Croissance environnement
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Introduction

La question des relations entre croissance économique (ou " développement économique ") et environnement naturel soulève de nombreuses difficultés qui suggèrent quelques éclaircissements préliminaires.

Ces difficultés tiennent tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou l'univers.) d'abord à l'histoire. Les sociétés " traditionnelles ", issues de la révolution néolithique n'ont connu que des croissances économiques très lentes, voire inexistantes dans de nombreux cas. Ce que nous appelons " croissance économique " est un phénomène historiquement daté par la Révolution Industrielle et situé dans un espace géographique particulier : l'Europe (L’Europe est une région terrestre qui peut être considérée comme un continent à part entière, mais aussi comme l’extrémité occidentale du continent eurasiatique, voire...) et les colonies de peuplement européennes (Etats-Unis, Canada, Australie (L’Australie (officiellement Commonwealth d’Australie) est un pays de l’hémisphère Sud dont la superficie couvre la plus grande partie de...)...) au XIXème siècle (Un siècle est maintenant une période de cent années. Le mot vient du latin saeculum, i, qui signifiait race, génération. Il a ensuite indiqué la durée d'une génération humaine et faisait 33 ans 4 mois (d'où peut être l'âge...). Il en résulte deux éléments à toujours garder à l'esprit.

  • À l'échelle de l'histoire humaine, nous discutons d'un phénomène vieux de deux siècles et donc nous manquons de recul dans toute discussion sur la " durabilité " de la croissance ou son simple devenir. Par ailleurs notre vision historique de la croissance est très liée à l'histoire de l'Europe et charrie de ce fait toutes sortes de préconceptions des liens entre croissance économique et : partage des richesses et division (La division est une loi de composition qui à deux nombres associe le produit du premier par l'inverse du second. Si un nombre est non nul, la fonction "division par ce nombre"...) de la société en classes, effets de la croissance sur l'espérance de vie (L'espérance de vie est une donnée statistique. Elle est censée permettre de connaître la durée de vie moyenne qu'on peut espérer atteindre à un moment donné. Cette statistique est...), l'éducation, la culture (La Culture est une civilisation pan-galactique inventée par Iain M. Banks au travers de ses romans et nouvelles de science-fiction. Décrite avec...), la place des femmes dans la société, les systèmes politiques, etc. L'accession de plus en plus de sociétés extra-européennes à ce mode de développement au travers de la mondialisation (Le terme « mondialisation » désigne l'expansion et l'harmonisation des liens d'interdépendance entre les nations, les activités humaines et les systèmes politiques à...) devrait se traduire par des remaniements historiques importants des liens entre croissance économique et dynamiques sociales et politiques, et ceci englobe également les rapports entre croissance économique et environnement (L'environnement est tout ce qui nous entoure. C'est l'ensemble des éléments naturels et artificiels au sein duquel se déroule la vie humaine. Avec les enjeux écologiques actuels, le...).
  • Les sociétés traditionnelles mobilisaient surtout des ressources naturelles renouvelables (l'air (L'air est le mélange de gaz constituant l'atmosphère de la Terre. Il est inodore et incolore. Du fait de la diminution de la pression de...) et l'eau (L’eau est un composé chimique ubiquitaire sur la Terre, essentiel pour tous les organismes vivants connus.) pour la force (Le mot force peut désigner un pouvoir mécanique sur les choses, et aussi, métaphoriquement, un pouvoir de la volonté ou encore une vertu morale « cardinale » équivalent au courage (cf. les articles « force...) motrice, la terre (La Terre est la troisième planète du Système solaire par ordre de distance croissante au Soleil, et la quatrième par taille et par masse croissantes. C'est la plus...) et des ressources biologiques végétales et animales pour l'alimentation, le chauffage (Le chauffage est l'action de transmettre de l'énergie thermique à un objet, un matériau.), l'habillement ou les habitations). Les économies issues de la Révolution Industrielle se caractérisent par une mobilisation massive (Le mot massif peut être employé comme :) de ressources naturelles épuisables (charbon, fer (Le fer est un élément chimique, de symbole Fe et de numéro atomique 26. C'est le métal de transition et le matériau ferromagnétique le plus courant dans la vie quotidienne, sous forme pure ou d'alliages. Le fer pur...), pétrole). Il est donc particulièrement tentant d'assimiler " croissance économique contemporaine " avec " exploitation de ressources épuisables " pour conclure à des effets intrinsèquement néfastes de la croissance sur l'environnement et plus généralement à un constat de non durabilité de ce mode de développement économique. Mais là encore la prudence s'impose et il est peu certain que cette dépendance de la croissance vis-à-vis de la disponibilité (La disponibilité d'un équipement ou d'un système est une mesure de performance qu'on obtient en divisant la durée durant laquelle ledit équipement ou système est...) de ressources minérales épuisables soit autre chose qu'une étape d'un processus historique beaucoup plus vaste, de moins en moins lié aux ressources naturelles.

Ces difficultés sont aussi d'ordre méthodologique. La pensée économique nourrit des conceptions diverses et parfois contradictoires de la " croissance économique ". Partant, toute discussion cherchant à cerner les enjeux environnementaux de la croissance pourra aboutir à des conclusions différentes selon la vision de la " croissance " qu'elle adopte. La section suivante propose un rappel de ces conceptions utile pour cadrer le problème.

