Mandragore - Définition et Explications

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Introduction

Mandragore officinale
 Mandragore méditerranéenne (Riserva dello Zingaro, Sicile)
Classification de Cronquist
Règne Plantae
Division (La division est une loi de composition qui à deux nombres associe le produit du premier par l'inverse du second. Si un nombre est non nul, la fonction "division par ce nombre" est la...) Magnoliophyta
Classe Magnoliopsida
Ordre Solanales
Famille Solanaceae
Genre Mandragora
Nom binominal
Mandragora officinarum
L., 1753
Classification APG III (La classification APG III (2009), ou classification phylogénétique, est la troisième version classification botanique des angiospermes établie par l'Angiosperms...)
Ordre Solanales
Famille Solanaceae

La mandragore (Mandragora officinarum) est une espèce (Dans les sciences du vivant, l’espèce (du latin species, « type » ou « apparence ») est le taxon de base de la...) de plante herbacée (Une plante herbacée a au moins une de ces caractéristiques : fleur, feuille, rameau ou écaille verticullée, feuille réduite a des collerettes et placée les une au dessus des autre et sporanges groupés au sommet de la tige, une...) vivace, des pays (Pays vient du latin pagus qui désignait une subdivision territoriale et tribale d'étendue restreinte (de l'ordre de quelques centaines de km²), subdivision de la civitas gallo-romaine. Comme la civitas qui subsiste le...) du pourtour méditerranéen, appartenant à la famille des solanacées, voisine de la belladone. Cette plante (Les plantes (Plantae Haeckel, 1866) sont des êtres pluricellulaires à la base de la chaîne alimentaire. Elles forment l'une des subdivisions (ou règne) des Eucaryotes. Elles sont, avec les autres...), riche en alcaloïdes aux propriétés hallucinogènes, est entourée de nombreuses légendes, les Anciens lui attribuant des vertus magiques extraordinaires.

Nom

Nom scientifique (Un scientifique est une personne qui se consacre à l'étude d'une science ou des sciences et qui se consacre à l'étude d'un domaine avec la rigueur et les...)

Dans la première édition de Species Plantarum en 1753, Linné ne reconnait qu'une espèce de mandragore qu'il nomme Mandragora officinarum. Mais dans des publications ultérieures (1759, 1762) , en raison de sa ressemblance avec la belladone (Atropa belladonna), il change d'avis (Anderlik-Varga-Iskola-Sport (Anderlik-Varga-Ecole-Sport) fut utilisé pour désigner un projet hongrois de monoplace de sport derrière lequel se cachait en fait un monoplace de...) et la dénomme Atropa mandragora. Au XIXe siècle et au début du XXe siècle, les botanistes ont multiplié les descriptions de nouvelles espèces et sous-espèces du genre Mandragora. La tendance ne s'est inversée qu'après 1950 et a abouti en 1998, avec la révision du genre Mandragora proposée Ungricht et al., à un genre ne comprenant que trois espèces : la mandragore méditerranéenne (M. officinarum L.), la mandragore sino-himalayenne (M. caulescens C.B. Clarke) et une mandragore très localisée dans le Turkménistan Mandragora turcomanica Mizg.

Étymologie

Le terme français de "mandragore" vient du latin mandragoras tiré lui même du grec μανδραγόρας (mandragoras). Ces trois termes désignent la même plante dans ces différentes langues. L'étymologie du mot grec est obscure. Pour certains, le grec "mandragoras" viendrait du nom de la mandragore en assyrien "nam. tar. ira", morphologiquement "la drogue (Une drogue est un composé chimique, biochimique ou naturel, capable d'altérer une ou plusieurs activités neuronales et/ou de perturber...) (mâle) de Namta", Namta étant un démon pestilentiel provoquant des maladies. Pour d'autres, l'origine viendrait du sanscrit mandros signifiant "sommeil (Le sommeil est un état naturel récurrent de perte de conscience (mais sans perte de la réception sensitive) du monde extérieur,...)" et agora signifiant "substance".

Synonymes

  • Voir aussi Wikispecies.
Atropa mandragora L., 1759, nom. illeg. Mandragora foemina Garsault, 1764.
Mandragora mas Garsault, 1764. Mandragora acaulis Gaertn., 1791.
Atropa humilis Salisb., 1796. Atropa acaulis Stokes, 1812.
Mandragora autumnalis Bertol., 1820. Mandragora vernalis Bertol., 1824.
Mandragora praecox Sweet, 1827. Mandragora neglecta G. Don ex Loudon, 1830.
Mandragora microcarpa Bertol., 1835. Mandragora haussknechtii Heldr. 1886.
Mandragora ×hybrida Hausskn. & Heldr. 1886. Mandragora hispanica Vierh. in Osterr. 1915.

