Peoplisation
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Peoplisation est un néologisme français dérivé du faux anglicisme " people " (désignant les " gens " célèbres). On peut le trouver écrit " peopleisation ", " pipeulisation ", " pipolisation " et sous sa forme la plus courante " peopolisation ".

Le terme est apparu en France dans les années 2000 avec le développement de la presse people. Jusqu'alors, le terme de " people " ne s'appliquait qu'aux personnalités du show business et aux médias spécialisés traitant de l'actualité de celles-ci. Il est désormais utilisé pour décrire aux moins deux phénomènes, l'un concernant la politique, l'autre les médias. Son usage (L’usage est l'action de se servir de quelque chose.) est limité aux pays (Pays vient du latin pagus qui désignait une subdivision territoriale et tribale d'étendue restreinte (de l'ordre de quelques centaines de km²), subdivision de la...) francophones. Aussi, au Québec, où les anglicismes sont controversés, le terme est peu répandu et garde une connotation étrangère (comme pour les autres termes dérivés du mot "people").

Définitions

La peoplisation (Peoplisation est un néologisme français dérivé du faux anglicisme « people » (désignant les « gens » célèbres). On peut le trouver écrit « peopleisation »,...) peut désigner :

  • la médiatisation, voulue ou non, de la vie (La vie est le nom donné :) privée d'une personnalité extérieure au show business. On parle ainsi de la " peoplisation du politique " avec la multiplication (La multiplication est l'une des quatre opérations de l'arithmétique élémentaire avec l'addition, la soustraction et la division .) dans la presse écrite (La presse écrite désigne, d'une manière générale, l'ensemble des moyens de diffusion de l’information écrite, ce qui englobe notamment les journaux quotidiens, les publications...) et les médias d'information en général de sujets mettant en avant la personnalité et la vie privée (famille, amis, vacances (Les vacances (au pluriel, du latin vacare, « être sans ») sont une période de temps (de quelques jours, semaines, voire mois) pendant laquelle une personne cesse son activité habituelle...)...) des responsables politiques. Selon la BBC, " les critiques reprochent à la politique française de se pipoliser, en d'autres termes de devenir obsédée par l'image médiatique des responsables politiques plutôt que par contenu des programmes politiques " (" According to critics of the way things are going, French politics is pipol-ising: in other words, it is becoming obsessed with the image of individuals, rather than the substance of policy ") ;
  • l'utilisation à des fins médiatiques de l'image de personnalités célèbres par des associations, des entreprises ou des hommes politiques. En France, suite au soutien public apporté par les chanteurs Johnny Hallyday et Doc Gyneco, en août 2006, à Nicolas Sarkozy pour l'élection présidentielle de 2007, le quotidien Libération décrivait une " peopolisation de la campagne électorale " du président de l'UMP ;
  • la tendance des médias généralistes à traiter de l'actualité des personnalités du show business et à aborder certains aspects de leur vie privée, au même titre que la presse people.

À noter : la construction du mot, faisant appel au suffixe -isation, reflète une pratique sémantique devenue relativement courante dans la néologie politique et journalistique : balkanisation, aryanisation, starisation... " Ces phénomènes sont souvent à la source de polysémies qui, même si elles sont intéressantes à analyser, ne sont pas sans semer la confusion dès lors qu'on isole le terme de son environnement événementiel ", analyse la linguiste Maya Mady du Centre d’études et de recherches en terminologie arabe (Certa) (lien). Ainsi le terme " peoplisation " pourrait désigner un processus devant déboucher sur une généralisation (La généralisation est un procédé qui consiste à abstraire un ensemble de concepts ou d'objets en négligeant les détails de façon à ce qu'ils puissent être...) du phénomène de " politique people ". Cette expression beaucoup plus répandue que " peoplisation " reflète-t-elle pour autant une réalité déjà existante ?

Statistiques (La statistique est à la fois une science formelle, une méthode et une technique. Elle comprend la collecte, l'analyse, l'interprétation de données ainsi que la...)

