Normandie (paquebot)
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Normandie
Noms : La Fayette (1942-46)
Type : Paquebot transatlantique
Histoire
Lancement : 29 octobre 1932
En service : 29 mai 1935
Statut : Coulé dans le port de New York (New York , en anglais New York City (officiellement, City of New York) pour la distinguer de l’État de New York, est la principale ville des États-Unis, elle compte a elle seule...) par les tonnes d'eau (L’eau est un composé chimique ubiquitaire sur la Terre, essentiel pour tous les organismes vivants connus.) visant à neutraliser l'incendie survenu à bord
Caractéristiques techniques
Longueur : 313,75 m
Maître-bau : 36,40 m
Tirant d'eau : 11,20 m
Déplacement : t
Port en lourd : 14 423 t
Tonnage : 79 000 tonneaux
Propulsion : turbo-électrique
Puissance : 160 000 ch
Vitesse : 32 nœuds
Autres caractéristiques
Passagers : 1 850
Équipage : 1 355
Chantier : Chantiers de Penhoët
Pavillon : France puis États-Unis

Le Normandie était un paquebot transatlantique (Un transatlantique est un paquebot liner destiné à la traversée de l'océan Atlantique, traversée plus ou moins régulière entre les Amériques et...) de la Compagnie générale transatlantique, construit par les Chantiers de Penhoët à Saint-Nazaire. Ce paquebot (Un paquebot est un navire spécialisé dans le transport de passagers. Le nom vient de l'anglais « packet-boat », désignant les navires transportant du courrier. Les premiers...) était le plus grand du monde (Le mot monde peut désigner :) à sa sortie du chantier en 1932. Après son chavirage dans le port de New York en 1942 suite à un grave incendie, il a été ferraillé en 1946. Il coula en plein port de New York, par les tonnes d'eau visant à neutraliser l'incendie survenu à bord

Naissance

La Compagnie générale transatlantique termine l'année (Une année est une unité de temps exprimant la durée entre deux occurrences d'un évènement lié à la révolution de la Terre autour du Soleil.) 1928 sur un bilan exceptionnel. Les jours de guerre sont loin, le prestigieux Île-de-France est le paquebot le plus apprécié de la clientèle nord-américaine qui vient voyager en Europe ; en un mot, les bénéfices sont florissants. John Dal Piaz, président de la Transat, voit plus loin et décide la construction d'un paquebot encore plus grand, encore plus rapide, encore plus beau : ainsi naît le projet (Un projet est un engagement irréversible de résultat incertain, non reproductible a priori à l’identique, nécessitant le concours et...) T6, dont la commande (Commande : terme utilisé dans de nombreux domaines, généralement il désigne un ordre ou un souhait impératif.) est passée le 20 octobre 1930.

Le projet subira de nombreux avatars, l'un des premiers et non des moindres étant la crise de 1929. L'économie s'effondre, de même que les recettes de la Transat. Le navire (Un navire est un bateau destiné à la navigation maritime, c'est-à-dire prévu pour naviguer au-delà de la limite où cessent de s'appliquer les règlements...) manque d'être abandonné mais l'État, pour sauvegarder les emplois dus à la construction ainsi que le prestige national que représente la compagnie, décide de renflouer la Transat. Le gouvernement fait voter des subsides et la Compagnie devient une société d'économie mixte. Ainsi la construction du T6, dont le nom n'est pas encore décidé, peut continuer.

Le nouveau paquebot est si grand que les chantiers de Penhoët à Saint-Nazaire doivent construire une nouvelle cale, creuser le plateau rocheux situé dans l'estuaire (L'estuaire est la portion de l'embouchure d'un fleuve où l'effet de la mer ou de l'océan dans lequel il se jette est perceptible. Cette définition conduit à une controverse. Ainsi certains défendent l'idée que...) de la Loire pour permettre le lancement du navire, et construire une nouvelle écluse. Le port du Havre, future base du T6, doit également construire une nouvelle jetée pour permettre au géant d'entrer dans le port, et celui de New York doit construire un nouveau quai, le Pier 88, pour l'attribuer à la " French Line ".

