Guerre FISA-FOCA - Définition et Explications

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La guerre FISA[1] - FOCA est une période de l'histoire de la Formule 1 pendant laquelle la Fédération internationale du sport automobile (FISA), et la Formula One Constructors Association (FOCA) se disputèrent le pouvoir et l'argent (L’argent ou argent métal est un élément chimique de symbole Ag — du...) de la F1, au point (Graphie) de perturber le championnat. Cette lutte, qui a culminé sur la période 1979-1982 ne s'est réellement terminée qu'en 1987, avec la deuxième version des accords Concorde.

Le contexte (Le contexte d'un évènement inclut les circonstances et conditions qui l'entourent; le...)

Le championnat du monde (Le mot monde peut désigner :) de Formule 1 (La Formule 1 est une discipline de sport automobile qui se dispute sur des circuits fermés à bord...) est régi sportivement depuis sa création par l'organe (Un organe est un ensemble de tissus concourant à la réalisation d'une fonction...) sportif de la FIA (Fédération Internationale de l'Automobile) : la CSI (Commission Sportive Internationale).

Au début des années 1970, le Britannique Bernie Ecclestone (Bernard Charles Ecclestone alias Bernie Ecclestone (né le 29 octobre 1930 à Ipswich, dans le...) (qui a racheté l'écurie Brabham à l'issue de la saison (La saison est une période de l'année qui observe une relative constance du climat et de...) 1971) entreprend de fédérer en association la plupart des écuries de Formule 1. Rapidement émerge ainsi la FOCA (Formula One Constructor Association). L'ambition de la FOCA est double:

  • Economique. Les revenus générés par les courses ainsi que les dépenses des écuries ont considérablement augmenté, allant de paire (On dit qu'un ensemble E est une paire lorsqu'il est formé de deux éléments distincts...) avec l'intéret du public pour ce sport. Organisme à but non-lucratif, la CSI ne manifeste qu'un intérêt relatif à l'égard des questions commerciales et les sommes générées par les Grands Prix sont réinjectées dans d'autres organisations d'évenements sportifs. Les écuries, considérant les sommes de plus en plus élévées qu'elles investissent, estiment quant à elles que non seulement il est possible de générer plus de revenus, mais qu'en plus, une part du gateau leur est due. Au nom de la FOCA, Bernie entreprend alors de négocier directement avec certains organisateurs de Grands Prix, garantissant la présence des écuries qu'il représente contre le versement d'une somme forfaitaire de plus en plus en plus élevée. La FOCA va même jusqu'à devenir directement l'organisatrice de certaines épreuves. La FOCA commence également à négocier avec les chaînes de télévision (La télévision est la transmission, par câble ou par ondes radioélectriques, d'images ou de...), nouvel acteur (Un acteur est un artiste qui incarne un personnage dans un film, dans une pièce de théâtre, à...) (pas encore majeur, mais sur le point de le devenir) du monde des Grands Prix.
  • Sportif. L'organisation (Une organisation est) strictement sportive du championnat du monde est de la compétence exclusive de la CSI. Mais sur ce point également, la FOCA estime avoir son mot à dire, et refuse de se laisser dicter les modifications du règlement technique, sources de dépenses supplémentaires pour les écuries.

La montée en puissance (Le mot puissance est employé dans plusieurs domaines avec une signification particulière :) de la FOCA semble irrésistible. Signe d'un rapport de force (Le mot force peut désigner un pouvoir mécanique sur les choses, et aussi, métaphoriquement, un...) à son avantage, elle parvient même à faire reculer la CSI qui, courant 1978, avait envisagé ralentir les "wing-cars" en interdisant les "jupes", ces éléments aérodynamiques qui permettent d'obtenir une meilleur circulation (La circulation routière (anglicisme: trafic routier) est le déplacement de véhicules automobiles...) du flux (Le mot flux (du latin fluxus, écoulement) désigne en général un ensemble d'éléments...) d'air (L'air est le mélange de gaz constituant l'atmosphère de la Terre. Il est inodore et...) sous les monoplaces, et donc une redoutable adhérence dans les courbes. Il s'agissait pourtant pour la CSI d'une question de sécurité primordiale, les circuits étant pour la plupart inaptes à accueillir sans risque des voitures (Une automobile, ou voiture, est un véhicule terrestre se propulsant lui-même à l'aide d'un...) dont les performances avaient tant augmenté.