Les différentes occurrences du terme rencontrées sur Google :

Occurrences 14/09/06 22/09/06 26/09/06 28/10/06
Peopolisation 30 000 25 800 19 800 12 900
Pipolisation 13 500 25 600 68 900 20 400
Peoplisation 811 853 918 804
Peopleisation 514 673 528 517
Pipeulisation 178 194 191 198

Les origines de la " peoplisation du politique " en France

Un modèle anglo-saxon

Dans les pays anglo-saxons, le terme le plus proche de " peoplisation " est le concept de " Life politics ". Aux États-Unis d’Amérique et au Royaume-Uni, il s’agit d’un usage courant chez les responsables politiques qui communiquent aussi bien sur leur action publique que sur leur vie privée [1]. Pour les élus, le but est d’apparaître sous un jour (Le jour ou la journée est l'intervalle qui sépare le lever du coucher du Soleil ; c'est la période entre deux nuits, pendant laquelle les...) plus " humain ", mais aussi de prouver qu’ils sont dignes de recevoir la confiance des électeurs dans la mesure où ils n’ont rien à cacher. En insistant sur l’homme au détriment des idées, ce phénomène a eu tendance à bipolariser le débat (Un débat est une discussion (constructive) sur un sujet, précis ou de fond, annoncé à l'avance, à laquelle prennent part des individus ayant des avis,...) politique [2].

Un tabou jusque dans les années 2000

Dans les pays de culture (La définition que donne l'UNESCO de la culture est la suivante [1] :) latine et catholique, la distinction s’opère traditionnellement entre vie privée et vie publique, que ce soit dans le monde (Le mot monde peut désigner :) du travail ou en politique. Ainsi, en France, jusque dans les années 2000, la vie privée des responsables politiques n'est pas considérée comme pouvant nourrir le débat public. [réf. nécessaire]

Les élus peuvent choisir, par exemple, d’exposer leur famille, de mettre en scène leur vie quotidienne ou leurs vacances pour les besoins d’un reportage. C'est notamment le cas en 1974, lors de la campagne électorale pour l’élection présidentielle lorsque le candidat de l’UDF, Valéry Giscard d’Estaing, prit l’initiative communiquer sur sa vie privée afin de casser son image de technocrate. En cela, on peut noter l’influence des méthodes de communication (La communication concerne aussi bien l'homme (communication intra-psychique, interpersonnelle, groupale...) que l'animal (communication intra- ou inter- espèces) ou la machine...) anglo-saxonnes dans la politique française [3].

Toutefois, les médias ne dévoilent alors pas sans leur accord les aspects les plus sensibles de la vie privée (enfants, divorce, décès d’un proche, pratiques sexuelles…) des politiques. Ce genre de traitement médiatique est réservé à des personnalités du Gotha et du show business (exploitant leur propre image à des fins commerciales et non des idées philosophiques ou politiques) dans les limites du respect à la vie privée imposées par le droit français.

Contexte (Le contexte d'un évènement inclut les circonstances et conditions qui l'entourent; le contexte d'un mot, d'une phrase ou d'un texte inclut les mots qui l'entourent. Le concept de contexte issu traditionnellement de l'analyse...) politico-médiatique français

L'apparition du terme et du phénomène de " peoplisation " est liée aux nouveaux rapports établis entre médias et responsables politiques dans les années 2000. Ceux-ci se dessinent dans un contexte de méfiance, défiance voire rejet de la classe dirigeante par une partie de l'opinion publique française et dans une période où les médias cherchent à élaborer de nouveaux concepts mêlant actualité et divertissement [4].

Les politiques ayant de plus en plus de mal à faire passer (Le genre Passer a été créé par le zoologiste français Mathurin Jacques Brisson (1723-1806) en 1760.) leur message (La théorie de l'information fut mise au point pour déterminer mathématiquement le taux d’information transmis dans la communication d’un message par...), ils vont notamment se tourner vers des émissions de divertissement télévisées, comme Tout le monde en parle, On ne peut pas plaire à tout le monde et Vivement dimanche afin de toucher (Le toucher, aussi appelé tact ou taction, est l'un des cinq sens de l'homme ou de l'animal, essentiel pour la survie et le développement des êtres vivants,...) un nouvel auditoire. Une partie des responsables politiques de gauche et de droite, des journalistes et des intellectuels décrivent alors une dérive médiatique dangereuse de la communication politique en France.

L'un des épisodes les plus célèbres est la participation de Michel Rocard à l'émission Tout le monde en parle diffusée sur la chaîne (Le mot chaîne peut avoir plusieurs significations :) publique France 2 le 31 mars 2001. Après un entretien classique sur son parcours et son actualité littéraire, l'ancien Premier ministre socialiste avait accepté de répondre à la question " Sucer, c'est tromper ? " posée par l'animateur (Animateur, qui anime un groupe de personnes :) et producteur Thierry Ardisson. Plus d'un an après les faits, cet épisode continuait de faire couler l'encre, l'hebdomadaire L'Express qualifiant cet épisode de " spectacle pitoyable " dans son édition du 18 avril 2002.

