude, les...) de Grenelle, alors faubourg de Paris (Paris est une ville française, capitale de la France et le chef-lieu de la région d’Île-de-France. Cette ville est construite sur une boucle de la Seine, au centre...), les travaux des bâtiments principaux sont confiés à Libéral Bruant par Louvois.

Libéral Bruant, dont le projet (Un projet est un engagement irréversible de résultat incertain, non reproductible a priori à l’identique, nécessitant le concours et l’intégration...) fut sélectionné par Louis XIV lui-même parmi les huit proposés, conçoit à l'âge de 36 ans une organisation (Une organisation est) en cinq cours, centrée sur la plus grande : la cour royale. Il reprend ainsi le plan de l'Escorial, le palais monastère (Le monastère (du grec monos, seul), est un ensemble de bâtiments où habite une communauté de moines et moniales. On parle également d'abbaye ou de...) de Philippe II d'Espagne, près de Madrid (Madrid est la capitale de l'Espagne. Ville la plus vaste et la plus peuplée du pays, c'est le chef-lieu de la Communauté autonome de Madrid qui appartient à la province de Madrid. Elle abrite également le siège de l'OMT,...). Les travaux sont menés entre mars 1671 et février 1674, ce qui peut être qualifié de rapide grâce à l'aide que lui apporteront Louvois et ses intendants, les trois frères Camus(les premiers pensionnaires sont hébergés dès octobre 1674 par Louis XIV en personne. Néanmoins, à cette date, la construction de l'église (L'église peut être :) n'est pas encore commencée). La face arrière de la grande cour est cependant détruite moins d'un an après son achèvement, pour laisser place aux fondations du grand dôme ().

L'église, initialement prévue par Bruant, butte sur la construction. Louvois, qui y voit l'occasion de mettre à l'écart l'un des protégés de son rival, Colbert, confie l'ouvrage à partir de mars 1676 à Jules Hardouin-Mansart (Jules Hardouin-Mansart né le 16 avril 1646 à Paris et mort le 11 mai 1708 à Marly-le-Roi fut un architecte français. Il fut Premier architecte du Roi Louis XIV.) qui travaille également aux pavillons d'entrée et aux infirmeries. La construction de l'édifice religieux dure près de trente ans et n'est achevée que le 28 août 1706, date de la remise des clés par l'architecte (L'architecte est le professionnel du bâtiment dont la fonction est de concevoir et de diriger la réalisation d'une œuvre d'architecture pour le compte d'un...) au Roi Soleil (Le Soleil (Sol en latin, Helios ou Ήλιος en grec) est l'étoile centrale du système solaire. Dans la classification astronomique, c'est une étoile de type naine...). Une longue construction qui prit un tournant à la mort (La mort est l'état définitif d'un organisme biologique qui cesse de vivre (même si on a pu parler de la mort dans un sens cosmique plus général, incluant par exemple la mort des étoiles). Chez les organismes...) de Colbert, dont les restrictions étouffaient la construction. Louvois le remplaça au ministère et ainsi, quadruple la mise de cent mille livres allouée à la construction du dôme par Colbert. Néanmoins, celui-ci se fait très présent sur le chantier et n'hésite pas à harceler les fournisseurs en pierre retardataires tel que Carel. Louvois fut particulièrement attaché aux Invalides, dans lequel il souhaitait d'ailleurs reposer à sa mort. Le 19 juillet 1691, il fut inhumé dans l'église, mais il n'aura malheureusement jamais vu la fin des travaux sur le dôme. Tragique histoire d'amour car malgré tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou l'univers.), en 1699, son mausolée (Un mausolée est un monument funéraire de grandes dimensions. Il doit son nom au satrape (gouverneur) de Carie Mausole qui au IVe siècle av. J.-C. s'était fait construire un tombeau monumental : le mausolée...) n'est toujours pas fini. On soupçonne madame de Maintenon, épouse morganatique du roi et vieille adversaire de Louvois, de retarder la construction. Ainsi, le 29 janvier 1699, le corps de Louvois quitte son Hôtel des Invalides (L’hôtel national des Invalides est un monument parisien dont la construction fut ordonnée par Louis XIV par l'ordonnance du...). Néanmoins celui-ci reste présent par un joli jeu de mot. Tenez vous dans la cour des Invalides et admirez les décorations ornant les œils-de-bœuf. Parmi les décorations d'armes, l'une nous présente étrangement un animal (Un animal (du latin animus, esprit, ou principe vital) est, selon la classification classique, un être vivant hétérotrophe, c’est-à-dire qu’il se nourrit de...) sortant des hautes herbes fixant la cour. En effet, d'ici le "loup (Canis lupus, est l'espèce de loups de la famille des Canidés la plus répandue. Elle a plusieurs noms vernaculaires : Loup gris, Loup commun, Loup vulgaire ou...) voit".

