Superphénix
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Superphénix est le nom du réacteur nucléaire de l'ex-centrale nucléaire de Creys-Malville sur la commune de Creys-Mépieu, dans l'Isère. Superphénix (Superphénix est le nom du réacteur nucléaire de l'ex-centrale nucléaire de Creys-Malville sur la commune de Creys-Mépieu, dans l'Isère. Superphénix est un...) est un prototype français de réacteur (Un réacteur peut désigner :) à neutrons rapides et à caloporteur sodium (Le sodium est un élément chimique, de symbole Na et de numéro atomique 11. C'est un métal mou et argenté, qui appartient aux métaux alcalins. On ne le trouve pas à l'état de corps pur dans...) faisant suite aux réacteurs nucléaires expérimentaux Phénix et Rapsodie.

Historique

Deux postulats ont mené à la construction de Superphénix : l'anticipation (Au sens général du terme, une anticipation correspond à une phase où sont développées des idées qui n’apparaîtront effectives — sous la forme de techniques, de...) d'une croissance soutenue des besoins énergétiques et l'existence d'un stock très limité d'uranium (L'uranium est un élément chimique de symbole U et de numéro atomique 92. C'est un élément naturel assez fréquent : plus abondant que l'argent, autant que le molybdène ou l'arsenic, quatre...), d'où une forte croissante des prix à partir des années 1975 (dans un tel scénario, seuls les réacteurs rapides sont rentables). À cela s'est ajouté le désir d'indépendance énergétique de la France.

En avril 1976, le premier ministre français Jacques Chirac autorise la société NERSA à passer (Le genre Passer a été créé par le zoologiste français Mathurin Jacques Brisson (1723-1806) en 1760.) commande (Commande : terme utilisé dans de nombreux domaines, généralement il désigne un ordre ou un souhait impératif.) de Superphénix. En 1997, Lionel Jospin, premier ministre de la France, annonce : " Superphénix sera abandonné ".

Le projet (Un projet est un engagement irréversible de résultat incertain, non reproductible a priori à l’identique, nécessitant le concours et l’intégration...) de la centrale de Superphénix est le fruit (En botanique, le fruit est l'organe végétal protégeant la graine. Caractéristique des Angiospermes, il succède à la fleur par transformation...) d'une collaboration internationale entre EDF (51%), la société italienne (Italienne est le nom communément utilisé pour le cordage servant a manœuvrer un enrouleur. Il s'enroule sur un tambour quand on déroule la voile, et on tire dessus pour...) Enel (Enel (Ente Nazionale per l'Energia Elettrica) est la société nationale italienne d'électricité, principal producteur d'énergie électrique du pays. Créée en 1962 lors de la...) (33%) et la société allemande SBK (16%). À l'origine, un réacteur devait être construit dans chaque pays (Pays vient du latin pagus qui désignait une subdivision territoriale et tribale d'étendue restreinte (de l'ordre de quelques centaines de km²), subdivision de la civitas...) partenaire mais, suite à des pressions politiques, seul Superphénix a vu le jour (Le jour ou la journée est l'intervalle qui sépare le lever du coucher du Soleil ; c'est la période entre deux nuits, pendant laquelle les rayons du Soleil éclairent le ciel. Son...).

Le 31 juillet 1977, une manifestation contre le projet s'est déroulée à Creys-Malville, ce fut l'une des plus importantes de l'histoire du mouvement antinucléaire (Le mouvement antinucléaire désigne l'ensemble des personnes et organisations (associations, syndicats, partis politiques) qui s'opposent de façon générale à l'utilisation de l'énergie nucléaire. Cette...) français. Les CRS ont utilisé des grenades offensives pour repousser les manifestants, faisant un mort (La mort est l'état définitif d'un organisme biologique qui cesse de vivre (même si on a pu parler de la mort dans un sens cosmique plus général, incluant par exemple la mort des étoiles). Chez les...), Vital Michalon et une centaine de blessés, dont deux (Michel Grandjean et Manfred Schultz) ont dû être amputés d'une main (La main est l’organe préhensile effecteur situé à l’extrémité de l’avant-bras et relié à ce...) ou d'un pied. Lors de cette manifestation, plusieurs manifestants ont tenté de forcer les barrières destinées à protéger le chantier. Un gendarme est également amputé d'une main.

Le 18 janvier 1982, une attaque au lance-roquettes visa le chantier de la centrale nucléaire (Une centrale nucléaire est un site industriel qui utilise la fission de noyaux atomiques pour produire de la chaleur, dont une partie est transformée en...) de Superphénix, sans faire de victimes [1]. Les auteurs de l'attentat ne furent pas identifiés, mais, en 2003, Chaïm Nissim, ancien député écologiste de Genève, affirma en être l'auteur et s'être procuré l'arme auprès du groupe du terroriste Carlos[2][3].