L'art de la mise en scène médiatique

Communication " à l'américaine "

L’idée d’une peoplisation de la vie politique n’est pas nouvelle. Elle a commencé dans les années mille neuf cent soixante-dix avec Valéry Giscard d’Estaing, chef d'État de 1974 à 1981(lire ci-dessus). Elle s'est poursuivie sous la présidence de François Mitterrand (1981-1995), avec l'apparition, à la fin du deuxième septennat, de sa fille cachée, Mazarine Pingeot. À partir de 2002, le concept sera poussé à l’extrême par l'équipe de " spin doctors " [5] de Nicolas Sarkozy dont la communication sur le thème de la " rupture " est inspirée des méthodes anglo-saxonnes [6].

" Dans la société de communication qui est la nôtre, le débat comme l'action sont permanents et c'est la condition pure que l'action soit acceptée par le pays. On ne peut pas jouer la société de communication quand cela vous arrange et la refuser quand elle vous dérange ", explique Nicolas Sarkozy, cité (La cité (latin civitas) est un mot désignant, dans l’Antiquité avant la création des États, un groupe d’hommes sédentarisés libres (pouvant avoir des esclaves),...) dans le mémoire (D'une manière générale, la mémoire est le stockage de l'information. C'est aussi le souvenir d'une information.) de maîtrise (La maîtrise est un grade ou un diplôme universitaire correspondant au grade ou titre de « maître ». Il existe dans plusieurs pays et correspond...) de Yan Chantrel [7]. Celui-ci décrit les méthodes de communication de Nicolas Sarkozy comme celles " d'un dirigeant politique moderne, à l'américaine, entouré d'une équipe avec laquelle il développe, entre deux dossiers, un "relationnel fort" ".

Politique spectacle et téléréalité

Si l’origine du mot " peoplistion " remonte sans doute à 2000-2001, c'est d'abord l'expression " politique people ", dérivée (La dérivée d'une fonction est le moyen de déterminer combien cette fonction varie quand la quantité dont elle dépend, son argument, change. Plus précisément, une dérivée est une expression (numérique ou...) de " politique spectacle ", qui est employée pour décrire les nouvelles méthodes de communication des élus. Le glissement sémantique vers " peoplistion ", puis les variantes francisées " peopolisation " et " pipolisation ", va véritablement s'effectuer en 2003.

Cette année-là, le débat se porte sur la " dérive people " de la presse et des médias généralistes. C'est aussi l'année (Une année est une unité de temps exprimant la durée entre deux occurrences d'un évènement lié à la révolution de la Terre autour du Soleil.) où la chaîne TF1 (TF1 (acronyme de Télévision Française 1) est la première et la plus ancienne chaîne de télévision généraliste française.) annonce qu'elle réfléchit à un nouveau concept d'émission politique basée sur le principe de la téléréalité. Après que Jean-François Copé, porte-parole du gouvernement se soit porté candidat, le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin s'y oppose. Et le projet (Un projet est un engagement irréversible de résultat incertain, non reproductible a priori à l’identique, nécessitant le concours et l’intégration d’une grande diversité de...) est finalement abandonné.

L’apparition du néologisme s’inscrit ainsi dans un contexte de développement de la presse people et des émissions de téléréalité, deux concepts médiatiques reposant sur le voyeurisme. Le terme " peoplistion " est donc dès le départ connoté de manière très péjorative.

Omniprésence médiatique

À partir de la fin de 2002, les journalistes politiques commencent à employer le mot " people " dans leurs commentaires sur le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin, en particulier sur l’action du ministre de l’intérieur. L'apparition du phénomène de " peoplisation du politique " reste, en effet, incontestablement liée au personnage de Nicolas Sarkozy. Après une période de disgrâce de sept ans, le député des Hauts-de-Seine revient au gouvernement comme ministre de l'Intérieur en mai 2002. L'importance donnée (Dans les technologies de l'information, une donnée est une description élémentaire, souvent codée, d'une chose, d'une transaction, d'un événement, etc.) aux questions de sécurité, dont il a la charge (La charge utile (payload en anglais ; la charge payante) représente ce qui est effectivement transporté par un moyen de transport donné, et qui donne...), va le propulser au devant de l'actualité. De petites phrases en plateaux de télévision (La télévision est la transmission, par câble ou par ondes radioélectriques, d'images ou de scènes animées et généralement sonorisées qui sont reproduites sur un poste récepteur appelé...), il donne l'impression d'être omniprésent dans les médias [8]. Au point (Graphie) qu’on s’interroge alors sur un éventuel favoritisme de la part des journalistes. On parle alors à son égard de " frénésie médiatique " [7].

