Torrey Canyon
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Torrey Canyon
Type : pétrolier
Histoire
Lancement : 1959
Statut : Échouement le 18 mars 1967
Caractéristiques techniques
Longueur : 267,30 m
Maître-bau : 41,25 m
Tirant d'eau : 17,2 m
Port en lourd : 120 000 tpl
Propulsion : Diesel 2 temps (Le temps est un concept développé par l'être humain pour appréhender le changement dans le monde.), 1 hélice (Hélice est issu d'un mot grec helix signifiant « spirale ». Un objet en forme d'hélice est dit hélicoïdal.)
Vitesse : 17 nœuds
Autres caractéristiques
Armateur : Barracuda Tanker
Affréteur : British Petroleum
Pavillon : Liberia

Le naufrage du Torrey Canyon (Le naufrage du Torrey Canyon est survenu le 18 mars 1967. Le pétrolier de la filiale libérienne de l'Union Oil Company of California, compagnie américaine, nommé « Torrey Canyon », armé par une filiale américaine...) est survenu le 18 mars 1967. Le pétrolier (Un pétrolier est un navire citerne servant à transporter le pétrole ainsi que ses dérivés (essence). Pour le transport d'autres liquides, les navires ont d'autres appellations : les méthaniers...) de la filiale libérienne de l'Union Oil Company of California, compagnie américaine, nommé " Torrey Canyon ", armé par une filiale américaine de l’Union Oil Company of California, chargé de 120 000 tonnes de brut, s’échoue entre les îles Sorlingues et la côte britannique. Malgré une mobilisation de tous les moyens de lutte disponibles, plusieurs nappes de pétrole (Le pétrole est une roche liquide carbonée, ou huile minérale. L'exploitation de cette énergie fossile est l’un des piliers de...) dérivent dans la Manche, venant toucher (Le toucher, aussi appelé tact ou taction, est l'un des cinq sens de l'homme ou de l'animal, essentiel pour la survie et le développement des êtres vivants,...) les côtes britanniques et françaises. Il se révélera plus tard que certains des dispersants utilisés pour la lutte étaient plus toxiques que le pétrole.

Cet accident fait découvrir à l’Europe un risque qui avait été négligé. Il donne naissance aux premiers éléments des politiques française, britannique et européenne de prévention (La prévention est une attitude et/ou l'ensemble de mesures à prendre pour éviter qu'une situation (sociale, environnementale, économique..) ne se dégrade, ou qu'un accident, une épidémie ou une...) et de lutte contre les grandes marées noires.

L’échouement du Torrey Canyon fut l’une des fortunes de mer (Le terme de mer recouvre plusieurs réalités.) les plus célèbres du XXe siècle, à l’origine d’une catastrophe (Une catastrophe est un événement brutal, d'origine naturelle ou humaine, ayant généralement la mort et la destruction à grande échelle pour conséquence.) écologique majeure et sans précédent dans l’histoire du transport maritime (Le transport maritime est le mode de transport le plus important pour le transport de marchandises (marine marchande). Le transport de personnes par voie maritime a perdu beaucoup...). Cette catastrophe fut à la base d’une prise de conscience, par les populations européennes, du fait qu’une telle catastrophe puisse toucher leurs côtes.

Présentation

Le Torrey Canyon est à l’origine un pétrolier de 60 000 tonnes construit par le chantier naval (Naval est une municipalité de la province de Biliran sur l'île de Biliran aux Philippines.) Newport News (NeWS est un système de fenêtrage conçu par James Gosling (qui a contribué à Java) et introduit par Sun Microsystems à la fin des années 1980 n'a pas connu de succès mais mérite attention par son...) Shipbuilding, en Virginie (États-Unis) et livré le 9 janvier 1959. Il fut jumboïsé au Japon en 1964 pour finalement atteindre une capacité de 120 000 tonnes de port en lourd ; les modifications ayant été effectuées par des ingénieurs de nationalité, de langue et de technologies différentes.

