Armorique
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Le mot Armorique est le nom donné dans l'Antiquité à une large région côtière située aujourd'hui en France métropolitaine et s'étendant de Pornic près de Nantes à Dieppe au nord du pays de Caux. Elle recouvre donc l'actuelle région Bretagne, le nord-ouest (Le nord-ouest est la direction entre les points cardinaux nord et ouest. Le nord-ouest est opposé au sud-est.) de la région Pays (Pays vient du latin pagus qui désignait une subdivision territoriale et tribale d'étendue restreinte (de l'ordre de quelques centaines de km²), subdivision de la civitas gallo-romaine. Comme la civitas qui...) de la Loire et la totalité du littoral normand. Elle était peuplée de tribus celtes regroupées au sein d'une Confédération armoricaine.

Strabon, géographe grec, et Posidonios décrivent les Armoricains (Armoricani) comme trouvant leur origine dans le groupe des Gaulois belges (Belgae) dont Jules César disait d'eux : " Horum omnium fortissimi sunt Belgae " ( " De tous, les Belges sont les plus valeureux ").

Origine du nom

Cette partie maritime de la Gaule avec son arrière-pays se nommait alors[1] en celtique continental ou gaulois Aremorica le pays qui fait face à la mer ", le pays des Aremorici ceux qui habitent devant la mer, près de la mer " : Armorica est la latinisation de ce terme.

On peut décomposer le mot ainsi :

  • ari " provient de l’indo-européen " pri " devant, auprès (vieil irlandais : " air, ar ", devant, gallois " er " = pour),
  • mori " = mer (irlandais " muir ", génitif " mara " thème en " i " ; gallois et breton : " mor ").

Aremorici : antemorini quia are ante, more mare, morici marini. " 
Glossaire d'Endlicher, bibliothécaire (Un bibliothécaire désigne d'une manière générale une personne à qui sont confiées des tâches de gestion des collections et d'aide aux usagers dans une...) de la Bibliothèque Palatine, Vienne, Autriche, 1836

Aremorici, antemarini quia are ante; cf. arm. mod. "arvor. " 
Joseph Loth, Chrestomathie bretonne, armoricain, gallois, cornique. Paris (Paris est une ville française, capitale de la France et le chef-lieu de la région d’Île-de-France. Cette ville est construite sur une boucle de la...), Émile Bouillon Libraire-Editeur, 1890

Aremorici, (tardif: armorici) "antemarini", var. aremurici (Glossaire de Vienne) ; irl. "air, gall. bret. "ar- "sur". " 
Georges Dottin, La langue gauloise, grammaire, texte et glossaire. Paris, C.Klincksieck, 1920

En gaulois "Aremorica", anciennement " Paremorica ", " le (pays) devant la mer ", nom de la péninsule qui deviendra la Bretagne. Étaient dits aussi Armoricains à l'époque de César, les peuples riverains de la Manche. " 
Paul-Marie Duval, Les Celtes, Gallimard, Paris, 1977

Premières populations celtiques

À l'époque gauloise, l'Armorique (Le mot Armorique est le nom donné dans l'Antiquité à une large région côtière située aujourd'hui en France métropolitaine et s'étendant de Pornic près de Nantes à Dieppe au nord du pays de Caux. Elle recouvre...) était une vaste confédération de peuples gaulois s'étendant sur les 4 départements de la région Bretagne actuelle (Morbihan, Ille-et-Vilaine, Finistère et Côtes-d'Armor), la partie nord-ouest de la région Pays de la Loire (Loire-Atlantique, Anjou, Sarthe, Mayenne) et la quasi-totalité de la Normandie (Manche, Calvados, Eure, Seine-Maritime) et leurs territoires limitrophes.

Les frontières de cette "confédération armoricaine" ne sont pas définies si précisément. D'autres auteurs proposent des hypothèses différentes :

  • pour certains, l'Armorique allait de l'embouchure de la Gironde[2] jusqu'à l'embouchure de la Seine, car à l'époque du " tractus Armoricanus et Nervicanus " (380), la province romaine d'Armorique s'étendait jusqu'à l'estuaire (L'estuaire est la portion de l'embouchure d'un fleuve où l'effet de la mer ou de l'océan dans lequel il se jette est perceptible. Cette définition conduit à une controverse. Ainsi certains défendent l'idée que l'estuaire d'un fleuve...) de la Gironde.
  • pour d'autres elle était réduite à la Bretagne historique plus les départements de la Manche (presqu'île (Une île est une étendue de terre entourée d'eau, que cette eau soit celle d'un cours d'eau, d'un lac ou d'une mer. Son étymologie latine, insula, a donné l'adjectif « insulaire » ; on dit aussi...) du Cotentin) et du Calvados jusqu'à la Seine avec peut être un petit bout de l'Orne.