Le 26 janvier 1931, la première tôle de la quille est mise en place. La construction continue à un rythme soutenu. Le nouveau paquebot rassemble une brassée d'innovations technologiques (coque, propulsion (La propulsion est le principe qui permet à un corps de se mouvoir dans son espace environnant. Elle fait appel à un propulseur qui transforme en force motrice l'énergie fournie par le milieu...), etc.) qui font de lui le fleuron de la technologie (Le mot technologie possède deux acceptions de fait :) française. C'est à cette période que la Transat nomme finalement son vaisseau amiral. L'appellation Président Paul-Doumer, un temps (Le temps est un concept développé par l'être humain pour appréhender le changement dans le monde.) envisagée, est abandonnée lorsqu'on découvre que sa prononciation en anglais rappelle fâcheusement le mot doomed (" condamné à un destin tragique "). Le nom de Normandie, évocateur de l'ancienneté de la France et facilement prononçable dans toutes les langues, est finalement retenu.

Le 29 octobre 1932, le paquebot est lancé en présence d'Albert Lebrun, président de la République, et de son épouse, marraine du navire. L'armement est poursuivi à flot puis, le 5 mai 1935, Normandie prend la mer (Le terme de mer recouvre plusieurs réalités.) pour effectuer ses premiers essais sur la base des Glénan. Ceux-ci sont extrêmement concluants. La vitesse (On distingue :) maximale, supérieure à 32 nœuds, fait du navire le premier prétendant français crédible au très convoité Ruban bleu (Bleu (de l'ancien haut-allemand « blao » = brillant) est une des trois couleurs primaires. Sa longueur d'onde est comprise approximativement entre 446 et 520 nm. Elle varie en luminosité du cyan...). Lancé à pleine vitesse, Normandie effectue un arrêt d'urgence en seulement 1 700 mètres, soit moins de six longueurs de carène. L'innovant mode de propulsion par turboalternateurs donne entière satisfaction. Aucun incident ou avarie n'est à déplorer excepté... un peu de vaisselle brisée. Seules des vibrations importantes dans le tiers arrière seront à signaler. Elle seront éliminées par l'adoption de nouvelles hélices après la première saison (La saison est une période de l'année qui observe une relative constance du climat et de la température. D'une durée d'environ trois mois (voir le tableau Solstice et Équinoxe ci-dessous), la...).

Une carrière d'exception peut commencer.

Carrière

Normandie arrive au Havre le 11 mai 1935 à 19 heures (L'heure est une unité de mesure  :) sous l’accueil enthousiaste des Havrais. Suivent les cérémonies de l’inauguration. On en profite pour inaugurer la gare (Une gare est d'ordinaire un lieu d'arrêt des trains. Une gare comprend diverses installations qui ont une double fonction :) maritime nouvellement construite.

Et le mercredi 29 mai 1935, à 18 heures, c'est l'appareillage pour la première traversée commerciale. Dans la matinée du 30, Normandie passe Bishop Rock, repère officiel de départ pour l'attribution du Ruban bleu. Le lundi 3 juin, le navire passe le repère d'arrivée d'Ambrose, à l'approche de New York. Il a parcouru 2 971 milles en quatre jours, trois heures et deux minutes ( Forme première d'un document : Droit : une minute est l'original d'un acte. Cartographie géologique ; la minute de terrain est la carte originale, au crayon, levée sur le terrain. ...), à la vitesse moyenne (La moyenne est une mesure statistique caractérisant les éléments d'un ensemble de quantités : elle exprime la grandeur qu'auraient chacun des membres de l'ensemble s'ils étaient tous...) de 29,94 nœuds. Le record du paquebot italien Rex est battu, le Ruban bleu est français pour la première fois. Il flotte glorieusement, long de trente mètres, au grand mât (Le mât est un espar vertical (mis à part le beaupré) servant à soutenir les voiles sur un bateau à voiles. De manière générale, c'est un pylône vertical.).