Après jumboïsation, sa longueur (La longueur d’un objet est la distance entre ses deux extrémités les plus éloignées. Lorsque l’objet est filiforme ou...) hors tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou l'univers.) est de 267,30 m pour une largeur (La largeur d’un objet représente sa dimension perpendiculaire à sa longueur, soit la mesure la plus étroite de sa face. En géométrie plane, la largeur est la...) hors membres de 41,25 m. À l’époque, sa capacité fait de lui le treizième plus gros navire (Un navire est un bateau destiné à la navigation maritime, c'est-à-dire prévu pour naviguer au-delà de la limite où cessent de s'appliquer les règlements...) à flot. Son tirant d'eau (L’eau est un composé chimique ubiquitaire sur la Terre, essentiel pour tous les organismes vivants connus.) maximum est de 17,20 m.

Il est propulsé par un moteur (Un moteur est un dispositif transformant une énergie non-mécanique (éolienne, chimique, électrique, thermique par exemple) en une énergie mécanique ou...) principal diesel 2T couplé à une hélice qui lui permettent de réaliser une vitesse (On distingue :) de route (Le mot « route » dérive du latin (via) rupta, littéralement « voie brisée », c'est-à-dire creusée dans la roche, pour ouvrir le chemin.) libre de 17 nœuds. Sa capacité à manœuvrer est plutôt restreinte : il lui faut environ 5 milles pour s’arrêter une fois les moteurs stoppés. Son équipement de navigation (La navigation est la science et l'ensemble des techniques qui permettent de :) est composé d’un radar (Le radar est un système qui utilise les ondes radio pour détecter et déterminer la distance et/ou la vitesse d'objets tels que les avions, bateaux, ou encore la pluie. Un émetteur envoie des ondes radio, qui sont...), d’un LORAN qui au moment des faits n’est pas opérationnel, d’un sondeur et d’un sextant (Un sextant est un instrument de navigation permettant de relever la hauteur angulaire d’un astre au-dessus de l’horizon. Il est utilisé pour faire le point...). Il n’est donc pas équipé d’un DECCA ni d’un système de positionnement (Les systèmes de géopositionnement satellitaires sont des ensembles composés d’une constellation de satellites artificiels en orbite autour de la Terre et...) moderne de type GPS, alors en cours d’expérimentation.

L’armateur du Torrey Canyon est une filiale de la Union Oil of California, basée aux Bermudes (Les Bermudes sont un archipel d'Amérique du Nord, Territoire britannique d'outre-mer.) et qui porte le nom de Barracuda Tanker Corporation. Le navire est alors enregistré au Libéria et affrété par la British Petroleum. Son équipage est composé d’Italiens.

Le 19 février 1967 il quitte le Koweït avec une pleine cargaison (La cargaison (de l'occitan gascon cargar: charger) est l'ensemble des marchandises transportées. Le terme s'applique au transport de bétail mais ne s'applique pas aux passagers.) de 120 000 tonnes de pétrole brut (Le pétrole brut provient de l'exploitation d'un puits, à l'issue des traitements de dessablage, de décantation de l'eau, et éventuellement de...) en direction de Milford Haven via le cap de Bonne Espérance. Il est commandé par le commandant Rugiati.

Navigation

Le Torrey Canyon appareille du golfe Persique (Le Golfe Persique (Persan : ???? ????, khalij-e fârs) est une mer épicontinentale de l’océan Indien. Il sépare la péninsule Arabique de l’Iran (Perse),...) via le cap de Bonne Espérance vers les îles Canaries et navigue à une vitesse moyenne (La moyenne est une mesure statistique caractérisant les éléments d'un ensemble de quantités : elle exprime la grandeur qu'auraient chacun des membres de l'ensemble s'ils...) de 16 nœuds. Il passe entre l’île de Tenerife et la grande Île (Une île est une étendue de terre entourée d'eau, que cette eau soit celle d'un cours d'eau, d'un lac ou d'une mer. Son étymologie latine, insula, a donné l'adjectif « insulaire » ; on dit aussi « îlien ».) des Canaries l’après-midi du 14 mars et prend alors une route vraie au 18° pour passer (Le genre Passer a été créé par le zoologiste français Mathurin Jacques Brisson (1723-1806) en 1760.) à 5 milles des îles Scilly. L’objectif est de prendre la marée (La marée est le mouvement montant (flux ou flot) puis descendant (reflux ou jusant) des eaux des mers et des océans causé par l'effet conjugué des forces de gravitation de la Lune et du...) du 18 mars au soir à l’entrée du port de Milford Haven. Sinon, il devra attendre jusqu’au 24 mars, date de la prochaine marée favorable. Le dernier point (Graphie) au sextant est fait le 17 mars à midi, et place le navire à moins de 300 milles au sud (Le sud est un point cardinal, opposé au nord.) des Îles Scilly sur la route estimée.