La Mandragore dans la culture

Histoire des croyances

Mandragores mâle et femelle (En biologie, femelle (du latin « femella », petite femme, jeune femme) est le sexe de l'organisme qui produit des ovules, dans le cadre d'une reproduction anisogamique.). Manuscrit Dioscurides neapolitanus, Biblioteca Nazionale di Napoli, début du VIIe siècle.

En raison de la forme vaguement humaine de sa racine et de ses composés alcaloïdes psychotropes, la mandragore a été associée depuis l'antiquité à des croyances et des rituels magiques.

Ancienne Égypte et Proche Orient (L'orient correspond au point cardinal est, et s'oppose à l'occident (l'ouest).)

Une plante représentée sur le trône de Toutankhamon pourrait être une mandragore (Hepper 1990) mais cette plante n'étant pas indigène en Égypte, il aurait fallu qu'elle y soit cultivée.

Il existe aussi une longue tradition, remontant au Moyen Age consistant à identifier à la mandragore une plante citée dans la Bible, sous le nom de dudaim. Dans le trentième chapitre de la Genèse (compilée vers 440 av JC), il est fait mention d'une plante appelée dûda'îm dans le texte hébreu. Léa, la première épouse de Jacob, avait cessé d'enfanter. Ruben, leur fils aîné, rapporte à sa mère des dûda'îm. Rachel, sœur de Léa, seconde ( Seconde est le féminin de l'adjectif second, qui vient immédiatement après le premier ou qui s'ajoute à quelque chose de nature identique. La...) épouse et la préférée de Jacob, demande à sa sœur de les lui donner. Celle-ci n'accepte qu'en échange de passer (Le genre Passer a été créé par le zoologiste français Mathurin Jacques Brisson (1723-1806) en 1760.) la nuit avec Jacob, ce à quoi Rachel consent. Léa concevra cette nuit-là et donnera plus tard naissance à Issacar en disant: "Dieu m'a donné mon salaire" (Genèse 30:14-18).

Le terme de dûda'îm pose toujours le problème de sa traduction aux herméneutes.

Antiquité gréco-latine

Les médecins grecs prescrivaient la mandragore contre la mélancolie (Le terme mélancolie recouvre plusieurs significations qui relèvent de son histoire dans la médecine, la psychiatrie, la psychanalyse et la philosophie ainsi qu'en littérature.) et la dépression. Hippocrate (Hippocrate le Grand ou Hippocrate de Cos (en grec : Ἱπποκράτης), né vers 460 av. J.-C dans l’île de Cos et mort vers 370 av. J.-C à Larissa, est un...) (460-380 av JC) conseillait "Au gens tristes, malades et qui veulent s'étrangler, faites prendre le matin en boisson la racine de mandragore à dose moindre qu'il n'en faudrait pour causer le délire (En psychopathologie, en neurologie et en psychiatrie, le délire est une perturbation globale, parfois aiguë et réversible, parfois chronique, du fonctionnement de la pensée. Il représente un symptôme, et en ce...)" (VI, 329, n°39 trad Littré).

Théophraste (372-288 av JC) rapporte que la racine traite les maladies de peau (La peau est un organe composé de plusieurs couches de tissus. Elle joue, entre autres, le rôle d'enveloppe protectrice du corps.) et la goutte et que les feuilles sont efficaces pour soigner les blessures. Ses propriétés sédatives lui étaient aussi connues puisqu'il dit qu'elle est bonne pour le sommeil. (H.P. IX, 9,1).

Au premier siècle (Un siècle est maintenant une période de cent années. Le mot vient du latin saeculum, i, qui signifiait race, génération. Il a ensuite indiqué la durée d'une...) de notre ère, le médecin (Un médecin est un professionnel de la santé titulaire d'un diplôme de docteur en médecine. Il est chargé de soigner les maladies, pathologies, et blessures de ses...) grec Dioscoride, en donne une description assez précise.

Pline l'Ancien, le naturaliste (Le mot naturaliste fait référence au domaine des sciences naturelles. L'adjectif qualifie une personne ou un groupe (association, société savante.. )) romain de la même époque, en donne une description très proche :

On a identifié l'espèce mâle ou blanche à Mandragora officinarum L. et l'espèce femelle ou noire à Mandragora automnalis Bertol., espèce qui maintenant n'est plus qu'une forme possible de M. officinarum L.