De 1935 à 1939, Normandie s'impose comme l'étalon du confort et du luxe transatlantiques. Le gratin des sociétés française et américaine prend pension dans le magnifique intérieur Art déco, goûtant une cuisine (La cuisine est l'ensemble des techniques de préparation des aliments en vue de leur consommation par les êtres humains (voir cuisinerie). La cuisine...) digne des plus grands restaurants parisiens. Le personnel de la Transat, attentif à l'extrême à ses clients sans jamais verser dans la familiarité, ne contribue pas peu à la renommée du navire et fait naître la légende du service " à la française ". Pendant ces années fastes, Normandie livre une lutte épique à son grand rival britannique le Queen Mary, lui cédant puis lui reprenant le Ruban bleu avant de le lui abandonner définitivement en 1938.

En janvier 1938 Normandie débute l'année par une croisière New York-Rio-New York, qui déclenche un énorme engouement. Le paquebot n'est pas conçu pour ce genre de voyage (Un voyage est un déplacement effectué vers un point plus ou moins éloigné dans un but personnel (tourisme) ou professionnel (affaires). Le voyage s'est...) (absence de climatisation) ; cette croisière est néanmoins un succès, et sera reconduite l'année suivante.

Le 30 août 1939, Normandie accoste à New York dans un climat (Le climat correspond à la distribution statistique des conditions atmosphériques dans une région donnée pendant une période de temps...) politique irrespirable. Le pacte germano-soviétique, signé une semaine plus tôt, a rendu (Le rendu est un processus informatique calculant l'image 2D (équivalent d'une photographie) d'une scène créée dans un logiciel de...) la guerre avec l'Allemagne quasi-certaine. Quatre jours plus tard, c'est chose faite alors que Normandie est encore à quai. Les autorités françaises ne demandant pas la conversion du navire en transport (Le transport est le fait de porter quelque chose, ou quelqu'un, d'un lieu à un autre, le plus souvent en utilisant des véhicules et des voies de communications (la route, le canal ..). Par assimilation, des actions...) de troupes, la Transat décide de le désarmer sur place pour lui éviter un hasardeux retour sous la menace des sous-marins allemands et de possibles dégâts en cas d'attaque ennemie sur Le Havre. Le 6 septembre, le personnel retourne en France hormis un équipage de veille.

L'arrêt du trafic transatlantique et la défaite de juin 1940 mettent la Transat en situation (En géographie, la situation est un concept spatial permettant la localisation relative d'un espace par rapport à son environnement proche ou non. Il inscrit un lieu dans un cadre plus général afin de le qualifier à...) financière précaire. Les salaires des marins restés à New York ne sont plus assurés. Pendant plus d'un an, ceux-ci survivront grâce à l'aide des autorités consulaires et de nombreux gestes de sympathie de la communauté française de New York, sous l'œil quelque peu soupçonneux d'une Amérique (L’Amérique est un continent séparé, à l'ouest, de l'Asie et l'Océanie par le détroit de Béring et l'océan Pacifique; et à l'est, de l'Europe et de l'Afrique par l'océan...) encore en marge du conflit. Tout change (Tout change (Everything changes) est le premier episode de la série anglaise de science fiction Torchwood se déroulant à Cardiff.) après la déclaration de guerre faite aux États-Unis par l'Allemagne le 11 décembre 1941, quatre jours après Pearl Harbor. Normandie, ne battant pas pavillon de la France libre, est juridiquement rattaché au régime de Vichy et devient donc une prise de guerre légitime. Le 16, un détachement de la marine américaine investit le navire, évacue de force (Le mot force peut désigner un pouvoir mécanique sur les choses, et aussi, métaphoriquement, un pouvoir de la volonté ou encore une vertu morale « cardinale » équivalent au courage (cf. les articles « force (vertu) »...) l'équipage français, et amène le pavillon tricolore pour hisser à sa place le drapeau américain. Les travaux débutent pour transformer Normandie, rebaptisé La Fayette le 1er janvier 1942, en transport de troupes.