Ces dernières configurations peuvent difficilement être retenues car on sait d'une part que les Pictons (du Poitou) et les Santons (de la Saintonge), ennemis jurés des Vénètes, n'ont jamais été nommés Armoricains, et d'autre part que les Calètes (celtique Caleti, du pays de Caux, Dieppe, Fécamp) ont été confirmés comme Armoricains.

L'Armorique était habitée à l'ouest (L’ouest est un point cardinal, opposé à l'est. C'est la direction vers laquelle se couche le Soleil à l'équinoxe, le couchant (ou ponant).) par les Osismes (celtique Osismii), que le navigateur grec Pythéas connaît sous le nom d'Ostimioi. Leur nom signifie " les plus hauts " ou " ceux du bout du monde ". Au sud (Le sud est un point cardinal, opposé au nord.) il y avait les Vénètes (celtique Veneti) qui ont impressionné César par leur puissance :

Par leur marine considérable, leur supériorité nautique bien reconnue et leurs relations commerciales avec l'Ile de Bretagne, les Vénètes étaient devenus un peuple très puissant, dont l'autorité s' étendait au loin sur tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou l'univers.) le littoral de la Gaule et de la Bretagne insulaire. Ils possédaient un petit nombre (La notion de nombre en linguistique est traitée à l’article « Nombre grammatical ».) de ports situés sur cette mer ouverte et orageuse à de grandes distances les uns des autres et rendaient tributaires presque tous les navigateurs obligés de passer (Le genre Passer a été créé par le zoologiste français Mathurin Jacques Brisson (1723-1806) en 1760.) dans leurs eaux. " 
César, Guerre des Gaules, III,8

Les Vénètes, influente cité (La cité (latin civitas) est un mot désignant, dans l’Antiquité avant la création des États, un groupe d’hommes sédentarisés libres...) maritime de commerçants et de marins, comme Venise ou Saint-Malo, avaient une forte organisation (Une organisation est) et était dotée d'un Sénat. Ils avaient notamment une flotte importante qui favorisait la richesse de l'Armorique. Ils commerçaient des Îles britanniques jusqu'en Italie dont ils diffusaient les produits : les perles (Suétone, César, 47), les situles, les vases de bronze (Le bronze est le nom générique des alliages de cuivre et d'étain. Le terme airain désigne aussi le bronze, mais est plutôt employé en poésie et dans les textes...), les coupes, des onéchoés, des statuettes de dieux, des bijoux et des parures de luxe, des armes. Ces marchandises qui accompagnaient les amphores de vin et d'huile (L'huile est un terme générique désignant des matières grasses qui sont à l'état liquide à température ambiante et qui ne se mélangent pas à...) étaient chargées à Ostie, Pouzzoles ou Ansedonia et étaient ensuite acheminés sur des navires vers Narbonne d'où elles gagnaient l'Atlantique par voie de terre (La Terre est la troisième planète du Système solaire par ordre de distance croissante au Soleil, et la quatrième par taille et par...) en passant par le seuil du Lauragais, Toulouse et enfin Bordeaux. Une autre voie commerciale existait qui suivait la vallée (Une vallée est une dépression géographique généralement de forme allongée et façonnée dans le relief par un cours d'eau (vallée fluviale) ou un glacier (vallée glaciaire). Un espace en...) du Rhône (Le Rhône est un fleuve d'Europe. Long de 812 kilomètres, il prend sa source, dans le glacier du Rhône, à Gletsch, en Suisse, à l'extrémité est du canton...) puis celle de la Loire[3].

Au départ de Bordeaux et de Nantes les navires longeaient les côtes en faisant du cabotage (Le cabotage désigne un genre de navigation maritime qui consiste à se déplacer de port en port en restant à proximité des côtes. Ce terme désigne initialement une activité de transport...) vers Vannes et tous les autres ports pour alimenter la grande péninsule jusqu'à atteindre la région malouine à Alet. De ce port les marchandises étaient convoyées vers les côtes sud de la Bretagne insulaire et notamment vers l'emporion d'Hengistbury Head non loin de Bournemouth dans le Dorset actuel[4], où on a retrouvé quantité (La quantité est un terme générique de la métrologie (compte, montant) ; un scalaire, vecteur, nombre d’objets ou d’une autre manière de dénommer la valeur d’une collection ou un groupe de choses.) de tessons d'amphores à vin romaines et de céramiques osismes et coriosolites et beaucoup de monnaies de la grande péninsule armoricaine, pour la plupart coriosolites.