Le capitaine laisse pour consigne de nuit de l’appeler dès que les îles Scilly apparaissent au radar ou au plus tard à 06 h 00. Il part se coucher à 02 h 40 le 18 mars.

À 04h00, le second capitaine (Le second capitaine est l'adjoint du commandant du navire. Il est fréquemment en charge de la sécurité du navire mais est surtout responsable du chargement. Il est le chef du service pont, responsable de l'entretien du...) prend le quart, le pilote automatique (Un pilote automatique (souvent abrégé PA) est un système permettant de maintenir un véhicule sur une trajectoire et avec une vitesse préétablies.) étant calé (Calé (J XXXVII Kale) fut découverte en 2001 (d'où sa désignation temporaire S/2001 J 8). Elle appartient au groupe de Carmé, constitué de lunes...) au cap gyro 018°, et la vitesse estimée est de 15,5 nœuds. Le vent (Le vent est le mouvement d’une atmosphère, masse de gaz située à la surface d'une planète. Les vents les plus violents connus ont lieu sur Neptune et sur...) est de force (Le mot force peut désigner un pouvoir mécanique sur les choses, et aussi, métaphoriquement, un pouvoir de la volonté ou encore une vertu morale « cardinale » équivalent au courage (cf. les articles...) 5 et la mer peu agitée. Le vent et le courant n’ont pas été pris en compte dans les calculs d’estime.

À environ 05h00 le second capitaine allume le radar et le règle sur l’échelle 40 milles.

Conformément aux ordres il appelle le commandant à 06h00 et lui dit que les Îles Scilly n’apparaissent pas encore sur le radar. Vers 06h30 elles apparaissent sur l’avant bâbord à environ 24 milles, le vent et le courant ont déporté le navire à l’est de la position estimée.

À 06h55 le second capitaine prend la décision de venir au 006° droit sur Bishop Rock, il en informe rapidement le commandant, et la réponse de ce dernier est expéditive : " Qui vous a dit de prendre cette décision ? ". Il demande alors si pour un retour au 018° les Îles Scilly resteraient claires. La réponse fut : " peut-être ". Brusquement le capitaine ordonne de revenir au cap initial, Le second exécute. Suite à cette conversation le commandant monte à la passerelle vers 07h00. a ce moment, le navire aurait été à 18 milles légèrement au sud ouest (L’ouest est un point cardinal, opposé à l'est. C'est la direction vers laquelle se couche le Soleil à l'équinoxe, le couchant (ou ponant).) de Sainte Marie, et à 28 milles des Seven Stones.

À 08h00, changement de quart : le commandant, le lieutenant et un matelot expérimenté prennent le quart. Le lieutenant est alors en charge (La charge utile (payload en anglais ; la charge payante) représente ce qui est effectivement transporté par un moyen de transport donné, et qui donne lieu à un paiement ou un bénéfice non pécuniaire pour être transporté.) de la navigation, le pilote automatique (L'automatique fait partie des sciences de l'ingénieur. Cette discipline traite de la modélisation, de l'analyse, de la commande et, de la régulation des systèmes dynamiques. Elle a pour fondements théoriques les mathématiques, la...) est enclenché.