Le débat s’envenime avec la diffusion (Dans le langage courant, le terme diffusion fait référence à une notion de « distribution », de « mise à disposition » (diffusion d'un produit, d'une...), le 19 décembre 2002, dans l’émission Envoyé spécial de France 2, d’un reportage consacré à la vie privée du ministre, mettant en scène ses enfants et son épouse, Cécilia Sarkozy, qui est alors sa conseillère technique Place Beauvau. Nicolas Sarkozy, sa femme, mais également les responsables de l’information de la chaîne publique sont abondamment critiqués pour avoir transgressé l’interdit voulant qu’on ne communique pas sur la sphère (En mathématiques, et plus précisément en géométrie euclidienne, une sphère est une surface constituée de tous les points...) privée lorsqu’on est un responsable politique. Des reproches similaires avaient déjà été formulés à l’encontre de Valéry Giscard d’Estaing en 1974.

Confusion entre vie privée et vie publique

Un tournant décisif s’opère en 2004-2005. Le 28 novembre 2004, Nicolas Sarkozy est officiellement désigné président de l’UMP, lors d’un meeting du parti au Bourget. Selon une mise en scène réglée par le nouveau chef du parti, un film d'encouragement est diffusé montrant des artistes se succéder en lui déclarant de messages de soutien. L’objectif est de montrer à l'opinion publique que des artistes aussi populaires que Michel Sardou et Christian Clavier soutiennent celui qui est alors déjà un probable présidentiable. S’il est de tradition que des personnalités des arts et de la société civile prennent parti en faveur de candidats, cette fois, celles-ci s'engagent en tant qu'amis d'un politique et selon une scène complète.

Mais c’est surtout la fin du film qui fera date, avec l'apparition du plus jeune fils de Nicolas Sarkozy, Louis, qui lui crie " Bonne chance mon Papa ". Certains médias dénoncent alors l’utilisation " indécente " de cet enfant à des fins politiques.

Pourtant, l’idée que les politiques puissent communiquer sur leur vie privée de manière ouverte est désormais acquise. Le 7 janvier 2005, la station de radio Europe (L’Europe est une région terrestre qui peut être considérée comme un continent à part entière, mais aussi comme l’extrémité occidentale du continent...) 1 lance une nouvelle émission hebdomadaire intitulée Politique people avec comme premier invité, Jean-François Copé, alors porte parole (La parole, c'est du langage incarné. Autrement dit c'est l'acte d'un sujet. Si le langage renvoie à la notion de code, la parole renvoie à celle de corps. La parole est singulière et opère un acte de langage qui s'adresse à un interlocuteur.) du gouvernement et ministre du Budget (Un budget est un document comptable prévisionnel distinguant les recettes et les dépenses.). Diffusée chaque vendredi de 13 h 20 à 14 h 30, elle sera suspendue en août 2005.

Entre-temps, en juillet 2005, Jack Lang évoque sa candidature à l’investiture du Parti socialiste pour la présidentielle de 2007 par l’intermédiaire du magazine people Voici. Le 25 juillet 2005, le quotidien Libération publie un article intitulé " Les politiques candidats à la presse people ". Revenant sur le meeting de l’UMP au Bourget en novembre 2004, le journal estime que " l'annonce estivale de Lang vient ponctuer une année riche en peopolisation de la gent politique ".

Une " dérive " dénoncée par les journalistes

L’événement le plus marquant dans l'enracinement des termes " people " et " peoplisation " dans l'univers (L'Univers est l'ensemble de tout ce qui existe et les lois qui le régissent.) de la politique française est la publication, le 25 août 2005, d’un sujet paparazzi et d’une photo en couverture de l’hebdomadaire Paris Match montrant Cécilia Sarkozy en compagnie de son amant supposé. Malgré lui, cette fois, le leader de la droite suscite le débat. Le ministre saura rebondir en abordant le sujet de sa vie conjugale dans son autobiographie (Témoignage) parue en juillet 2006. À cette occasion, il lui sera une nouvelle fois reproché sa tendance à la peoplisation en étalant publiquement sa vie privée.