L'équipage américain en charge (La charge utile (payload en anglais ; la charge payante) représente ce qui est effectivement transporté par un moyen de transport donné, et qui donne lieu à un...) du navire n'assure qu'une veille des plus sommaires, débranchant entre autres les systèmes de sécurité dont il a négligé de s'informer. L'inévitable drame éclate le 9 février 1942. Un ouvrier travaillant au chalumeau dans la salle à manger des premières classes met accidentellement le feu (Le feu est la production d'une flamme par une réaction chimique exothermique d'oxydation appelée combustion.) à un stock de gilets de sauvetage en kapok temporairement entreposé là. L'incendie, alimenté par les nombreuses boiseries non encore démontées, se propage rapidement. Les marins français, accourus sur place pour proposer leur aide, se voient refoulés par la police militaire. Les pompiers new-yorkais ne peuvent intervenir car les embouts de leurs lances à incendie sont incompatibles avec ceux du navire. Ils ne peuvent attaquer le feu qu'à l'aide de bateaux-pompes et de lances alimentées depuis la jetée (La Jetée est un film expérimental de science-fiction de Chris Marker, sorti en 1962 et d'une durée de 28 minutes. Ce film, considéré comme un...). En conséquence, la majorité des 6 000 tonnes d'eau déversées se trouve concentrée sur un côté du bateau (Un bateau est une construction humaine capable de flotter sur l'eau et de s'y déplacer, dirigé ou non par ses occupants. Il répond aux besoins du transport maritime ou fluvial, et permet diverses activités...), déséquilibrant celui-ci et entraînant son chavirage le 10 février à 2h45.

(L'origine de ce désastre est aussi attribuée selon certaines sources à un acte de sabotage d'agents allemands opérant sur le territoire (La notion de territoire a pris une importance croissante en géographie et notamment en géographie humaine et politique, même si ce concept est utilisé par d'autres sciences humaines. Dans le dictionnaire...) américain, ou à une manœuvre de la mafia pour obliger les autorités à négocier la protection des docks et réduire la peine de Lucky Luciano.)

Après de longues réflexions, le La Fayette est remis à flot le 27 octobre 1943. Il est alors jugé irréparable en raison des dommages irréversibles subis par la machine et une partie de la structure après un an et demi en immersion.

Le 3 octobre 1946, l'ex-Normandie est vendu à un ferrailleur de New York, l'entreprise Lipsett, pour 161 680 dollars. Il est entièrement démantelé.

En 51 mois (Le mois (Du lat. mensis «mois», et anciennement au plur. «menstrues») est une période de temps arbitraire.) de service commercial (Un commercial (une commerciale) est une personne dont le métier est lié à la vente.) (70 voyages), Normandie aura transporté 132 508 passagers.

Caractéristiques

  • Longueur : 313,75 m
  • Largeur : 36,40 m
  • Puissance : 160 000 ch
  • Jauge ( En tant qu'instrument de mesure : Une jauge est un instrument de mesure. On trouve par exemple : La jauge de contrainte, traduisant un effort mécanique en résistance électrique, La jauge...) brute : 79 000 tonneaux
  • Capacité de transport :
    • en " 1re classe " : 878 voyageurs
    • en " classe Touriste " : 665 voyageurs
    • en " 3e classe " : 458 voyageurs
  • État-major et équipage : 1 355 personnes

L'architecture (L’architecture peut se définir comme l’art de bâtir des édifices.)

Durant la période de dessins et d'essais de maquettes, les concepteurs de Normandie reçurent la visite d'un jeune émigré russe, Vladimir Yourkevitch. Celui-ci leur proposait un nouveau modèle de coque, dessiné par lui, et qui disait-il était très performant.