L'analyse économique de la croissance

Le terme de " croissance " recouvre deux acceptions dans le discours économique. La première renvoie aux mouvements conjoncturels de l'activité (Le terme d'activité peut désigner une profession.) économique : phases de croissance ou de récession. La seconde ( Seconde est le féminin de l'adjectif second, qui vient immédiatement après le premier ou qui s'ajoute à quelque chose de nature identique. La seconde est une unité de mesure du temps. La seconde d'arc est une...) désigne le développement à long terme de l'activité économique, on parle alors parfois de " trend de croissance " ou de " croissance tendancielle à long terme ". S'agissant de réfléchir sur les liens entre croissance et environnement, et donc de s'intéresser au long terme, c'est la seconde acception qu'il convient de définir et de préciser.

Pour l'analyse économique, la croissance à long terme est la résultante du jeu combiné de quatre grandes catégories de facteurs :

  1. La démographie (La démographie (en grec δημογραφία, de l'ancien grec δήμος =...) humaine, c’est-à-dire la croissance de la population mais aussi sa composition par âge et sa mobilité géographique ;
  2. L'existence de biens de production dits " durables ", c’est-à-dire pouvant être réutilisés plusieurs fois dans des processus de production, on parle de capital " technique " ou " productif physique " pour désigner l'ensemble (En théorie des ensembles, un ensemble désigne intuitivement une collection d’objets (les éléments de l'ensemble), « une multitude qui peut être comprise comme un tout », comme...) de ces biens. La croissance de la production sera alors possible via une accumulation progressive de ces biens capitaux ;
  3. L'amélioration de la productivité des facteurs de production, comme le travail, le capital ou les ressources naturelles employées comme matières premières. Cette amélioration peut être obtenue par la recherche scientifique (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances scientifiques. Par extension métonymique, la recherche scientifique...) et le développement de technologies nouvelles, c'est ce qu'on appelle le " progrès technique ". Elle peut aussi résulter de l'éducation de la main (La main est l’organe préhensile effecteur situé à l’extrémité de l’avant-bras et relié à ce dernier par le poignet....) d'œuvre qui accroît sa qualification ou sa productivité. On parle alors " d'accumulation de capital humain " pour désigner ce facteur de croissance dérivant des efforts d'éducation des membres d'une société ;
  4. La dynamique (Le mot dynamique est souvent employé désigner ou qualifier ce qui est relatif au mouvement. Il peut être employé comme :) de la " demande ", c’est-à-dire l'accroissement de la variété et/ou de la qualité des biens de consommation disponibles. Le problème ici est que l'offre de biens nouveaux permet à la fois de satisfaire des besoins existants mal satisfaits auparavant et de créer de nouveaux " besoins ". Par exemple, le désir d'accéder à l’internet crée une " envie " de posséder un ordinateur (Un ordinateur est une machine dotée d'une unité de traitement lui permettant d'exécuter des programmes enregistrés. C'est un ensemble de circuits électroniques permettant de manipuler des données sous forme...) personnel, la possession d'une automobile (Une automobile, ou voiture, est un véhicule terrestre se propulsant lui-même à l'aide d'un moteur. Ce véhicule est conçu pour le transport terrestre de personnes ou de marchandises, elle est équipée en...) crée un " besoin " de consommer du carburant (Un carburant est un combustible qui alimente un moteur thermique. Celui-ci transforme l'énergie chimique du carburant en énergie mécanique.).

Si l'analyse économique dispose aujourd'hui de sérieuses références tant théoriques que chiffrées pour ce qui concerne les trois premières catégories de facteurs, il n'en est pour l'instant (L'instant désigne le plus petit élément constitutif du temps. L'instant n'est pas intervalle de temps. Il ne peut donc être considéré comme une durée.) pas de même pour le facteur " demande ". Sans entrer dans les détails, on peut avancer deux raisons à cet état de fait.

D'une part, les économistes n'accordent qu'un statut flou à la notion de " besoin ". Les " besoins " sont en effet des constructions sociales complexes, historiquement et culturellement datées, en partie, mais en partie seulement, influencés par l'offre disponible de produits, et soumis à des dynamiques temporelles à long terme encore très mal comprises et étudiées. D'autre part, l'étude de la dynamique des demandes suppose une théorie (Le mot théorie vient du mot grec theorein, qui signifie « contempler, observer, examiner ». Dans le langage courant, une théorie est une idée ou une connaissance...) préalable de la dynamique des préférences, c’est-à-dire des critères de choix des biens achetés par les consommateurs. Cette théorie devrait de plus se présenter sous une forme telle qu'il soit possible d'inclure la dynamique des préférences comme co-construite à l'intérieur de la dynamique d'ensemble du système économique. Les économistes, dans leur jargon, parlent " d'endogéneisation " de la dynamique des préférences dans la théorie de la croissance pour désigner cette co-construction. Dans l'état actuel de la science (La science (latin scientia, « connaissance ») est, d'après le dictionnaire Le Robert, « Ce que l'on sait pour l'avoir appris, ce que l'on tient pour vrai au sens large. L'ensemble de...) économique, cet objectif relève largement de projets de recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances scientifiques. Par...) à long terme, un préalable à sa réalisation étant de disposer d'une théorie économique explicative de la formation et de l'évolution des inégalités sociales suffisamment robuste et solide, ce qui est encore aujourd'hui loin d'être le cas.