Le lieu devint alors une véritable promenade pour les parisiens, se mêlant à la population militaire. Les cérémonies qui s'y dérouleront attireront là encore de nombreux spectateurs. Les Invalides resteront pour la monarchie l'objet (De manière générale, le mot objet (du latin objectum, 1361) désigne une entité définie dans un espace à trois dimensions, qui a une fonction précise, et qui peut être désigné par une étiquette...) de Louis XIV. Louis XV ne s'y rendra pas, et Louis XVI qu'à de rares occasions durant lesquelles il salua toujours la performance de cette institution. Autre invité illustre de l'époque monarchique, le tsar Pierre Ier de Russie s'y rendra en avril 1717.

Le bâtiment est, en fait, double, même s'il existe une continuité (En mathématiques, la continuité est une propriété topologique d'une fonction. En première approche, une fonction est continue si, à des variations infinitésimales de la...) architecturale : la nef (La nef est la partie d'une église allant du portail à la croisée du transept et qui est comprise entre les deux murs latéraux. La nef comprend le vaisseau central et les éventuels collatéraux...) constitue l’église des soldats, le chœur, sous la coupole (Une coupole est une voûte hémisphérique, de profil semi-circulaire, elliptique ou polygonal, parfois exhaussée par un tambour. La toiture de cette voûte est un...), étant qualifié d’église du dôme. Cette distinction est concrétisée par la mise en place, en 1873, d'une grande verrière, séparant les deux parties.

L'hôtel (Un hôtel est un établissement offrant un service d’hébergement payant, généralement pour de courtes périodes. Dans sa définition de l’hôtel, l’Agence...) des Invalides comprend alors, outre l'église, une manufacture (confection d'uniformes et imprimerie), un hospice ("maison (Une maison est un bâtiment de taille moyenne destiné à l'habitation d'une famille, voire de plusieurs, sans être considérée comme un...) de retraite") et un hôpital militaire (Un hôpital militaire est un hôpital tenu par une armée et dont la vocation première est de soigner les soldats et anciens soldats.). Les ateliers initiaux sont rapidement abandonnés pour faire des chambrées supplémentaires.

L'hôtel face à la fin de la monarchie

Lundi 13 juillet 1789, à Paris, la pensée révolutionnaire alourdit l'atmosphère (Le mot atmosphère peut avoir plusieurs significations :) et dès la nuit tombée, les barricades se lèvent dans Paris. Le baron Pierre-Victor de Besenval, lieutenant général des armées du roi et colonel du régiment des gardes suisses, est chargé de la protection de la ville (Une ville est une unité urbaine (un « établissement humain » pour l'ONU) étendue et fortement peuplée (dont les habitations doivent être à moins de 200 m chacune, par...), mais celui-ci, face à la menace, s'est retranché avec ses troupes dans son camp installé Champ (Un champ correspond à une notion d'espace défini:) de Mars. La foule s'arme de bâtons et petit à petit pille le couvent (Un couvent est un établissement religieux, généralement chrétien, où des clercs mènent une vie religieuse en communauté. Le...) Saint-Lazare. Le gouverneur Charles François de Virot de Sombreuil, chargé des Invalides, sait que ce climat (Le climat correspond à la distribution statistique des conditions atmosphériques dans une région donnée pendant une période de temps donnée. Il se...) s'est propagé dans les propres rangs de son institution. Les réformes impopulaires du comte de Saint-Germain, ministre de la Guerre de Louis XVI ont mis à dos (En anatomie, chez les animaux vertébrés parmi lesquels les humains, le dos est la partie du corps consistant en les vertèbres et les côtes. Les...) le gouverneur royaliste et son état major. Parmi les invalides eux-mêmes, la proximité avec les loges maçonniques et la cohabitation avec les soldats français rescapés du corps expéditionnaire de La Fayette durant la révolution américaine, entraînent un élan de sympathie pour le mouvement révolutionnaire.