Par l'intermédiaire des Vénètes, la péninsule armoricaine vendait aux Romains et aux Italiens l'étain et le cuivre (Le cuivre est un élément chimique de symbole Cu et de numéro atomique 29. Le cuivre pur est plutôt mou, malléable, et présente sur ses surfaces fraîches une...) de la Bretagne insulaire[5], de l'ambre, des esclaves[6], des chiens de chasse, du plomb (Le plomb est un élément chimique de la famille des cristallogènes, de symbole Pb et de numéro atomique 82. Le mot et le symbole viennent du latin plumbum.) (de Poullaouen), du sel, des peaux, de l'or, entre autres productions ; les salaisons et les charcuteries armoricaines étaient déjà bien connues et appréciées à Rome.

Les Vénètes résidaient dans le Morbihan actuel et donnèrent leur nom à la ville (Une ville est une unité urbaine (un « établissement humain » pour l'ONU) étendue et fortement peuplée (dont les habitations doivent être à moins de 200 m chacune, par opposition aux villages) dans...) de Vannes ; ils portent curieusement le même nom que les autres Vénètes qui fondèrent une autre puissante cité commerçante et maritime : Venise.

Dans la période précédant la conquête romaine, les Vénètes et les Lexoviens étaient gouvernés par un Sénat, expression politique d'une bourgeoisie de commerçants et d'industriels qui avait pris le pas sur l'ancienne caste guerrière celtique en déclin. Les peuples de la Gaule étaient dirigés auparavant par une noblesse de type archaïque avec les différentes strates de sa hiérarchie. Cette noblesse s'était constituée tout au long des temps (Le temps est un concept développé par l'être humain pour appréhender le changement dans le monde.) " héroïques " lors de différentes guerres ou d'expéditions lointaines. La noblesse gauloise, de type féodale, avait sous ses ordres une foule de vassaux et de clients dont la fidélité était absolue (L'absolue est un extrait obtenu à partir d’une concrète ou d’un résinoïde par extraction à l’éthanol à...). Au bas de la pyramide (Une pyramide (du grec pyramis) à n côtés est un polyèdre formé en reliant une base polygonale de n côtés à un...) sociale se trouvait les esclaves. Ce sont ces nouvelles bourgeoisies commerçantes gauloises qui en différents lieux de la Gaule ont choisi de collaborer avec le conquérant romain pour préserver leurs affaires et leur rang ( Mathématiques En algèbre linéaire, le rang d'une famille de vecteurs est la dimension du sous-espace vectoriel engendré par cette famille. Le théorème du rang lie le rang et la dimension du noyau d'une application linéaire...) social. Ces velléités de trahison, de " collaboration " avec l'occupant romain ne se passèrent pas toujours très bien pour les nouveaux oligarques celtes puisque tous les membres des sénats des Aulerques, des Lexoviens et des Éburovices furent massacrés jusqu'au dernier par les princes et les nobles de leurs peuples. Il semblerait que la bourgeoisie vénète n'a pas suivi la même démarche car elle avait compris que les Romains voulaient s'emparer de ses marchés et qu'elle avait tout à perdre avec la conquête romaine.

Au sud des Vénètes se trouvaient les Namnètes qui demeuraient dans l'embouchure de la Loire et donnèrent leur nom à la ville de Nantes. " Les Namnètes sont appelés "Samnites" par Strabon et par Ptolémée "[7]. Les Namnètes furent pendant longtemps une simple tribu des Vénètes.

Au nord (Le nord est un point cardinal, opposé au sud.) et à l’est de l'actuelle Bretagne se trouvait les Coriosolites, " Coriosolitae " en latin. Leur nom comporte la racine Corio, " armée ". Ils résidaient dans l'est des actuelles Côtes-d'Armor (L’Armor est la zone maritime de la Bretagne, par opposition à l'Argoat.) et donnèrent leur nom à la ville de Corseul. Leur capitale (Une capitale (du latin caput, capitis, tête) est une ville où siègent les pouvoirs, ou une ville ayant une prééminence dans un domaine social, culturel,...) fut Arvii puis Corseul (Fanum Martis en latin). Les Redones qui demeuraient dans l'actuel Ille-et-Vilaine donnèrent leur noms aux villes de Rennes et Redon.