L'" affaire Cécilia " dépasse toutefois la personnalité de Nicolas Sarkozy, car pour la première fois, un média (On nomme média un moyen impersonnel de diffusion d'informations (comme la presse, la radio, la télévision), utilisé pour communiquer. Les médias permettent de diffuser une...) français utilise les méthodes de la presse people pour dévoiler la vie d’un homme (Un homme est un individu de sexe masculin adulte de l'espèce appelée Homme moderne (Homo sapiens) ou plus simplement « Homme ». Par distinction, l'homme...) politique sans l’accord de celui-ci. Ce feuilleton et ses suites, avec notamment la divulgation du nom de la maîtresse (lien) de Nicolas Sarkozy par l’Agence France presse, marquent un tournant dans la vie politique française et l’histoire de la presse. Le 14 octobre 2005, à l'issue de son 87e congrès organisé à Royat, le Syndicat national des journalistes met en garde " la profession sur la dérive "people" des médias français illustrée par les péripéties entourant la vie privée d’un ministre qui menace de poursuites judiciaires plusieurs organes de presse ".

Le phénomène de peoplisation est désormais clairement identifié. Dans le quotidien Le Monde, le terme, sous sa forme " pipolisation ", apparaît pour la première fois associé à celui de " politique " dans un article intitulé " Le gouvernement par les people " le 1er octobre 2005. Il est depuis régulièrement employé par les médias et le personnel politique pour décrire les nouvelles méthodes de communication des personnages les plus en vue (La vue est le sens qui permet d'observer et d'analyser l'environnement par la réception et l'interprétation des rayonnements lumineux.) de la République.

Des rapports ambigus avec la presse people

Dans une moindre mesure, la socialiste Ségolène Royal, principale rivale dans les sondages de Nicolas Sarkozy, est elle aussi critiquée pour la peoplisation de sa campagne. On lui reproche notamment de jouer de sa féminité, de s’afficher avec des célébrités comme les humoristes Jamel Debbouze et Elie Semoun, l’écrivain Fred Vargas, l'animatrice Daniela Lumbroso ou la chanteuse Lââm [9], et de s’affranchir des idées traditionnellement défendues par son parti. Elle suscite un intérêt bien au-delà des rubriques Politique des médias.

Dès 1992, alors qu'elle était ministre de l'Environnement, Ségolène Royal avait posé pour la presse après avoir accouché, s'affichant avec sa dernière née en une du quotidien populaire France-Soir.

En août 2006, photographiée à son insu avec ses enfants par un paparazzi pendant ses vacances de l’été, elle a fait la une des magazines Closer et VSD en maillot de bain. En couverture du magazine Closer, la présidente de Poitou-Charentes se retrouve aux côtés de célébrités de la télévision et du cinéma (On nomme cinéma une projection visuelle en mouvement, le plus souvent sonorisée. Le terme désigne indifféremment aujourd'hui une salle de projection ou l'art en...). En une de VSD, elle est face à une photo de Nicolas Sarkozy, lui-aussi photographié en maillot de bain. Ségolène Royal n'a toutefois pas porté plainte contre les deux hebdomadaires pour atteinte à sa vie privée.

Augmentation des ventes

Pour Philippe Labi, directeur de la publication de VSD, " ces photos ne traduisent pas une "peopolisation" des politiques mais plutôt un changement de style et de génération. Ségolène Royal comme Nicolas Sarkozy apparaissent amincis, bronzés. Ils sont en précampagne électorale. Ils savent qu'ils peuvent être photographiés. On a publié ces photos car Mme Royal est à son avantage. Il n'y a pas d'agressivité dans le visuel " [10]. Avec ce numéro, l'hebdomadaire s'est vendu à 240 000 exemplaires, " soit le meilleur chiffre depuis trois ans pour un mois (Le mois (Du lat. mensis «mois», et anciennement au plur. «menstrues») est une période de temps arbitraire.) d'août ", selon l'éditeur[11].

Laurence Pieau, rédactrice en chef de Closer reconnaît pour sa part : " C'est la première fois que l'on publie des photos d'une personnalité politique. C'est d'ailleurs aussi la première fois qu'un photographe nous en propose. Pour nous c'est une décision exceptionnelle. Cela ne veut pas du tout dire qu'on publiera demain des photos de Sarkozy en maillot de bain. Mais on n'a pas le sentiment d'ouvrir une brèche " [10]. Selon l'hebdomadaire Challenges [12], le numéro de Closer consacré à Ségolène Royal a été un des " gros succès de l'été " de la presse people, avec une diffusion payée de 650 000 exemplaires (en 2005, les ventes moyennes étaient de 400 000 exemplaires).

En 2005, le Premier ministre français Dominique de Villepin était apparu dans la presse en maillot de bain sur la côte atlantique, mais il s'agissait alors de photos posées et non volées. Cette nouvelle tendance à présenter les responsables politiques français en maillot de bain a été baptisée Bikini Politics par certains médias anglophones.