Vue depuis cour

Le lendemain, 14 juillet, à sept heures (L'heure est une unité de mesure  :) du matin, le Comité permanent des électeurs, siégeant à l'hôtel de ville, envoie Ethis de Corny, procureur du Roi, pour réclamer les armes stockées aux Invalides. Celui-ci arrive à neuf heures, avec son escorte armée. Le gouverneur, ne disposant que de sa garde et d'une compagnie d'artilleurs, refuse de livrer les armes sans ordres formels du Roi. Déjà la veille au soir, Sombreuil avait reçu la demande de fournir les armes au peuple (Le terme peuple adopte des sens différents selon le point de vue où l'on se place.). Il avait alors compris l'intérêt de ce stock pour la foule et avait employé 20 invalides pour retirer les chiens des fusils et ainsi les rendre inutilisables. Mais ceux-ci prirent du retard, sûrement pour soutenir l'action révolutionnaire, et l'idée fut abandonnée. Sombreuil explique alors à Ethis de Corny qu'un courrier est parti pour Versailles, et lui demande d'attendre la réponse. Néanmoins la foule qui se masse (Le terme masse est utilisé pour désigner deux grandeurs attachées à un corps : l'une quantifie l'inertie du corps (la masse inerte) et l'autre la contribution du corps à la force de gravitation (la masse grave)....) autour (Autour est le nom que la nomenclature aviaire en langue française (mise à jour) donne à 31 espèces d'oiseaux qui, soit appartiennent au genre Accipiter, soit constituent les 5 genres Erythrotriorchis, Kaupifalco,...) des Invalides refuse la demande et se lance à l'assaut du bâtiment. L'ordre est donné aux artilleurs de faire feu (Le feu est la production d'une flamme par une réaction chimique exothermique d'oxydation appelée combustion.) sur la foule. Néanmoins pas un tir ne se fera entendre. Les invalides eux-mêmes ouvrent les grilles. La prise des Invalides permettra à la foule de récupérer 32 000 fusils et 27 canons.

Le 15 juillet 1789, Sombreuil ne peut calmer ses hommes. Il donne alors sa démission, qui sera refusée par le Roi demandant à celui-ci d'attendre que l'Assemblée prenne une décision quant au sort de l'institution. Le dossier sera examiné bien plus tard en 1791 par la Constituante, chargeant Edmond Louis Alexis Dubois de Crancé du dossier, celui-ci étant déjà chargé du dossier de la réorganisation de l'armée. Celui-ci souhaite la fermeture (Le terme fermeture renvoie à :) de l'hôtel pour faire des économies et augmenter la solde des 30 000 soldats invalides répartis dans tout le pays (Pays vient du latin pagus qui désignait une subdivision territoriale et tribale d'étendue restreinte (de l'ordre de quelques centaines de km²), subdivision...). Les malades seraient alors répartis dans les 83 "hospices de la Patrie" que la Constituante cherche à créer. Le bâtiment serait revendu à la Mairie de Paris qui pourrait alors le réutiliser comme prison. Le projet est débattu, les invalides eux-mêmes sont divisés, l'abbé Jean-Sifrein Maury est l'un des plus grands détracteurs de l'idée d'une fermeture d'un établissement qu'il juge (Le juge peut être un professionnel du droit, désigné ou élu pour exercer son office. Il peut également être un simple citoyen appelé temporairement à rendre la justice : c'est notamment le cas des personnes...) être « un exemple pour toute l'Europe ». Le 30 avril, la Constituante tranche le maintien de l'édifice et de son statut, mais sous le nouveau titre de "hôtel national des Militaires Invalides" qui sera à la charge (La charge utile (payload en anglais ; la charge payante) représente ce qui est effectivement transporté par un moyen de transport donné, et qui donne lieu à un paiement ou un bénéfice non pécuniaire pour être...) d'un comité électif du département de Paris. Ce nouveau statut sera contesté par une partie du personnel (entre autres le héros de la prise de la Bastille, Cordier, et la responsable de l'infirmerie, la veuve Piat), et sera finalement supprimé le 15 mai 1794 puis remplacé par une Agence révolutionnaire, composée de Jacobins. Ceux-ci feront arrêter Sombreuil, qui sera guillotiné à tort avec son fils Stanislas, le 17 juin 1794. Depuis, l'Hôtel avait déjà été maintes fois pillé, les emblèmes royaux et symboles religieux martelés, les cours rebaptisées (la cour Royale devient celle de la République, celle de l'Infirmerie en celle de l'Humanité, celle du Gouverneur en celle des Sans-Culottes...). Les quatre vertus qui ornaient le lanternon du dôme seront d'ailleurs saisis, fondus, pour devenir des balles. Le symbole de Louis XIV subit ainsi les foudres de la Révolution. Néanmoins, avec la déclaration de guerre contre l'Autriche du 20 avril 1792, le gouvernement révolutionnaire n'hésita plus à se tourner vers ses anciens soldats, les emblèmes ennemis sont présentés aux Invalides, des hommes à poigne sont enfin nommés à la tête de l'institution pour la redresser, tel que Louis-Adrien Brice de Montigny épaulé de l'adjudant-général Dumesnil et du général de division (La division est une loi de composition qui à deux nombres associe le produit du premier par l'inverse du second. Si un nombre est non nul, la fonction "division par ce nombre" est la réciproque de la fonction "multiplication par ce...) Jean-François Berruyer. Avec le temps (Le temps est un concept développé par l'être humain pour appréhender le changement dans le monde.), l'institution retrouve ses marques. Mais c'est un nom qui viendra unir les pensionnaires. Les blessés de la campagne (La campagne, aussi appelée milieu rural désigne l'ensemble des espaces cultivés habités, elle s'oppose aux concepts de ville,...) d'Italie ne parlent déjà que de lui : le jeune général Napoléon Bonaparte.