Laissons de côté ce problème des demandes. Si les économistes, toutes écoles de pensée confondues, s'accordent sur le fait que les trois premières catégories de facteurs précitées jouent un rôle effectif sur la croissance, ils divergent sur leur importance relative et surtout sur la manière dont elles interagissent les unes avec les autres. Il n'est pas simple de résumer des débats qui durent depuis deux siècles et se poursuivent encore, mais on peut tenter d'identifier deux points principaux de divergence :

  • Le rôle des " institutions " dans la croissance, le mot étant à prendre en un sens (SENS (Strategies for Engineered Negligible Senescence) est un projet scientifique qui a pour but l'extension radicale de l'espérance de vie humaine. Par une...) très large qui inclut les régimes de propriétés du capital (" capitalisme " contre " socialisme "), les modes d'organisation (Une organisation est) politique (liens éventuels entre " démocratie " et " croissance "), la religion et les " valeurs " (rôle de l'éthique protestante dans la genèse du capitalisme par exemple), ou encore la " culture " (rôle de l'esprit scientifique (Un scientifique est une personne qui se consacre à l'étude d'une science ou des sciences et qui se consacre à l'étude d'un domaine avec la rigueur et les méthodes scientifiques.) dans la croissance européenne par exemple).
  • la portée de la loi des rendements décroissants comme limite intrinsèque à la croissance économique et ses liens avec la disponibilité limitée des ressources naturelles à la surface (Une surface désigne généralement la couche superficielle d'un objet. Le terme a plusieurs acceptions, parfois objet géométrique, parfois...) de la planète (Une planète est un corps céleste orbitant autour du Soleil ou d'une autre étoile de l'Univers et possédant une masse suffisante pour que sa...), voire au delà à l'invocation des principes de la thermodynamique (On peut définir la thermodynamique de deux façons simples : la science de la chaleur et des machines thermiques ou la science des grands systèmes en...) comme limite ultime au développement économique.

Il en résulte une matrice de prises de positions qui vont de ceux qui accordent un rôle premier aux institutions et voient dans les rendements décroissants une sorte de " loi d'airain " qui borne de manière indépassable l'horizon (Conceptuellement, l’horizon est la limite de ce que l'on peut observer, du fait de sa propre position ou situation. Ce concept simple se décline en physique, philosophie,...) de croissance d'une économie (certains marxistes ou représentants de l'École classique anglaise du XIXème siècle) à ceux qui accordent peu d'attention aux facteurs institutionnels et pensent que l'inventivité humaine est inépuisable et donc non soumise aux rendements décroissants (certains économistes libéraux " optimistes "). On trouve aussi bien entendu des positions intermédiaires, comme celle de Shumpeter, pour qui la croissance correspond à la phase (Le mot phase peut avoir plusieurs significations, il employé dans plusieurs domaines et principalement en physique :) " aventureuse " du capitalisme, destinée à être remplacée à terme par un socialisme d'État providence globalement stagnant, suite à l'extinction (D'une manière générale, le mot extinction désigne une action consistant à éteindre quelque chose. Plus particulièrement on retrouve ce terme dans plusieurs domaines :) de l'esprit d'entreprise.

La notion de " rendements décroissants " demande à être précisée mais on peut retenir pour l'instant que les prises de position des uns ou des autres vis à vis de ces deux points de divergence vont conduire à deux grandes visions polaires de la croissance (avec toutes sortes d'intermédiaires plus nuancés, bien entendu).

1) Une vision de la croissance comme un processus de nature " catastrophique ", au sens de la théorie des catastrophes. Que le discours soit centré sur des " crises " ou qu'il évoque des " étapes " historiques de croissance, le processus est vu comme fondamentalement heurté.

Pour Marx, les contradictions entre " modes de production " (les " institutions " précédentes) et " forces productives " (le progrès technique, la dynamique des classes et de leurs rapports de force socio-politiques) sont à la fois source de crises et de développement par " dépassement " des contradictions. Pour Hicks, la croissance procède par " grandes traversées " dominées par la recherche d'échappatoires aux rendements décroissants (un développement personnel chez cet auteur d'idées attribuées à Marshall). Ici la croissance résulte de la recherche systématique (En sciences de la vie et en histoire naturelle, la systématique est la science qui a pour objet de dénombrer et de classer les taxons dans un certain ordre, basé sur des principes divers. Elle ne doit pas être confondue...) par les firmes industrielles de zones de rendements croissants (où les profits augmentent proportionnellement plus vite que les coûts quand la production augmente). Le textile industriel, l'exploitation minière, la sidérurgie (Le terme sidérurgie (du grec sideros, fer) désigne à la fois les techniques d'obtention de la fonte, du fer et de l'acier à partir de minerai, mais aussi l'industrie qui...), le chemin de fer (Le chemin de fer est un système de transport guidé servant au transport de personnes et de marchandises. Il se compose d'une infrastructure spécialisée, de matériel roulant et de procédures d'exploitation faisant...) vont avoir ses caractéristiques au début de la Révolution Industrielle, mais leurs marges de progrès seront bientôt limitées par la loi des rendements décroissants et c'est l'électricité (L’électricité est un phénomène physique dû aux différentes charges électriques de la matière, se manifestant par une énergie. L'électricité désigne également la...), la chimie (La chimie est une science de la nature divisée en plusieurs spécialités, à l'instar de la physique et de la biologie avec lesquelles elle partage des espaces...) ou l'automobile qui vont prendre le relais au début du XXème siècle, inaugurant une nouvelle phase de croissance qui va s'épuiser à la fin de ce siècle, l'informatique (L´informatique - contraction d´information et automatique - est le domaine d'activité scientifique, technique et industriel en rapport avec le traitement automatique de...), les nano ou biotechnologies constituant les ferments de la future " grande traversée " du XXIème siècle.