À 08h15, le Torrey Canyon passe les îles Scilly. Le commandant manœuvre sur tribord, en direction de Seven Stones, afin d’éviter les filets des navires de pêche, se rapprochant d’autant plus du rocher. À l’issue de cette manœuvre d’évitement des navires de pêche, le commandant remet le pilote automatique en fonction, et va à la table à carte afin de vérifier la route et les dangers qui s’y trouvent. Le point de 08h38 ne sera pas accepté par le commandant, le lieutenant l’ayant déterminé par un seul relèvement (Le relèvement est la détermination de l'angle que fait, dans le plan horizontal, la ligne d'un observateur vers un objet avec celle d'une direction de référence fixe. En...) /distance. Le point suivant à 08h40 semble être plus juste et permet de positionner le navire dans le sud de Stone Rock au 198,5° à 2,5 milles. À ce moment le courant et le vent ne sont toujours pas estimés par le lieutenant de quart. Le danger étant proche il devient nécessaire de manœuvrer pour éviter l’échouement. Le commandant ordonne au matelot de changer de route et de venir au nord (Le nord est un point cardinal, opposé au sud.). En hâte il passe en manuel vient à gauche au 000° et revient en auto pilote.

Après un nouveau positionnement (On peut définir le positionnement comme un choix stratégique qui cherche à donner à une offre (produit, marque ou enseigne) une position crédible, différente et attractive au sein d’un marché et dans l’esprit des...) radar la route amène toujours sur le récif (Le récif, de l'arabe rasîf (« chaussée, digue ») par le portugais recife (« récif »), est le nom donné soit à une chaine de rochers à fleur d'eau ou submergée, soit...). Une route d’urgence doit alors être adoptée. Il faut maintenant venir au 340, le pilote auto est stoppé, le mode manuel est mis en fonction, le commandant fait de nouveau un point radar et se rend sur la table à carte. Le matelot crie au commandant que les clicks indiquant le passage des degrés ne s’entendent pas, mais le capitaine ne l’entend pas. Tout à coup, le commandant se rend compte qu’il n’entend pas ces fameux clicks. Comme c’était déjà arrivé auparavant il fonce pour vérifier les fusibles. Ceux-ci ne sont pas grillés.

Il cherche alors à vérifier le bon fonctionnement de la pompe (Une pompe est un dispositif permettant d'aspirer et de refouler un fluide.) hydraulique (L'hydraulique désigne la branche de la physique qui étudie les liquides. En tant que telle, les champs d'investigation qu'elle propose regroupent plusieurs domaines :), une avarie qui c’était déjà produite auparavant aussi. Pour cela il téléphone (Le téléphone est un système de communication, initialement conçu pour transmettre la voix humaine.) à la machine, dans son empressement il appel la cuisine (La cuisine est l'ensemble des techniques de préparation des aliments en vue de leur consommation par les êtres humains (voir cuisinerie). La cuisine est diverse à travers le monde, fruit des...), le cuisinier (Cuisine) lui dit : " oh ! capitaine, le petit-déjeuner est servi "…

Le commandant vérifie alors le commutateur du pilote automatique et réalise quel est le problème, le pilote est encore sur automatique, il passe alors la barre en manuel et change de cap. Trop tard, à 17 nœuds, le Torrey Canyon se prend de plein fouet Pollard’s Rock qui fait partie du récif de Seven Stones, et se déchire sur 6 citernes.

Causes

Cette catastrophe, comme c'est généralement le cas, a été due à une suite d’événements, mineurs en soi mais qui, combinés, ont entraîné la fortune de mer. L’accident du Torrey Canyon est la conséquence des raisons suivantes :

Construction du navire

  • Problème de manœuvrabilité. Le navire est peu manœuvrant
  • Conception du pilote automatique. Le pilote auto fonctionne bien mais l’emplacement du levier peut entraîner la sélection d’un mauvais mode de gestion de la barre.

Desiderata de la compagnie

  • Planification (La planification est la programmation d'actions et d'opérations à mener) des opérations des navires. Attendre les Îles Canaries avant de dire au commandant la destination finale est certainement bon pour le business ; cependant, si cela entraîne un stress (Le stress (« contrainte » en anglais), ou syndrome général d'adaptation, est l'ensemble des réponses d'un organisme soumis à des contraintes environnementales. Dans le langage...) supplémentaire des personnes en charge, ce n’est pas si bon. Etre pressé par le temps augmente la probabilité (La probabilité (du latin probabilitas) est une évaluation du caractère probable d'un évènement. En mathématiques, l'étude des...) d’erreurs et de mauvaises décisions.
  • Equiper les navires selon les plannings. Toutes les cartes nécessaires n’étaient pas à bord. Si la compagnie attend pour annoncer la destination au navire elle doit au moins s’assurer de la mise à jour (Une mise à jour, souvent abrégé en MAJ ou MàJ, est l'action qui consiste à mettre « à jour », ou bien...) des cartes indispensable.
  • Le lieutenant fait une erreur de navigation évidente. Il s’avère qu'il est peu compétent et a peu d’expérience.