Dioscoride énumère de nombreuses maladies où la mandragore est d'un grand secours. Un verre (Le verre, dans le langage courant, désigne un matériau ou un alliage dur, fragile (cassant) et transparent au rayonnement visible. Le plus souvent, le verre est...) d'une décoction obtenue en faisant réduire la racine dans du vin est utile « quand on ne peut dormir, ou pour amortir une douleur (La douleur est la sensation ressentie par un organisme dont le système nerveux détecte un stimulus nociceptif. Habituellement, elle...) véhémente, ou bien avant de cautériser ou couper un membre, pour se garder de sentir la douleur ». La racine préparée avec du vinaigre (Le vinaigre est un liquide acide (pH généralement compris entre 2 et 3), obtenu grâce à l'oxydation de l'éthanol dans le vin, le cidre,...) guérit les inflammations de la peau, avec du miel ou de l'huile (L'huile est un terme générique désignant des matières grasses qui sont à l'état liquide à température ambiante et qui ne se mélangent pas à l'eau, mais, est cependant plus...), elle est bonne contre les piqures de serpent, avec de l'eau (L’eau est un composé chimique ubiquitaire sur la Terre, essentiel pour tous les organismes vivants connus.), elle traite les écrouelles et les abcès (Un abcès est une accumulation locale de pus après nécrose dans une cavité néoformée. Un abcès superficiel peut présenter des symptômes comme rougeur, douleur et chaleur...). Le jus fait venir les menstrues et précipite l'accouchement. Prudemment, Dioscoride met en garde contre la toxicité (La toxicité (du grec τοξικότητα toxikótêta) est la mesure de la capacité d’une substance à provoquer des effets...) de la plante "Toutefois, il faut se garder d'en boire trop, car il [le jus] ferait mourir la personne".

Pline nous signale aussi des indications proches de celles de Dioscoride. L'usage (L’usage est l'action de se servir de quelque chose.) comme narcotique et analgésique revient toujours :

Théophraste signale aussi des propriétés aphrodisiaques (IX, 8, 8) et Dioscoride indique qu'elle servait à confectionner des philtres (M.M., IV, 75, 1).

A côté de ces observations très pertinentes (connaissant maintenant les composés actifs de la plante), on trouve dans les textes d'autres considérations très déconcertantes pour un homme (Un homme est un individu de sexe masculin adulte de l'espèce appelée Homme moderne (Homo sapiens) ou plus simplement « Homme ». Par distinction, l'homme prépubère est...) moderne. Par exemple, Théophraste nous indique que lors de la cueillette il faut

.

Pour comprendre ces pratiques étranges nous devons faire une petite digression sur l'histoire des sciences (L'histoire des sciences est l’étude de l'évolution de la connaissance scientifique. La science, en tant que corpus de connaissances mais également comme manière...) hellènes. De nombreux textes sur les plantes qui nous sont parvenus de l'Antiquité étaient écrits par des philosophes, des naturalistes ou des médecins. Les naturalistes étudiaient les plantes pour elles-mêmes et insistaient sur l'importance de l'observation (L’observation est l’action de suivi attentif des phénomènes, sans volonté de les modifier, à l’aide de moyens d’enquête et d’étude appropriés. Le plaisir procuré...). D'autres comme les médecins s'efforçaient de concevoir une approche expérimentale ( En art, il s'agit d'approches de création basées sur une remise en question des dogmes dominants tant sur le plan formel, esthétique, que sur le plan culturel et politique. En science, il s'agit d'approches de recherche...) permettant d'identifier correctement les plantes et d'observer leurs effets thérapeutiques sur les malades. La constitution de nouveaux domaines de connaissance scientifiques autonomes se fit donc en se libérant de la religion et de la magie. Mais après les conquêtes moyen-orientales d'Alexandre le Grand au IVe siècle av J.C., la pensée magique mésopotamienne et égyptienne fit une grande percée en Grèce. « A partir du IIIe siècle av. J.C. précisément, la séduction de l'irrationnel sous des formes diverses commence à exercer des ravages jusque dans les milieux intéressés aux choses de l'esprit et à la connaissance du monde » (J. Beaujeu ).