A l'issue de la saison 1978, la CSI qui apparait discréditée par sa faiblesse, nomme à sa tête un nouveau Président, le Français Jean-Marie Balestre. Homme (Un homme est un individu de sexe masculin adulte de l'espèce appelée Homme moderne (Homo...) à poigne, il a été élu sur un programme dont le thème principal était la reprise en mains de la Formule 1 par la CSI. Autrement dit, Balestre entend restaurer le pouvoir de la CSI (qu'il ne tarde pas à faire renommer FISA, pour Fédération Internationale du Sport Automobile), quite à s'opposer frontalement à l'ambitieuse FOCA, ce qui ne manquera pas d'arriver.

Jupes vs Turbos

Après avoir obtenu en 1978 que les "jupes" restent autorisées, la FOCA va encore plus loin dans son lobbying en exigeant fin 1979 que les moteurs turbo soient interdits, ou du moins que l'équivalence de cylindrée (La cylindrée est le volume balayé par le déplacement d'une pièce mobile dans une chambre...) de 1 à 2 entre moteurs turbos (1500 cm3) et moteurs atmosphériques (3000 cm3) soit modifiée. En 1979, le moteur (Un moteur est un dispositif transformant une énergie non-mécanique (éolienne, chimique,...) turbo mis au point par Renault décroche sa première victoire, et tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou...) le monde réalise vite que les turbos ne vont pas tarder à dominer la discipline. Le souci est que la technologie (Le mot technologie possède deux acceptions de fait :) du turbo est extrèmement pointue et coûteuse à mettre au point, un luxe que seuls les grands constructeurs généralistes comme Renault, FIAT (Fiat (acronyme de Fabbrica Italiana Automobili Torino, fabrique italienne automobiles Turin), est...) (propriétaire de la Scuderia Ferrari) et bientôt Alfa Romeo (Alfa Romeo est une marque automobile italienne fondée à Milan le 24 juin 1910, propriété de...) peuvent se permettre. La FOCA pressent que ses membres (essentiellement les assembleurs britanniques, experts en conception de châssis (Un châssis est un cadre rigide ou mobile fait d'une matière résistante, destiné à entourer ou...), mais qui en matière (La matière est la substance qui compose tout corps ayant une réalité tangible. Ses...) de moteur (Un moteur (du latin mōtor : « celui qui remue ») est un dispositif...), se contentent de greffer un V8 Cosworth bon marché) risquent de ne pas survivre à la révolution turbo.

Balestre et la FISA n'accèdent pas à la demande de la FOCA de bannir le turbo, et va donc dans le sens (SENS (Strategies for Engineered Negligible Senescence) est un projet scientifique qui a pour but...) des écuries dites " légalistes " que sont Renault (alors unique motoriste turbo du plateau) mais également Ferrari ( Automobiles et motos Ferrari, constructeur automobile italien dont le nom provient de son...) et Alfa (L'alfa (de l'arabe halfa) ou sparte est une plante herbacée vivace de la famille des...) Romeo, sur le point de sortir à leur tour un moteur suralimenté. Bien au contraire, la FISA ressort son projet (Un projet est un engagement irréversible de résultat incertain, non reproductible a...) initial d'interdiction des jupes à compter de la saison 1981. La FISA va encore plus loin et tente même d'interdire par réglement tout accord entre un organisateur d'épreuve et un concurrent ou son organisme représentatif (donc la FOCA). La guerre est déclarée.

Le Grand Prix d'Espagne 1980

Prise à la gorge par les mesures drastiques de la FISA, la FOCA tente de réagir en menant une sorte de guerilla contre Balestre afin de le décrédibiliser. Premier point visé : les briefings organisés avant chaque épreuve par la direction de course (Course : Ce mot a plusieurs sens, ayant tous un rapport avec le mouvement.), et auxquels les pilotes ont désormais l'obligation d'assister mais que les écuries FOCA demandent à leurs pilotes de boycotter. Jean Marie Balestre distribue des amendes aux pilotes absents, mais ceux-ci refusent de payer et récidivent lors de l'épreuve suivante. La FISA monte le ton d'un cran, et menace de suspendre les contrevenants. C'est lors du Grand Prix d'Espagne que la situation (En géographie, la situation est un concept spatial permettant la localisation relative d'un...) arrive à sa limite : les trois constructeurs légalistes refusent de prendre le départ si la quinzaine de pilotes absents aux briefings ne sont pas réellement suspendus. Aucun compromis n'étant trouvé, Renault, Ferrari et Alfa quittent le circuit, immédiatement suivis par les officiels de la FISA. La course a lieu, uniquement avec les écuries FOCA (la victoire reviendra au pilote australien Alan Jones, sur Williams) mais est aussitôt déclarée illégale par la FISA, et retirée du championnat du monde.