Erreurs relatives aux opérations

  • Pas de réelle prise en compte du danger. Le commandant semble avoir été lent à réaliser ce qui se passait. Sa courte nuit peut être mise en cause.
  • Contraintes de temps. Dans plusieurs catastrophes, le temps a joué un rôle important.
  • Le jeune lieutenant s’occupant de la navigation. D’un côté, il doit acquérir de l’expérience et le commandant peut vérifier son travail mais dans ce cas son erreur a joué un rôle prépondérant.
  • Procédure de navigation raccourcie. La solution de facilité est dans la nature humaine, c’est pourquoi des procédures efficaces sont nécessaires pour éviter ce genre de raccourci. Dans ce cas le vent et le courant n’ont pas été pris en compte dans le calcul de l’estime.
  • Prise de décisions secondaires. Aucunes des décisions du commandant, par elles-mêmes, ne sont mauvaises (excepté peut-être pour celle où il décide d’emprunter le chenal avec un navire non manœuvrant) ; c’est la combinaison (Une combinaison peut être :) de toutes ces décisions secondaires qui ont conduits à la catastrophe.
  • Manque de contrôle (Le mot contrôle peut avoir plusieurs sens. Il peut être employé comme synonyme d'examen, de vérification et de maîtrise.) sur la situation : Se trouver sans aucun contrôle sur l’appareil à gouverner dans une situation (En géographie, la situation est un concept spatial permettant la localisation relative d'un espace par rapport à son environnement proche ou non. Il inscrit un lieu dans un cadre plus général afin de le qualifier à...) dangereuse n’est jamais une bonne idée.

Analyse

Aucune mention n’a été reportée concernant les efforts pour rectifier la route entre le point de midi et la première position radar. Les effets combinés du vent et de la marée ont été ignorés, et il semble que le Radio Direction Finder (radiogoniomètre) et le sondeur n’étaient pas en service pour l’établissement de la position du navire. Dans ces conditions, ignorer la dérive globale rend impossible de suivre une route fond au 018°. Il aurait été prudent de partir vers l’est tout de suite. Pour cela il aurait fallu changer de plan et passer entre Seven Stones et Wolf Rock.

Etant incapable de déterminer avec précision où les îles Scilly devaient apparaître à l’atterrissage, il aurait été plus prudent de la part du commandant de prendre des mesures pour naviguer vers l’est en notant dans ses ordres de nuit : " si le navire se trouve vers l’est lors de l’atterrissage, alors nous devrons gouverner vers l’ouest pour passer autour (Autour est le nom que la nomenclature aviaire en langue française (mise à jour) donne à 31 espèces d'oiseaux qui, soit appartiennent au genre Accipiter, soit constituent les 5 genres Erythrotriorchis, Kaupifalco,...) de Bishop Rock, et prendre une route pour passer à 5 milles à l’est du bateau-feu de Seven Stones et devra le signaler. " En faisant ainsi il n’aurait pas uniquement pris un pied de pilote raisonnable pour toute éventualité, mais aurait empêché en cas de mauvais positionnement de se retrouver plus vers l’est que ce qui était indiqué par l’estime.

Mais aucune solution n’a été élaborée pour une telle éventualité. Les commandants, humains avant tout, n’aiment pas admettre leurs erreurs mais la sagesse est de reconnaître les erreurs mineures pour éviter qu’elles ne se transforment en erreurs majeures. Ce n’est pas extraordinaire pour des commandants de devenir prisonnier de leur fierté et de persister dans des actions qu’ils savent erronées (espérant s’extirper de la situation sans admettre leur erreur). C’est ce qui à dû se passer ici.