Chez Rostow, la logique (La logique (du grec logikê, dérivé de logos (λόγος), terme inventé par Xénocrate signifiant à la fois raison, langage, et...) de crise est très atténuée et s'y substitue une notion " d'étapes " de la croissance économique. Il faut voir que Rostow nourrit une vision du développement comme un processus d'installation progressive des conditions socio-économiques nécessaires au passage à l'étape suivante. Mais il est très peu disert sur les raisons (ou les " mécanismes ") qui font que l'économie passe à l'étape prédéterminée suivante dès lors que les conditions " favorables " sont réunies.

2) Une vision de la croissance comme une progression, où les crises (ou les " étapes ") sont des " accidents ", en quelque sorte secondaires, impliqués par le caractère historiquement " ouvert " de tout système social ou économique.

C'est la vision actuellement dominante chez les économistes au sein du courant néo-classique dominant, vision incarnée par les " nouvelles théories de la croissance ", dites aussi " théories de la croissance endogène ". Sans rentrer dans les détails, donnons en un aperçu sommaire.

Une présentation " commode ", comme l'aiment les professeurs d'économie, serait de raconter la construction de cette vision comme le développement harmonieux d'un programme de recherche opérant par généralisations successives à partir d'une " graine " constituée par le modèle général d'activité de Von Neuman (1932). Bien entendu, il n'en est rien et de nombreux doutes et oppositions ont agité, et agitent encore, les spécialistes de ce courant de recherche. S'agissant de parler d'environnement, on peut néanmoins se contenter de ce " digest " commode.

Ce qu'il est convenu d'appeler la " théorie néo-classique de la croissance optimale " s'est centrée à l'origine sur la deuxième catégorie de facteurs de croissance : l'accumulation de capital productif. Ses principaux résultats d'intérêt sont les suivants.

En l'absence de progrès technique et d'évolution démographique, l'économie tend à long terme vers une croissance zéro (Le chiffre zéro (de l’italien zero, dérivé de l’arabe sifr, d’abord transcrit zefiro en italien) est un symbole marquant une position vide dans l’écriture des nombres en...). C'est une conséquence de la loi des rendements décroissants : si la productivité marginale d'une unité supplémentaire de capital décroît avec le nombre (La notion de nombre en linguistique est traitée à l’article « Nombre grammatical ».) d'unités de capital installé, alors accumuler sans cesse du capital ne permet pas de soutenir à long terme une croissance positive.

Si la population augmente, et donc si la main d'œuvre disponible augmente en permanence, une croissance positive à long terme est possible et son taux optimal est le taux de croissance démographique (c'est ce que les économistes appellent la " règle d'or simple "). Si la productivité des facteurs augmente sous l'effet d'un progrès technique " spontané " (résultant de l'activité d'inventeurs désintéressés) alors une croissance optimale positive au taux de progrès technique s'instaurera à long terme.

Le message (La théorie de l'information fut mise au point pour déterminer mathématiquement le taux d’information transmis dans la communication d’un message par un canal de communication, notamment en présence de parasites appelés...) central de cette théorie est donc qu'à défaut de progrès technique suffisant, la croissance est un phénomène voué à disparaître, la tendance " naturelle " du système étant de tendre vers la stagnation. Le problème de ce message est d'être contre-factuel  : la croissance économique tend à s'accélérer historiquement, elle était beaucoup plus faible dans les pays (Pays vient du latin pagus qui désignait une subdivision territoriale et tribale d'étendue restreinte (de l'ordre de quelques centaines de km²), subdivision de la...) industrialisés au XIXème siècle qu'aujourd'hui. Pour s'en sortir, les économistes invoquent deux types d'arguments. Le premier est un argument dit de " transition ". Certes à long terme, c’est-à-dire dans très longtemps, la croissance disparaîtra, mais nous sommes aujourd'hui dans une phase de transition, et une accélération (L'accélération désigne couramment une augmentation de la vitesse ; en physique, plus précisément en cinématique, l'accélération est une grandeur vectorielle qui indique la modification...) transitoire de la croissance est parfaitement concevable dans cette théorie. Par ailleurs, la croissance observée est probablement due au progrès technique et ceci plaide pour une revalorisation du progrès technique (la troisième catégorie de facteurs) par rapport à l'accumulation du capital (la deuxième catégorie) dans les explications de la croissance. Deuxième argument : il existe peut être des processus dynamiques d'accumulation qui échappent à la loi des rendements décroissants et dont il faudrait tenir compte. Parmi ceux ci, deux candidats " potables " peuvent être envisagés : le niveau d'éducation (ou de " capital humain ") et le niveau des connaissances scientifiques et techniques. Par ailleurs, la technologie (Le mot technologie possède deux acceptions de fait :) de production est peut être elle-même à rendements non décroissants, ou plus exactement, il serait possible de concevoir une combinaison (Une combinaison peut être :) de progrès technique et d'amélioration de la productivité du travail telle que l'économie pourrait rester indéfiniment " près " ou " pas trop loin " d'une zone de rendements croissants, créant ainsi une croissance permanente. On retrouve ici certaines conjectures de Hicks.