Dans les semaines qui suivent, tout le monde accepte de mettre de l'eau (L’eau est un composé chimique ubiquitaire sur la Terre, essentiel pour tous les...) dans son vin, et l'affaire des briefings boycottés et des amendes non réglées est oubliée. Le championnat 1980 peut donc se poursuivre sans nouvelle perturbation.

Vers un championnat parallèle ?

Mais les deux principaux points de discorde entre la FISA et la FOCA que sont l'interdiction des jupes pour la saison 1981 et la manière dont la FOCA court-circuite la FISA en négociant directement avec les organisateurs et les chaînes de télévision, restent toujours d'actualité. Devant l'impossibilité de trouver un compromis, la FOCA brandit la menace d'un championnat de Formule 1 parallèle en 1981 et crée même à cet effet sa propre fédération, la World Federation of Motor Sport, qui voit le jour (Le jour ou la journée est l'intervalle qui sépare le lever du coucher du Soleil ; c'est la...) fin 1980.

En février 1981, la FOCA semble mettre ses menaces à exécution et organise un Grand Prix à Kyalami en Afrique (D’une superficie de 30 221 532 km2 en incluant les îles,...) du Sud (Le sud est un point cardinal, opposé au nord.). Plus que comme le véritable coup d'envoi du nouveau championnat WFMS, ce Grand Prix est à interpréter comme une démonstration (En mathématiques, une démonstration permet d'établir une proposition à partir...) de force de la FOCA vis à vis de la FISA. Mais l'effet escompté est loin d'être atteint : certes, le plateau est de qualité (en l'absence des écuries légalistes qui n'ont pas fait le voyage (Un voyage est un déplacement effectué vers un point plus ou moins éloigné dans un but personnel...), 19 voitures sont au départ, la victoire revenant à Carlos Reutemann, sur Williams) mais les médias (On nomme média un moyen impersonnel de diffusion d'informations (comme la presse, la radio, la...) ont boudé l'épreuve, signe que contrairement à ce qu'elle imaginait, la FOCA peut difficilement se passer (Le genre Passer a été créé par le zoologiste français Mathurin Jacques...) du label officiel FISA.

Les Accords Concorde

Affaiblie par cet échec, la FOCA est contrainte de revenir s'assoir à la table des négociations, qui aboutissent fin mars à la première mouture des Accords Concorde (du nom de la Place de la Concorde à Paris (Paris est une ville française, capitale de la France et le chef-lieu de la région...), où la FIA/FISA a son siège). Pour faire simple, ces accords entérinent le partage des pouvoirs entre la FISA (qui conserve toute autorité en matière sportive et réglementaire) et la FOCA avec laquelle la FIA accepte de partager les profits réalisés, en lui laissant l'exploitation commerciale des courses. Chaque écurie recevra une part des profits, proportionnellement à ses résultats au championnat. Ecclestone devient à ce moment le patron officieux de la F1.

La saison 1981 peut débuter, et comme le souhaitait si ardemment la FISA, la sécurité est améliorée avec l'obligation faite aux écuries de renoncer aux jupes coulissantes (qui doivent désormais être fixes) et d'aligner des voitures avec une garde au sol minimale de 6 centimètres afin de réduire à néant l'effet de sol. Mais les ingénieurs (et en premier lieu ceux de Brabham, l'écurie de Bernie Ecclestone) se chargent rapidement de contourner l'esprit de la réglementation en concevant des correcteurs d'assiette permettant aux voitures de respecter la garde au sol réglementaire lors des contrôles techniques (bien evidemment effectués à l'arrêt) mais de s'affaisser et de retrouver l'effet de sol en roulant. Dans un contexte d'apaisement des relations avec Ecclestone et la FOCA, la FISA acceptera de fermer les yeux sur cette "interprétation" de la loi, après avoir pourtant mis son véto à l'étonnante Lotus 88 à double châssis présentée par Colin Chapman (Colin Chapman était un ingénieur automobile britannique, créateur de la fabrique d'automobiles...) lors du GP inaugural à Long Beach et dont la philosophie était identique.

La nouvelle entente FISA/FOCA se manifeste également dans la volonté commune de créer une superlicence, sésame (Le sésame (Sesamum indicum) est une plante de la famille des Pédaliacées, largement...) indispensable pour participer au championnat du monde, et dont l'objet (De manière générale, le mot objet (du latin objectum, 1361) désigne une entité définie dans...) est de restreindre la liberté contractuelle des pilotes. Discrètement révélé lors de l'hiver (L'hiver est une des quatre saisons des zones tempérées.) 1981-1982, ce projet aboutit à la fameuse grève des pilotes lors du GP d'Afrique du Sud. Malgré les pressions conjointes de la FISA et de la FOCA pour mettre au pas les rebelles, ces derniers finissent par obtenir gain de cause. (article détaillé sur la grève à venir)