La centrale nucléaire (Le terme d'énergie nucléaire recouvre deux sens selon le contexte :) de Creys-Malville est mise en service en 1985. Elle rencontre des difficultés techniques et administratives (c'est un prototype) qui entraînent de multiples arrêts dont un de trois ans et demi : le 19 janvier 1994, le quotidien Le Monde titre " Après trois ans et demi d'arrêt du surgénérateur, les autorités de sûreté proposent un redémarrage de Superphénix sous conditions. "

À l'arrivée de la gauche plurielle, les Verts ont réclamé l'arrêt et le démantèlement de Superphénix. La Commission de la production et des échanges de l'Assemblée nationale a constaté en avril 1997 que " l'arrêt immédiat du réacteur est, en tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou l'univers.) état de cause, plus coûteux que la poursuite de l'activité (Le terme d'activité peut désigner une profession.) même grevée d'un faible taux de disponibilité (La disponibilité d'un équipement ou d'un système est une mesure de performance qu'on obtient en divisant la durée durant laquelle ledit équipement ou système est opérationnel par la durée totale...) de l'infrastructure ". En outre, le rapport du Sénat conclut, sur bilan de la Cour des comptes, qu'" au total ( Total est la qualité de ce qui est complet, sans exception. D'un point de vue comptable, un total est le résultat d'une addition, c'est-à-dire une somme....), compte tenu des hypothèses d'EDF, retarder l'arrêt de l'exploitation de la centrale jusqu'à la fin de la convention entre les partenaires dans NERSA, soit fin 2000, aurait probablement été globalement neutre sur le plan financier. "

Extraits du rapport du Sénat établi en 1998 :

" Le coût de construction et de fonctionnement de Superphénix a dépassé les estimations initiales. Dans son rapport de janvier 1997, la Cour des Comptes l'a évalué à 60 milliards de francs répartis entre les partenaires du consortium européen NERSA43(*) à concurrence de 51% pour EDF, 33% pour l'électricien (Électricien est le nom donné au métier qu'exercent les hommes de l'art en matière d'électricité. Il est issu du terme électricité, puisque ceux-ci ont en charge la réalisation, la...) italien Enel et 16% pour le consortium SBK, qui regroupe les électriciens allemands RWE, néerlandais SEP et belge Electrabel (Electrabel est une société anonyme de droit belge fondée statutairement en 1905. Son nom actuel date de 1990, à l’issue de la fusion des...). En réalité, compte tenu de la valeur de l'électricité (L’électricité est un phénomène physique dû aux différentes charges électriques de la matière, se manifestant par une énergie. L'électricité désigne également la branche de la physique qui étudie les phénomènes...) fournie au réseau (Un réseau informatique est un ensemble d'équipements reliés entre eux pour échanger des informations. Par analogie avec un filet (un réseau est un « petit rets », c'est-à-dire un petit filet), on appelle nœud...) par le réacteur, les dépenses s'élèveraient, selon elle, à 40,5 milliards de francs[4]. "

Lionel Jospin ayant pris sa décision, un arrêté ministériel du 30 décembre 1998 a conduit à son arrêt définitif. Les raisons invoquées, influencées par la pression (La pression est une notion physique fondamentale. On peut la voir comme une force rapportée à la surface sur laquelle elle s'applique.) de l'opinion publique, était que le faible prix de l'uranium ne justifiait plus les investissements dans cette technologie (Le mot technologie possède deux acceptions de fait :).

Les frais de dédommagement des actionnaires étrangers de NERSA, déboutée par la décision du Gouvernement français, ont été compensés par des fournitures de courant d'EDF à ces partenaires étrangers entre 1996 et 2000.

Fonctionnement

Le réacteur à neutrons rapides Superphénix était un réacteur qui développait une puissance (Le mot puissance est employé dans plusieurs domaines avec une signification particulière :) comparable à celle d'une tranche d'une centrale nucléaire classique ou de deux centrales thermiques de forte puissance : 3000 MWth et 1240 MWe, soit un rendement brut de 41,3%. Le combustible (Un combustible est une matière qui, en présence d'oxygène et d'énergie, peut se combiner à l'oxygène (qui sert de comburant) dans une réaction chimique générant de...) préférentiel du réacteur est le plutonium (Le plutonium est un métal lourd de symbole chimique Pu et de numéro atomique 94, très dense — approximativement 1,74 fois plus...) 239 mais pouvait également utiliser du MOX (Le Combustible MOX (abréviation de mixed oxide) est un combustible nucléaire fabriqué à partir du plutonium et de l'uranium appauvri. Le terme MOX est l'abréviation de : "Mélange d'OXydes". Le combustible MOX contient...) (plutonium sur support uranium appauvri) issu du retraitement. Le développement de ce combustible utilisé également dans les centrales classiques fut également une des causes invoquées du démantèlement de Superphénix.