Puis au sud de la Normandie actuelle se trouvaient les Bajocasses, capitale Augustodurum - Bayeux - et les Abrincates, " gens des abers ", nommés en celtique Abrincatui ou Ambivariti par Pline l'Ancien) qui ont donné leur nom à Avranches, qu'ils sont supposés avoir bâti. Au IXe siècle av. J.-C., ils occupent cette ville prospère de l'époque, qui, suite à l'invasion des Romains, va changer de statut et se développer. Au nord de la Normandie actuelle il y avait les Unelles, dans le Cotentin, dont le chef-lieu (Un chef-lieu est une ville qui est administrativement prééminente dans une division territoriale ou administrative.) était Cosedia (aujourd'hui Coutances) et les Lexoviens (en celtique Lexovii) qui étaient établis au sud de l'embouchure de la Seine, le long de la côte normande (La normande est une race bovine française originaire de Normandie. C'est une vache de taille moyenne, qui a une robe blanche avec plus ou moins de taches brunes ou...). Ils donnèrent leur nom à Lisieux devenue cité romaine sous le nom de Noviomagus (le nouveau marché) et au Lieuvin. Encore aujourd'hui, on nomme les habitants de Lisieux, les Lexoviens. On trouve aussi les Esuvii (Bessin et pays de Séez), les Viducasses Normandie, (Orne ?), les Calètes, pays de Caux, dont la capitale Lillebonne était jadis sur la mer (du celtique Caleti = "les durs", "les vaillants"[8]), les Andecavi, (Anjou), les Aulerci Diablintes, sur le Maine oriental avec Jublains en Mayenne, les Aulerci Cenomanni avec Le Mans, les Aulerci Eburovices avec Evreux, les Véliocasses avec Rouen, les Arves dans la Sarthe et Argentan.

Époque romaine

La conquête romaine

Les Romains semblent avoir profité de leurs longues relations commerciales avec les Gaulois et les Armoricains (la distinction était faite) pour faire de l'espionnage économique et évaluer les richesses des territoires de ces peuples. La conquête militaire semble avoir été principalement motivée par des raisons mercantiles et le désir de s'emparer du potentiel économique gaulois et de ses réseaux commerciaux.

Rome ne voulait plus d' intermédiaires entre elle et les derniers acheteurs de ses produits. Elle ne voulait plus que Marseille et la Narbonnaise continuent de servir de relais vers la Gaule ni que les Armoricains revendent ses produits italiens aux Bretons insulaires voire aux Belges. Rome voulait tout contrôler et tout gérer en direct. Il fallait aussi trouver de nouvelles terres pour les plébéiens romains et de nouveaux terrains de chasses pour les banquiers italiens, les commerçants, les " publicains " et autres " hommes d'affaires " en quête de nouvelles aventures économiques. La future Guerre des Gaules fut avant tout une affaire d'argent (L’argent ou argent métal est un élément chimique de symbole Ag — du latin Argentum — et de numéro atomique 47.) pour s'emparer de l'économie gauloise.

Car à cette époque (-57) la Gaule était devenue un pays très riche. Sa bourgeoisie marchande avait accumulé énormément de numéraire mais avait oublié de développer ses forces armées au même niveau que ses activités commerciales. Le monde (Le mot monde peut désigner :) avait changé depuis l'époque où les Gaulois pouvaient envahir l'Italie et piller Rome sans prendre le soin d'occuper et de coloniser le pays. Rome avait compris la leçon (La leçon est un terme qui revêt diverses significations dans le domaine de l'enseignement.) et avait développé un État, une armée et une économie capables de la protéger des agressions étrangères. Morcelée en de nombreuses tribus indépendantes et sans organisation militaire efficace pour protéger son territoire (La notion de territoire a pris une importance croissante en géographie et notamment en géographie humaine et politique, même si ce concept est utilisé par...) et ses trésors, la Gaule était une proie (Une proie est un organisme capturé vivant, tué puis consommé par un autre, qualifié de prédateur.) tentante et facile pour les appétits romains.

L'aristocratie militaire, colonne vertébrale (La colonne vertébrale, ou rachis, est un empilement d'os articulés appelés vertèbres. Elle est le support du dos des vertébrés, notamment des...) de la société celtique, était en déclin.