Le tournant napoléonien

Napoléon dans la Cour d'Honneur
Première remise de légions d'honneur aux Invalides par Napoléon

Le jeune général n'a jamais cessé d'entretenir avec les invalides un rapport étroit. C'était pour lui, à ses débuts, une manière de se légitimer, que de gagner le cœur des soldats. C'est ainsi que le 23 septembre 1800, l'anniversaire de la fondation (Les fondations d'un ouvrage assurent la transmission et la répartition des charges (poids propre et surcharges climatiques et d'utilisation) de cet ouvrage sur le sol. Le mode de fondation sera établi suivant la capacité portante du sol. Soit le...) de la République, menée par le Premier Consul, se tiendra aux Invalides, durant lequel, le discours prononcé par son frère, Lucien Bonaparte, fera vibrer la corde nationale des vieux soldats. À l'annonce de l'explosion (Une explosion est la transformation rapide d'une matière en une autre matière ayant un volume plus grand, généralement sous forme de gaz. Plus cette...) de la bombe le 24 décembre 1800 lors de la visite de Bonaparte à l'Opéra, complot mené par Cadoudal, les invalides adressent immédiatement leurs soutiens et leurs vœux d'avenir. Avec l'annonce du senatus-consulte du 18 mai 1804, proclamant l'Empire, les vieux révolutionnaires s'inquiètent. Alors, Napoléon ruse, il décale l'anniversaire de la prise de la Bastille au lendemain, un dimanche, jour (Le jour ou la journée est l'intervalle qui sépare le lever du coucher du Soleil ; c'est la période entre deux nuits, pendant laquelle les rayons du Soleil éclairent le ciel. Son début (par rapport à minuit heure locale) et sa...) de repos. La ruse tient au fait qu'en même temps, il prépare une cérémonie nouvelle qui, elle aussi, prendra place aux Invalides. Ainsi, le15 juillet 1804 eut lieu en la chapelle (Une chapelle est un lieu de culte chrétien qui peut, selon le cas, constituer un édifice distinct ou être intégré dans un autre bâtiment.) des Invalides une fastueuse cérémonie officielle : la toute première remise de médailles de la Légion d'honneur par Napoléon aux officiers méritants.