Les magiciens pensaient qu'il existait des relations intimes entre les différents objets et les différent êtres vivants. Pour eux, les plantes sont des êtres animés doués d'une âme car étroitement soumises à l'action de divinités ou de forces astrales. Comme les médecins, ils désiraient soigner les malades mais ils avaient une toute autre conception de la maladie (La maladie est une altération des fonctions ou de la santé d'un organisme vivant, animal ou végétal.). Comme le dit Guy Ducourthial « Ils considèrent qu'elle n'a pas de cause naturelle, mais qu'elle est envoyée aux humains par des divinités pour les punir de leurs fautes. Pour guérir les individus malades, ils prétendent pouvoir contraindre ces divinités à détourner l'influence néfaste qu'elles exercent sur eux, mais aussi "maîtriser" un certain nombre (La notion de nombre en linguistique est traitée à l’article « Nombre grammatical ».) de plantes qu'ils ont sélectionnées, c'est-à-dire les soumettre à leurs injonctions et les obliger à abandonner leurs propriétés pour qu'ils puissent en disposer à leur gré. Pour atteindre leur but, ils doivent accomplir un certain nombre de gestes précis et souvent mystérieux, prononcer incantations et formules secrètes et réciter des prières particulières, notamment lors de la récolte (La Récolte (Countrycide) est le sixième épisode de la série anglaise de science fiction Torchwood.) des plantes qu'il faut effectuer à des moments particuliers ».

Ainsi le cercle (Un cercle est une courbe plane fermée constituée des points situés à égale distance d'un point nommé centre. La valeur de cette distance est appelée...) tracé autour (Autour est le nom que la nomenclature aviaire en langue française (mise à jour) donne à 31 espèces d'oiseaux qui, soit appartiennent au genre Accipiter, soit constituent les 5 genres Erythrotriorchis,...) de la plante crée un espace magiquement clos, enfermant la plante et permettant au magicien de s'en rendre maître. Les rituels magiques donnés par Théophraste sont repris par Pline mais Dioscoride s'abstient d'en parler.

En tant que plante magique, la mandragore est appelée kirkaia, en référence à la magicienne Circé. Les astrologues ont attribué la mandragore au signe du Cancer (Le cancer est une maladie caractérisée par une prolifération cellulaire anormalement importante au sein d'un tissu normal de l'organisme, de telle manière que la survie de ce dernier est menacée. Ces cellules dérivent...) (karkinos) qui régit le corps humain (Le corps humain est la structure physique d'une personne.) de la poitrine au ventre. Il en résulte qu'elle contrôle (Le mot contrôle peut avoir plusieurs sens. Il peut être employé comme synonyme d'examen, de vérification et de maîtrise.) la rate (La rate (en grec ancien σπλήν (splēn), en latin lien, d'où les adjectifs splénique et liénal) est un organe fragile, profond, situé dans l'hypochondre gauche en regard de la 10e...), organe (Un organe est un ensemble de tissus concourant à la réalisation d'une fonction physiologique. Certains organes assurent simultanément plusieurs...) responsable des accès de mélancolie.

Moyen Age occidental

Le rituel d'arrachage de la mandragore change dès le début du Moyen Age et peut être même avant en Palestine. Le collecteur de plantes doit maintenant pour dégager la racine, l'attacher à un chien (Le chien (Canis lupus familiaris) est un mammifère domestique de la famille des canidés, proche du loup et du renard. Autrefois regroupé dans une espèce à part entière, connue sous le nom scientifique de...) et attirer l'animal (Un animal (du latin animus, esprit, ou principe vital) est, selon la classification classique, un être vivant hétérotrophe, c’est-à-dire...) au loin. Cette plante a une telle puissance (Le mot puissance est employé dans plusieurs domaines avec une signification particulière :) magique que si l'herboriste s'aventurait à la déraciner lui-même, il s'exposerait à une mort (La mort est l'état définitif d'un organisme biologique qui cesse de vivre (même si on a pu parler de la mort dans un sens cosmique plus général, incluant...) certaine. Les textes ajoutent même "que cette racine a en soi une telle puissance divine que, lorsqu'elle est extraite, au même moment, elle tue aussi le chien" (Herbarius Apulei, 1481). Le Quellec fait remonter l'ancienneté de cette tradition au début du VIe siècle. En l'an 520, le manuscrit de Dioscoride de Vienne est illustré par deux miniatures sur lesquelles on voit une racine de mandragore attachée au cou (Le cou est la région du corps qui est située entre la tête et le reste du corps (torse ou tronc).) d'un chien mort, gueule béante.