La faiblesse organisationnelle de l'outil (Un outil est un objet finalisé utilisé par un être vivant dans le but d'augmenter son efficacité naturelle dans l'action. Cette augmentation se traduit par la simplification des actions entreprises, par une plus...) militaire gaulois était flagrante puisque "les Gaules" n'étaient même pas capables de se défendre elles mêmes contre les incursions germaniques et devaient faire appel à l'aide de l'armée romaine, même pour régler ses querelles internes. La Gaule, qui s'était enrichie s'était aussi terriblement amollie et se trouvait en pleine décadence. Sans outils politiques et militaires efficaces et organisés pour la protéger, la richesse économique devient la proie des autres puissances.

Les prétextes d' intervention furent tous trouvés quand des peuples gaulois, alliés des Romains, les Séquanes et les Eduens, demandèrent aux Romains, en toute inconscience du danger, de bien vouloir intervenir pour s'opposer à l'arrivée massive (Le mot massif peut être employé comme :) du peuple des Helvètes qui venaient de quitter leur territoire au nombre de 160 000 avec toutes leurs familles au complet à la suite du vote d'une loi pour leur départ et après avoir incendié et détruit tous leurs biens en Helvétie afin de rendre ce départ définitif. Les Romains attaquèrent les Helvètes et les massacrèrent sur les bords de la Saône. Les rescapés retournèrent en Helvétie.

Un peu plus tard, en 58 av. J.C., le Conseil des Gaules, qui regroupait les plus grands chefs des tribus gauloises demanda à César d' intervenir contre Arioviste et ses troupes de Germains qui s' étaient installés chez les Séquanes et menaçaient de faire de même chez les Eduens. Les légions romaines de César écrasèrent les Germains d'Arioviste près du Rhin (Le Rhin (Rhein en allemand, Rijn en néerlandais, Rhenus en latin, Rein en romanche) est un fleuve d'Europe long de 1 230 kilomètres et drainant un bassin de 185 000 km2.) et passèrent l'hiver (L'hiver est une des quatre saisons des zones tempérées.) chez les Séquanes Jusque-là, César se comportait en protecteur de la Gaule contre des peuples qui l'agressaient. Tout allait bien dans le meilleur des mondes (Le Meilleur des mondes (en anglais, Brave New World) est un roman d'anticipation dystopique, écrit en 1931 par Aldous Huxley. Il parut en 1932. Huxley le composa en...) celtiques et les peuples Gaulois amis des Romains n'avaient qu'à se féliciter de l'efficacité d'un protecteur aussi puissant.

Mais en -57, César changea complètement (Le complètement ou complètement automatique, ou encore par anglicisme complétion ou autocomplétion, est une fonctionnalité informatique permettant à l'utilisateur de limiter la...) son attitude de défenseur de la Gaule contre les attaques des Germains : il lança soudainement une campagne (La campagne, aussi appelée milieu rural désigne l'ensemble des espaces cultivés habités, elle s'oppose aux concepts de ville, d'agglomération ou de milieu...) contre la puissante Confédération des peuples belges puis contre la Confédération des peuples armoricains.

C'en était fait de l'indépendance gauloise. La guerre de conquête de la Gaule avait commencé et fut menée à son terme jusqu'à l'asservissement (L'asservissement est une partie de l'automatique. L'objet principal de l'asservissement est d'élaborer la commande d'un procédé afin de lui faire atteindre une grandeur physique déterminée.) de la Gaule toute entière. Un auteur romain[réf. nécessaire] évalue à deux millions de morts les pertes subies par les peuples gaulois lors de la conquête romaine de Jules César. Celui-ci profitera de la complicité des peuples gaulois pro-romains qui lui fournissent des ressources :

Les Pictons étaient hostiles aux Vénètes comme on peut le déduire de leur liaison avec le Proconsul Julius Caesar dès sa première campagne[9] et des navires construits ou fournis aux Romains par eux, par les Santons et d'autres peuples gaulois pour leur faciliter la ruine (Une ruine est le reste d'un édifice dégradé par le temps ou une destruction plus rapide. Elle apparaît souvent dans la peinture occidentale avec pour effet...) des Vénètes. " 
César, Guerre des Gaules, III, 11.

En Armorique, en 56 av. J.-C., les navires de Jules César fournis par d'autres peuples gaulois détruisent la flotte vénète au cours de la bataille du Morbihan. Jules César rapporte qu'après la bataille, le sénat (le commandement) de ce peuple est égorgé et une partie du peuple qui n'avait pas été massacré est mis en esclavage, hommes, femmes, enfants, vieillards et vendus comme tels ; mais cette affirmation doit être prise avec précaution[10]. En effet le territoire des Vénètes se montre à peu près normalement habité durant la colonisation romaine qui a suivi la conquête.