L'anti-peoplisation, un thème de campagne

À l'encontre de Ségolène Royal, son concurrent à l'investiture Laurent Fabius profite de l'université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et sa transmission (études supérieures)....) d'été du Parti socialiste à La Rochelle (25-27 août 2006) pour lâcher une formule choc : " Je préfère dire : voici mon projet que : mon projet c’est Voici. "

Cette idée est développée (En géométrie, la développée d'une courbe plane est le lieu de ses centres de courbure. On peut aussi la décrire comme l'enveloppe de la famille des droites normales...) par le député fabusien Jean-Luc Mélenchon le 22 août 2006 dans une interview accordée au quotidien Le Figaro et titrée " La "pipolisation" de la présidentielle est criminelle ". Le sénateur PS de l'Essonne y déclare notamment : " Actuellement il y a une ambiance La croisière s'amuse (Amuse est un préparateur automobile tout comme HKS ou Blitz, qui prépare des voitures.). C'est insupportable ! La "pipolisation" de la présidentielle est criminelle. Elle masque la gravité des problèmes qui montent. "

De gauche à droite, les opposants de Ségolène Royal et de Nicolas Sarkozy axent dorénavant une partie de leur campagne sur la critique de la peopolisation. Le 15 septembre 2006, dans un interview au quotidien Le Parisien, le député du Parti communiste français de Seine-Saint-Denis Patrick Braouezec se déclare prêt à se porter candidat à l'élection présidentielle de 2007. " Mon expérience peut être utile pour mener cette campagne qui doit éviter le piège de la personnalisation et de la peopolisation ", explique-t-il.

De son côté, François Bayrou a, à de nombreuses reprises, dénoncé une dérive de " la politique people " et mis en cause le favoritisme supposé des grands médias à l'égard des deux favoris de l'élection présidentielle. Toutefois, en juin 2006, le président de l'UDF avait accepté de poser en famille dans l'hebdomadaire Paris Match pour une photographie illustrant un article sur les origines de son engagement en politique [13].

La peopolisation du politique est un thème fort qui séduit la presse people française, puisqu'en septembre 2006, l'hebdomadaire Voici a décidé de reprendre à son compte la phrase de Laurent Fabius (" Je préfère dire : voici mon projet que : mon projet c’est Voici . ") comme référence à sa campagne de publicité : " Quand Laurent Fabius nous fait de la pub, c'est Royal. " L'ancien Premier ministre s'est déclaré " tout à fait opposé à la dérive people de la politique et de la presse. Cette utilisation faite à mon insu me renforce dans ma conviction " [14].

Toujours à gauche, il est parfois aussi reproché au candidat de la LCR, Olivier Besancenot, une pipolisation de sa communication. Une critique que lui-même adresse (Les adresses forment une notion importante en communication, elles permettent à une entité de s'adresser à une autre parmi un ensemble d'entités. Pour qu'il n'y ait pas d'ambiguïté, chaque adresse doit correspondre à une...) à ses concurrents de gauche et de droite.

Un mélange (Un mélange est une association de deux ou plusieurs substances solides, liquides ou gazeuses qui n'interagissent pas chimiquement. Le résultat de l'opération est une...) des genres journalistiques

Les rapports entre presse people et politiques sont toutefois plus complexes qu'il n'y paraît, en témoigne ce que les médias ont surnommé l'" affaire Gala/Montebourg ". Le 13 septembre 2006, l'hebdomadaire people Gala consacre un portrait au député socialiste Arnaud Montebourg qui se trouve être le porte-parole de Ségolène Royal pour la campagne présidentielle [15]. Le magazine avait déjà consacré une couverture aux couples Nicolas-Cécilia Sarkozy et Ségolène Royal-François Hollande en juin 2006 [16]. Cette fois, l'article, qui décrit certains aspects de la vie privée du député de Saône-et-Loire. Il est accompagné de photographies et enrichi de nombreuses citations originales. La participation à un magazine people d'Arnaud Montebourg, qui a fait de l'intégrité son cheval (Le cheval (Equus ferus caballus ou equus caballus) est un grand mammifère herbivore et ongulé appartenant à l'une des sept espèces de la famille des équidés. Il...) de bataille, surprend les observateurs de la vie politique et médiatique française.