Le principe de fonctionnement de Superphénix est celui d'un réacteur à fission nucléaire (La fission nucléaire est le phénomène par lequel le noyau d'un atome lourd (noyau qui contient beaucoup de nucléons, tels les noyaux d'uranium et de plutonium) est divisé en plusieurs nucléides plus légers. Cette réaction nucléaire se...) utilisant des neutrons rapides (sans modérateur) et utilisant du sodium liquide (La phase liquide est un état de la matière. Sous cette forme, la matière est facilement déformable mais difficilement compressible.) comme caloporteur dans son circuit de refroidissement primaire. Chaque fission de noyau lourd dégage à peu près 200 MeV (contre 1eV par atome (Un atome (du grec ατομος, atomos, « que l'on ne peut diviser ») est la plus petite partie d'un corps simple pouvant se combiner chimiquement avec une autre. Il est généralement...) pour une réaction chimique). Par conséquent, 1 MWj correspond à 1 g de combustible. Pour un fonctionnement à pleine puissance 300 jours par an, la consommation de Superphénix aurait donc été de 3000 x 300 = 900 kg de plutonium, soit à peu près une tonne ( La tonne représente différentes unités de mesure ; Une tonne est un grand et large tonneau ; Une tonne-pompe est un fourgon d'incendie ; En zoologie, la...). Ce chiffre (Un chiffre est un symbole utilisé pour représenter les nombres.) est à comparer aux 15 106 tonnes de pétrole (Le pétrole est une roche liquide carbonée, ou huile minérale. L'exploitation de cette énergie fossile est l’un des piliers de l’économie...) annuelles d'une centrale thermique (Une centrale thermique est une centrale électrique qui produit de l'électricité à partir d'une source de chaleur. Cette source peut être un combustible...), ou même aux 27 tonnes d'uranium enrichi d'un réacteur à eau (L’eau est un composé chimique ubiquitaire sur la Terre, essentiel pour tous les organismes vivants connus.) pressurisée citation nécessaire.

La fission du combustible, induite par un flux (Le mot flux (du latin fluxus, écoulement) désigne en général un ensemble d'éléments (informations / données, énergie, matière, ...) évoluant dans un sens commun. Plus précisément le terme...) neutronique, dégage de l'énergie (Dans le sens commun l'énergie désigne tout ce qui permet d'effectuer un travail, fabriquer de la chaleur, de la lumière, de produire un mouvement.) en même temps (Le temps est un concept développé par l'être humain pour appréhender le changement dans le monde.) qu'un certain nombre (La notion de nombre en linguistique est traitée à l’article « Nombre grammatical ».) de neutrons, dont une partie induira à nouveau des fissions, entretenant ainsi la réaction en chaîne (Le mot chaîne peut avoir plusieurs significations :). D'autre part, certains neutrons participent à la transmutation (La transmutation est la transformation d'un élément chimique en un autre par une modification du noyau atomique de l'élément. Elle est aussi...) de l'uranium-238 en plutonium-239, lequel est aussi fissile.

La chaleur (Dans le langage courant, les mots chaleur et température ont souvent un sens équivalent : Quelle chaleur !) produite dans le réacteur superphénix était évacuée avec du sodium liquide (550°C). En effet, il fallait à la fois que le matériau (Un matériau est une matière d'origine naturelle ou artificielle que l'homme façonne pour en faire des objets. C'est donc une matière de...) soit un caloporteur efficace (comme l'eau) et qu'il ne ralentisse pas les neutrons (contrairement à l'eau). Ce premier circuit (primaire) de sodium échangait la chaleur avec un circuit secondaire de sodium, puis avec un circuit à eau, laquelle entrainait les turbines de l'alternateur après vaporisation.

Le circuit de refroidissement de Superphénix était de type piscine (pool reactor) : le sodium du circuit primaire, potentiellement radioactif, était confiné à l'intérieur de la cuve et un échangeur intermédiaire permettait l'échange de chaleur avec le circuit secondaire de refroidissement de sodium. Ceci constituait une innovation technologique majeure par rapport au système notamment utilisé sur Rapsodie et les surgénérateurs américains : le refroidissement par boucles (loop reactor) où plusieurs boucles (2 dans le cas de Rapsodie et jusqu'à 6 pour certains réacteurs) de sodium permettaient l'échange entre circuit primaire et circuit secondaire, le sodium primaire radioactif n'étant alors pas confiné à l'intérieur de la cuve.