La grande difficulté de cette approche est qu'on voit mal par quel miracle de coordination dynamique un système économique réel pourrait s'approcher un tant soit peu de cet idéal (En mathématiques, un idéal est une structure algébrique définie dans un anneau. Les idéaux généralisent de façon...) de fonctionnement. Bien sûr, on peut s'en tirer à bon compte en disant que justement, cela ne marche (La marche (le pléonasme marche à pied est également souvent utilisé) est un mode de locomotion naturel. Il consiste en un déplacement en appui...) pas, et que c'est pour cela qu'il y a des crises et des tensions dans le système, mais c'est un peu court comme " explication ".

C'est ce qui motive l'orientation (Au sens littéral, l'orientation désigne ou matérialise la direction de l'Orient (lever du soleil à l'équinoxe) et des points cardinaux (nord de la boussole) ;) actuelle des recherches vers des explications de la croissance (un phénomène macroéconomique) comme un processus dynamique émergent à partir des comportements des agents économiques individuels (firmes et ménages). Dans le jargon économique on parle de " modèles micro-fondés de la croissance économique ".

Pour conclure sur ce point (Graphie), que dire de la validité factuelle de ces deux grandes visions de la croissance ? Ce qui frappe au vu de l'imposant corpus de données (Dans les technologies de l'information (TI), une donnée est une description élémentaire, souvent codée, d'une chose, d'une transaction d'affaire, d'un événement, etc.) et de références factuelles accumulé par l'histoire économique c'est l'importance des régularités et de la stabilité des évolutions de long terme de nombreuses variables économiques clés au XXème siècle, et cela malgré deux guerres mondiales et des épisodes de crises économiques, financières et monétaires sévères. En ce sens, la balance de la preuve empirique pencherait plutôt vers les analyses néo-classiques de la croissance (qui valorisent la stabilité de long terme), et c'est probablement la raison pour laquelle elles se sont progressivement imposées comme la doxa dans la pensée économique contemporaine. Bien entendu, le point mérite une analyse plus fouillée, mais qui dépasserait les limites de cet article.

Croissance et ressources naturelles

Par commodité d'exposé, on abordera d'abord la question des liens entre croissance et disponibilité des ressources naturelles (entendues au sens de matières premières) avant de s'intéresser aux liens entre état de l'environnement naturel (les écosystèmes au sens large) et croissance.

Rappelons d'abord la distinction primordiale opérée par les économistes entre ressources naturelles " renouvelables " et " non renouvelables ".

  • Les ressources renouvelables sont des ressources naturelles susceptibles de fournir une disponibilité de services infinie, convenablement gérées. Elles comprennent la terre (cultivable en particulier), l'eau, l'air, l'ensemble des ressources biologiques, végétales et animales. L'énergie solaire (L'énergie solaire est l'énergie que dispense le soleil par son rayonnement, directement ou de manière diffuse à travers l'atmosphère. Sur Terre, l'énergie solaire est à l'origine du cycle de l'eau et du...), bien que non renouvelable à l'échelle cosmologique, est considérée comme renouvelable au faible terme de l'histoire de l'humanité.
  • Les ressources non renouvelables ne sont susceptibles de fournir que des disponibilités de services finies. Elles comprennent l'ensemble des ressources minérales : charbon, pétrole (Le pétrole est une roche liquide carbonée, ou huile minérale. L'exploitation de cette énergie fossile est l’un des piliers de l’économie industrielle contemporaine, car le...), gaz naturel (Le gaz naturel est un combustible fossile, il s'agit d'un mélange d'hydrocarbures présent naturellement dans des roches poreuses sous forme gazeuse.), minerais métalliques, etc.

Comme toute définition (Une définition est un discours qui dit ce qu'est une chose ou ce que signifie un nom. D'où la division entre les définitions réelles et les définitions nominales.), celle-ci décrit un réseau (Un réseau informatique est un ensemble d'équipements reliés entre eux pour échanger des informations. Par analogie avec un filet (un réseau est un « petit rets », c'est-à-dire un petit filet), on appelle nœud...) de références à des termes comme " disponibilités ", " services ", " fini ", " infini ", qu'il convient de préciser un tant soit peu. Il s'agit aussi d'une définition " économique ", c’est-à-dire que des chimistes, des géologues ou des biologistes en donneraient probablement une définition toute différente (En mathématiques, la différente est définie en théorie algébrique des nombres pour mesurer l'éventuel défaut de...).

Commentons brièvement ces termes de référence. Par " disponibilité ", l'économiste entend un certain niveau de capacité d'accès, physiquement, historiquement, techniquement et culturellement déterminé. C'est dire si le terme est " chargé " et d'un maniement délicat. Le système de calcul des réserves pétrolières en est une bonne illustration. On y distingue les réserves prouvées, probables et possibles. Les premières sont des champs pétroliers identifiés, accessibles avec les techniques actuelles et économiquement rentables à exploiter, les secondes sont des réserves repérées, dont les conditions d'accès sont imparfaitement connues ou non rentables économiquement, les troisièmes sont des réserves imparfaitement identifiées, généralement inexploitables de façon rentable avec les techniques existantes et les niveaux de cours du pétrole actuels. Il en résulte que lorsque le prix du pétrole augmente, un certain montant de réserves " probables " passent dans la catégorie " prouvées ", leur exploitation devenant rentable à un niveau plus élevé de prix, sans que cela corresponde à de quelconques " nouvelles " découvertes de pétrole. Il est également clair que selon qu'on raisonne sur l'une ou l'autre catégorie de réserves on aboutit à des projections d'épuisement de la ressource très différentes (de 1 à 3 selon les cas).