Ayant malmené le second capitaine pour sa critique implicite de la route initiale (" Qui vous a demandé de prendre cette décision ? "), le commandant Rugiati se sentait obligé de conserver la route aussi longtemps qu’il la savait sure et que le second ne soit pas en position de témoigner d’un changement. C’est également la raison pour laquelle il n’est pas passé (Le passé est d'abord un concept lié au temps : il est constitué de l'ensemble des configurations successives du monde et s'oppose au futur sur une échelle des temps...) à l’est de Seven Stones.

Quoi qu’il en soit il n’y avait pas d’instruction nautique pour les îles Scilly. Cela discrédite un tant soit peu les procédures de voyage (Un voyage est un déplacement effectué vers un point plus ou moins éloigné dans un but personnel (tourisme) ou professionnel (affaires). Le voyage s'est considérablement développé et démocratisé, au cours du XXe siècle...) planning en vigueur à bord. Manquant de connaissances (qui pourraient être apportées par cette source) au sujet d’une navigation autour des îles Scilly et ses dangers alentours, c’était très périlleux de tenter un tel passage. Mais la première précaution étant de réduire la vitesse, l’option fut immédiatement abandonnée. S’il avait eu les instructions nautiques en main (La main est l’organe préhensile effecteur situé à l’extrémité de l’avant-bras et relié à ce dernier par le poignet. C'est un organe...) et si il les avait étudiées avant l’approche, il n’aurait pas pu manquer l’avertissement qui dit qu’en naviguant entre les îles Scilly et Land’s End, un navire ne doit pas passer entre Seven Stones et le bateau-feu mais à l’est de ce dernier. Passer entre Seven Stones et les îles Scilly n’est pas recommandé surtout pour les gros navires.

Bien que la prudence voudrait que l’on passe suffisamment loin des îles Scilly, il parait évident pour tout marin d’expérience qu’ils auraient pu passer de chaque coté à une distance de sécurité. Il apparaît aussi évident qu’il y ait assez d’eau entre les îles Scilly et les Seven Stones, il n’y avait pas plus d’avantage à passer en cet endroit plutôt qu’à l’est de Seven Stones, passage qui était tout aussi praticable. De plus, le commandant Rugiati ayant précédemment emprunté ce passage sur un autre navire en tant que second capitaine, était familier de l’endroit.

Cependant le quart à évolué et ne permet plus à l’officier de faire évoluer son navire comme désiré. En effet des navires de pêche se présentent sur l’avant bâbord contrariant la manœuvre prévue par l’officier de quart de revenir sur bâbord après avoir passé les îles Scilly pour passer entre elles et Seven Stones. Une incertitude pèse toujours à ce moment là sur la précision de la navigation. Il apparaît que le 2e lieutenant s’est positionné depuis huit heures (L'heure est une unité de mesure  :) par relèvement/distance radar dont l’imprécision ne lui a pas permis d’appréhender la force et la direction de la dérive globale.

La position reportée à 08h38 par le lieutenant est rejetée par le commandant la considérant manifestement imprécise. La position suivante obtenue à 08h40 n’est apparemment pas fausse et est utilisée comme référence à la route à suivre, cependant cette position fut suspectée entachée d’erreur et peut avoir contribué à l’échouement survenu quelques dix minutes ( Forme première d'un document : Droit : une minute est l'original d'un acte. Cartographie géologique ; la minute de terrain est la carte originale, au...) plus tard. La position observée au radar à 08h40 dans le 198.5° de Stones Rock à une distance de 2,5 milles, impliquerait une route fond au 010° pour s’échouer sur Pollard’s Rock. Etant donné que le navire gouverne (Une gouverne est une surface mobile agissant dans l'air ou dans l'eau servant à piloter un mobile selon un de ses trois axes :) plein nord à partir de ce moment là il apparaît clairement que le courant subi aurait été de 2,3 nœuds portant à l’est. Hors d’après les diagrammes de courant de la zone en vive eau, le courant en ce lieu aurait varié de 134°/ 1 nœud à 089°/0.6nds. Ceci équivaudrait à un courant moyen de 0,8 nœud portant au 112° impliquant une dérive du navire de 003° et qui prouve que la position réelle à 08h40 se situe à 0.4 milles au N/E de la position observée. Sans cette erreur le capitaine Rugiati aurait pu prendre immédiatement, et non 6 ou 7 minutes plus tard les mesures nécessaires pour sauver le navire.