Sans grande attention, les ingénieurs testèrent le modèle de Yourkevitch, qui à leur stupéfaction se révéla bien meilleur que les maquettes réalisées par eux. Yourkevitch fut donc associé au projet et participa au dessin de la carène. Celle-ci se caractérisait par une rentrée des parois de l'avant, là où les paquebots précédents étaient plutôt renflés. Ceci permettait une meilleure pénétration de la coque mais un léger déséquilibre qui fut compensé par un bulbe (Un bulbe est une pousse souterraine verticale disposant de feuilles modifiées utilisées comme organe de stockage de nourriture par une plante à dormance.) situé sous l'étrave (L'étrave est la pièce saillante de la coque d'un navire qui prolonge la quille vers l'avant. Plus généralement, l'avant, le nez, d'un bateau. La proue, terme désignant la meme pièce du navire, n'est plus tellement...). Celle ci, au lieu d'être verticale (La verticale est une droite parallèle à la direction de la pesanteur, donnée notamment par le fil à plomb.), était incurvée. Tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou l'univers.) ceci faisait que le paquebot avait tendance à piquer (Le verbe « piquer » a de nombreuses acceptions :) dans les vagues, ce qui nécessita la construction d'un brise-lame ( Un brise-lames est une construction du type digue ou jetée, établie devant un port, un abri pour le protéger de la mer lors de mauvais temps. Le brise-lames n'est pas,...) sur la plage (La Plage est un film anglo-américain réalisé par Danny Boyle en 2000 et adapté du roman The Beach d'Alex Garland) avant. Mais toute cette architecture permit d'utiliser une surface (Une surface désigne généralement la couche superficielle d'un objet. Le terme a plusieurs acceptions, parfois objet géométrique, parfois frontière...) beaucoup plus importante pour construire les aménagements. Ceci donnait à Normandie un aspect assez trapu, atténué par l'arrondi (Un arrondi d'un nombre est une valeur approchée de ce nombre obtenue, à partir de son développement décimal, en réduisant le nombre de chiffres...) des passerelles avant. L'arrière s'étageait en majestueux encorbellements.

Élévation et coupe longitudinale
Élévation et coupe longitudinale

Trois cheminées surmontaient l'ensemble (En théorie des ensembles, un ensemble désigne intuitivement une collection d’objets (les éléments de l'ensemble),...). À l'origine, elles devaient être de type normal (cylindrique). C'est l'artiste (Est communément appelée artiste toute personne exerçant l'un des métiers ou activités suivantes :) Marin-Marie qui, alors qu'il devait dessiner une vue (La vue est le sens qui permet d'observer et d'analyser l'environnement par la réception et l'interprétation des rayonnements lumineux.) du futur paquebot, s'insurgea et dessina trois cheminées à la section en goutte d'eau (donc aérodynamique) et qui s'étageaient vers l'arrière. La troisième cheminée (Une cheminée (lat. caminus) est un conduit vertical aménagé dans un bâtiment, (un véhicule), pour évacuer les gaz et fumées toxiques d'un feu...) était factice, pour équilibrer l'ensemble, et abritait le chenil. Enfin le mât principal, plutôt que de se situer devant la passerelle et gêner la visibilité (En météorologie, la visibilité est la distance à laquelle il est possible de distinguer clairement un objet, quelle que soit l'heure. On peut mesurer la visibilité horizontale et verticale, souvent...), avait été situé sur celle-ci.

Tout ceci concourrait à donner à Normandie une silhouette novatrice pour l'époque et résolument moderne. Tous les paquebots construits depuis se sont inspirés de leur illustre prédécesseur.