Le terme de " services " est encore plus ambigu. Il désigne un flux (Le mot flux (du latin fluxus, écoulement) désigne en général un ensemble d'éléments (informations / données, énergie, matière, ...) évoluant dans...), en principe mesuré en " valeur ", un flux de " richesses " donc, en fait le plus souvent mesuré en termes réels, c’est-à-dire en équivalent " physique " de produits fabriqués et consommés à partir de ressources naturelles. La difficulté ici vient du fait que les prix interviennent dans la mesure de ce flux de " services ". Identifier cette mesure de " valeur " des services fournis par les ressources naturelles à la " valeur " de cette ressource suppose que les prix sont " corrects ", ce qui n'est vrai qu'en situation (En géographie, la situation est un concept spatial permettant la localisation relative d'un espace par rapport à son environnement proche ou non. Il inscrit un lieu dans un cadre plus général afin de le qualifier à...) de concurrence pure et parfaite sur tous les marchés (et pas seulement ceux des ressources naturelles). Vu l'irréalisme d'une telle situation, on aboutit à des débats confus (et par construction sans fin) sur le " juste " prix des ressources naturelles à partir du " juste " prix des services qu'ils fournissent aux sociétés qui les utilisent.

Tout en gardant à l'esprit les ambiguïtés de cette classification des ressources naturelles, on devine aisément qu'une croissance à long terme peut être obtenue dans une économie basée sur des ressources renouvelables mais que ce sera généralement très difficile lorsque cette économie mobilise des ressources non renouvelables, dès lors que celles-ci sont " essentielles ", c’est-à-dire qu'il est impossible de produire quoi que ce soit sans les utiliser.

On le voit aisément si l'on introduit une ressource épuisable comme facteur de production supplémentaire dans le modèle de croissance macroéconomique de base, où la production provient de la combinaison de capital à du travail, si la ressource épuisable est essentielle, qu'il n'y a pas de progrès technique et que la loi des rendements décroissants s'applique, l'économie tendra vers une croissance zéro. En d'autres termes une croissance infiniment positive est impossible sur le long terme.

Bien entendu, un progrès technique suffisant peut " sauver " la croissance en particulier en substituant les ressources non renouvelables (par exemple le pétrole) par des ressources renouvelables (le solaire).

Une autre manière d'éviter ce problème de finitude des ressources, est d'introduire le recyclage (Le recyclage est un procédé de traitement des déchets industriels et des déchets ménagers qui permet de réintroduire, dans le cycle de production d'un...) des matières premières. Le recyclage a connu une accélération très importante depuis les trente dernières années. Pour certaines ressources, comme le mercure, le plomb (Le plomb est un élément chimique de la famille des cristallogènes, de symbole Pb et de numéro atomique 82. Le mot et le symbole viennent du latin plumbum.) ou le fer, les taux atteints aujourd'hui sont tellement élevés que les réserves primaires sont considérées comme suffisantes pour des milliers d'années. Le mercure et le plomb sont d'ailleurs aujourd'hui estimés comme " inépuisables ". Pour le cuivre (Le cuivre est un élément chimique de symbole Cu et de numéro atomique 29. Le cuivre pur est plutôt mou, malléable, et présente sur ses surfaces fraîches une teinte rosée à pêche....), un métal (Un métal est un élément chimique qui peut perdre des électrons pour former des cations et former des liaisons métalliques ainsi que des liaisons ioniques dans le cas des métaux...) qui a fait couler beaucoup d'encre à l'époque du rapport du Club de Rome (qui prédisait en 1972 son épuisement dans une trentaine d'années), la combinaison du recyclage, de l'amélioration des techniques de traitement des minerais et du remplacement des fils de cuivre par des fibres (Une fibre est une formation élémentaire, végétale ou animale, d'aspect filamenteux, se présentant généralement sous forme de faisceaux.) optiques ont repoussé à 600 ans son horizon d'épuisement même avec une projection (La projection cartographique est un ensemble de techniques permettant de représenter la surface de la Terre dans son ensemble ou en partie sur la surface plane d'une carte.) de croissance mondiale à 3% par an pour les prochains siècles.

Au milieu de ce paysage (Étymologiquement, le paysage est l'agencement des traits, des caractères, des formes d'un espace limité, d'un « pays »....) minéral, le pétrole et le gaz (Un gaz est un ensemble d'atomes ou de molécules très faiblement liés et quasi-indépendants. Dans l’état gazeux, la matière n'a pas de forme propre ni de volume propre :...) font tache car eux sont non recyclables et concentrent naturellement l'ensemble des peurs de la société face à l'épuisement des ressources naturelles.