La cérémonie est réglée au millimètre. Joséphine, ses belles-sœurs et ses dames d'honneur devancent Bonaparte qui quitte les Tuileries (Les Tuileries étaient naguère un quartier de Paris, situé entre le palais du Louvre, la rue de Rivoli, la place de la Concorde et la Seine. Il doit son nom au fait que...) à midi sur un cheval (Le cheval (Equus ferus caballus ou equus caballus) est un grand mammifère herbivore et ongulé appartenant à l'une des sept espèces de la famille des équidés. Il a évolué au cours des...) richement harnaché. Il est escorté de ses maréchaux, aides de camp, colonels, généraux de sa garde et grands officiers, ainsi qu'une interminable haie de soldats, l'accompagnant jusqu'à l'entrée du dôme. Le nouveau gouverneur des Invalides, le général-sénateur Sérurier, ainsi que le cardinal De Belloy viennent à sa rencontre, Napoléon s'installe sur le trône installé dans le chœur. Depuis l'inauguration de Louis XIV en 1706, on n'avait connu pareille gloire pour le monument. Hauts militaires, Clergé et grands savants se disputent les meilleurs places, alors que les élèves de Polytechnique et les invalides, installés sur des gradins, assistent à tout ce beau spectacle. Après les discours vient le moment des décorations. Napoléon lui-même reçoit la Légion d'honneur des mains de son petit-fils et neveu, le prince Louis, mais celui-ci le détache de son habit et préfère alors décorer le cardinal Giovanni Battista Caprara. Le noble geste attire la sympathie de la foule. Napoléon, qui a à ses pieds deux bassins, l'un contenant les légion en or pour les grands officiers, commandants et officiers, l'autre d'argent (L’argent ou argent métal est un élément chimique de symbole Ag — du latin Argentum — et de numéro atomique 47.) pour les chevaliers, commence la distribution en épinglant les croix à la poitrine de chacun. On y retrouve de brillants militaires, Kellermann, Oudinot, Suchet, Marmont... mais aussi les cardinaux comme Belloy ou Fesch, des scientifiques comme Monge, fondateur de Polytechnique, le chimiste (Un chimiste est un scientifique qui étudie la chimie, c'est-à-dire la science de la matière à l'échelle moléculaire ou atomique ("supra-atomique"). Le mot chimiste...) Berthollet, les astronomes Lalande, Cassini (La mission Cassini-Huygens est une mission spatiale automatique réalisée en collaboration par le Jet Propulsion Laboratory (JPL), l'Agence spatiale européenne (ESA) et l'Agence spatiale italienne (ASI). Son objectif est l'étude de la...) ou Méchain, le chirurgien Pelletan, le savant apothicaire Parmentier, ancien employé des Invalides, et bien d'autres., peintres, musiciens, botanistes, cuisiniers... À chacun d'eux il touche un mot, sur leurs blessures, leurs travaux, leurs souvenirs communs... Après la cérémonie, le Te Deum de Pierre Desvignes retentit dans le chœur de la chapelle impériale alors que Napoléon repart avec le grand-maître des cérémonies, M. De Ségur, et le grand chambellan Talleyrand.

Si son frère, Lucien Bonaparte, rêve d'une grand nécropole militaire, Napoléon lui, écarte les projets, n'étant pas suffisamment grandiose pour rivaliser avec l'œuvre de Louis XIV. Il préfère s'occuper du fonctionnement de l'Institution, ainsi que de sa réputation. Il efface tous les mauvais traitements qu'avait infligé la révolution française, avec la dégradation des statues, et ainsi il demande à Pierre Cartellier la reconstitution de la statue équestre (La statue équestre tient un rôle à part dans le domaine de la sculpture. C'est la statue d'un personnage monté sur un cheval.) de Louis XIV, sur le haut relief (Le relief est la différence de hauteur entre deux points. Néanmoins, ce mot est souvent employé pour caractériser la forme de la surface de la Terre.) de la porte d'honneur, sculptée par Nicolas Coustou. Il y place le 17 mai 1807 en grande pompe (Une pompe est un dispositif permettant d'aspirer et de refouler un fluide.) l'épée de l'empereur de Prusse Frédéric II de Prusse, acquise suite à sa victoire le 25 octobre 1806 à la bataille de Potsdam. Celui-ci se rendra à plusieurs reprises écouter les récriminations de ses anciens compagnons d'armes. Le 25 mars 1811, il concède à l'Hôtel un budget (Un budget est un document comptable prévisionnel distinguant les recettes et les dépenses.) de 6 millions de francs de l'époque. C'est pour les Invalides un véritable âge d'or que ce Premier Empire.