La propulsion

Normandie était assez en avance sur son époque également en ce qui concernait son mode de propulsion. Comme sur toutes les grandes unités du moment, il s'agissait d'un navire dont la propulsion était assurée par vapeur (). Celle-ci était produite par chaudières de type Penhoët à " tubes d'eau ". Cependant, à la différence de ses concurrents, Normandie utilisait une transmission électrique : la vapeur produite se détendait dans des turbines couplées à des alternateurs. Le courant ainsi produit alimentait des moteurs électriques qui pouvaient être alimentés par n'importe lequel des alternateurs. Ainsi, la marche (La marche (le pléonasme marche à pied est également souvent utilisé) est un mode de locomotion naturel. Il consiste en un déplacement en appui alternatif sur les jambes, en position...) arrière s'obtenait par simple inversion de l'arrivée de courant. Bien que ce mode de transmission ait déjà existé à l'époque, il n'avait jamais été monté sur une unité aussi importante. Cette solution avait été choisie pour assurer une grande souplesse des machines.

• Les chaudières
Il y avait sur Normandie 29 chaudières principales. Ces chaudières étaient de type Penhoët, à tubes d’eau (la fumée (La fumée, parfois appelée boucane en Amérique du Nord, est un nuage de particules solides émis par un feu ou un échauffement mécanique. Ces particules sont principalement de la suie (du...) et les gaz (Un gaz est un ensemble d'atomes ou de molécules très faiblement liés et quasi-indépendants. Dans l’état gazeux, la matière n'a pas de forme propre ni de volume propre : un gaz tend...) chauds circulent autour (Autour est le nom que la nomenclature aviaire en langue française (mise à jour) donne à 31 espèces d'oiseaux qui, soit appartiennent au genre...) de tubes contenant l’eau à vaporiser). Le rendement de chauffe était de 88,5 %. Les chaudières fonctionnaient au mazout et leurs masses à vide (Le vide est ordinairement défini comme l'absence de matière dans une zone spatiale.) atteignaient 100,5 t. Elles possédaient 4 brûleurs à pulvérisation (Le terme de pulvérisation a été introduit en 1975 par J. M. Steele dans sa thèse de doctorat, à l'université Stanford.) mécanique (Dans le langage courant, la mécanique est le domaine des machines, moteurs, véhicules, organes (engrenages, poulies, courroies, vilebrequins, arbres de transmission, pistons, ...), bref, de tout ce qui produit ou...) et une surface de chauffe de 1000 m², fournissant de la vapeur surchauffée à 360 °C sous une pression (La pression est une notion physique fondamentale. On peut la voir comme une force rapportée à la surface sur laquelle elle s'applique.) de 28 kg/cm². La vapeur passait ensuite dans les turbines.

• Les turbines
Normandie comportait 4 turbines principales. Chacune disposait de 19 étages (un étage représentant un aubage fixe et un aubage mobile) de type à action (la vapeur se détend dans l’aubage fixe et l’aubage mobile utilise l’énergie de cette détente) multicellulaires. Leur puissance (Le mot puissance est employé dans plusieurs domaines avec une signification particulière :) atteignait 34 200 kW (soit 46 530 ch), avec une vitesse de rotation maximale de 2 430 tours/min. Sous ces turbines se trouvaient les condenseurs, permettant de refaire passer (Le genre Passer a été créé par le zoologiste français Mathurin Jacques Brisson (1723-1806) en 1760.) la vapeur d’eau à l’état liquide (La phase liquide est un état de la matière. Sous cette forme, la matière est facilement déformable mais difficilement compressible.). Ces turbines étaient couplées à des alternateurs (on parle donc de turbo-alternateurs), la transmission turbines-alternateurs étant synchrone.