Quelques mois plus tôt, le député avait lancé un appel aux responsables politiques à boycotter les programmes télévisés de divertissement dans l'émission de Daniel Schneidermann Arrêt sur images du 12 février 2006, le chroniqueur de la vie des médias saluant une attitude symptomatique du refus de la peopolisation par certains politiques. Cette fois, le journaliste (Un journaliste est une personne dont l'activité professionnelle est le journalisme. On parle également de reporter (de l'anglais : report, rapporter) car il rapporte des faits dans l'objectif...) prend sa plume (Une plume est, chez les oiseaux, une production tégumentaire complexe constituée de β-kératine. La plume est un élément caractéristique de la classe des oiseaux. Comme les poils,...) dans le quotidien Libération pour constater avec consternation que " Montebourg est tombé dans la soupe des people " [17]. Aussitôt, le 17 septembre, Arnaud Montebourg répond dans le même journal qu'il s'est d'abord opposé à la publication de l'article et ne s'est jamais prêté à un reportage chez lui [18].

En fait, il s'avère que l'auteur de l'article, Daniel Bernard, journaliste salarié de l'hebdomadaire politique Marianne et pigiste occasionnel de Gala a prévenu Arnaud Montebourg de la parution du portrait dans le magazine people, le mettant devant le fait accompli. Le député lui aurait alors cédé, à contrecœur, quelques citations supplémentaires sur ses goûts personnels, mais refusant de parler de sa famille.

Pour ce " mélange des genres ", Daniel Bernard a été sanctionné le 18 septembre 2006 d'un avertissement de la direction de Marianne, magazine qui se veut justement opposé à la peoplisation du politique. Pour sa part, Arnaud Montebourg affirme le même jour son intention d'assigner en justice le groupe Prisma Presse, éditeur du magazine Gala, pour " intrusion dans (sa) vie privée " [19].

Dès le numéro suivant, le 21 septembre 2006, Gala consacre sa une à Ségolène Royal [20]. Si celle-ci a donné son accord à la rédaction, elle n'a pas souhaité répondre à une interview pouvant être utilisée dans le sujet rédigé par Daniel Bernard. Cette publication, une semaine après l'" affaire Gala/Montebourg " a toutefois mis la pression (La pression est une notion physique fondamentale. On peut la voir comme une force rapportée à la surface sur laquelle elle s'applique.) sur le Parti socialiste. Pressé de répondre aux questions des journalistes sur la peopolisation dont fait l'objet (De manière générale, le mot objet (du latin objectum, 1361) désigne une entité définie dans un espace à trois dimensions, qui a une fonction précise, et qui peut être désigné...) sa compagne, le premier secrétaire du PS, François Hollande, déclare " les magazines font ce qu'ils veulent, hélas. Nous ne sommes pas responsables d'y être ou de ne pas y être (...). Mais la politique n'est pas un spectacle " [21].

" En tant que magazine qui traite de l'actualité des célébrités, Gala s'intéresse depuis toujours aux personnalités politiques au même titre qu'aux sportifs ou aux stars de la chanson, d'autant qu'ils se mêlent de plus en plus aux people ", explique Loïc Sellin, rédacteur en chef adjoint de l'hebdomadaire[11].

Le magazine traite ainsi de la vie des responsables politiques, soit sous la forme de " rendez-vous ", comme cela a été le cas avec le ministre de l'éducation nationale Gilles de Robien, qui s'est prêté à un reportage chez lui, soit sous la forme d'" enquêtes journalistiques ", qui, comme le note Le Monde " donnent lieu à ces reportages-portraits au statut ambigu, réalisés à l'insu des personnalités concernées ou sans leur collaboration, mais sans que cela soit expressément expliqué au lecteur "[11]. Plusieurs reportages consacrés à Ségolène Royal ont déjà été publiés sous cette forme par Gala, notamment un long article sur " Le style Ségolène " (10 mai 2006) et un autre sur le couple Royal-Hollande (26 juillet 2006), écrits par Daniel Bernard et illustrés de photos d'agence.

Une tendance " irréversible " ?

Cité le 6 septembre 2006 par le quotidien francophone suisse Le Temps [22], le Français Roland Cayrol (Roland Cayrol, né le 11 août 1941 à Rabat, est un universitaire français.), directeur de l'institut (Un institut est une organisation permanente créée dans un certain but. C'est habituellement une institution de recherche. Par exemple, le Perimeter Institute for Theoretical Physics est un tel institut.) CSA et chercheur (Un chercheur (fem. chercheuse) désigne une personne dont le métier consiste à faire de la recherche. Il est difficile de bien cerner le métier de chercheur tant les domaines de...) à la Fondation nationale des sciences politiques, estime que la " peoplisation " est une tendance à la fois irréversible et de mieux en mieux installée : " Il y a une acceptation plus tranquille des candidats à se mouvoir dans l'univers people. Avant, ils avaient une réticence. Ils se disaient : "On n'est pas des stars du show-biz." Ils comprennent davantage aujourd'hui - et les électeurs aussi - que la posture de l'homme politique n'est plus seulement celle de la rationalité, mais celle de l'émotion. C'est ce que disait Nicolas Sarkozy à Didier Barbelivien, son ami et compositeur : "On fait le même métier, qui est de susciter des émotions chez les gens." "