De la mort de Napoléon à nos jours

Le tombeau de Napoléon
Le retour des cendres de Bonaparte vers les Invalides

L'Empereur exilé, l'Empire vaincu, la nouvelle monarchie de Louis XVIII revenu d'exil, s'impose à Paris, et renomme les Invalides en "Hôtel Royal des Invalides". Mais dans le cœur des militaires, Napoléon reste leur héros. Les Invalides deviennent le lieu emblêmatique des bonapartistes. Avec la chute de Louis XVIII et l'instauration de Louis-Philippe Ier, les Trois Glorieuses vont apporter avec elles un vent (Le vent est le mouvement d’une atmosphère, masse de gaz située à la surface d'une planète. Les vents les plus violents connus ont lieu sur Neptune et sur Saturne. Il est essentiel à tous les phénomènes...) de liberté. Les bonapartistes s'affichent, et la question du retour des cendres s'imposent. Victor Hugo, Alexandre Dumas réclament la tombe. Au final, c'est Adolphe Thiers qui à l'Assemblée, parvient à faire basculer le débat (Un débat est une discussion (constructive) sur un sujet, précis ou de fond, annoncé à l'avance, à laquelle prennent part des individus ayant des avis, idées, réflexions ou opinions divergentes pour le sujet considéré. Un débat peut...). Le retour des cendres lui semble un beau symbole du retour d'une France puissante. Si Louis-Philippe Ier reste réticent, son fils le duc d'Orléans est enthousiaste. Le 1er mai 1840, jour (Le jour ou la journée est l'intervalle qui sépare le lever du coucher du Soleil ; c'est la période entre deux nuits, pendant laquelle les rayons du...) de la saint Louis-Philippe, celui-ci accepte la requête (Le mot requête, synonyme de demande, est employé dans les domaines suivants :) d'Adolphe Thiers. Charles de Rémusat, ministre de l'Intérieur, demande alors à l'Assemblée, un crédit d'un million (Un million (1 000 000) est l'entier naturel qui suit neuf cent quatre-vingt-dix-neuf mille neuf cent quatre-vingt-dix-neuf (999 999) et qui précède un million un...) de francs pour financer le retour des cendres et la construction d'un tombeau dont l'emplacement est déjà désigné : les Invalides, déjà choisies par Napoléon lui-même. Lorsque le deuxième million réclamé à l'Assemblée est refusé, la presse se déchaîne : les royalistes y voient un affront, les républicains une somme colossale, les bonapartistes une dépense naturelle. Le prince de Joinville se charge du transfert à bord de La Belle Poule et de La Favorite le 7 juillet de Toulon, revenant le 30 novembre à Cherbourg. Mais coup de théâtre entre deux, le gouvernement Adolphe Thiers vient de chuter et celui-ci est remplacé par le maréchal Soult qui charge François Guizot (François Pierre Guillaume Guizot (4 octobre 1787 à Nîmes en France - 12 septembre 1874 au Val-Richer à...) des Affaires étrangères, et ainsi donc du rapatriement. Or celui-ci est un fervent adversaire de Thiers ainsi qu'un antibonapartiste. Joinville se retrouve alors bloqué à Cherbourg, attendant des ordres qui n'arrivent pas. Si le chantier avance à grand pas sous la houlette des maîtres d'œuvre Henri Labrouste (Henri Labrouste (Paris, 11 mai 1801 - Fontainebleau, 24 juin 1875) est un architecte français. Après avoir séjourné six ans à Rome, il ouvrit un atelier de formation d'architectes qui devint centre du...) et Visconti, la cérémonie, elle, n'est pas prête. Néanmoins, la Dorade part enfin remonter la Seine pour accoster à Courbevoie au cri de « Vive l'Empereur ! ».

L'hôtel se dote très tôt d'une fonction muséographique : musée d'artillerie en 1872 et musée historique des armées en 1896, réunis en musée de l'armée en 1905.

L'hôtel des Invalides accueille encore aujourd'hui une centaine de retraités et invalides des armées françaises. L'administration chargée de cette mission est l'Institut (Un institut est une organisation permanente créée dans un certain but. C'est habituellement une institution de recherche. Par exemple, le Perimeter Institute for Theoretical Physics est un tel institut.) national des invalides.

Le samedi 13 septembre 2008, le pape Benoît XVI célébra une messe sur l'esplanade des Invalides devant 260 000 personnes dans le cadre de son voyage (Un voyage est un déplacement effectué vers un point plus ou moins éloigné dans un but personnel (tourisme) ou professionnel (affaires). Le voyage s'est considérablement développé et démocratisé, au cours du XXe siècle avec...) apostolique en France.

Page générée en 0.368 seconde(s) - site hébergé chez Amen
Ce site fait l'objet d'une déclaration à la CNIL sous le numéro de dossier 1037632
Ce site est édité par Techno-Science.net - A propos - Informations légales
Partenaire: HD-Numérique