Les Romains donnèrent le nom d'Armorique à un grand commandement militaire " Tractus Armoricanus " embrassant un groupe considérables de peuples qui tous paraissent avoir été jadis membres de la Confédération Armoricaine. Julius Caésar s' exprime ainsi :

… Toutes les cités armoricaines voisines de l'océan qui se donnent le nom d'Armoricains (Aremorici) et au nombre desquels figurent les Coriosolites, les Redones, les Ambibares, les Calètes, les Osismes, les Lémovices[11], les Vénètes, les Unelles, devaient fournir 6000 hommes. " 
César, Guerre des Gaules, VII, page 35.

Romanisation de la région

Comme dans toutes les régions de l'Empire, les Romains employèrent en Armorique une politique de diffusion (Dans le langage courant, le terme diffusion fait référence à une notion de « distribution », de « mise à disposition » (diffusion d'un produit, d'une information), voire de...) de leur propre culture (La définition que donne l'UNESCO de la culture est la suivante [1] :) au sein des élites locales. L'accès à la citoyenneté romaines (exemple de T. Flavius Postuminus à Rennes) et l'ouverture de possibilités d'ascension sociale étaient conditionnés à la connaissance du latin et à l'acceptation des coutumes romaines. Ceci contribua, par effet de tâche d'huile, à romaniser la région.

Il est certain que l'Armorique du Haut-Empire était, par son économie développée (En géométrie, la développée d'une courbe plane est le lieu de ses centres de courbure. On peut aussi la décrire comme l'enveloppe de la...) et sa population abondante, parfaitement intégrée à l'Empire romain, mais que cette romanisation était limitée comme le montre la faible présence de l'épigraphie latine dans la région. L'étude anthroponyme montre qu'à cette époque, les habitants de l'Armorique portaient encore des noms purement celtiques (tels "Moricus", "Smertulitanus", "Rextugenos", "Vertros",etc).

La conquête ne modifia donc pas fondamentalement les structures de la société et le latin ne pénétra pas ailleurs que dans les villes, où se concentrait la faible population allogène. Lors de l'évangélisation de la région, les rusticani étaient encore très fortement attachés à leur culture ancestrale, malgré une indiscutable évolution technique liée à la romanisation, et qu'ils constituèrent une grande partie de l'opposition à l'Église (L'église peut être :).

Après l'appel de légionnaires bretons (insulaires) par les Romains chargés de défendre la péninsule contre les pirates germaniques, puis après l'immigration (L'immigration désigne aujourd'hui l'entrée, dans un pays, de personnes étrangères qui y viennent pour y séjourner. Le mot immigration vient du latin migratio qui signifie « passage d'un...) de Bretons fuyant les attaques et les tentatives de colonisation des Irlandais sur l'ouest de l'île de Bretagne, une partie de l'Armorique maritime fut appelée Petite Bretagne (Britannia minor) puis simplement Bretagne.

Haut Moyen Âge

Émigration bretonne

Notons que l'émigration bretonne en provenance des îles Britanniques eu lieu également sur tout le territoire " normand " de l’Aremorica, notamment le Cotentin et le département du Calvados particulièrement la région autour (Autour est le nom que la nomenclature aviaire en langue française (mise à jour) donne à 31 espèces d'oiseaux qui, soit appartiennent au genre Accipiter, soit constituent...) de Caen, comme l'ont confirmé les recherches du professeur Léon Fleuriot. Les liens du territoire qui devint plus tard la Normandie avec l’île de Bretagne ont toujours été des plus étroits[12].

La Normandie a été particulièrement riche en saints bretons : sa côte faisant face à celle de la Grande-Bretagne (La Grande-Bretagne (en anglais Great Britain) est une île bordant la côte nord-ouest de l'Europe continentale. Elle représente la majorité du...), il serait invraisemblable que les immigrés des Ve et VIe siècles aient évité systématiquement ses rivages. Saint Patrick saint irlandais d'origine bretonne (né en Bretagne insulaire) est honoré dans plus de six paroisses normandes. Saint Méen dans trois d’entre elles. L’" exemption " de Sainte-Mère-Église est une enclave (Le terme enclave désigne, en géographie humaine, un morceau de terre sous souveraineté d'un pays du territoire principal duquel il est séparé par...) de cinq paroisses du Diocèse de Bayeux survivance d’un ancien monastère (Le monastère (du grec monos, seul), est un ensemble de bâtiments où habite une communauté de moines et moniales. On parle également d'abbaye ou de prieuré. Ce sont...) de Saint Mewen (forme bretonne moderne Méen, cornique Mewan). Sainte Anne, Saint Armel, Saint Aubin, Saint Méen, Saint Samson sont honorés dans de nombreux lieux de Normandie.