Bilan neutronique d'un REP

On suppose que le seul matériau fissile est l'uranium 235. Les nombres indiqués sont des ordres de grandeur.100 fissions d'uranium 235 libèrent en moyenne (La moyenne est une mesure statistique caractérisant les éléments d'un ensemble de quantités : elle exprime la grandeur qu'auraient chacun...) 250 neutrons, qui donnent lieu aux réactions suivantes:

  • 100 neutrons provoquent 100 nouvelles fissions, entretenant ainsi la réaction en chaîne, et consommant 100 noyaux du matériau fissile,
  • 70 neutrons subissent des captures fertiles par 70 noyaux du matériau fertile uranium 238, les transformant en autant de noyaux fissiles de plutonium 239,
  • 75 neutrons subissent des captures stériles, soit par des noyaux fissiles (30 neutrons), soit par des noyaux du réfrigérant, des structures du cœur, des éléments de contrôle (Le mot contrôle peut avoir plusieurs sens. Il peut être employé comme synonyme d'examen, de vérification et de maîtrise.) ou des produits de fission,
  • 5 neutrons fuient hors du cœur (pour être capturés par des protections neutroniques).

Bilan neutronique de Superphénix

On suppose que le seul matériau fissile est le plutonium 239. 100 fissions de 239Pu libèrent en moyenne près de 300 neutrons. Ces neutrons vont subir les réactions suivantes :

  • 100 neutrons provoquent 100 nouvelles fissions, entretenant la réaction en chaîne et consommant 100 noyaux fissiles de 239Pu,
  • 100 neutrons subissent, dans le cœur même du réacteur, une capture (Une capture, dans le domaine de l'astronautique, est un processus par lequel un objet céleste, qui passe au voisinage d'un astre, est retenu dans la gravisphère de ce dernier. La...) fertile par 100 noyaux de 238U, les transformant en autant de noyaux fissiles de 239Pu,
  • 40 neutrons subissent une capture stérile, soit par des noyaux fissiles (20 neutrons), soit par des noyaux du réfrigérant, des structures, des éléments de contrôle ou des produits de fission,
  • 60 neutrons fuient hors du cœur proprement dit, où ils subissent pour l'essentiel (50 neutrons) une capture fertile par 50 noyaux de 238U, les transformant en autant de noyaux de 239Pu ; les autres neutrons (10) subissent une capture stérile, soit dans les couvertures, soit dans les protections neutroniques.

Comparaison des bilans

Calculons dans les deux cas le taux de régénération TR, soit par définition (Une définition est un discours qui dit ce qu'est une chose ou ce que signifie un nom. D'où la division entre les définitions réelles et les définitions nominales.) le rapport du nombre de noyaux fissiles produits par capture fertile au nombre de noyaux fissiles détruits par fission et capture stérile.

  • TR_{REP} =\frac{70}{100 + 30} = 0.6< 1 (il ne faut pas oublier les neutrons détruits par capture stérile (i.e. perdus pour la réaction)) ,
  • TR_{InterneSuperph}= \frac{100}{100+20}= 0.8 < 1, où on ne prend en compte que la régénération dans le cœur,
  • TR_{TotalSuperph}=\frac{100 + 50}{100 + 20}=1.25 > 1, où on prend en compte la régénération dans le cœur et dans les couvertures.

On voit donc qu'un réacteur tel que Superphénix est surgénérateur grâce à la présence de couvertures. À l'inverse (En mathématiques, l'inverse d'un élément x d'un ensemble muni d'une loi de composition interne · notée multiplicativement, est un élément y tel que x·y = y·x = 1, si 1 désigne...), entourer un REP de couvertures ne servirait à rien, étant donné le faible nombre de neutrons qui fuient hors du cœur.

Superphénix était prévu pour produire plus de plutonium qu'il n'en consomme, c'est ce qui s'appele la surgénération (La surgénération ou surrégénération est la capacité de certains réacteurs nucléaires à produire plus de matières fissiles qu'ils n'en consomment en transmutant des isotopes fertiles en isotopes fissiles.). Cette extraordinaire propriété est due au bilan neutronique expliqué ci-dessus (le taux de régénération est supérieur à 1). Des recherches ont été réalisées sur Superphénix pour expérimenter un tel réacteur surgénérateur. Ces recherches se sont portées principalement sur la neutronique, et en particuler sur un examen détaillé du bilan de neutrons dans le réacteur. Ces recherches ont été partiellement interrompues par la fermeture (Le terme fermeture renvoie à :) de Superphénix.

Débat (Un débat est une discussion (constructive) sur un sujet, précis ou de fond, annoncé à l'avance, à laquelle prennent part des individus ayant des avis, idées,...) sur Superphénix

Superphénix a été au centre d'une vive controverse, les militants antinucléaires exposant (Exposant peut signifier:) de nombreux arguments contre lui, ses défenseurs argumentant sur son intérêt.