Croissance et environnement

Plus encore que le problème de l'épuisement des ressources non renouvelables, celui des relations diversement conflictuelles entre croissance économique et état de l'environnement fait l'objet (De manière générale, le mot objet (du latin objectum, 1361) désigne une entité définie dans un espace à trois dimensions, qui a une fonction...) de débats nourris et parfois confus. On peut distinguer deux grandes catégories de problèmes en discussion dans ce contexte :

  • La surexploitation des ressources renouvelables (déforestation, surpâturage et désertification (La désertification est un phénomène naturel ou non qui a pour origine des variations climatiques et/ou les conséquences d'activités humaines. Ce mot décrit une aridification locale, reflétant la...), érosion de la biodiversité (La biodiversité est la diversité naturelle des organismes vivants. Elle s'apprécie en considérant la diversité des...), épuisement des ressources halieutiques). Ces problèmes sont eux mêmes d'une double nature : la gestion durable des ressources renouvelables (ce qui renvoie au qualificatif de " convenablement gérées " de la définition de ces ressources) et le fait que les écosystèmes ne peuvent survivre que sous certaines conditions de protection de leurs ressources et fonctionnalités, ce qui soulève la question plus générale du partage des ressources entre l'Homme (Un homme est un individu de sexe masculin adulte de l'espèce appelée Homme moderne (Homo sapiens) ou plus simplement « Homme ». Par distinction, l'homme prépubère est appelé un...) et la Nature.
  • Le fait que l'activité économique produit des déchets, regroupés génériquement sous le terme de " pollutions ", déchets qui modifient, altèrent ou détruisent les fonctionnalités des écosystèmes, tant à l'échelle locale que planétaire (Un planétaire désigne un ensemble mécanique mobile, figurant le système solaire (le Soleil et ses planètes) en tout ou partie. Généralement les astres représentés sont...).

La première catégorie de problèmes supposerait des développements préalables importants sur les principes de la bioéconomie que l'on n'abordera pas ici. Le problème des pollutions fournit une assez bonne illustration de la question des relations entre état de l'environnement et croissance économique et c'est ce qu'on va tenter de développer maintenant.

Une des caractéristiques importantes des pollutions est d'être bien souvent cumulatives : accumulation de CO2 ou de SO2 dans l'atmosphère (Le mot atmosphère peut avoir plusieurs significations :), de nitrates ou de pesticides dans les nappes et les rivières, contamination progressive des sols, des eaux et de l'air par des métaux lourds comme le mercure, toxiques. Certes, il existe des processus naturels d'élimination ou de recyclage de ces produits, mais dès que les émissions sont trop importantes ils ne parviennent pas à empêcher l'accumulation dans le milieu de polluants. En ce sens, la croissance économique peut être décrite comme un processus d'accumulation progressive de richesses entraînant une accumulation progressive de substances dangereuses pour les milieux naturels et la santé (La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité.) humaine. Notons aussi, et c'est important, que ces phénomènes résultent bien souvent de l'exploitation de ressources non renouvelables, au travers de l'extraction minière ou de la consommation de combustibles fossiles. Donc non seulement la croissance économique accélère l'épuisement des ressources non renouvelables de la planète mais elle fait de cet épuisement un vecteur (En mathématiques, un vecteur est un élément d'un espace vectoriel, ce qui permet d'effectuer des opérations d'addition et de multiplication par un scalaire. Un n-uplet peut constituer un exemple de...) de propagation de pollutions à petite comme à grande échelle (La grande échelle, aussi appelée échelle aérienne ou auto échelle, est un véhicule utilisé par les sapeurs-pompiers, et qui emporte une échelle escamotable de...).

Pourtant, si l'on examine l'évolution des principales pollutions, force est de constater que la situation s'améliore globalement dans la plupart des pays développés (Les pays développés à économie de marché (PDEM) sont des pays dont la majorité de la population accède à tous ses besoins vitaux ainsi qu'à un certain confort et...) alors qu'elle se détériore rapidement dans de nombreux pays en développement, en particulier dans les pays dits " émergents " du sud (Le sud est un point cardinal, opposé au nord.) est asiatique et la Chine. Il faut donc abandonner l'idée d'une relation simple entre croissance et environnement, la première entraînant automatiquement une dégradation du second.

Si l'on en cherche la raison, on se trouve confronté à un faisceau complexe de facteurs :

  • La mise en place progressive de politiques environnementales dans les pays développés, politiques se traduisant tant par des efforts de prévention (La prévention est une attitude et/ou l'ensemble de mesures à prendre pour éviter qu'une situation (sociale, environnementale, économique..) ne se dégrade, ou qu'un accident,...) que d'élimination et de contrôle (Le mot contrôle peut avoir plusieurs sens. Il peut être employé comme synonyme d'examen, de vérification et de maîtrise.) des pollutions. Ces politiques résultent d'un souci de plus en plus marqué des sociétés industrialisées vis à vis de la qualité de leur environnement naturel, fortement dégradé au cours de l'histoire de leur développement.
  • Le progrès technique et le développement des activités de services dans les pays riches relativement aux activités industrielles. Les activités de service qui forment le cœur de croissance de ces pays sont en général moins polluantes, les délocalisations actuelles de l'activité industrielle vers les pays émergents (Les pays émergents sont des pays dont le PIB par habitant est inférieur à celui des pays développés, mais qui vivent une croissance...) ne faisant qu'accentuer ce phénomène.
  • La pauvreté et/ou la mauvaise gouvernance dans les PVD qui, d'une part, modifient les priorités (la protection de l'environnement est un " luxe " que ces pays ne peuvent pas s'offrir dans bien des cas) et, d'autre part, empêchent que les réglementations protectrices, même lorsqu'elles existent, soient effectivement appliquées par leurs gouvernements.

Il en résulte deux visions possibles pour l'avenir : l'une plutôt " optimiste ", la second, nettement plus " pessimiste ".