La densité (La densité ou densité relative d'un corps est le rapport de sa masse volumique à la masse volumique d'un corps pris comme référence. Le corps de référence est l'eau pure...) des toponymes bretons en Normandie est également remarquable. Quatre paroisses bretonnes à l'embouchure de la Seine, en plus du monastère de Pentale-Saint-Samson (Pental=Talben, pen=tête, tal=front) et dans son voisinage (La notion de voisinage correspond à une approche axiomatique équivalente à celle de la topologie. La topologie traite plus naturellement les...) subsistèrent comme entités bretonnes jusqu'au Moyen Âge et restèrent dépendantes de l’Évêché de la métropole (Une métropole (du grec mêtêr, mère, et polis, ville) est la ville principale d'une région géographique ou d'un pays, qui...) bretonne de Dol en tant qu’enclaves de Neustrie et des bords de la Seine de l’Evêché de Dol-de-Bretagne jusque 1790 :

  • Saint-Maclou-de-la-Brière (Saint-Maclou = Saint-Malo),
  • Saint-Maclou-de-Folleville,
  • Saint-Maclou-de-Rouen (Eure),
  • Saint-Thurien (Saint Turioult en 1376).

La Métropole bretonne de Dol-de-Bretagne était la plus ancienne et la plus importante abbaye-évêché bretonne de type celtique datant des premiers temps de l'émigration.

Le morcellement et la grande étendue des possessions et dépendances du Diocèse de Dol, qui est le seul diocèse breton dans ce cas (ce qui prouve son ancienneté et son importance) s'explique par la dispersion (La dispersion, en mécanique ondulatoire, est le phénomène affectant une onde dans un milieu dispersif, c'est-à-dire dans lequel les différentes fréquences constituant l'onde ne se...) des premières colonies bretonnes des premiers temps de l'émigration des Ve et VIe siècles, dont elle avait la charge (La charge utile (payload en anglais ; la charge payante) représente ce qui est effectivement transporté par un moyen de transport donné, et qui donne lieu à un paiement ou un bénéfice non pécuniaire...) et pour lesquelles elle devait être un grand centre spirituel, sur les côtes de la Bretagne et la Normandie actuelles. Le Havre, à l'embouchure de la Seine, fut aussi un grand centre d'émigration bretonne, dans la deuxième moitié du XIXe siècle et la première moitié du XXe siècle, notamment par bateau à vapeur (Un bateau à vapeur ou pyroscaphe est un bateau dont la motorisation est assurée par une machine à vapeur.) au départ de Morlaix.

Si on compte aussi la participation de l'armée bretonne du duché de Bretagne sous le commandement du duc Alain IV de Bretagne à la bataille de Hastings et à la conquête de l'Angleterre (L’Angleterre (England en anglais) est l'une des quatre nations constitutives du Royaume-Uni. Elle est de loin la plus peuplée, avec 50 763 000 habitants (en 2006), qui représentent 83,8% de la...) avec l'armée normande de Guillaume (Guillaume est un prénom masculin d'origine germanique. Le nom vient de Wille, volonté et Helm, heaume, casque, protection.) le Conquérant le 14 octobre 1066 cela fait un ensemble (En théorie des ensembles, un ensemble désigne intuitivement une collection d’objets (les éléments de l'ensemble), « une multitude qui peut être comprise comme un...) de liens historiques et culturels communs très anciens et très nombreux entre les deux parties les plus importantes de l'ancienne Aremorica que sont la Bretagne et la Normandie actuelles.

Époque contemporaine

Le mot est resté courant dans deux sens (SENS (Strategies for Engineered Negligible Senescence) est un projet scientifique qui a pour but l'extension radicale de l'espérance de vie humaine. Par une...), dont l'un est erroné :

  • Il s'emploie dans l'expression " massif armoricain " pour désigner le massif (Le mot massif peut être employé comme :) montagneux qui s'étend de la Bretagne aux collines de Normandie.
  • il est souvent donné comme synonyme de " Bretagne " par assimilation fautive avec le mot breton " ar mor ", la mer, et les nombreux noms de lieux " Armor " en Bretagne. Le mot " mor " breton provient d'une étymologie proche, mais ne recouvre pas la même définition (Une définition est un discours qui dit ce qu'est une chose ou ce que signifie un nom. D'où la division entre les définitions réelles et les définitions nominales.).