Risques d'accident et sécurité

Le risque de l'accident majeur est toujours possible, bien que très faible (un emballement du cœur du type de celui de la catastrophe de Tchernobyl (La catastrophe de Tchernobyl est un accident nucléaire qui s'est produit le 26 avril 1986 dans la centrale nucléaire Lénine en Ukraine. Cet accident...) est en effet improbable en raison de la réactivité négative du combustible).

La centrale contenait cinq tonnes de plutonium et 5 000 tonnes de sodium liquide, qui s'enflamme spontanément au contact de l'air (L'air est le mélange de gaz constituant l'atmosphère de la Terre. Il est inodore et incolore. Du fait de la diminution de la pression de l'air avec l'altitude, il est...), et explose au contact de l'eau en produisant de l'hydrogène (L'hydrogène est un élément chimique de symbole H et de numéro atomique 1.), lui-même extrêmement réactif. Par ailleurs, on ne sait toujours pas éteindre un feu (Le feu est la production d'une flamme par une réaction chimique exothermique d'oxydation appelée combustion.) de plus de quelques centaines de kilogrammes (Le kilogramme (symbole kg) est l’unité de masse du Système international d'unités (SI).) de sodium.

Dès 1976, un ingénieur (« Le métier de base de l'ingénieur consiste à résoudre des problèmes de nature technologique, concrets et souvent complexes, liés à la conception, à la réalisation et à la mise en œuvre de produits, de systèmes...) d'EDF - J.P. Pharabod - déclare dans Sciences et Vie (La vie est le nom donné :) (n°703, avril 1976) qu'"il n'est pas déraisonnable de penser qu'un grave accident survenant à Superphénix pourrait tuer plus d'un million (Un million (1 000 000) est l'entier naturel qui suit neuf cent quatre-vingt-dix-neuf mille neuf cent quatre-vingt-dix-neuf (999 999) et qui précède...) de personnes." ce qui déclencha une vive polémique en France sur la sécurité de Superphénix.

Le 8 décembre 1990, une partie du toit (Le toit est la structure couvrant la partie supérieure d'un édifice, permettant principalement de protéger son intérieur contre les intempéries et...) de la salle des turbines s'est écroulée à cause de la neige (La neige est une forme de précipitation, constituée de glace cristallisée et agglomérée en flocons pouvant être ramifiés d'une infinité de façons. Puisque les flocons...), nécessitant de reconstruire la superstructure de la moitié du bâtiment. Le réacteur était arrêté ce jour-là.

Une des problématiques pour la sécurité est l'augmentation de la viscosité du fluide (Un fluide est un milieu matériel parfaitement déformable. On regroupe sous cette appellation les gaz qui sont l'exemple des fluides compressibles, et les liquides, qui sont des fluides peu compressibles. Dans certaines conditions...) caloporteur (le sodium liquide) en cas de pollution (La pollution est définie comme ce qui rend un milieu malsain. La définition varie selon le contexte, selon le milieu considéré et selon ce que l'on peut entendre par malsain [1].) mal maîtrisée.

Intérêt de la surgénération

Selon les industriels du nucléaire, la surgénération représente toujours une solution au problème de la pénurie d'uranium. En effet, même si les prévisions des années 1970 se sont révélées trop pessimistes en raison des politiques de maîtrise (La maîtrise est un grade ou un diplôme universitaire correspondant au grade ou titre de « maître ». Il existe dans plusieurs pays et correspond à différents...) des dépenses énergétiques au lendemain des crises pétrolières et d'une sous-estimation de la quantité (La quantité est un terme générique de la métrologie (compte, montant) ; un scalaire, vecteur, nombre d’objets ou d’une autre manière de dénommer...) et de la teneur des gisements d'uranium économiquement exploitables, la réserve d'uranium (au niveau de consommation actuel) est estimée entre 50 et 90 ans suivant les projections.

L'énergie des neutrons rapides, contrairement aux réacteurs à eau pressurisée, permet de transformer non seulement tous les atomes lourds initiaux, mais aussi ceux, à vie longue, engendrés par la réaction : neptunium, plutonium, américium, curium, etc. De plus, un réacteur de ce type peut être utilisé en surgénération pour optimiser le rendement matière (La matière est la substance qui compose tout corps ayant une réalité tangible. Ses trois états les plus communs sont l'état solide, l'état liquide, l'état...) (l'uranium naturel est peu à peu transformé en plutonium qui est brûlé à son tour) ou en sousgénération, auquel cas il brûle des excès de matière fissile et permet notamment d'éliminer le plutonium militaire. Enfin, un réacteur à neutrons rapides pourrait accélérer la transmutation de produits de fission à vie longue en produits à vie plus courte et donc contribuer à réduire la toxicité (La toxicité (du grec τοξικότητα toxikótêta) est la mesure de la capacité d’une substance à provoquer des effets...) à terme de ces déchets. De telles études étaient menées à Superphénix et sont poursuivies sur le réacteur Phénix, en accord avec la loi Bataille.