De son côté, dans une dépêche de l'AFP du 11 août 2006, le chercheur Dominique Wolton (Dominique Wolton (1947) est diplômé de l'Institut d'études politiques de Paris, licencié en droit et docteur en sociologie.), spécialiste de communication politique, s'inquiète de ce qu'il considère comme une " dérive " de la presse française. Il s'insurge que les médias français se fassent " complices de cette pipolisation des politiques " même s'ils sont encore " loin de la presse de caniveau " britannique. " Que Ségolène Royal soit en maillot de bain, ce n'est pas une déclaration politique ", estime Dominique Wolton.

Un avis (Anderlik-Varga-Iskola-Sport (Anderlik-Varga-Ecole-Sport) fut utilisé pour désigner un projet hongrois de monoplace de sport derrière lequel...) également partagé par le journaliste Alain Duhamel qui, dans l'édition dominicale du 10 septembre 2006 du quotidien Sud Ouest (L’ouest est un point cardinal, opposé à l'est. C'est la direction vers laquelle se couche le Soleil à l'équinoxe, le couchant (ou ponant).), s'inquiète de la pipolisation de la vie politique. Selon lui, " la "pipolisation" est vraiment montée en puissance ces derniers mois. Je suis d'autant plus déçu que j'ai toujours été un partisan de l'économie de marché : naïvement, je pensais que la concurrence à la télévision, entre les chaînes et les rédactions, allait améliorer l'information politique. Ce n'est évidemment pas le cas. Les politiques sont obligés de se faufiler dans les émissions de variétés, là où ils pensent être écoutés ".

Interrogé par l'hebdomadaire Le Point (édition du 31 août 2006), René Rémond, se voulait, lui, plus prudent : " Je crois qu'il ne faut pas céder à cette "pipolisation". Si les tentations sexuelles des hommes politiques ont un effet sur leurs décisions et instituent une sorte de magistrature d'influence avec des maîtresses ou des épouses qui n'ont aucune légitimité politique, alors oui, on a le devoir d'en parler. Mais, sinon, cela relève du voyeurisme, voire du puritanisme. Les hommes politiques, contrairement aux comédiens, ont en charge la politique de la cité. Je pense qu'au moment où les citoyens doivent choisir entre des personnes il est effectivement important de bien les connaître. Mais est-ce pour autant raisonnable d'effacer une frontière entre le public et le privé, qui pourrait avoir pour conséquence, je crois, l'absorption ( En optique, l'absorption se réfère au processus par lequel l'énergie d'un photon est prise par une autre entité, par exemple, un atome qui fait une transition entre deux niveaux d'énergie électronique. Le photon est détruit lors de ce...) du privé par le public, et la dissolution de la politique dans le social ? Il faut être strict, car on encourage là une curiosité qui n'est pas saine, et qui n'apporte rien à la compréhension du fonctionnement des institutions, ni à un choix lucide et éclairé pour les citoyens. On flatte là quelque chose qui n'a rien à voir avec la compréhension de la vie politique et qui pourrait s'apparenter à un dérapage. Motivé cette fois non par le sexe (Le mot sexe désigne souvent l'appareil reproducteur, ou l’acte sexuel et la sexualité dans un sens plus global, mais se réfère aussi aux différences physiques distinguant les hommes et les...), mais par l'argent (L’argent ou argent métal est un élément chimique de symbole Ag — du latin Argentum — et de numéro atomique 47.). Qui, comme vous le savez, est un autre aphrodisiaque (Un aphrodisiaque (antonyme : anaphrodisiaque) est une substance naturelle (d'origine végétale ou animale) ou une alchimie utilisée afin de stimuler le désir...)... "

Dès 1992, l'ethnologue français Georges Balandier, spécialiste d'anthropologie politique, réactualisait le concept antique de " théâtrocratie " pour qualifier le besoin (Les besoins se situent au niveau de l'interaction entre l'individu et l'environnement. Il est souvent fait un classement des besoins humains en trois grandes catégories : les besoins primaires, les besoins...) qu'éprouvent les institutions à parader, quêtant autant l'admiration que la légitimité : " Le mal démocratique, aujourd'hui, c'est l'anesthésie cathodique de la vie politique. "

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