• Les alternateurs
Les 4 alternateurs, dont la fonction était de convertir de l’énergie mécanique en énergie électrique (Un apport d'énergie électrique à un système électrotechnique est nécessaire pour qu'il effectue un travail : déplacer une charge, fournir de la lumière, calculer. Ce travail...), étaient chacun constitués d’un rotor (ou inducteur) avec 4 pôles magnétiques (2 pôles nord (Le nord est un point cardinal, opposé au sud.) et 2 pôles sud) et d’un stator (ou induit) sur lequel se trouvent 3 bobinages, décalés l’un par rapport à l’autre de 120°. Le courant courant alternatif (Le courant alternatif (qui peut être abrégé par CA, ou AC, pour Alternating Current en anglais, étant cependant souvent utilisé) est un courant électrique qui change...) triphasé (Le triphasé est un système de trois tensions sinusoïdales de même fréquence qui sont déphasées entre elles (de 120 ° ou ?π radians dans le cas idéal). Si la fréquence est de 50 Hz par exemple,...) ainsi produit atteignait une tension (La tension est une force d'extension.) de 6 000 V à une période de 81 Hz. Étant couplés avec les turbines, les alternateurs tournaient à 2 430 tours/min et leurs puissance atteint 33 200 kW (soit 45 411 ch). Ils produisaient le courant pour les moteurs.

• Les moteurs
Les moteurs, eux aussi au nombre (La notion de nombre en linguistique est traitée à l’article « Nombre grammatical ».) de 4, avaient le rôle inverse (En mathématiques, l'inverse d'un élément x d'un ensemble muni d'une loi de composition interne · notée multiplicativement, est un élément y tel que x·y = y·x = 1, si 1 désigne...) des alternateurs (ils convertissaient l’énergie électrique en énergie (Dans le sens commun l'énergie désigne tout ce qui permet d'effectuer un travail, fabriquer de la chaleur, de la lumière, de produire un mouvement.) mécanique). Leurs dimensions (Dans le sens commun, la notion de dimension renvoie à la taille ; les dimensions d'une pièce sont sa longueur, sa largeur et sa profondeur/son épaisseur, ou bien son diamètre si c'est une pièce de révolution.) étaient de 6,50 m de hauteur (La hauteur a plusieurs significations suivant le domaine abordé.), 8,00 m de longueur (La longueur d’un objet est la distance entre ses deux extrémités les plus éloignées. Lorsque l’objet est filiforme ou en forme de lacet, sa longueur est celle de...) et 6,00 m de large. Ces moteurs développaient une puissance de 40 000 ch (soit 29 420 kW), avec capacité temporaire de 50 000 ch en cas d'urgence. Chaque moteur (Un moteur est un dispositif transformant une énergie non-mécanique (éolienne, chimique, électrique, thermique par exemple) en une énergie...) était constitué d’un stator et d'un rotor de 40 pôles magnétiques. Leurs pôles étant 10 fois plus nombreux que ceux des alternateurs, les moteurs tournaient 10 fois moins vite, donc à 243 tours/min maximum. Ces moteurs étaient asynchrones lors des manœuvres de démarrage, d’arrêt et d’inversion de marche, et synchrones en marche normale. En effet, un moteur (Un moteur (du latin mōtor : « celui qui remue ») est un dispositif qui déplace de la matière en apportant de la puissance. Il effectue ce travail à partir d'une énergie (éolienne, chimique,...) asynchrone démarre seul sous l’effet du champ (Un champ correspond à une notion d'espace défini:) tournant produit par le stator, mais sa vitesse ne peut atteindre celle du champ tournant (ici de 243 tours/min) alors que le moteur synchrone, dont le rotor est excité (ou parcouru par un courant continu), avait besoin (Les besoins se situent au niveau de l'interaction entre l'individu et l'environnement. Il est souvent fait un classement des besoins humains en trois grandes catégories : les besoins primaires, les besoins...) d’être entrainé pour démarrer (compte tenu des moyens de commande des machines électriques à cette époque), mais sa vitesse est toujours proportionnelle à la fréquence (En physique, la fréquence désigne en général la mesure du nombre de fois qu'un phénomène périodique se reproduit par unité de...) du champ tournant. On comprend donc le choix des ingénieurs de faire démarrer ces moteurs en asynchrone et tourner en synchrone pour la marche normale. Le changement de sens (SENS (Strategies for Engineered Negligible Senescence) est un projet scientifique qui a pour but l'extension radicale de l'espérance de vie humaine. Par une évolution...) de rotation de ces moteurs se faisait par simple inversion des polarités du courant à l’arrivée aux moteurs, ce qui permettait à Normandie de " battre " en arrière avec 160 000 ch. Ces moteurs sont encore les plus grands construits dans le monde à ce jour (Le jour ou la journée est l'intervalle qui sépare le lever du coucher du Soleil ; c'est la période entre deux nuits, pendant laquelle les rayons du Soleil éclairent le ciel. Son début (par rapport à minuit heure locale) et sa durée...) et ont été produits, tout comme les turbo-alternateurs, par l’entreprise Alsthom de Belfort.