L'erreur " Armorique = Bretagne " est fréquente dans les guides touristiques, il semblerait qu'elle apparaisse aussi dans certains livres relatant l'histoire de la Bretagne qui, de ce fait, entretiennent la confusion. Il est par contre exact de dire que la Bretagne recouvre l'ancienne péninsule armoricaine.

Notes et références

    • I.C.Zeuss, GRAMMATICA CELTICA e monumentis vetustis tam Hibernicae linguae quam Britannicarum dialectorum Cambriacae Cornicae Aremoricae comparatis Gallicae priscae reliquis construxit I.C.Zeuss, Phil.Dr.Hist.Prof., editio altera (Altera NASDAQ : ALTR est un fabricant de composants reprogrammables comme les FPGA. Dans ce domaine, il tient tête à Xilinx et Atmel. Altera est aussi à l'origine du processeur softcore NIOS et du...) curavit . H.Ebel, .Ph.Dr., Acad.Reg (Un reg est un désert de pierres, une surface caillouteuse qui a été débarrassée des éléments fins par le vent. Il...).Hib.Soc.Hon., Acad.Reg.Boruss.Adi.Comm.Epist. Berolini, Apud Weidmannos MDCCCLXXI (1871).
    • Franz Bopp, Grammaire comparée des langues indo-européennes traduction de Michel Bréal de l'École pratique des hautes études et du Collège de France (Le Collège de France, situé au no 11 place Marcelin-Berthelot dans le quartier latin de Paris (Ve arrondissement), est un grand établissement d'enseignement et de recherche. Il...) (de 1866 à 1905), membre de l'Académie (Une académie est une assemblée de gens de lettres, de savants et/ou d'artistes reconnus par leurs pairs, qui a pour mission de veiller aux usages dans leurs disciplines respectives et de publier...) des inscriptions et belles-lettres, quatre tomes in-quarto, Paris, Imprimerie impériale et Imprimerie nationale, 1866-1874
  1. Voire jusqu'aux Pyrénées selon Pline l'Ancien, L'Histoire naturelle, (2.17.105)
  2. Strabon, IV, 1, 14
  3. Strabon, IV, 1, 4
  4. Strabon, Géographie (La géographie (du grec ancien γεωγραφία - geographia, composé de "η γη"...) Bordeaux., IV,5,2.
  5. Cicéron, ad Att.,IV,16,13
  6. César, Guerre des Gaules, II, c-8.
  7. Gallois : caled, vieil-irlandais : calath, "héroïque", breton : kalet;- proverbe : "Bretoned penn kalet" = "les Bretons ont la tête dure", "sont têtus"
  8. César, Guerre des Gaules, VIII, 26
  9. Il semble que César, pour se mettre en valeur devant le peuple romain, ait beaucoup exagéré sa répression des Vénètes dans sa chronique De Bello Gallico, afin de montrer sa toute puissance (Le mot puissance est employé dans plusieurs domaines avec une signification particulière :) de chef militaire sur le destin des peuples vaincus. L'ouvrage de Jules César est à lire avec précaution car c'est avant tout un plaidoyer pro domo et, bien que son témoignage soit précieux et irremplaçable, il s'y donne toujours le beau rôle.
  10. A noter que les Lémovices est le nom des Gaulois installés dans l'actuel Limousin, ce qui donne une idée large de l'Armorique.
  11. Camille Jullian Hist. de la Gaule

Toute l'histoire de Bretagne, chapitre La civilisation de l'Armorique Romaine, de Paul Boutouiller, Jacques BRIARD, Christian BRUNEL, Corentin CANÉVET, Sébastien CARNEY, Jean-Christophe CASSARD, Yves-Pascal CASTEL, Patrick GALLIOU, Claude GESLIN, Pierre GRALL, Jean KERHERVÉ, Pierre-Yves LE RHUN, Jean-Jacques MONNIER, Alain PENNEC, Yann-Ber PIRIOU, Charles ROBERT, Jean TANGUY, Jean-Yves VEILLARD aux éditions Skol Vreizh.

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