Au premier siècle, Flavius Josèphe avait déjà décrit dans la Guerre des Juifs, VII, 6, 183, un rituel identique appliqué à l'arrachage d'une plante qu'il appelle baaras. La plante est cependant mal identifiée et il n'est pas certain qu'il s'agisse de la mandragore comme Hugo Rahner (1954) l'a supposé.

Les précautions lors de la cueillette sont aussi énoncées dans les écrits de Paracelse (Philippus Theophrastus Aureolus Bombastus von Hohenheim, dit Paracelse, né en 1493 ou 1494 à Einsiedeln (près de Zurich) en Suisse centrale, mort le 24 septembre 1541 à Salzbourg en Autriche, fut un alchimiste,...) (1493-1541). Pour se procurer la racine de mandragore si dangereuse, il fallait des rituels magiques. Celui qui arrache la mandragore sans précaution, s'il ne devient pas fou en entendant les hurlements de la plante, sera poursuivi par sa malédiction...

Arrachage d'une mandragore. Manuscrit Tacuinum Sanitatis, Bibliothèque nationale de Vienne, v. 1390.

Selon les divers écrits décrivant les rituels, on sait qu'ils se déroulaient les nuits de pleine lune (La pleine Lune est la phase lunaire durant laquelle la Lune apparaît la plus brillante depuis la Terre, de par le fait que nous voyons, lors de cette phase, presque toute la surface lunaire éclairée par le Soleil. La...). Les mandragores qui poussaient au pied des gibets étaient très prisées car on les disait fécondées par le sperme des pendus, leur apportant vitalité, mais celles des places de supplice ou de crémation (La crémation est une technique funéraire visant à brûler et réduire en cendres le corps d'un être humain mort. Avec l'enterrement, c'est l'une des techniques les plus...) faisaient aussi parfaitement l'affaire. Des « prêtres » traçaient avec un poignard rituel trois cercles autour de la mandragore et creusaient ensuite pour dégager la racine, le cérémonial étant accompagné de prières et litanies. Une jeune fille était placée à côté de la plante pour lui tenir compagnie. On passait également une corde autour de la racine et on attachait l'autre extrémité au cou d'un chien noir affamé que l'on excitait au son du cor. Les prêtres appelaient alors au loin le chien pour qu'en tirant sur la corde il arrache la plante. La plante émettait lors de l'arrachage un cri d'agonie insoutenable, tuant l'animal et l'homme non éloigné aux oreilles non bouchées de cire (Chimiquement, la cire est un ester de l'éthylène glycol et de deux acides gras ou un monoester d'acide gras et d'alcool à longues chaines. Le...). La racine devenait magique après lavage, macération et maturation en linceul ; elle représentait l'ébauche de l'homme, « petit homme planté » ou homonculus. Ainsi choyée, elle restait éternellement fidèle à son maître et procurait à son possesseur, prospérité prodigieuse, abondance de biens, et fécondité. Elle était vendue très cher en raison du risque à la cueillette, et ce d'autant plus que la forme était humaine, de préférence sexuée par la présence de touffes judicieusement disposées.

En Europe (L’Europe est une région terrestre qui peut être considérée comme un continent à part entière, mais aussi comme l’extrémité occidentale du continent...), on trouve à partir du IXe siècle dans la littérature médicale la description de narcose par inhalation d'une éponge soporifique (spongia soporifera). Une série de recettes allant du IX e au XVIe siècle et provenant de divers pays nous sont parvenues. La plupart se trouvent dans des manuels de chirurgie (La chirurgie est une technique médicale consistant en une intervention physique sur les tissus, notamment par incision et suture. Un médecin spécialisé dans...) ou dans des antidotaires. La plus ancienne connue est celle de l'Antidotaire de Bamberg, Sigerist ; elle comporte de l'opium, de la mandragore, de la ciguë aquatique (cicute) et de la jusquiame. Au XIIe siècle, à l’école de médecine (La médecine (du latin medicus, « qui guérit ») est la science et la pratique (l'art) étudiant l'organisation du corps humain...) de Salerne, Nicolaus Praepositus, pronait aussi dans son Antidotarium l'usage d'une éponge soporifique dans certaines opérations chirurgicales. Elle était imbibée d'un mélange (Un mélange est une association de deux ou plusieurs substances solides, liquides ou gazeuses qui n'interagissent pas chimiquement. Le résultat de...) de jusquiame, de jus de mûre (La mûre est le nom donné à deux fruits issus de deux végétaux de genres différents : Morus et Rubus. Les deux fruits présentent un aspect et un goût très similaires.) et de laitue (Les laitues (genre Lactuca) sont des plantes annuelles de la famille des Astéracées (Composées) dont certaines espèces sont cultivées...), de mandragore et de lierre.