Connaissances techniques développées

Superphénix a permis au CEA et à EDF de développer des techniques pointues. Des données (Dans les technologies de l'information (TI), une donnée est une description élémentaire, souvent codée, d'une chose, d'une transaction d'affaire, d'un événement, etc.) technologiques ont été collectées, notamment quant au caloporteur : le sodium liquide. Ces connaissances pourraient être réutilisées pour les futurs (Futurs est une collection de science-fiction des Éditions de l'Aurore.) réacteurs à neutrons rapides à caloporteur sodium, une des solutions préconisées par le Forum International Génération IV, qui regroupe les grandes puissances du nucléaire civil : Allemagne, États-Unis d'Amérique (L’Amérique est un continent séparé, à l'ouest, de l'Asie et l'Océanie par le détroit de Béring et l'océan Pacifique; et...), France, Grande-Bretagne (La Grande-Bretagne (en anglais Great Britain) est une île bordant la côte nord-ouest de l'Europe continentale. Elle représente la majorité du territoire du Royaume-Uni. En...), Italie, Japon, etc.

Décisions de construction / fermeture

Selon les opposants, le démantèlement de Superphénix a été décidé sans consultation publique, tout comme sa construction. Ses promoteurs soulignent au contraire que l'abandon de Superphénix a été décidé par un arrêté ministériel[5] , tandis que sa construction avait été décidée par une loi.

Bilan

Coût

Le coût de l'opération Superphénix a été très élevé sur le plan financier. Le prix de la construction (dix milliards de francs pour une prévision de quatre milliards) et de l'entretien de Superphénix pendant son fonctionnement a été évalué à 40,5 milliards de francs français et le prix de son démantèlement a été estimé à 16,5 Milliards de francs français : au final l'expérience industrielle a souvent été jugée coûteuse, la possibilité d'une exploitation industrielle " normale " étant contestée [5]. Cependant, des données économiques approuvant la poursuite de l'activité de Superphénix malgré son coût initial important ont été avancées par la Commission de la production et des échanges de l'Assemblée Nationale en avril 1997:

  • l'essentiel des charges liées au fonctionnement du réacteur appartient au passé (Le passé est d'abord un concept lié au temps : il est constitué de l'ensemble des configurations successives du monde et s'oppose au futur sur...),
  • la poursuite de l'activité du réacteur à neutrons rapides ne devrait pas générer de pertes substantielles et peut même, si le taux de disponibilité est au moins égale à 46%, dégager des ressources,
  • l'arrêt immédiat du réacteur est, en tout état de cause, plus coûteux que la poursuite de l'activité même grevée d'un faible taux de disponibilité de l'infrastructure.

Superphénix aurait pu coûter de l'argent (L’argent ou argent métal est un élément chimique de symbole Ag — du latin Argentum — et de numéro atomique 47.) mais son fonctionnement apparaissait néanmoins économiquement viable. Superphénix avait en effet un coût d'exploitation incompressible de 900 millions de francs par an, et pouvait espérer rapporter entre 1,5 et 2 milliards de francs/an (sachant que le combustible présent pouvait permettre la production durant 1 500 jours pleins, soit 4 ans), à condition de ne pas connaître d'autres problèmes de fonctionnement (techniques, politiques ou administratifs), ce qui est normal pour un prototype. Les dépenses de fonctionnement provenaient premièrement d'incidents techniques divers et variés qui ont grêvé la disponibilité de la centrale, ce qui est normal car un prototype coûte plus cher à construire et à faire fonctionner mais aucune des difficultés rencontrées n'a cependant mis en cause la viabilité de cette filière (Une filière est une suite de formalités, d'emplois à remplir avant d'arriver à un certain résultat: la filière administrative.). La deuxième cause de surcoût, et la plus lourde de très loin, a été un défaut de production d'électricité, donc de recettes. Il n'y avait aucune raison a priori pour que Superphénix fonctionnât moins bien que Phénix. Cependant, Superphénix en 11 ans a fonctionné pendant 53 mois (Le mois (Du lat. mensis «mois», et anciennement au plur. «menstrues») est une période de temps arbitraire.), il a subi des réparations pendant 25 mois, mais il a été arrêté 54 mois pour des raisons administratives. La production d'électricité aurait dû rapporter 12 milliards de francs, elle n'en a fourni (Les Foúrnoi Korséon (Grec: Φούρνοι Κορσέων) appelés plus communément...) que 2 milliards. Le paroxysme de cette "opposition administrative" à Superphénix étant atteint avec le renouvellement de l'enquête publique d'autorisation en 1993, procédure administrative ayant duré une année (Une année est une unité de temps exprimant la durée entre deux occurrences d'un évènement lié à la révolution de la Terre autour du Soleil.) durant laquelle la centrale n'a pu fonctionner. Dès lors, il est évident que le bilan comptable de la centrale de Creys-Malville est difficile. Cependant, il ne faut pas oublier que Superphénix a été arrêté en 1997 après une année de fonctionnement particulièrement satisfaisante où le coefficient (En mathématiques un coefficient est un facteur multiplicatif qui dépend d'un certain objet, comme une variable (par exemple, les coefficients d'un polynôme), un espace vectoriel, une fonction de base et ainsi de...) de charge (La charge utile (payload en anglais ; la charge payante) représente ce qui est effectivement transporté par un moyen de transport donné, et qui donne lieu à...) (>90%) a dépassé en fait celui des autres réacteurs du parc (Un Parc est un terrain naturel enclos,[1] formé de bois ou de prairies, dans lequel ont été tracées des allées et chemins destinés à la chasse, à la promenade ou à...) EDF. L'optimisme était donc de rigueur pour les années futures quant à sa rentabilité (non pas par rapport au coût global incluant le coût initial du prototype mais aux dépenses de fonctionnement). Il était prévu pour fonctionner 30 ans, jusqu'en 2015. Nous aurions donc pu obtenir à un coût quasiment nul des connaissances technologiques, des résultats sur le retraitement des actinides si l'opinion avait été mieux instruite des possibilités de Superphénix au lieu d'agiter les vieux démons du nucléaire. Ceci est notamment plus regrettable vu le coût initial de Superphénix.