Décoration intérieure

Normandie représente l'archétype de la décoration intérieure des années 1930. Les plus grands noms de l'art avaient participé à sa décoration : Pierre Patout et Henri Pacon dessinèrent la salle à manger des premières classes, volume (Le volume, en sciences physiques ou mathématiques, est une grandeur qui mesure l'extension d'un objet ou d'une partie de l'espace.) immense recouvert d'or et de luminaire de Lalique. Cette disposition d'un espace aussi grand au centre du paquebot avait été obtenue en dédoublant les conduits de fumée qui se réunissaient juste sous les cheminées. Jean Dupas dessina les panneaux de laques du fumoirs et bien d'autres décorateurs participèrent à ce manifeste flottant, tant vanté par le Corbusier (Charles-Édouard Jeanneret-Gris, né le 6 octobre 1887 à La Chaux-de-Fonds, dans le canton de Neuchâtel (Suisse), et mort le 27 août 1965 à...), tel Maurice Daurat qui contribua en fabricant huit vases monumentaux en étain et palissandre. Jean de Brunhoff avait entièrement décoré la salle à manger des enfants sur le thème de sa création, l'éléphant (Les éléphantidés (Elephantidae) forment l'unique famille de mammifères de l'ordre des Proboscidiens. Cette famille comptait de très nombreuses espèces par le passé, dont le mammouth ou le stégodon.) Babar.

Beaucoup des décorations de Normandie faisaient référence, directement ou non, à la province qui lui avait donné son nom. Les dessins et photos d'époque montrent de vastes salles communes décorées avec beaucoup d'élégance. La salle à manger des premières était particulièrement remarquable, non seulement par ses dimensions (93 x 14 x 8,5 m, 700 couverts), mais aussi par la richesse de sa décoration. Afin de pallier l'absence de lumière (La lumière est l'ensemble des ondes électromagnétiques visibles par l'œil humain, c'est-à-dire comprises dans des longueurs d'onde de 380nm (violet) à 780nm (rouge). La...) naturelle, les décorateurs avaient installé douze " piliers lumineux " de cristal (Cristal est un terme usuel pour désigner un solide aux formes régulières, bien que cet usage diffère quelque peu de la définition scientifique de ce mot. Selon l'Union internationale de cristallographie, tout...) Lalique que complétaient trente-huit colonnes lumineuses murales et deux immenses chandeliers, eux aussi en cristal.

Normandie était équipé de piscines couvertes et découvertes (le second navire ainsi équipé après le paquebot italien Rex), d'une chapelle (Une chapelle est un lieu de culte chrétien qui peut, selon le cas, constituer un édifice distinct ou être intégré dans un autre bâtiment.), et d'un cinéma (On nomme cinéma une projection visuelle en mouvement, le plus souvent sonorisée. Le terme désigne indifféremment aujourd'hui une salle de projection ou l'art en lui-même.) transformable en théâtre.

De nombreux éléments de l'orfèvrerie comme les soupières avec des boules dans les poignées sont présentées à l'écomusée de Saint-Nazaire.

Bibliographie

  • Frédéric Ollivier, Normandie, un chef-d'œuvre français, Chasse-marée, 2005
  • Collectif, Normandie, l'épopée du géant des mers, Herscher
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