Début de l'époque moderne

L'onguent des sorcières

On trouve aussi parfois la mandragore et la jusquiame dans la composition d'onguents utilisés par les sorcières. Une croyance très répandue au XVIe et XVIIe siècles, voulait que les sorcières s'enduisaient le corps d'un onguent avant de s'envoler dans les airs pour aller au sabbat. Elles s'y rendaient à cheval (Le cheval (Equus ferus caballus ou equus caballus) est un grand mammifère herbivore et ongulé appartenant à l'une des sept espèces de la famille des équidés. Il a évolué au cours des...) sur un balai ou une fourche, enduits eux aussi d'onguent.

Les accusations qui conduisaient les sorcières au bûcher comportaient deux composants : les maléfices et le pacte avec le Diable. L'action judiciaire s'ouvrait sur une plainte pour les maléfices répétées d'une jeteuse de sort qui était censée provoquer la mort de nouveau-nés, faire tomber la grêle (La grêle est un type de précipitation qui se forme dans des orages particulièrement forts lorsque l'air est très humide et que les courants ascendants sont...) sur les récoltes, etc. L'accusation d'assistance au sabbat n'apparaissait que plus tard, lorsque les juges ecclésiastiques s'emparaient du dossier. A l'époque, tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou l'univers.) le monde (Le mot monde peut désigner :) croyait au Diable. Il ne faisait pas l'ombre (Une ombre est une zone sombre créée par l'interposition d'un objet opaque (ou seulement partiellement opaque) entre une source de lumière et la surface sur laquelle se réfléchit cette...) d'un doute, qu'en concluant un pacte avec le Diable, la sorcière pouvait d'accomplir des maléfices redoutables et travailler à la ruine (Une ruine est le reste d'un édifice dégradé par le temps ou une destruction plus rapide. Elle apparaît souvent dans la peinture occidentale avec pour effet de donner un caractère romantique au...) de l'Église (L'église peut être :) et de l'État. Des dizaines de milliers de sorciers et sorcières furent ainsi envoyés au bûcher en toute bonne conscience des autorités. Seuls quelques scientifiques et médecins humanistes dénoncèrent ces persécutions et osèrent soutenir que le sabbat n'était qu'une illusion.

Le problème de la réalité du sabbat fut d'ailleurs posé à peu près en ces termes par des scientifiques dès le XVIe siècle. La description d'assemblées démoniaques et de leur prodiges (vol, métamorphose en bête) a-t-elle une réalité objective ou est-elle le résultat de la consommation de drogues hallucinogènes?

Dès cette époque, un médecin et humaniste espagnol, Andrés Laguna, arrive à la conclusion que tout ce que croyaient faire les sorcières était le résultat de la prise de substances narcotiques. et donc que le sabbat était le seul produit de leur imagination. Laguna raconte, dans son commentaire de Dioscoride (1555), comment se trouvant en Lorraine, il fut le témoin de l'arrestation et de la condamnation à mort sur le bûcher de deux vieillards accusés de sorcellerie. Il se procura alors l'onguent qui avait été trouvé dans l'ermitage où ils vivaient pour tester l'effet d'un tel produit. Il fit enduire entièrement une de ses patiente insomniaque. Celle-ci tomba aussitôt dans un profond sommeil et se réveilla 35 heures (L'heure est une unité de mesure  :) plus tard en disant à son mari en souriant qu'elle l'avait cocufiait avec un beau jeune homme. Pour Laguna le liniment était fabriqué avec « des herbes au dernier degré (Le mot degré a plusieurs significations, il est notamment employé dans les domaines suivants :) froides et soporifiques, comme sont la ciguë, la morelle (Morelle est un nom vernaculaire ambigu désignant en français certaines plantes du genre Solanum. Il est utilisé aussi d'une façon indistincte pour...) endormante, la jusquiame et la mandragore ».

Actuellement, les nombreuses études historiques des aveux des sorcières ne permettent toutefois pas de conclure que les sorcières étaient des droguées. Si on a le témoignage de quelques sorcières utilisant des drogues hallucinogènes, le phénomène n'était pas généralisé et ne peut constituer une explication générale.

La Mandragore est aussi utilisée dans certains rituels du culte vaudou.

La mandragore. Dioscoride de Vienne, VIe siècle
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