La concurrence d'autres réacteurs

Le budget (Un budget est un document comptable prévisionnel distinguant les recettes et les dépenses.) accordé à la recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances scientifiques. Par extension métonymique, la recherche scientifique désigne...) nucléaire n'est pas infini (Le mot « infini » (-e, -s ; du latin finitus, « limité »), est un adjectif servant à qualifier quelque chose qui n'a pas de limite en nombre ou en taille.) et Superphénix a subi la concurrence d'autres projets de réacteurs plus médiatisés ou plus appréciés par les industriels pour des raisons qui leur sont propres. Nous pouvons notamment citer:

  • Le MOX: Depuis 1985, des réacteurs nucléaires français à eau pressurisée ont été adaptés pour brûler des assemblages d'un nouveau combustible contenant 5 à 7% de plutonium mélangé à de l'uranium normal en voie de retraitement (le MOX). Actuellement, 19 réacteurs d'EDF sont régulièrement chargés en MOX. Pour ne pas affecter le fonctionnement des réacteurs à eau pressurisée qui n'ont pas été conçus pour le plutonium, on n'introduit dans la charge de combustible que 30% d'assemblages de MOX à côté de 70% d'assemblages traditionnels d'uranium enrichi. Le MOX présente ainsi le même avantage que les surgénérateurs : recycler une partie du plutonium issu du retraitement. Il faut extraire le plutonium d'environ sept assemblages de combustible irradié pour constituer un assemblage de MOX. Pour consommer le plutonium retraité, il faudrait adapter à l'usage (L’usage est l'action de se servir de quelque chose.) du MOX 28 réacteurs français au lieu de 20 actuellement. L'irradiation (En physique nucléaire, l'irradiation désigne l'action d'exposer (volontairement ou accidentellement) un organisme, une substance, d'un corps à un flux de...) d'un assemblage MOX générant à peu près la même quantité de plutonium, la production de plutonium est au total réduite de 30%. Le recyclage (Le recyclage est un procédé de traitement des déchets industriels et des déchets ménagers qui permet de réintroduire, dans le cycle de production d'un produit, des matériaux qui...) multiple du MOX irradié, plus radioactif, n'est pas envisagé. À l'instar des réacteurs à neutrons rapides, le MOX peut être fabriqué en incorporant du plutonium militaire, plus riche en isotopes fossiles, soit en le dégradant avec du plutonium civil moins riche, soit en le brûlant directement. Russes et Américains s'intéressent d'ailleurs à cette technologie pour démanteler leur stock de bombes atomiques.

Néanmoins, environ 30 % des isotopes du plutonium issus du retraitement ne sont pas fissiles par des neutrons lents et ne peuvent pas être brûlés dans les réacteurs REP qui sont donc moins efficaces que les réacteurs à neutrons rapides. La concurrence du MOX n'est donc pas totale.

  • L'EPR: Bien que l'EPR ne soit pas un rival technologique (l'EPR n'est qu'une amélioration des réacteurs classiques), il a représenté un danger pour Superphénix. En effet, le budget n'étant pas extensible, l'EPR a reçu une part importante des investissements financiers et humains au détriment des surgénérateurs.