Un autre point troublant de ce drame est que peu de temps avant que le commandant n’arrive à la passerelle le second capitaine passe la barre en manuel. Cependant après la relève de quart toute l’approche des îles Scilly s’est faite en pilote automatique comme le stipulaient les ordres du commandant. Il est à noter aussi que deux changements de route effectués en barre manuelle ont été suivi d’un retour en barre auto 10 min avant l’échouement. Ces changements successifs de mode, ont entraîné une confusion qui d’après l’analyse finale a inévitablement amené l’accident. Le fait que le navire soit resté en barre automatique près des îles Scilly et à proximité de navires de pèches, constitue une faute grave directement imputable au commandant. Le refus apparent de considérer une réduction de la vitesse comme une alternative au changement de cap est plus compréhensible mais tout aussi inexcusable.

Il était prévu de venir sur bâbord aussitôt paré la pointe nord est des Scillys, laissant ainsi les Seven Stones sur tribord. Cette manœuvre apparaît dépourvu de bon sens (SENS (Strategies for Engineered Negligible Senescence) est un projet scientifique qui a pour but l'extension radicale de l'espérance de vie humaine. Par une évolution progressive...) marin, mais aurait pu se dérouler sans encombres.

Il faut penser que pour les marins effectuant de grandes traversées, l’action sur la barre qui est la meilleure façon de manœuvrer peut avoir une action restreinte par la présence d’autres navires ou d’écueils comme ce fut le cas pour le Torrey Canyon. Alors que l’idée de toucher le chadburn lors d’une grande traversée, à moins qu’elle ne soit forcée par les éléments ou dans l’urgence, est tout simplement dédaignée. Ce qui montre qu’une confusion entre la prudence et la timidité de certains officiers. On s’attend généralement à ce qu’un commandant ait un air (L'air est le mélange de gaz constituant l'atmosphère de la Terre. Il est inodore et incolore. Du fait de la diminution de la pression de l'air...) assuré, et ordonner une mesure énergique ou même une simple réduction d’allure juste parce que la navigation rencontre une petite difficulté s’oppose à l’image de confiance que beaucoup de commandants s’obligent à donner.

Conséquences

Moyens mis en œuvre dans la lutte antipollution

La réponse immédiate a été d’essayer de sauver le navire. 30 000 gallons de pétrole se sont échappés et étaient en mouvement vers les côtes aidé par le vent et le courant. La Royal Navy a utilisé du détergeant pour essayer de disperser le pétrole. Le Torrey Canyon a commencé à se briser et une cellule de crise s’est tenue à la base aéronautique (L'aéronautique inclut les sciences et les technologies ayant pour but de construire et de faire évoluer un aéronef dans l'atmosphère terrestre.) de Culdrose. Il fut décidé de mettre le feu (Le feu est la production d'une flamme par une réaction chimique exothermique d'oxydation appelée combustion.) au reste de la cargaison afin d’éviter que la pollution (La pollution est définie comme ce qui rend un milieu malsain. La définition varie selon le contexte, selon le milieu considéré et selon ce que l'on peut entendre par...) ne s’aggrave.

Dans le même temps le HMS Daring est au milieu de sa préparation à Portland. Sa présence était requise pour assurer la sécurité lors du bombardement prévu.

Le mardi 28 mars 1967, l’armée de l’air envoie 42 bombes sur l’épave, suivi de jerricans de gasoil afin de former un gigantesque brasier sur les deux sections de l’épave. L’armée de l’air a ensuite envoyé du napalm (Le Napalm, inventé en 1942, est une substance basée sur de l'essence. Il est habituellement utilisé comme bombe incendiaire. Sa formule est faite pour brûler à une température précise et coller...) afin d’allumer le pétrole jusqu’à ce que l’épave ne contienne plus du tout de pétrole.

Divers

Le nom de ce navire a inspiré à Serge Gainsbourg une chanson, qui se trouve sur l'album Comic Strip.

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