Ultimes provocations

En 1982, l'un des éléments cruciaux de la guerre FISA/FOCA, à savoir l'incapacité des artisans britanniques à lutter contre les grands constructeurs capables de développer des moteurs turbos, reste plus vivace que jamais.
Lorsque la FOCA avait commencé à soulever ce problème en 1979, les Renault turbo commençaient à peine à obtenir des résultats, et les artisans pouvaient encore s'appuyer sur un réglement permissif en matière de jupe. Trois ans plus tard, les choses ont changé: Ferrari et Renault maîtrisent parfaitement la technologie turbo, et les jupes mobiles ont été interdites. Même si la FISA a accepté de fermer les yeux sur les correcteurs de garde au sol, il est indéniable que le rapport de force est de plus en plus défavorable aux Britanniques. Ces derniers vont à nouveau jouer sur la lettre du réglement et faire courir des monoplaces largement en dessous du poids (Le poids est la force de pesanteur, d'origine gravitationnelle et inertielle, exercée par la...) limite, profitant de l'alinéa du règlement qui prévoit que les équipes ont le droit de refaire les pleins de fluides ou consommables avant de passer à la pesée d'après-course. Les équipes ont alors recours à des réservoirs d'eau supplémentaires qui ne trompent personne, et uniquement destinés à "faire le poids" à l'arrivée. A l'issue du GP du Brésil, la FIA décide de sévir et disqualifie le vainqueur (Nelson Piquet, Brabham) et son second (Keke Rosberg, Williams) après que Renault et Ferrari ont porté réclamation.

Les disqualifications de Piquet et Rosberg ayant été confirmées en appel, les écuries FOCA décident, par mesure de rétorsion, de boycotter le GP de Saint-Marin. Sur la grille ( Un grille-pain est un petit appareil électroménager. Une grille écran est un...) de départ à Imola (Imola est une ville italienne de la province de Bologne en Émilie-Romagne.), seules figurent les trois écuries "légalistes" traditionnelles (Renault, Ferrari et Alfa) ainsi que Osella (équipe politiquement alignée sur Ferrari), Toleman (équipée d'un moteur Hart turbo), ATS (équipe désolidarisée de la FOCA) et Tyrrell, soit un total ( Total est la qualité de ce qui est complet, sans exception. D'un point de vue comptable, un...) de 14 monoplaces. Il convient de revenir sur le cas Tyrrell, l'une des équipes les plus vigoureuses du clan FOCA : Ken Tyrrell avait reçu l'autorisation de la FOCA de ne pas suivre le boycott en raison de sa signature avec un sponsor italien. Il était également convenu que Tyrrell porterait réclamation à la fin de la course contre les possesseurs de moteur turbo. Basée sur un argument technique tiré par les cheveux, la réclamation sera bien evidemment rejetée.

Cet ultime coup de force de la FOCA à l'encontre de la FISA restera le dernier. Ecclestone lui-même ayant signé en tant que directeur de Brabham un accord avec constructeur allemand BMW (Bayerische Motoren Werke AG Bayerische Motoren Werke Aktiengesellschaft.ogg  ou BMW (en...) pour la fourniture de moteur turbo, la fronde anti-turbo qu'il dirige ne tarde pas à devenir sans objet. Rapidement, les autres membres de la FOCA lui emboîteront le pas (McLaren avec Porsche (Porsche AG est un constructeur de voitures de sport fondé en 1931 par Ferdinand Porsche,...), Lotus avec Renault, Williams avec Honda), rendant obsolète le clivage (Le clivage est l'aptitude de certains minéraux à se fracturer selon des surfaces planes...) entre artisans et grands constructeurs.

Les accords Concorde 2

Les premiers Accords Concorde n'ont été prévu que sur un quinquennat, et en 1987 recommencent des négociations. A cette occasion, la FOCA refuse de continuer 5 ans avec le même système, car des problèmes de promotion des courses leur ont parfois coûté cher. Il est décidé que Bernie Ecclestone crée sa propre société indépendante, nommée Formula One Promotions and Administration (FOPA, future FOA), a qui sera déléguée, par la FOCA, la vente des droits promotionnels de la Formule 1. La même année (Une année est une unité de temps exprimant la durée entre deux occurrences d'un évènement lié...), Ecclestone renonce à son écurie, et est nommé vice-président de la FIA, la fédération automobile (Une automobile, ou voiture, est un véhicule terrestre se propulsant lui-même à l'aide d'un...) qui contrôle (Le mot contrôle peut avoir plusieurs sens. Il peut être employé comme synonyme d'examen, de...) la FISA.

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