Image de la France

Sur le plan de l'image de l'industrie française, la communication (La communication concerne aussi bien l'homme (communication intra-psychique, interpersonnelle, groupale...) que l'animal (communication intra- ou inter- espèces) ou la machine (télécommunications, nouvelles technologies...), ainsi que leurs...) a été mal gérée. Les hasards du calendrier (Un calendrier est un système de repérage des dates en fonction du temps. Ces systèmes ont été inventés par les hommes pour mesurer, diviser et organiser le temps sur de longues...) ont voulu que la catastrophe (Une catastrophe est un événement brutal, d'origine naturelle ou humaine, ayant généralement la mort et la destruction à grande échelle pour conséquence.) de Tchernobyl se produise au même moment (avril 1986) que la mise en service de Superphénix. Le manque de transparence (Un matériau ou un objet est qualifié de transparent lorsqu'il se laisse traverser par la lumière. Cette notion dépend de la longueur d'onde de la lumière : ainsi, le verre est transparent...) et les erreurs de communication en France sur les conséquences de la catastrophe de Tchernobyl ont entraîné une certaine méfiance de l'opinion publique sur la sûreté nucléaire (La sûreté nucléaire est un terme définissant l'ensemble des activités ayant trait au maintien de l'intégrité des mécanismes,...), qui a pu se reporter sur la filière émergente des RNR, dont la conception est pourtant très différente (En mathématiques, la différente est définie en théorie algébrique des nombres pour mesurer l'éventuel défaut de dualité d'une application définie à l'aide de la...) de celle du RBMK soviétique.

La responsabilité sociétale des constructeurs et des exploitants du réacteur a été discutée via des informations diffusées par des réseaux anti-nucléaires internationaux (Greenpeace), nationaux (Réseau sortir du nucléaire), et locaux (Association "sans but lucratif", Comité Malville, ...). Aujourd'hui, les réseaux internet (Internet est le réseau informatique mondial qui rend accessibles au public des services variés comme le courrier électronique, la messagerie instantanée et le World Wide Web, en...) permettent à beaucoup d'organisations de communiquer facilement sur cette affaire.

Pourtant, beaucoup d'experts s'accordent à penser que les réacteurs à neutrons rapides ont un niveau de sûreté équivalent à celui d'un réacteur à eau pressurisée.

Impact sur l'opinion publique en France

Les conséquences ont été graves aussi en termes d'impact sur l'opinion publique tout au long du projet en France :

  • Prévisions trop alarmistes sur le prix de l'uranium, démenties par les faits,
  • Promotion d'une filière à la hussarde, processus de décision sans véritable débat,
  • Communication insuffisante,
  • Tergiversations administratives et fluctuations sur le rôle attribué au réacteur.

Voir le rapport d'enquête de l'Assemblée nationale de 1998 : http://www.assemblee-nationale.fr/rap-enq/r1018-1.asp

Comme en témoigne ce rapport, la France est apparue isolée sur une filière qui semblait abandonnée par de nombreux pays.

Ce manque de communication en France a été très préjudiciable à l'image d'une filière, qui présente pourtant certains avantages sur le plan économique et des impacts écologiques :

  • Meilleure utilisation de la ressource naturelle,
  • Possibilité d'incinération (L'incinération est une technique de transformation par l'action du feu. Incinérer signifie « réduire en cendres » ou, dit autrement, qu'on...) des déchets nucléaires à vie longue,
  • Sûreté d'exploitation équivalente à celle d'un réacteur à eau pressurisée, en raison de la présence d'un circuit secondaire
  • Faibles besoins en eau de refroidissement, et pas de tour de réfrigération (aéroréfrigérant).

La filière des réacteurs à neutrons rapides à caloporteur sodium figure d'ailleurs parmi les six types de réacteurs retenus par le Forum International Génération IV).

Retour d'expérience sur la filière à neutrons rapides

L'exploitation de Superphénix a été soigneusement consignée par des experts en ingénierie (L'ingénierie désigne l'ensemble des fonctions allant de la conception et des études à la responsabilité de la construction et au contrôle des...) des connaissances, dans des systèmes d'intelligence collective.

Les compétences européennes dans la filière industrielle des réacteurs à neutrons rapides ont globalement été conservées, mais elles ont été largement exploitées par d'autres puissances économiques, habiles pour récupérer l'expérience industrielle des autres et créer des réseaux de connaissances : le Japon (Monju), puis les États-Unis, qui, après avoir arrêté le réacteur de Clinch River, se sont orientés vers des recherches sur la fermeture du cycle nucléaire. Les recherches sur les réacteurs de génération IV en témoignent.

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