Selon une vison " optimiste ", la corrélation positive entre croissance et pollution (La pollution est définie comme ce qui rend un milieu malsain. La définition varie selon le contexte, selon le milieu considéré et selon ce que l'on peut entendre par...) tend à se défaire lorsque des sociétés enrichies ont à la fois les moyens et le souci de protéger l'environnement. Si l'on pense que les sociétés actuellement pauvres vont elles aussi accéder au niveau de richesse des pays industrialisés au cours de ce siècle, elles devraient parvenir à améliorer significativement la situation de l'environnement sur la planète.

Pour les " pessimistes ", le message précédent ne défend qu'une fuite en avant. La majorité de la population mondiale (La population mondiale désigne le nombre d'êtres humains vivant sur Terre à un instant donné. Elle est estimée à 6,793 milliards au 1er janvier...) vivant aujourd'hui dans des PVD, leur accession aux modes de consommation des pays riches ne peut qu'entraîner une dégradation massive de l'environnement, dégradation tellement importante et irréversible que même s'ils décidaient demain de protéger leur environnement, il n'y aurait plus grand chose à protéger, et il leur serait tout à fait impossible de " recréer " un environnement naturel de qualité.

La nécessité de cette croissance?

L'humanité est rentrée dans une nouvelle période de son histoire dans le courant du XIX° siècle ; une période industrielle, ce qui a débouché sur deux révolutions industrielles successives.

Or, le besoin (Les besoins se situent au niveau de l'interaction entre l'individu et l'environnement. Il est souvent fait un classement des besoins humains en trois grandes catégories : les besoins...) de ces industries de voir leur production être consommée, toujours plus, afin d'entrer dans une logique de croissance économique, cela s'ajoutant à l'avènement de la vaccination (La vaccination est un procédé consistant à introduire un agent extérieur (le vaccin) dans un organisme vivant afin de créer une réaction immunitaire positive contre une maladie infectieuse. La substance...) et au progrès médical (et donc d'une baisse importante du taux de mortalité), et, après la seconde guerre mondiale, la fin de guerres ayant un impact sur l'importance de la population mondiale (en proportion), sont des facteurs qui ont abouti à une finalité vue (La vue est le sens qui permet d'observer et d'analyser l'environnement par la réception et l'interprétation des rayonnements lumineux.) par la plupart des personnes comme naturelle : une croissance de la population mondiale exceptionnelle.

Jamais dans l'histoire du monde (Le mot monde peut désigner :) une espèce (Dans les sciences du vivant, l’espèce (du latin species, « type » ou « apparence ») est le taxon de base de la systématique. L'espèce est un concept flou dont il existe...) n'avait dominé toutes les autres, au point de faire dépendre l'avenir de ces autres espèces à sa volonté ; ce n'est plus le cas, avec l’apogée de l'espèce humaine. Mais la terre est-elle capable de supporter cette espèce, sans cesse grandissante, toujours plus entassée et ne cessant pas pour autant de s'étendre sur chaque espace pouvant l'accueillir ?

On parle d'une nature bien faite, mais le fait d'empêcher cette nature d'agir, par exemple en limitant les épidémies qui, même si la morale publique s'en émeut et ne voit en leur limitation que le bien commun humain, sont naturelles, ces épidémies stoppant des surpopulations que la nature ne peut sans doute pas supporter (il suffit d'imaginer ce que serait un endroit sans organisation structurelle possédant la densité (La densité ou densité relative d'un corps est le rapport de sa masse volumique à la masse volumique d'un corps pris comme référence. Le corps de référence est l'eau pure...) d'une ville (Une ville est une unité urbaine (un « établissement humain » pour l'ONU) étendue et fortement peuplée (dont les...) moyenne ; il n'y aurait tout simplement pas assez de nourriture pour tout le monde, une hygiène de vie (L'hygiène de vie est l'ensemble des mesures destinées à préserver et à promouvoir la santé. Elle concerne essentiellement les choix de style de vie. L'objet d'une bonne...) déplorable due à la proximité des gens, qui s'ajouterait à l'impossibilité de se débarrasser de ses morts : une telle situation d'insalubrité favoriserait le développement de maladies graves, ce qui exterminerait la majorité des gens), cette simple restriction de l'action de la nature ne serait-elle pas une entrave aux lois biologiques naturelles?

Aussi, on remarque que le développement de l'attitude expansionniste des hommes a coïncidé avec la disparition d'espèces animales ou végétales. On a souvent réduit ces disparitions à la pollution, action humaine ne pouvant pas être minimisée et/ou cachée, mais on peut aussi penser que la simple présence humaine représente aussi une menace pour la biodiversité ; ainsi, bien avant que l'homme ne commence à développer des activités polluantes (activités rejetant des déchets se révélant être une menace directe), on a vu que l'augmentation de la présence humaine s'avérait être une menace pour la biodiversité, avec par exemple en France, la destruction de la quasi-intégralité des forêts au Moyen-Âge, le bois étant un besoin des hommes à cette époque.

Ainsi, la croissance continue de la population n'est pas remise en cause malgré ses aspects néfastes qui eux sont minimisés en grande partie à cause de son intérêt économique, mais on peut réellement se demander, compte tenu des prévisions en nombre de la population mondiale dans les années à venir (on prévoit qu'en 2050, la population mondiale approchera ou aura dépassé les 10 Milliards d'être humains), quelles seront les conséquences qu'un tel évènement, qui sera sans doute fêté par la majorité des hommes, sur la planète et sur les autres espèces, spectatrices incapables d'agir, elles, et donc de défendre leurs vies et leur droit de vivre…

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